Chapitre 4 : Grillée dès le Petit-Déjeuner

Si tu l'oses : 403 Fiction

Harriet mangeait dans le silence apaisant de la cuisine de la sorcière. Elle réfléchissait. Elle avait dit s'appeler Eileen Prince. A bien l'observer, elle avait en effet quelques caractéristiques. Elle avait exactement les mêmes yeux que ceux décrits pour Snape. Deux onyx noirs et profonds. Et elle avait aussi les cheveux noirs et raides.

Mais Snape ne s'était-il pas assombri parce que, d'une part il avait fait le con en insultant Lily Evans et, d'autre part, parce que sa mère était morte battue par l'horrible moldu qui lui servait de père ?

Elle avait envie de demander mais cela viendrait à expliquer comment elle savait tout cela et elle ne voulait pas commencer à parler ainsi de sa première vie et du mystère complet du comment elle avait fait pour se retrouver dans le corps d'Harry foutu Potter.

« Tu es un livre ouvert, » fit la sorcière.

« Je vous demande pardon ? » fit l'enfant en relevant un sourcil.

« Je disais que tu es un livre ouvert. Tes pensées sont bruyantes. Je peux savoir comment tu sais tout cela ? »

Mélanie soupira en faisant tomber sa tête sur la table.

« Fatalement, je devais m'attendre que si Snape est un parfait occlumens et legilimens, la mère le serait tout autant. »

« C'est un trait de famille, » confia Eileen. « Mais ma question attend une réponse. »

« Sauf que ce n'est pas si simple d'expliquer tout cela. »

« Je suis ouverte d'esprit. »

« Okay… Vous êtes bien assise sur votre chaise ? »

« Oui, » fit la sorcière en fronçant les sourcils, se demandant ce qu'allait dire la jeune fille.

« Je m'appelle Mélanie Schietekat, j'ai vingt-cinq ans et je suis née en 1995. Je sais autant de choses sur vous parce que jusqu'à il y a peu de temps, je pensais que tout ceci n'était qu'une fiction de l'esprit d'une moldue, J. K. Rowling. Je suis une grande fan de l'histoire d'Harry James Potter. Je connais tout presque dans les moindres détails, que ce soit la chronologie ou même les personnages. Voilà pourquoi j'en sais autant. Cela dit, je suis surprise de vous savoir en vie puisque dans le canon, Eileen Prince est supposée être morte, battue par Tobias Snape alors que Severus Snape est encore à Poudlard. »

Elle vit la sorcière écarquiller les yeux de surprise.

« Eh bien, c'est une réponse pour le moins … intéressante. Mais pourrais-tu le prouver ? »

« Je suppose oui. Est-ce que c'est dangereux pour moi de prendre du veritaserum ? A mon âge, je veux dire, » fit la jeune fille en désignant son maigre corps.

« Ce n'est pas conseillé, » fit Eileen, pensive. « Le veritaserum est une potion qui a des effets secondaires assez violents sur le corps. En général, son utilisation sur un enfant est interdite parce que certaines personnes sont plus sensibles que d'autres à ses effets. Et les enfants sont toujours en développements, donc … »

« Hmm… Il ne reste plus que l'ancienne méthode... Mais si vous êtes toujours en vie, qu'est-ce qui pourrait bien avoir changé par rapport à ce que je sais de l'histoire tragique d'Harry Potter ? »

« Elle est si tragique que cela ? »

« Assez oui. Il a bien des moments de bonheur mais il a toujours un grand danger qui le guette, quelque part, tapis dans l'ombre... »

« Oui, Dumbledore en a touché un mot une fois, lors d'une conversation. »

« Et qu'est-ce que ce vieil homme accro à tout ce qui contient une once de citron a bien pu dire ? » demanda Mélanie dans un soupir.

