Chapitre 7 : Poudlard Express

Si tu l'oses : 952 Ouvert d'esprit

Mélanie, ou Harriet comme elle se faisait toujours appeler ainsi dorénavant, était maintenant une femme de trente ans enfermée dans un corps d'une jeune fille de onze ans. Mais, grâce à sa mère adoptive, Eileen, elle ne le sentait pas trop. La sorcière l'avait fait se sentir elle-même le plus possible au sein de sa petite maison de campagne et même les Gobelins avaient été corrects avec elle, ne la jugeant non pas comme une enfant comme les autres mais bien comme quelqu'un de mâture et réfléchi. La jeune fille n'avait cessé de s'intéresser aux domaines qu'elle étudiait autrefois, ou dans le futur plutôt, dans le monde moldu, mais elle s'était aussi beaucoup intéressée au monde sorcier et avait épluché toute la bibliothèque de sa mère, ainsi que, déjà, certains livres de Poudlard qu'elle lui rapportait. Et elle avait une belle bibliothèque personnelle.

Elle avait appris l'une ou l'autre chose auprès de Gnarlak, comme la comptabilité et ses devoirs dans le futur, quand elle prendrait le titre de Lady Potter à sa majorité. Officiellement, elle n'en était encore que l'héritière. Elle avait aussi essayé d'apprendre le Gobelbabil mais la langue était très différente des langues qu'elle connaissait et elle avait du mal à l'intégrer. Elle avait juste quelques notions et des phrases toutes faites pour des situations bien précises. Toutefois, le fait qu'elle les connaissait et qu'en plus elle n'était pas étrangère aux Gobelins – qu'elle avait réussi à intriguer avec le temps – elle avait gagné le respect de la nation gobeline, et aussi l'affection de Gnarlak.

Elle avait aussi appris à maîtriser la magie en lisant des livres de sortilèges et de métamorphoses et elle avait un très bon niveau en potions, ayant appris auprès d'un Maître, bien qu'Eileen ne portait pas ce titre, elle avait toujours gardé son don pour elle. Elle était au moins certaine de ne pas se faire humilier si facilement qu'Harry Potter dans le livre une fois qu'elle entrerait dans la classe de Severus.

Severus... Elle qui l'appelait affectueusement Sevy ou Sev quand elle lisait et relisait livres et fanfictions, elle allait devoir faire l'effort de l'appeler par son titre. Cela allait être galère ...

Elle avait été choquée d'apprendre que tout ce qui était dans les livres, au sujet des Weasley et de Dumbledore n'était qu'un énorme mensonge. Elle savait Dumbledore manipulateur, mais à ce point-là ! Cela rejoignait certaines fanfictions. Elle en était arrivée à se demander qui était Voldemort. Elle devrait peut-être correspondre avec Quirell, ou avec Voldemort une fois qu'il reviendrait à la vie pour en savoir plus. Est-il un véritable monstre ? Ou est-il une victime des erreurs de Dumbledore ? Ou peut-être les deux ... ?

Eileen et Harriet s'étaient renseignées au sujet de Sirius Black. Il s'était en effet avéré qu'il n'avait pas eu droit à un procès et elles avaient tenté de relancer l'affaire. Il y avait quelqu'un qui retardait la procédure et leur mettait des bâtons dans les roues. Elles avaient de sérieux doutes quant à son identité. Qui d'autre qu'Albus Dumbledore, grand manitou suprême et chef du Magenmagot pour faire cela ? Mais avec les Gobelins pour alliés, un jour ou l'autre les Prince pourront faire en sorte que Sirius Black aie son procès et peut-être même l'aveu de son innocence. Ce n'était qu'une question de temps et de protocole à suivre et de preuves à rassembler pour Amélia Bones.

Elle soupira alors qu'elle avançait dans la gare de King's Cross avec sa mère. Pour l'occasion, Eileen avait laissé sa véritable apparence. Il n'y avait plus personne pour la reconnaître si ce n'est son fils et il ne faisait jamais partie des accompagnateurs, préférant de loin rester à Poudlard pour faire quelques potions. Elles virent les Weasley qui attendaient, vraisemblablement la jeune Harriet Potter mais les deux Prince ne leur accordèrent aucun intérêt et elles s'avancèrent la tête haute et le port noble.

