Chapitre 17 : La Fièvre

Si tu l'oses : 172 Torche

Harriet s'excusa une fois encore auprès de ses amis. Elle avait toujours son foutu essai long de trois foutus rouleaux de parchemin à faire. Et elle approchait bien trop vite à son goût de la date butoir. Elle traversa une partie de la Grande Salle quand elle fut arrêtée par quelqu'un qui l'appelait. Une personne qu'elle ne voulait plus approcher.

« Eh, Harriet ! » fit Ronald Weasley. « Tu viens faire ... »

« Fiche-moi la paix, Weasley, » cracha-t-elle, la colère luisant dans son regard. « J'ai des devoirs à faire ! »

« Tu as passé toutes tes journées et tout ton week-end à la bibliothèque ces deux dernières semaines. Il faut se détendre un peu. »

« Se détendre ? SE DETENDRE ?! »

Sa voix se fit entendre dans toute la salle, amenant un silence pesant. Tous les regards, professeurs et élèves, étaient tournés vers eux.

« A cause de toi, Weasley, j'ai un foutu devoir supplémentaire à faire pour le professeur Snape ! »

« Ce n'est qu'un bâtard graisseux ! » fit le roux en haussant les épaules. « Laisse tomber, cette Chauve-Souris n'en v... »

Harriet s'était approchée de lui, les poings serrés et en avait envoyé un dans sa figure. Le Gryffondor tomba à terre, surpris, se tenant le nez, en sang. Il gémissait. La jeune fille entendit à peine les professeurs s'indigner et lui crier dessus, elle n'avait d'yeux que pour le Gryffondor qu'elle plaçait officiellement comme sa nemesis.

« Ecoute-moi très attentivement, Ronald Weasley, » siffla-t-elle, sa voix douce et mélodieuse aussi glaciale qu'un matin d'hiver particulièrement rude. « Je déteste avoir à me répéter. Je ne suis pas ton amie et je ne le serai jamais. A cause de ta petite blague en cours de potions, j'ai été privée de cours de potions ! Certes pour ma santé mais j'aurais très bien pu m'en passer ! C'est à cause de toi si je me retrouve avec trois putains de rouleaux de parchemins à rédiger pour le professeur Snape ! » Elle observa le gamin se relever, le regard assassin. « Et ce bâtard graisseux, comme tu dis, en vaut la peine ! Et tu sais pourquoi ? Tout simplement parce que c'est le plus jeune et le plus talentueux des Maîtres des Potions d'Europe ! »

Les professeurs relevèrent les sourcils face à cela. Ils le savaient certes mais personne ne se serait attendu à ce qu'un élève défende le Serpentard aigri et froid.

« Tu devrais l'écouter attentivement en cours et apprendre quelque chose plutôt que de faire l'imbécile et ou, si cela t'amuse de le faire, d'au moins laisser les autres avoir l'opportunité de tirer quelque chose de son enseignement ! J'ai autre chose à foutre que de traîner avec cancrelat comme toi ! Tu veux passer ta vie à jouer, soit ! Mais trouve-toi un autre pigeon stupide que moi ! Je ne t'appartiens pas ! Maintenant, tu m'excuseras mais je dois aller en bibliothèque ! J'ai un devoir à terminer en espérant ne pas me ramasser une retenue dès ce soir pour t'avoir frappé ! Je n'ai vraiment pas le temps pour ça ! »

La jeune fille partit furibonde en massant sa main douloureuse. Eh merde ... Pourquoi a-t-il fallu qu'elle utilise sa main droite pour le cogner ? Elle avait une légère blessure au niveau de l'os au départ de ses doigts. Rien de grave en apparence mais la bouche humaine étant un nid à bactéries, cela pourrait s'infecter rapidement. Elle verrait au soir en sautant pour une fois le repas pour aller à l'infirmerie. Elle n'avait vraiment pas le temps pour ça ! Elle espérait qu'elle pourrait écrire sans trop de difficulté.