« Tu n'apprécies pas cet homme à ce que je vois. »

« J'admets que Dumbledore est un grand sorcier. Je serais bien idiote de dire le contraire. Mais certaines décisions qu'il a prises pour le plus grand bien vont contre les droits de l'homme et la protection d'un enfant. Il manipule trop les choses et les personnes autour de lui, ne divulguant jamais les informations et au final, c'est toujours à Harry de se battre alors qu'il n'est qu'un enfant. Et à la fin, Harry va jusqu'à être persuadé qu'il doit mourir pour tuer Voldemort alors … J'ai peut-être pleuré en lisant la mort de Dumbledore la première fois mais c'était avant que je comprenne toutes les manigances qu'il a faites ! Quand je pense que Severus Snape a promis sur la tombe de Lily Evans qu'il allait protéger Harry et qu'au final, il apprend qu'il doit mourir. Vous vous imaginez le choc ? Juste pour ça, j'ai commencé à détester Dumbledore. Et Snape, eh bien, il est monté dans mon estime quand j'ai compris qu'il avait toujours tout fait pour Harry. Jusqu'à donner sa vie et … »

« Attends, attends, attends, » l'interrompit soudain Eileen. « Tu veux dire que tu connais tout ce qu'il va se passer ?! »

« J'en sais rien. Vous êtes sensée être morte ! »

« Est-ce que le nom d'Irma Pince te dit quelque chose ? »

« Mme Pince ? Oui. C'est la bibliothécaire, non ? »

« Exact, » répondit la sorcière. « Je suis aujourd'hui connue sous ce nom-là. »

« Et comment vous pouvez rester auprès de votre fils sans qu'il le … Oh … Glamour ? »

« Exact. Tu connais beaucoup de choses de notre monde. »

« Je suis une moldue fan de magie et de mythologie depuis que je suis toute petite. Alors, fatalement, l'histoire d'Harry Potter est arrivée dans mes mains quand j'avais six ou huit ans. Je l'ai lue une cinquantaine de fois au moins. Je ne m'en lassais jamais… Mais j'ai toujours cru que c'était qu'une histoire. Enfin, d'un autre côté, les sorciers cachent leur existence aux moldus depuis des siècles alors … »

Eileen Prince se passa une main sur le visage en soupirant. Son cerveau tournait à plein régime pour intégrer tout cela.

« Donc, » reprit-elle lentement. « Tu es une moldue qui n'est pas encore née et tu as … vingt-cinq ans ? »

« Exact. »

« Tu connais tout sur mon fils et Poudlard parce que tu as lu une histoire ? »

« L'histoire d'Harry Potter, oui. »

« Tu dis que mon fils va sacrifier sa vie pour Harry Potter ?»

« Oui. Il va mourir. Mais j'ai très envie de le sauver. Ce pauvre homme le mérite. Si je peux faire quelque chose pour sauver toutes les victimes dont je connais toutes les circonstances, alors je le ferais. »

« Ce n'est pas à toi de te battre mais aux adultes ! »

« Allez dire cela à Albus foutu Dumbledore quand vous le croisez, » répliqua la jeune fille dans un soupir. « J'ai souvent hurlé à l'injustice quand cela se passait. Surtout avec cette satanée chauve-souris des cachots ! »

« Je croyais que tu respectais Severus ? »

« Cela ne l'empêche pas de se comporter comme un bâtard quand il y a Harry Potter dans les environs. Je sais que ce n'est en grande partie qu'un rôle qu'il se doit de jouer mais quand même ! Ce n'est pas une raison pour lui donner retenue sur retenue et de faire tous ces commentaires sarcastiques ! »

« Je veux bien que Severus est devenu un peu froid et sévère mais pas à ce point-là…, » commenta Eileen.

« On verra. J'aurais ma réponse dès le premier cours de potions. »

Eileen but sa tasse de thé pensive.

« Ecoute, Harriet… enfin, Mélanie… »

« Je suis habituée à être appelée Harriet, » fit l'enfant en haussant des épaules.

« Harriet. Tu peux comprendre que tout ceci est fou, n'est-ce pas ? »

« Je peux en effet le concevoir. Je ne sais même pas pourquoi ni comment j'ai bien pu atterrir ici, dans cette époque, dans ce monde. J'aimais bien ma vie insignifiante. J'aimais bien mes études. Et ma famille me manque beaucoup… »

« Tu voudrais repartir ? »

« Franchement …, » commença la jeune fille, hésitante. « J'en sais rien. D'un côté, j'ai envie de retourner à ma vie de petite universitaire moldue fan d'histoires fantastiques, mais de l'autre, j'ai envie de changer les horreurs de l'histoire de J. K. Rowling parce que franchement, il y a des choses pas jolies jolies dans tout cela. Si je peux faire en sorte de les éviter, ce serait cool. »

Eileen acquiesça doucement avant de lancer un tempus.

