Chapitre 3 : La Femme-Chouette

Défi des Belles paroles : Chaque blessure laisse une cicatrice, et chaque cicatrice raconte une histoire. Une histoire qui dit : J'ai survécu

Si tu l'oses : 656 Emeraude

Une chouette au plumage immaculé survolait la banlieue de Little Whining. Ce n'était pas une chouette ordinaire mais en réalité un animagus, une sorcière qui prenait la forme d'un animal. Dans ce cas-ci, une harfang des neiges.

Elle venait souvent voler dans le coin à la recherche de l'enfant que son fils avait juré de protéger. Elle ne l'avait encore jamais retrouvée jusqu'à présent. Mais elle la savait très jeune, six ans à peine. Alors cela ne la décourageait pas. D'elle, elle ne savait rien si ce n'est son nom et un signe distinctif connu de tous les sorciers du monde : une cicatrice en forme d'éclair sur le front. Elle recherchait Harriet Potter, la fille de la douce Lily Evans, l'ancienne bonne amie de son fils.

La sorcière s'appelait Eileen Prince. Mais aux yeux de tous, elle était connue sous le nom d'Irma Pince, la bibliothécaire de Poudlard. Elle avait changé d'identité et vivait la plupart du temps sous glamour pour se protéger des ennemis de son fils. Severus avait fait beaucoup d'erreurs, la pire de toutes étant celle qu'il était dorénavant un mangemort.

Quand elle avait disparu pour sa vie, sa sécurité – son ex-mari, Tobias Snape, venait de la battre à mort –, Severus n'avait que seize ans. Il avait sombré et s'était laissé entraîner dans les Ténèbres. Quand elle avait repris conscience et qu'elle avait récupéré santé et forme physique, elle pensait revenir mais Tobias l'avait faite passer pour morte auprès de son fils depuis le temps et ce dernier n'avait fait qu'enchaîner les pires erreurs de sa vie. Elle n'aurait jamais pensé, à l'origine, que son si merveilleux et gentil garçon puisse un jour si mal tourné.

Quand elle était revenue et qu'elle avait vu ce que les choses étaient devenues, elle avait alors préféré rester dans l'ombre pour se protéger. Revenir auprès de son fils alors que la guerre faisait rage n'aurait fait que le mettre dans une position délicate et le mettre ainsi encore plus en danger. Elle n'aurait pas supporté d'être responsable de la mort de Severus. Elle était déjà en partie responsable de son malheur.

Alors, elle avait veillé sur son fils de loin. Elle l'avait sauvé deux fois de justesse alors qu'il était gravement blessé après une réunion de mangemorts. Mais jamais elle ne lui avait révélé qu'elle était toujours en vie. Elle connaissait les compétences du Seigneur des Ténèbres et elle en avait peur. Et depuis, son fils s'était habitué à sa mort alors ... Elle n'était jamais revenue, veillant sur lui depuis les ombres.

Elle avait pleuré la mort tragique de la belle et douce Lily Evans, mariée à ce Potter. Elle avait assisté aux funérailles et était restée longtemps après la mise en terre, dissimulée sous un sortilège. En effet, même le Lord Noir mort – ou disparu selon Dumbledore – ses partisans faisaient encore des ravages.

C'était dans ces conditions qu'elle avait pu être témoin de la noble décision et promesse de son fils. Severus avait promis sur la tombe de Lily Potter qu'il protégerait sa fille, qu'il protégerait Harriet. Alors Eileen s'était alors promis à son tour qu'elle l'aiderait dans cette tâche depuis les ombres.

Depuis ce jour, elle allait régulièrement à Privet Drive pour veiller sur l'enfant, savoir si elle allait bien mais jusqu'alors, elle ne l'avait jamais trouvée. Elle ne s'en formalisait pas plus que cela. Severus lui-même était sorti de la maison pour la première fois, il n'avait que six ans et demi. Il était allé dans cette école moldue afin d'apprendre à lire et à écrire. Elle se doutait que pour Harriet, ce serait la même chose.

La chouette se posa sur un muret et observa les environs. Tout était calme. Une petite banlieue moldue où rien de magique ne brillait à l'horizon. Un peu comme Carbonnes-Les-Mines. Jamais personne ne pourrait se douter qu'une sorcière et même, Harriet Potter, vivait ici. C'était tellement ... moldu.

Son regard jaune fut attiré sur la droite alors qu'elle entendait du tapage. Un groupe de cinq enfants se dirigeait dans sa direction. Quand ils la remarquèrent, elle entendit l'ordre du gros garçon qui semblait être le chef. Ils allaient lui lancer des objets à la figure. Quelle bande de sales petits voyous ! Elle s'envola mais son aile fut touchée par un petit caillou et elle piailla de douleur alors qu'elle atterrissait en catastrophe. C'était douloureux mais cela ne l'empêcherait pas de reprendre son envol.

