Chapitre 15 : Une Affaire de Cornichons
Si tu l'oses : 652 Nourriture
Harriet se leva plus tôt que d'habitude en ce jeudi matin, neuf janvier. C'était l'anniversaire de son frère. Sans parler du fait qu'il savait la vérité depuis près de dix jours et qu'il n'avait pas fait un seul pas dans sa direction. Il la laissait même relativement tranquille en cours. Plus ces regards de pure haine. Il restait juste ... froid et distant. Lui-même quoi ... Mais la jeune Prince savait que tout cela le travaillait beaucoup. Il en avait même oublié son sac de boule à neige. Elle l'avait ramené à la tour de Serdaigle mais ne l'avait pas encore rendu.
Aujourd'hui serait le jour parfait. Elle avait même prévu quelque chose pour lui. Elle n'avait pas fait de folie. Elle avait utilisé le pouvoir de Salle-Sur-Demande et avait marché longuement entre les rayons à la recherche du cadeau parfait. Et elle l'avait trouvé ! Simple mais cela toucherait certainement son coeur si elle en croyait tout ce que sa mère avait raconté et ce qui était écrit dans les livres.
Elle sortit très tôt de la tour et se rendit dans les cachots sous sa cape d'invisibilité. Il ne faudrait pas qu'on la remarque à cette heure-ci rendre visite à Snape. Cela éveillerait les soupçons. Elle préférait garder cela caché le plus longtemps possible. Elle toqua à la porte de ses appartements. Le Maître des Potions ouvrit une minute plus tard. Il n'était vêtu que de son pantalon et d'une chemise. Noirs. Il n'avait pas encore revêtu ses lourdes robes qui lui donnaient cette allure angoissante.
« Laisse-moi entrer, » murmura-t-elle.
Elle le vit pincer les lèvres et s'écarter légèrement pour la laisser passer. Harriet se faufila et il referma la porte. Elle quitta la sécurité de la cape.
« Tout comme ton père, tu aimes faire les coups fourrés et transgresser le règlement ! » siffla-t-il entre ses dents.
Elle soupira et se retourna pour le fixer dans les yeux.
« Bonjour, moi aussi, je suis contente de te voir, » fit-elle, les lèvres pincées. « Pour ta gouverne, j'ai quitté la tour des Serdaigles i peine quinze minutes. Je ne fais que passer mais si tu préfères, on peut annoncer à tout le monde le lien de sang qui nous unit ... » Il renifla. « C'est ce que je pensais. D'un autre côté, ce ne serait pas judicieux de le faire avec Voldy dans l'enceinte même du château. Surtout sans savoir exactement qui il est et ce qu'il veut vraiment. »
Severus la regarda les yeux écarquillés. Venait-elle vraiment de surnommer le Seigneur des Ténèbres Voldy ? L'inconsciente ! Elle sortit de sa sacoche le gros sac que Peeves lui avait balancé dix jours plus tôt.
« Non, je suis venue parce que tu as oublié ça dans le salon, » continua-t-elle en le lui tendant. « J'avais demandé à Peeves de faire en sorte que tu sois suffisamment fâché contre moi pour me poursuivre à travers tout le château si nécessaire. Je ne m'attendais pas à ce qu'il s'en prenne à tes boules à neige. »
Il lui jeta un regard noir mais récupéra le sac et s'assura de l'état de ses affaires. Aucune n'était cassée.
« Voilà, tu peux partir, » dit-il sèchement. « J'ai un cours à préparer. »
« Je t'ai dit que je ne comptais pas rester, je meurs de faim et même si tu es un Prince, je doute que tu te transformes en biscuit juste pour mes beaux yeux, » plaisanta-t-elle pour détendre l'atmosphère alors qu'elle fouillait de nouveau son sac. « J'ai pensé à quelque chose pour me racheter de la sale blague de Peeves. »
Severus, qui avait les bras croisés depuis qu'elle était dans ses appartements, releva un sourcil en la voyant sortir une petite boîte vert sombre et la poser sur la table de salon. Elle récupéra ensuite sa cape d'invisibilité, prête à s'en revêtir, avant de se diriger vers la porte d'entrée.
« Et en passant, » fit-elle avec un petit sourire en regardant son frère par-dessus son épaule. « Joyeux anniversaire, Severus. »
Elle sortit sans plus s'imposer. De toute façon, elle avait faim ! Et personne, personne, ne peut s'interposer entre elle et la nourriture ! C'était un devoir sacré que d'alimenter son petit corps et elle allait le faire comme tous les jours ! Elle partit de ce pas vers la Grande Salle, faisant un léger détour par un couloir sans tableau pour sortir de sous sa cape.