Dans la Grande Salle, le silence resta encore un moment avant que les discussions fusent à plein régime, encore plus fort qu'à l'accoutumée. Harriet venait de faire son premier éclat, sa première véritable saute d'humeur. On était en mars. Severus lui-même était impressionné. Malgré le masque que la jeune fille affichait devant tout le monde, il avait pu remarquer la forte tension entre les deux, surtout depuis Noêl. Mais peut-être le détestait-elle depuis bien plus longtemps ? Sa mère lui avait évoqué les versements sur le compte des Weasley. Serait-elle au courant ? Probablement. Elle savait déjà tellement de choses ...

Il retint un soupir. Il n'avait toujours pas réussi à avoir sa confiance. Il n'avait donc aucun élément pour deviner qui elle était vraiment. Elle restait un mystère complet pour lui. Juste un détail venait d'être percé à jour dans cette salle. Elle n'avait pas dit ouvertement qu'elle l'appréciait, elle avait mis en avant ses talents et capacités mais Severus n'était pas dupe. Elle lui avait montré si pas sa confiance, au moins sa loyauté. Loyauté envers les Prince, sa famille. Peut-être devrait-il laisser tomber un peu ses murs et lui accorder un peu de sa confiance en retour ?

A méditer ...

xXxXxXx

Harriet tenait son travail en main. Elle était tellement épuisée qu'elle regardait à peine où elle allait. Elle ne se sentait pas très bien en plus. Cela faisait deux jours depuis son altercation avec Weasley. Deux jours où elle avait à peine dormi et à peine mangé. Tout pour terminer ce foutu travail. Il ne lui restait plus qu'à le remettre à son frère.

Elle ne faisait tellement pas attention à son environnement, circulant instinctivement dans le château, connaissant le chemin sur le bout des doigts, elle percuta quelqu'un.

« Pardon, » dit-elle, l'esprit ailleurs.

Elle vit à peine le regard bleu de son professeur mais elle reconnut le turban.

« Excusez-moi, professeur Quirell, » ajouta-t-elle ensuite. « Je ne regardais pas où j'allais. »

« F... f... faites att... t... tention à l'avenir, M... m... miss Potter. »

Elle partit, continuant son chemin vers les cachots, mais elle entendit très clairement les sifflements rageurs. Ils étaient presque imperceptibles, tels des murmures mais elle les comprit très bien. Du fourchelangue... Voldemort ... Elle avait enfin sa preuve ! Ou bien était-ce son imagination ? Elle se sentait fiévreuse. Elle pouvait très bien halluciner.

Elle eut vaguement l'impression de voir le monde tanguer autour d'elle. Des vertiges... Peut-être sa fatigue. Elle avait si peu dormi ces deux dernières semaines, sans parler ces derniers jours. Elle avait eu beaucoup de mal à boucler tous ses devoirs. Elle descendit lentement les escaliers menant aux cachots et parcourut les quelques couloirs. Elle arriva devant la porte du bureau de Severus. Elle inspira profondément avant de frapper.

« Entrez ! »

Sa voix était froide. Glaciale même. Génial ... quelqu'un l'avait énervé. Elle n'avait vraiment pas envie de traiter avec un homme pareil dans son état. Elle soupira et entra.

xXxXxXx

Severus était de très mauvaise humeur. Il avait encore une fois eu la preuve de l'incompétence et l'incapacité de ses élèves à lire une consigne et l'appliquer à la lettre. Cinq chaudrons avaient explosés dans sa classe. Rien que cette matinée ! Il avait retiré pas mal de points pour cela.

Il était dans son bureau à corriger quelques essais d'une nullité affligeante quand quelqu'un frappa à sa porte.

« Entrez ! » fit-il de sa voix glaciale.

La porte s'ouvrit sur Harriet Potter. Il la regarda approcher, silencieuse, et lui donner son devoir. Il avait demandé trois rouleaux mais elle avait semble-t-il eut besoin d'un quatrième. Elle s'apprêtait à repartir quand il la retint.