La sorcière avait veillé à ce que sa fille reçoive l'éducation d'une Sang-Pur, étant une héritière de sa famille, même en tant que Sang-Mêlée, car son nom célèbre effacerait très probablement ce petit détail de la toile. Harriet devrait donc bien se comporter. Mais Eileen n'en doutait pas puisqu'elle était bien trop mâture et intelligente pour son âge pour trop se laisser aller à des enfantillages. Sérieuse et intelligente comme elle était, elle n'avait aucun doute que sa fille finirait à Serdaigle ou à Serpentard, et cette dernière disait justement vouloir aller dans ces maisons et éviter Gryffondor même si elle avouait avoir un léger tempérament qui pourrait la faire atterrir chez les lions. Ce qui n'était pas faux.

« Si jamais tu as le moindre problème, tu viens me voir, d'accord ? »

« Promis, maman, » sourit Harriet.

Eileen avait appris le français pour pouvoir avoir des conversations privées avec sa fille une fois à Poudlard, elles ne seraient comprises que par quelques-uns et encore, seulement si elles oubliaient de lancer un sortilège de discrétion. Et Harriet avait commencé naturellement à appeler sa bienfaitrice 'maman' parce qu'elle l'était devenue, sur le papier mais aussi par le sang.

Sa mère lui épousseta un peu sa veste pour en chasser quelque poussière inexistante et réajuster son col de chemise. Sauf que sa fille s'habillait toujours proprement et il n'y avait jamais un faux pli dans ses affaires. Elle était totalement autonome. La jeune fille lui fit un sourire amusé.

« On dirait que je vais te manquer... Pourtant on se verra souvent... »

« Ce ne sera pas la même chose, mon trésor. »

« Je sais. »

Un sifflet retentit au loin. Harriet s'assura qu'elle avait bien sa baguette dans sa manche, bien rangée dans son holster, avant d'embrasser sa mère et de prendre sa valise pour monter dans le train. Direction Poudlard. Mais cette fois-ci, elle vivrait les aventures de son personnage préféré et elle éviterait les erreurs qu'il avait commises. Elle ne serait pas aussi gryffondor décérébré que lui. Mais elle acceptait totalement l'idée typiquement snapienne de vouloir sauver la veuve et l'orphelin.

Elle s'installa dans un compartiment toute seule et en profita pour déjà revêtir son uniforme de Poudlard. Elle fit signe à sa mère avant de se plonger dans la lecture d'un livre sur les plantes rares de France et leurs utilités dans les potions. Elles avaient visité le pays durant les vacances et elles avaient flashés sur une librairie de l'allée sorcière de Paris.

« Excuse-moi, je peux m'asseoir ? » demanda quelqu'un. « Il n'y a plus de place nulle part. »

Harriet ferma les yeux deux secondes. Elle était prête à mettre sa main au feu que c'était Ronald Weasley. Cela ressemblait trop au livre pour en être autrement. Et effectivement, en relevant la tête, elle croisa le regard bleu et la tête rousse de cette graine de Gryffondor.

« Oui, » dit-elle avant de se replonger dans son livre.

Le jeune garçon s'installa en face d'elle et commença à parler.

« Au fait, je m'appelle Ron. Ron Weasley, » dit-il en tendant la main.

« Hmm hmm, » fit la jeune fille, totalement décidée à l'ignorer.

« Tu lis quoi ? C'est intéressant ? »

« Si on te le demande, tu diras que tu ne sais pas, » soupira-t-elle sans lever les yeux.