Quand elle fut partie, Severus se détendit. Il ne s'attendait vraiment pas à la voir dans ses appartements, encore moins là maintenant, juste avant le cours de potions. Toutefois, il était légèrement surpris qu'elle ne se soit pas imposée. Son père l'aurait fait, lui ... Peut-être que sa mère avait raison à son sujet. Tout comme Minerva. Harriet était différente de ses parents. Il n'avait cessé d'y réfléchir durant ces quelques jours, au calme, et il devait admettre que cela se voyait dans son comportement. Elle était plus ... comme lui, mystérieuse à sa manière, avec son caractère propre.
Il prit le sac avec ses précieuses boule à neiges et se dirigea vers son armoire soigneusement fermée. A l'intérieur, il y avait toutes les boules qu'il avait pu trouver et collectionner depuis qu'il avait l'âge de quatorze ans, la première étant une que Lily elle-même lui avait offerte avec un petit Père Noël jovial à l'intérieur. Cela pouvait paraître stupide et futile mais ces objets l'avaient toujours fasciné. Il n'arrivait pas à expliquer pourquoi.
Son regard onyx se posa ensuite sur la petite boîte que Potter avait déposée. Pris de curiosité, il s'en empara et l'ouvrit. Il se figea en découvrant une nouvelle boule à neige. Elle devint directement sa deuxième préférée, juste après celle de Lily. Il y avait à l'intérieur un petit bois sous la neige et une biche aux yeux verts sortait de la forêt.
« Lily, » murmura-t-il, la gorge nouée.
Il la rangea précieusement juste à côté de la boule au Père Noël et referma son armoire en se demandant si Harriet lui avait offert précisément cette boule en sachant qu'elle le toucherait autant ou si c'était le fruit du hasard. Il devrait lui poser la question quand il la prendrait à part pour un interrogatoire minutieux.
Il sortit et partit rapidement en cuisine se chercher un petit en-cas avant d'aller dans sa salle de classe préparer son premier cours.
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Harriet discutait avec Hermione et Padma dans la cour de métamorphose quand le corbeau de son frère se posa devant elle. Elle releva un sourcil en le prenant.
Miss Potter,
Je vous attends ce soir à 20h dans mon bureau pour votre retenue.
Severus Snape.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » s'étonna Padma.
« J'en sais rien, » répondit la jeune Prince. « Mais comme c'est un peu chien et chat entre lui et moi ... Va savoir. J'ai peut-être été insolente une fois de trop. Cela ne me choquerait pas outre mesure. Il a l'art de me sortir de mes gonds. »
Elle griffonna sur un morceau de parchemin une réponse brève mais positive et la donna au corbeau avant de se tourner vers ses amies. Elles reprirent leur discussion sur les devoirs justement de potions et Harriet leur donna quelques astuces que sa mère lui avait enseignées.
Le soir-même, elle descendit vers les cachots d'un pas rapide et soufflant dans ses mains. Il n'y avait rien à faire, en hiver, cet endroit était une véritable glacière ! Elle plaignait sincèrement les Serpentards de vivre en pareil endroit. Elle arriva pile à l'heure devant le bureau du Maître des Potions. Elle n'eut toutefois pas le temps de toquer que la porte s'ouvrit déjà. Severus la laissa entrer et referma la porte.
« Au moins, tu as la qualité d'être ponctuelle, » commenta-t-il simplement.
« Avant qu'on aille plus loin, » dit-elle à son tour en s'avançant vers le bureau. « Ta retenue, ce n'est qu'un prétexte ou j'ai fait quelque chose de mal ? »
« Et pourquoi aurais-je besoin d'un prétexte ? » demanda l'homme en s'installant à son bureau.
Harriet resta debout, attendant qu'il l'invite à s'asseoir. Il la regardait de son regard si sombre, semblable à celui d'Eileen, les mains jointes devant sa bouche, curieux d'entendre sa réponse.