« Reste, il faut que je te parle, » dit-il d'une voix un peu plus neutre. « Attends juste deux petites minutes. »

Elle hocha la tête, toujours aussi silencieuse. L'homme lui jeta un regard soucieux. Elle avait le teint très pâle et le regard légèrement vitreux. Il ne l'avait jamais vue ainsi jusqu'alors. Il se pencha sur le devoir qu'il avait commencé à corriger afin de le terminer. Il vit du coin de l'oeil la jeune fille se tenir brusquement à son bureau, l'autre main, bandée, se tenant la tête, masquant quelque peu son visage. Il fronça les sourcils en la regardant attentivement.

Ses traits étaient tirés, son visage crayeux et il y avait de sombres cernes sous ses yeux. Une fine pellicule de sueur était visible à la lueur des torches. Elle tremblait légèrement. Il reconnut les signes. Elle allait s'évanouir.

Il posa brusquement sa plume et se leva pour rapidement faire le tour de son bureau. Il eut tout juste le temps de le faire qu'elle tombait déjà dans ses bras, inconsciente. Il posa une main sur son front. Elle était brûlante.

« Dans quel état tu t'es mise ? » murmura-t-il.

Il ferma son bureau d'un coup de baguette avant de prendre Harriet dans ses bras. Il l'amena directement dans ses appartements privés et l'allongea sur son canapé. Il ne perdit pas de temps et lui lança un sort de diagnostic. Heureusement que Severus avait dû suivre quelques cours de médicomagie dans sa formation pour devenir Maître des Potions. Elle était exténuée et affamée mais aussi ... il porta un regard sur la main bandée. Il défit précautionneusement le pansement et examina la plaie. Elle était infectée. Avec sa fatigue et son jeûne, cela n'avait pas arrangé son état.

« Idiote, » soupira-t-il bruyamment en attirant à lui un baume de soin.

Il soigna la main et la banda à nouveau. Il alla ensuite chercher un plaid dans son armoire et recouvrit sa soeur. Il lui apposa également un sort de chaleur et une alarme pour signaler son réveil. Il partit ensuite pour son laboratoire préparer rapidement une potion pour faire baisser sa fièvre. Cela ne lui prit pas plus de vingt minutes. Quand il revint dans son salon, il la réveilla doucement et tomba sur deux orbes émeraudes fiévreuses.

« Bois, » dit-il simplement en posant le bord de la fiole contre ses lèvres.

Elle obéit docilement. Severus reposa sa tête sur le canapé et écarta une mèche de cheveux de son front pour y glisser ensuite un linge frais qu'il venait d'invoquer.

« Repose-toi, petite inconsciente. Nous parlerons plus tard. »

Elle hocha faiblement la tête en fermant les yeux. Elle se rendormit rapidement. Le Maître des Potions soupira en se relevant. Il agita sa baguette pour transfigurer son uniforme scolaire pour un simple pyjama. Noir. Il alla chercher les devoirs qu'il lui restait encore à corriger et s'installa à sa table pour continuer tout en gardant un oeil sur sa demi-soeur. L'après-midi passa rapidement dans le silence apaisant de son appartement. On n'entendait que la respiration profonde d'Harriet et le grattement éventuel de la plume acérée de Severus.

Vers dix-neuf heures, la jeune fille émergea et se redressa lentement. Elle observa l'environnement d'un oeil fatigué et ne reconnut rien. L'homme le remarqua et posa sa plume pour la rejoindre. Il posa immédiatement une main sur son front.

« Tu es encore un peu chaude. »

« Parle plus lentement, s'il te plait, » murmura-t-elle en se frottant légèrement les yeux. « Je suis pas connectée. »

« Je ne parle pas français. »

Elle soupira bruyamment.

« S'il te plait. Plus lentement. »

« Tu as encore un peu de fièvre, » répéta Severus en écartant une mèche de ses cheveux noirs pour la glisser derrière son oreille.