Elle entendit soudain quelqu'un courir et une voix d'enfant, d'une jeune fille, s'adresser aux voyous. Elle les provoquait. Elle croisa son regard vert et comprit directement que la petite faisait cela pour elle. Si jeune et déjà si attentionnée envers les animaux. La chouette s'envola en remerciant intérieurement la petite fille de la libérer de ses agresseurs. Elle alla se percher sur un arbre non loin et observa la courageuse gamine courir pour fuir la bande.

Elle était étrangement vêtue pour une enfant de six ans. Elle flottait littéralement dans ses habits. Ce fut sans surprise qu'Eileen la vit se prendre les pieds dans son vêtement bien trop large pour elle et tomber à terre. Quand elle la vit se faire tabasser, la chouette se posa alors à terre et redevint sorcière pour lui venir en aide.

« Laissez cette pauvre fille tranquille ! » hurla-t-elle en approchant dans un petit trot.

Elle vit avec un plaisir non feint que les enfants fuyaient en courant à son approche. Elle s'agenouilla auprès de la petite fille qui donnait l'impression d'avoir quatre ou cinq ans et la retourna avec douceur.

La première chose qu'elle vit fut la marque sur son front. C'était Harriet. Elle avait des larmes de douleurs qui coulaient sur ses joues mais la petite ne pleurait pas. Elle gémissait juste de douleur quand la sorcière lui touchait un endroit particulièrement douloureux derrière la tête. Eileen plongea son regard dans les yeux émeraudes de la petite afin d'user de legilimancie pour la ramener chez elle. Ce qu'elle vit lui coupa le souffle.

Elle vit les abus dont elle était déjà victime, les coups et les remontrances alors qu'elle n'était qu'une enfant comme les autres, le placard où elle vivait, les corvées qu'aucun enfant de son âge ne devrait faire... Mais elle sentit aussi l'intelligence supérieure et la sagesse de l'enfant, bien trop pour être celle d'une enfant de six ans. Elle sentit son appel à l'aide silencieux. La sorcière la souleva et la plaqua contre son sein.

« Ne t'en fais pas, petite, » lui dit-elle avec douceur. « Plus jamais tu n'auras à retourner là-bas. »

L'enfant ne répondit pas, vraisemblablement trop sonnée pour pouvoir le faire, mais elle se laissa emmener par la sorcière sans tenter de se débattre. Eileen se concentra sur sa petite maison de campagne et transplana.

Une fois chez elle, elle emmena la petite dans son salon et alla chercher sa trousse de soins. Quand elle revint, elle remarqua que la petite était inconsciente sur le divan. Normal, avec les coups qu'elle avait pris, dont au moins un à la tête, supporter un transplanage d'escorte était dès lors plus difficile, surtout le premier.

Elle lui retira ses vêtements d'un coup de baguette et vit tous les bleus qui commençaient à apparaître sur sa peau pâle. A côté de cela, elle vit les marques rouges, les cicatrices qu'elle subissait depuis quelques temps.

Qu'est-ce que cela aurait été dans quelques années, à son entrée à Poudlard ? Aurait-elle seulement survécu jusque-là ?

Elle la soigna avec douceur et effaça toute trace des bleus. Pour les cicatrices, elle ne voulait pas le faire. Après tout, chaque blessure laisse un cicatrice, et chaque cicatrice raconte une histoire. Une histoire qui dit : j'ai survécu. Cette petite avait survécu à ces années auprès des Dursley. C'était une épreuve qu'elle n'oublierait peut-être jamais. Et si jamais elle l'oubliait, son corps en gardera d'une certaine manière la mémoire (même si cela s'effacerait légèrement avec le temps). Et cela, c'était important. Eileen le savait parce qu'elle-même portait des cicatrices, doux souvenirs de sa vie misérable auprès de Tobias Snape.

La sorcière transfigura ensuite un pyjama en soie noire qu'elle lui enfila doucement et alla coucher la petite dans sa chambre. Elle se mit à réfléchir à comment elle allait gérer cela. Elle avait des obligations à Poudlard. Dès le lendemain, elle devrait y retourner. Comment s'occuper de la petite tout en la gardant cachée et s'occuper de la bibliothèque. Elle s'arma d'une simple plume d'un noir d'encre et écrivit une lettre à son conseiller Gobelin pour avoir son avis. Elle eut très rapidement une réponse dans la nuit alors qu'elle veillait l'enfant.