« Alors ... par où commencer ? C'est qu'il y a une petite liste ! Un, tu es un mangemort ou du moins tu en as la réputation, moi, je suis la Survivante. Officiellement, on n'est pas fait pour s'entendre. Deux, tu as montré dès le début de l'année que tu as une dent contre moi. Trois, tu as ta couverture d'espion à maintenir, ce que je te conseille de faire très sérieusement puisque Voldy est à Poudlard. »
« Pourquoi un tel manque de respect envers le Seigneur des Ténèbres ? »
« Parce que son nom complet, du moins celui qu'il s'est donné, est un très mauvais jeu de mot en français ! »
« Si jamais il t'entend l'appeler de la sorte ... »
« Je me prends au mieux un Doloris, au pire un Avada, » termina la jeune fille. « Pourquoi tu voulais me voir ? »
« Assieds-toi. » Elle obéit avec l'élégance des Prince. « Puisque ma mère a décidé de t'adopter par le sang et de faire de toi ma demi-soeur, j'ai quelques questions à te poser. »
« A voir si je peux te répondre ... »
Severus invoqua un service à thé et fit léviter la théière afin de les servir. Harriet ajouta simplement deux sucres et attendit qu'il commence à parler.
« Comment savais-tu pour le troll ? » attaqua-t-il tout de suite.
« Si je réponds à ta question maintenant, cela en amènera irrémédiablement d'autres bien plus épineuses et je serais obligée de te révéler une partie de mon passé que j'ai bien l'intention de garder pour moi pour le moment. J'ai confiance en toi pour me protéger, tu es bien plus vieux et plus expérimenté. Mais je n'ai pas confiance en toi pour ce qui est de mettre mon âme à nu et tout te révéler. »
« Comment sais-tu que le Seigneur des Ténèbres est dans le château ? »
« Même réponse. »
« Comment savais-tu pour le chien du troisième étage ? »
« Fluffy ? Même réponse. Enfin, quand bien même je ne le savais pas, avec Weasley qui me pousse depuis le début de l'année à y aller, je l'aurais certainement découvert bien assez tôt. »
« Sais-tu pourquoi il est là ? »
« Pour garder la pierre philosophale. Enfin, je crois. »
« Bien vu. Comment le sais-tu ? »
« Je vais finir par me prendre pour un disque rayé... »
Severus soupira en se pinçant l'arête du nez.
« Comment suis-je supposé vous aider, toutes les deux, si je n'ai pas le minimum d'informations. »
« Tu sais que je sais ces choses. Savoir comment je les sais n'a pas vraiment d'importance. Je les sais, c'est tout. Mais si je te dis que Voldemort est ... »
« Pas ce nom en ma présence, » siffla son frère en plaquant sa main sur son avant-bras gauche pour le masser doucement.
« Désolée ... Si je te dis qu'il est maintenant, au château, à la recherche d'un moyen de prendre la pierre au nez et à la barbe de Dumbledore, tu me croiras ? »
« Tu as des preuves qu'il est là ? »
« Pas concrètement non. Mais on n'a de bonnes raisons de le croire. De très bonnes raisons. Je pourrais sans doute faire un test pour le vérifier mais c'est un peu trop dangereux à mon goût. »
« Quel genre de test ? » fit Severus, curieux.
« L'an dernier, Maman et moi, nous sommes allées au zoo et j'ai découvert que j'étais fourchelangue. »
Severus s'immobilisa.
« Je te demande pardon ? »
« Je suis fourchelangue. Et Voldy l'est aussi. Je pourrais lui parler en fourchelangue mais ce serait directement me faire prendre pour cible. Etre en première ligne à onze ans, ou même de ma vie, n'est clairement pas mon objectif. »
« Pourquoi tu serais en première ligne ? »
« Ne joue pas à ça avec moi, Severus. Je suis au courant pour la prophétie ! »
« Comment ...? »
Le Maître des Potions allait de surprise en surprise. Cette jeune fille était bien au courant pour son jeune âge.
« Je ne me rappelle pas de tout dans les détails mais je suis née en fin juillet, Voldy m'a marquée comme son égale. Et il y a aussi une phrase du genre aucun des deux ne peut vivre tant que l'autre survit. Et pour répondre à ta question, de nouveau, cela rejoint les autres avec la même réponse que je ne peux pas te donner. Pas tant que je n'ai pas pleinement confiance en toi. »
« C'est effectivement ... l'idée de la prophétie, » articula Severus au bout d'un instant. « Qu'est-ce que je peux faire pour gagner ta confiance ? »
« Ce serait trop facile si je te disais exactement quoi faire, » fit-elle avec un petit sourire en coin. « Je vais te laisser patauger un peu. »
« Tu es fourbe. »
« J'ai été éduquée par une Serpentard et j'en ai un autre en admiration, » rétorqua Harriet en haussant des épaules. « Ca déteint. »
'Et j'ai aussi mentalement un peu près ton âge,' ajouta-t-elle pour elle-même.
Elle but une gorgée de son thé.