« Nous ferions mieux d'y aller. »

« Aller où ? »

« A la banque. »

« Gringott's ? »

« Oui, » sourit la bibliothécaire. « Je ne peux pas décemment t'emmener avec moi à Poudlard alors que c'est Dumbledore qui t'a déposée à Privet Drive. »

« En effet, pas top, l'idée… Mais je sais me tenir et m'occuper de moi-même. »

« Je n'en doute pas mais tu conviendras que je ne peux pas laisser seule une enfant de six ans ici. D'autant plus que tu ne connais pas grand-chose à notre monde du moins d'un point de vue pratique, et je n'ai rien de moldu ici. »

« Et pourquoi aller à Gringott's ? » demanda Mélanie résignée à devoir avoir une babysitter.

« Mon conseiller va te garder pendant mes heures de travail. »

La petite écarquilla les yeux, surprise.

« Les Gobelins font cela ? »

« Savais-tu que les Gobelins sont des créatures qui tiennent à cœur le bien-être des enfants ? »

« Alors pourquoi ne pas avoir fait des pieds et des mains pour libérer Sirius Black ? »

« Pourquoi faire libérer ce meurtrier ? »

« Saviez-vous que cet homme est innocent des crimes dont on l'accuse ? Du moins dans l'histoire d'Harry Potter c'est le cas. Et il a été envoyé à Azkaban sans procès. Et de ce que je sais, il est le parrain d'Harry Potter, et donc, je suppose, le mien. »

« Possible. Je peux toujours demander à Gnarlak de fouiner un peu. Il adore faire cela, » fit la sorcière avec un sourire en coin. « Tu veux l'un ou l'autre livre pour t'occuper ? »

« Hmm … Avez-vous le livre de Norbert Dragonneau sur la vie et l'habitat des créatures magiques ? Ou l'Histoire de Poudlard ? Parce que je n'ai jamais eu que des évocations de ces ouvrages. »

« Je dois avoir cela dans ma bibliothèque personnelle. Sinon, je pourrais toujours te les procurer en les prenant dans les rayons de celle de Poudlard. »

Eileen se leva et se dirigea vers un pan de mur de son salon qui était couvert d'étagères, le tout surchargé de livres et grimoires. Elle fit glisser ses doigts sur les reliures avant d'en sortir les deux ouvrages demandés. Elle les tendit à la petite qui avait un petit sourire en les prenant.

« Enfin de la lecture digne de ce nom ! » soupira-t-elle d'aise.

« Pourquoi tu dis cela ? »

« Parce que lire des phrases stupides du genre 'Le chat chasse la souris pour la manger'… Je sais lire des choses bien plus compliquées. J'en suis à un stade à me languir d'Aristote. Et Dieu sait qu'Aristote est compliqué ! »

« Je ne connais pas. »

« Un penseur moldu de l'Antiquité grecque. IV° siècle avant Jésus Christ, si je me souviens bien. »

« Tu m'en diras tant…, » fit la sorcière en s'approchant. « Prends mon bras. »

« Pour ? » fit la jeune fille en avisant le bras tendu, curieuse, avant de grimacer. « Oh … le transplanage. »

« En effet, c'est le moyen le plus rapide pour rejoindre Gringott's. »

Mélanie rendit les livres à la sorcière qui les réduisit et les rangea dans sa poche avant de prendre son bras. Elle ressentit de nouveau cette sensation horrible d'être envoyée dans un tube bien trop étroit à son goût.

« Je n'aime décidément pas ce moyen de transport, » maugréa-t-elle, faisait rire légèrement la sorcière.

« On s'y habitue vite. »

Mélanie avisa les lieux et vit qu'elles étaient dans une arrière-cour. Derrière elle, elle pouvait voir un pub miteux. Elles étaient juste derrière le Chaudron Baveur, devant l'entrée du Chemin de Traverse.

« Prête ? » demanda la sorcière.

« Vous me demandez si je suis prête à découvrir de mes propres yeux un monde que je n'ai cessé de lire et relire à travers mes livres ? » fit la petite avec un sourcil relevé et un sourire sur les lèvres.

« Question stupide, en effet, » rit la bibliothécaire en sortant sa baguette pour ouvrir le passage.