« Tu n'es pas très bavarde. »

« Cela pose-t-il un problème, Weasley ? »

« Tu ne m'as toujours pas dit ton nom. »

« Je n'avais pas demandé le tien, tu t'es présenté tout seul. Bien que j'en n'avais aucunement besoin. J'ai entendu parler des Weasley. Je t'ai reconnu d'un coup d'oeil. »

« Qu'est-ce que tu as contre les Weasley ? »

« Rien pour le moment, » mentit Harriet. « Mais si tu continues à m'ennuyer, je vais te coller le maléfice du bloclangue pour avoir la paix ! »

Elle retourna à sa lecture tandis que le jeune roux en face d'elle soupira et regardait par la fenêtre le paysage. Weasley était légèrement bruyant mais Harriet avait toujours su, même dans sa première vie, faire abstraction du bruit environnant pour se concentrer sur ce qu'elle faisait. Elle fut toutefois interrompue à nouveau dans son activité par l'arrivée de deux autres premières années, une brune qui avait deux dents de castor qui avait l'air sûre d'elle et un petit brun timide et gêné qui se sentait totalement à l'opposé. Elle supposa immédiatement Neville et Hermione.

« Bonjour, est-ce que vous auriez vu un crapaud ? Neville a perdu le sien. »

« Non, on n'en a pas vu ! » fit Weasley avec une voix désagréable.

Harriet lui lança un regard noir avant de répondre d'une voix bien plus neutre.

« Allez voir les préfets à l'avant du train, ils pourront certainement vous aider. »

« C'est pas bête ça, merci beaucoup ! » sourit la brune en partant, tirant derrière elle un Neville tout rouge.

La jeune Prince n'eut pas le temps de se plonger dans sa lecture qu'elle fut à nouveau interrompue par l'ouverture de la porte de son compartiment. Elle vit du coin de l'oeil son voisin se tendre. Sans surprise, elle posa son regard émeraude sur Drago Malfoy, et ses deux gardes du corps, Vincent Crabbe et Gregory Goyle.

« Est-ce que vous auriez vu Harriet Potter ? » demanda Malfoy. « On dit qu'elle entre à Poudlard avec nous cette année. »

« Qu'est-ce qu'elle ferait avec un fils de mage noir ? Un mangemort comme toi ? » siffla Weasley. « Dégage, Malfoy ! »

« Un rouquin et une robe de seconde main, tu es sûrement un Weasley ! »

« Je te l'avais dit, Weasley, tu es reconnaissable ..., » fit Harriet en posant son livre avant de se relever. « Je suis Harriet Potter, que me veux-tu ? »

« Tu sauras sûrement que certaines familles de sorciers valent mieux que d'autres, Potter. Je peux te conseiller ? » dit le jeune héritier en tendant la main.

« Héritier Malfoy, de vos conseils, je n'ai pas besoin mais je vous remercie de votre sollicitude. Je peux parfaitement juger si certaines personnes sont fréquentables ou non. Je n'en doute pas de ce Weasley que je ne fréquenterai pas, bien trop rustre et mal poli à mon goût. Mais vous, comment puis-je juger du premier regard ? Tout ce que je connais de votre personne, c'est votre nom et la réputation de votre père qui, comme Weasley l'a indiquée, est assez sombre. Mais de vous plus exactement, je ne sais rien ... Que me voulez-vous ? Une relation amicale ? Ou peut-être une alliance ? Si vous êtes juste à la recherche de ma célébrité pour vous donner une meilleure image, passez votre chemin. Si vous souhaitez faire connaissance et peut-être devenir amis si nos caractères sont compatibles, pourquoi pas ... Je suis assez ouverte d'esprit. Mais sachez déjà, jeune Sang-Pur, je suis une Sang-Mêlée. Cela vous pose-t-il problème ? »

Harriet avait dit ceci en tendant la main, attendant qu'il la baise comme seul un parfait gentleman et membre de la noblesse pouvait le faire. Le blond fut d'abord choqué par sa façon de parler, franche et directe, puis il eut un petit rictus avant de la saluer dans les règles. Weasley, dans son coin, fulminait.