« Et puis, tu n'as pas non plus confiance en moi. Je crois pouvoir affirmer que tu n'as confiance en personne si ce n'est toi-même. »
« Excellente déduction. Tu n'es clairement pas aussi stupide que ton cornichon de paternel. »
Severus soupira et croisa les bras.
« Tu aurais dû être répartie à Serpentard, je me trompe ? » dit-il au bout d'un moment.
« Oui mais un Sang-Mêlé n'est pas très bien vu à Serpentard, alors en plus moi. J'aurais été considérée comme le futur mage noir en puissance. Très peu pour moi. Et puis, quand bien même j'aurais été répartie à Serpentard, j'aurais eu des problèmes pour fréquenter les Nés-Moldus avec cette idéologie de la pureté du sang si chère aux Sangs-Purs. »
« C'est vrai que c'est dur de se faire respecter en tant que Sang-Mêlé, » convint le Maître des Potions.
« Et tu n'aurais pas été là pour m'aider. Tu aurais plutôt été du genre à m'enfoncer encore plus, profitant de ton statut de chef de maison. »
« Prends-moi directement pour un connard, tant que tu y es ! » s'indigna Severus.
« Non, juste un homme rancunier qui rejette sur une enfant les fautes d'un autre qui n'était à l'époque qu'un adolescent stupide. En somme, pour reprendre ton insulte favorite, tu es un vieux cornichon opportuniste ! »
« Je vais t'en foutre du cornichon, jeune fille ! » siffla l'homme. « Je suis ton frère de vingt ans ton aîné et tu me dois le respect ! »
« Eh bien, commence déjà à te comporter en adulte de trente-et-un ans responsable et on en reparle, » rétorqua Harriet avec un rictus mais son regard émeraude était dur. « Et ose me dire que tu as été tout ce qu'il y a de plus mature et plus juste envers moi depuis le début de l'année. Je t'ai très bien vu m'observer pour m'attraper dès l'instant où je ferais une bêtise ! Pas de bol pour toi, je suis une jeune fille au comportement presque exemplaire. Mon langage laisse juste quelque peu à désirer de temps en temps quand on me cherche ! C'est tout ce qui tu peux avoir sur moi. Alors tu pourras dire ou faire ce que tu veux, pour moi, tu n'es qu'un vieux cornichon opportuniste ! Nah ! Je ne changerais pas d'avis tant que tu n'auras pas appris à me voir moi au lieu de voir un certain Gryffondor décérébré avec des lunettes et un sens de la blague qui était de très mauvais goût ! »
Elle posa sa tasse sur le bureau et se ferma totalement comme une huître, le visage neutre, noble, mais le regard assassin.
« Ne me regarde pas comme ça, » soupira Severus en détournant le regard. « Tu me rappelles ta mère. »
« Alors apprends à ne plus me chercher. Sauf si tu veux utiliser ça comme excuse pour avoir une discussion avec moi. Là, je pourrais encore comprendre et jouer le jeu. »
« Tu es une très mauvaise comédienne. »
« Vraiment ? Pourtant Dumbledore n'y voit que du feu ! Il ne s'est pas encore rendu compte que je le déteste parce que je montre toujours un petit visage d'ange avec un doux sourire quand il me regarde. Il rira moins quand on arrivera à prouver que Sirius est innocent du meurtre de sept moldus et de Pettigrow et qu'on le fasse sortir. »
« Black est tout sauf un innocent ! » siffla Severus en lançant à sa ... soeur un regard noir.
« Dans ce cas, je vais t'exposer les choses autrement. Qui entre Peter Pettigrow et Sirius Black est le plus courageux ? Qui est le plus lâche ? Qui n'a pas peur d'assumer ses actions et qui n'a toujours fait que suivre le mouvement ? Qui affrontait le danger et qui allait se cacher ? Quand tu auras répondu à toutes ces questions et que tu auras un peu mis de côté la vie d'enfer que les Maraudeurs t'ont fait vivre pour voir la vérité, envoie-moi ton corbeau. »
Elle regarda sa montre.
« Bon, ce n'est pas de tout ça, mais je te rappelle qu'il y a un couvre-feu et que je ne suis qu'une première année ... Il va falloir que j'y aille. Si jamais on me demande comment s'est passée ma retenue, je dirais que ... tu m'as fait récurer les paillasses à la brosse à dent ! »
« Il faudrait que j'y songe pour une potentielle retenue, » fit l'homme avec un rictus légèrement amusé.
La jeune fille leva les yeux au ciel en secouant la tête.
« Bonne soirée, Severus. »
« Bonne soirée ... Potter. »
Harriet sortit et retourna à son dortoir.
