Chapitre 21 :
Pupilles rouges
Du silence... enfin. C'était pas du luxe dans cette maison : entre les démons de Neal qui pétaient les murs, les filles qui se frappaient, les mecs qui hurlaient et ne parlons pas de Sirius et Pan. Nan, sérieux : N'EN PARLONS PAS !Michael ferma les yeux, apaisé comme rarement depuis... depuis... et merde, l'apaisement avait été de courte durée. Il rouvrit les yeux et étouffa un cri. Deux pupilles rouges brillaient au-dessus de sa tête. Vladimir Sanguini.
"T'es flippant, mec." grinça Michael.
"T'en as envie, toi aussi."
"Dégage."
Un clignement d'oeil plus tard, la silhouette avait disparu.
"Non, reviens." chuchota Michael.
"D'accord."
À peine le vampire réapparut-il dans un coin sombre de la chambre que Michael comprit. Ouais, peut-être qu'il en avait envie, en fait...
"Cactus ?" marmona Pumpkin en se redressant. "Brutus le Cactuuus..."
"Brutus va bien, rendors-toi, P'tite Citrouille."
Cette chambre n'était pas l'endroit idéal pour ce qu'ils s'apprêtaient à faire.
"Toi et moi, cuisine." ordonna Michael.
Le vampire disparu comme un coup de vent et l'humain se pressa également... mais ça dura plusieurs minutes, une éternité.
Vlad était négligemment appuyé contre le poêle éteint comme si tout ça n'avait pas la moindre importance mais ses yeux brilliaient encore et ses canines également.
"Je crois que je veux le faire." confia Michael.
"T'es sûr de toi ?"
Le hochement de tête était presque imperceptible.
"Comment on doit s'y prendre ?"
"Laisse-moi faire..."
"Ça va me faire mal ?"
"Je ne sais pas, je ne génère pas mon propre sang alors jamais le moindre vampire n'a percé mes veines." répondit Vladimir. "Je crois que ça va dépendre de toi, en grande partie : ne résiste pas."
Cette fois-ci, le vampire pris soin d'y aller suffisamment lentement pour un humain : poser un pied au sol, attendre une seconde puis l'autre et attendre une seconde et encore et encore... les quelques mètres qui les séparaient semblaient infranchissables.
"Tu préfère le cou ou le poignet ?" demanda Michael.
"Pour moi c'est meilleur au cou mais c'est à toi de voir : ça sera plus douloureux pour toi à l'intrusion mais les sensations sont plus intenses."
"Poignet."
À peine Michael prononça-t-il le 'gnet' que Vladimir avait saisit son bras, ses lèvres étaient posées sur le poignet et il passa sa langue plusieurs fois le long de la veine pour sentir le sang palpiter.
"KYAAA !!!" cria Michael.
Il sentit les dents déchirer sa peau et les canines ascérées du vampires frottèrent comme des lames de rasoir pendant qu'il aspirait goulument le sang qui coulait. Cinq secondes d'une douleur sourde qui s'estompa quand la salive du vampire coula sur les plaies ouvertes... et le rythme cardiaque de Michael s'accéléra quand la dopamine fut libérée dans tout son corps.
C'était bon. C'était bon. C'était bon.
Les canines du vampires se rétractèrent, il avait bien bu.
"Encore, juste un peu... steuplaît." supplia Michael.
"C'est comme ça qu'on tue un humain."
"Juste une goutte, c'est pas énorme... ça peut pas faire de mal."
La salive avait cessé d'anéstésier la blessure et Michael resenti à nouveau la douleur mais il s'en ficha. C'ÉTAIT TROP BON.
"Laisse-moi juste apaiser ton poignet." dit Vladimir.
Il passa plusieurs fois sa langue sur la blessure et la peau cicatrisa presque instantanément, il ne resta bientôt plus qu'un fin filament d'une peau rose, trop neuve et des tâches de sang, partout.
"Prends ce qui traîne, au moins."
"Oh oui, ne t'en fais pas, tu es trop délicieux pour que je gâche le moindre centilit..."
Mais il n'eût pas le temps de finir sa phrase qu'il avait déjà disparu. Michael resta seul, dans le noir de cette cuisine et il fixa les tâches de sang un peu partout : au sol et sur son pyjama, seul vestige de ce qui venait de se passer.
Clic. Clack.
Michael sursauta à peine, l'esprit encore embrumé. Son regard dans le vague vit Pan et Sirius rentrer par effraction comme si les lieux ne leur appartenaient pas mais son cerveau était encore trop perturbé pour comprendre que le monde continuait, autour.
"Ah putain, j'savais pas que tu maniais si bien la batte de baseball." dit Pan avant d'éclater de rire. "T'as complètement explosé le crâne de c'mec !"
"C'était pas un mec, c'était un mangemort." précisa Sirius comme si c'était très important.
Complètement bourrés, ils titubèrent jusqu'à la cuisine sans voir Michael, planté au milieu.
"Ouais peut-être bien mais le caissier, il t'avait rien fait."
"Siii... il m'a traité de poivrot."
"Bah il avait pas complètement tord, en fait."
"Tu t'es regardé ?!" grogna Sirius.
"Bah ouais mais j'vois triple et ça tangue alors j'crois que je peux regarder aussi fort que j'peux, je verrai que dalle."
"Et la vache, elle encule le canard ?!"
"NAAAN, C'EST L'INVERSE !" cria Pan avant d'hurler de rire.
L'un dans les bras de l'autre, les vêtements aussi déchirés qu'eux et recouverts de sang, on ne pouvait pas trop savoir lequel était censé soutenir l'autre.
"Ah tiens salut Michael... tu peux nettoyer ton sang, steuplaît ? J'vais me coucher moi mais faut pas que ça sèche sinon c'est galère à rattraper."
"Faut pas que ça sèche comme Éric le porc-épic ?!"
"HA HA !!! ÉRIC LE PORC-ÉPIC, PUTAIN. T'ES SIII DRÔLE, JE T'AIIIMEUUUH."
Pan fouilla ses poches, en tira un tire-bouchon et un bout de doigt découpé avant de sortir un mouchoir brodé d'un BB. Personne savait qui était BB, d'ailleurs... p't-être un gars qu'il avait buté, une fois... ou quelqu'un de sa famille, peut-être les deux.
"Hé, Michael, j'te le donne. Je l'ai pas mal utilisé quand j'avais la trique... tu sais quoi faire."
Michael sembla reprendre conscience à cet instant précis et il baissa les yeux avant de relever la tête, écarlate.
-Fin du 21ème chapitre-
...à suivre...