« Tu ne peux pas être amie avec ce Malfoy ! » s'indigna-t-il. « Son père travaillait avec Tu-Sais-Qui ! Celui qui a tué tes parents ! »

« Mes parents, je ne les ai jamais connus, Weasley ! » siffla la jeune fille en le fusillant du regard. « Et je trouve déplacé de juger un garçon de onze ans pour les actes de ses parents, et en particulier l'assassinat de mes parents, alors qu'il n'avait à l'époque qu'un an, tout comme nous ! De plus, Lord Malfoy n'est pas directement l'assassin de la famille Potter, il a juste décidé de s'allier avec la mauvaise personne ! »

Malfoy lui releva imperceptiblement un sourcil alors qu'un sourire en coin effleurait ses lèvres.

« Et contrairement à toi, il n'a pas été désagréable dès les premières paroles ! »

« Je ne suis pas désagréable ! »

« Vraiment ? L'accueil que tu as réservé à Malfoy me laisse penser le contraire. La manière dont tu as éconduit cette fille qui ne faisait qu'aider quelqu'un à retrouver son animal aussi ! »

« N'importe quoi ! Ce n'est pas pareil ! »

« Au contraire, Weasley, ça l'est. »

« Non, ça n'a rien à voir ! »

« Je crois que je vais aller dans un autre compartiment où je trouverai certainement une bien meilleure compagnie que la tienne, Weasley ! » fit Harriet en attrapant son sac pour y ranger son livre et s'emparer de sa valise.

« Il y a encore une place dans mon compartiment, » proposa Malfoy. « Enfin, si tu veux. »

« Ce serait avec joie. »

Harriet jeta un regard dédaigneux à Weasley avant de suivre Drago Malfoy. Crabbe et Goyle s'étaient emparés de ses affaires à la demande du blond. La jeune fille avait juste refusé pour le sac à dos. Ils rejoignirent un compartiment à l'avant du train. Il y avait déjà un peu de monde. Malfoy se fit un devoir de les lui présenter.

« Potter, je te présente Pansy Parkinson, Daphnée Greengrass, Théodore Nott et Blaise Zabini. Les amis, je vous présente Harriet Potter. »

« Potter-Prince, » corrigea la jeune fille.

« Je te demande pardon. »

« C'est Potter-Prince, j'ai été adoptée par la famille Prince. »

« Noble famille, » fit pensivement le blond. « Mais on n'entend plus vraiment parler d'eux. »

« Nous aimons la discrétion justement. Et puis, rien que le fait d'être la dernière Potter me place sous les feux de la rampe, on ne voulait pas le signaler auparavant car nous n'aurions jamais eu la paix. Mais comme cela va se dévoiler lors de la répartition, le dire maintenant ne change plus rien. Mais j'avoue apprécier le calme et je déteste les grandes foules, en particulier les journalistes bien trop curieux. »

« C'est compréhensible, » fit Pansy Parkinson avec un léger sourire. « Il est vrai que les journalistes peuvent être un peu envahissants... »

« Un peu ? C'est un euphémisme, Parkinson, » ricana Harriet. « J'ai dû faire mes courses de Poudlard sous glamour pour être certaine d'avoir la paix. J'ai été une fois repérée par quelques sorciers et nous avons dû partir rapidement, ma mère et moi, avant de voir débarquer les journalistes. Il s'en était fallu d'un rien. »

La jeune fille s'installa plus confortablement sur la banquette, juste à côté de la porte, en face de Blaise Zabini et à côté de Drago Malfoy.

« Dans quelle maison crois-tu aller ? » demanda Blaise.

« Difficile à dire, » répondit Harriet. « Je suis tout autant une Serdaigle qu'une Serpentard. Mais franchement, et j'en ai un peu peur, il y a une possibilité que je tombe à Gryffondor. Et là, ce serait l'enfer ! »

« Finir avec des lions décérébrés ? Totalement ! » rirent les autres.

« Serpentard, c'est le mieux. Mais sinon, Serdaigle est pas mal aussi, » fit Daphnée.

« Merci, Greengrass, me voilà rassurée. »

Ils discutèrent et firent connaissance tout le long du trajet et pour le plus grand bonheur de la jeune Prince, plus aucun signe de Weasley. Mais elle savait qu'elle devrait encore lui faire face durant l'année. C'était immanquable.