Lady Prince,

Au vu de la situation, occasionnellement pour vous dépanner le temps que vous trouviez une situation plus stable, je suis disposé à garder la jeune Potter durant vos heures de travail. Nous autres, Gobelins, accordons beaucoup d'importance à la protection des enfants et la situation dans laquelle vivait cette pauvre jeune fille est alarmante. D'autant plus quand nous savons qui elle est.

Si cet arrangement vous convient, je vous attendrais pour que vous me confiiez la garde de la jeune Miss Potter lors de la journée.

Cordialement,

Maître Gnarlak.

Un petit sourire apparut sur les lèvres d'Eileen alors qu'elle lisait la missive. Les Gobelins étaient du genre rapide. Et elle savait aussi que par le taux de nativité extrêmement bas chez eux, les enfants étaient dès lors surprotégés. Elle pouvait faire confiance en Gnarlak pour bien traiter Harriet Potter, d'autant plus qu'elle était elle aussi une fille de Lord. La future Lady Potter quand elle serait en âge de pouvoir assumer ses fonctions.

Elle avisa l'heure et décida d'aller préparer le petit déjeuner pour son invitée et elle-même. Elle en profita aussi pour prendre une potion revigorante afin qu'elle puisse tenir la journée à Poudlard. Ne sachant pas trop ce qu'elle aimait, elle choisit de faire quelque chose de simple : elle prépara des œufs et des toasts et sortit quelques pots de confitures et le beurre. Elle revint ensuite dans la chambre et attendit que la petite se réveille.

Vers sept heures du matin, Harriet commença à s'agiter doucement et elle ouvrit les yeux, le regard embué par le sommeil. Eileen la regarda en silence alors qu'elle inspectait son environnement avec un regard intelligent. Très rapidement, le regard émeraude se posa sur la sorcière.

« Bonjour, » fit Eileen avec un doux sourire. « Comment vas-tu ? »

« Je vais bien. »

« Plus de douleur ? Pas de nausées ou des étourdissements ? »

« Non, ça va. J'ai l'habitude de recevoir des coups sur la tête avec Dudley. J'ai déjà reçu bien pire. »

« Et ta famille ne dit rien ? » demanda la bibliothécaire bien qu'elle connaissait déjà la réponse.

Elle vit la fille ricaner amèrement. Comment une enfant de six ans pouvait ainsi ricaner de sa vie ? C'était comme si elle voyait sa vie avec un point de vue, peut-être pas d'une adulte, mais au moins d'une adolescente.

« Ma famille se fiche parfaitement de ce qui pourrait m'arriver. Je suis le monstre du placard. Dudley a le droit de tout faire, même me frapper. Il est même récompensé pour ça ! »

« Et les adultes, les voisins, les professeurs dans ton école, ils ne disent rien ? »

« J'ai essayé d'attirer l'attention des adultes sur moi pour qu'on m'aide mais Oncle Vernon a le bras long comme ça. » Eileen vit la fille écarter totalement les bras pour appuyer ses paroles par des gestes. « Il a fait virer l'institutrice qui avait porté plainte pour moi et j'ai eu droit à une sacrée correction. Alors depuis, je cherche un autre plan. Mais ce n'est pas facile quand on a que six ans… »

« Tu es sûre que tu as six ans ? » demanda la sorcière qui avait écouté la petite fille jusqu'au bout.

« Ben oui ! Je suis née en Juillet 1980 ! On est en Février 1987 ! J'ai six ans ! »

« Très bien, Harriet, » sourit Eileen. « Au moins tu sais toujours quel âge tu as. »

« Dudley n'a pas frappé si fort que cela, si ? » demanda l'enfant en passant une main à l'arrière de sa tête.

« J'ai soigné ta tête et tes bleus, » fit la sorcière. « Tu n'as plus rien. »

« Vous connaissez mon nom, mais j'ignore le vôtre. Comment vous appelez-vous ? »

« Je m'appelle Eileen Prince, » répondit la sorcière qui avait plus l'impression de s'adresser à une adulte qu'à une enfant.

Elle vit une expression de choc passer sur le visage d'Harriet avant de rapidement disparaitre. Elle douta même de l'avoir vu tellement cela était passé si vite.

« Tu as faim ? »

La réponse vint plus du ventre que de la bouche de la jeune fille, faisant rougir cette dernière et rire la bibliothécaire.

« Je prends cela pour un oui. J'ai préparé le petit déjeuner. »

Elle mena Harriet dans la cuisine et lui servit une portion d'œuf et des toasts. Elle vit qu'elle se tenait déjà bien droite et qu'elle maniait son couteau avec aisance alors qu'elle beurrait ses tartines, ce qui n'était pas toujours le cas pour les jeunes enfants.