« Hmm... »

« Pourquoi ne pas avoir été à l'infirmerie ? »

« ... Devoir à finir ... »

L'homme soupira à son tour en se pinçant l'arête du nez.

« Stupide Gryffondor. »

« Serdaigle, » rétorqua faiblement la jeune fille, les yeux fermés. « Où sont les toilettes ? »

« La porte là, » répondit-il en désignant une porte derrière eux.

Elle se leva sous l'oeil soucieux de son frère et s'y dirigea en traînant des pieds. Elle était encore épuisée. Cela se voyait dans son manque d'élégance. Severus soupira et agita sa baguette vers sa petite cuisine. De l'eau se mit à chauffer pour le thé. Harriet revint quelques minutes plus tard et il la poussa doucement à se réinstaller dans le canapé. Elle eut un léger frisson et s'emmitoufla elle-même sous la couverture. Son frère lui lança un sort de réchauffement.

« Merci, » murmura-t-elle avec soulagement.

Il lui tendit une tasse de thé fumante et elle la serra entre ses mains, silencieuse.

« J'ai lu ton travail... »

« Je ne veux pas en entendre parler, » soupira-t-elle les yeux fermés.

« Même si je te dis que tu as largement dépassé l'Optimal ? » fit son frère en haussant un sourcil.

« Oui même là. »

« Serais-tu à bout ? »

« Je ne relèverai pas cette question particulièrement idiote. La réponse doit certainement se lire sur mon visage. »

Severus retint une grimace. Cela ne se passait pas bien pour une tentative de discussion. Elle avait, semble-t-il, un peu son caractère. Il changea alors de sujet.

« Depuis quand parles-tu français ? »

« Depuis toujours. »

« Ta tante vit en France ? » s'étonna l'homme. « Mais je croyais... »

Harriet ouvrit des yeux fatigués et plongea son regard dans celui de son frère.

« Non, elle vit à Little Whining, dans le Surrey, » répliqua-t-elle doucement. « Mais tu as touché quelque chose. Et puis, mon français est plus belge qu'autre chose... »

'Elle semble être un peu plus bavarde...,' songea Severus. 'Je devrais en profiter pour avoir quelques réponses.'

« Pourquoi tu m'as défendu dans la Grande Salle ? » demanda-t-il. « On ne peut pas dire que je t'apprécie beaucoup. Ou que je me fasse apprécier de qui que ce soit, d'ailleurs. »

Elle soupira.

« Le concept de famille sans doute. Et puis, pendant longtemps je t'ai pris pour un connard jusqu'à ce que je découvre la vérité à ton sujet. Ta vie, ta personnalité, tes sacrifices font de toi un personnage si ... j'ai pas de mot qui me vient à l'esprit pour te décrire ... Je ressens plusieurs choses pour toi, de l'attachement, de la pitié, de la peine, un peu de colère et de rancoeur aussi. Mais surtout de la peine. »

« Comment as-tu appris autant de choses sur moi sans que ma mère ne te dise quoi que ce soit ? »

Elle soupira en souriant.

« Vieux cornichon opportuniste, » dit-elle. « Profiter de mon état pour me soutirer des infos. Tu crois que je ne vois pas clair dans ton jeu ? »

« Percé à jour, » grimaça-t-il. « Si facilement. Je perds la main. »

« Non, je te connais juste trop bien pour me faire avoir si facilement. Même fatiguée. »

« Tu ne me fais toujours pas confiance, hein ? »

« Mais toi non plus, » rétorqua Harriet.

« Difficile de faire confiance à une enfant. »

Il soupira.

« Est-ce que tu as une pensine ? » demanda-t-elle soudain après un instant de silence.

« Euh ... non, je n'en ai pas. Mais je peux voir avec Dumbledore pour lui ... »

« Non ! Oublie le glucosé. »

La voix d'Harriet, malgré la fatigue, était sèche et ses yeux étaient devenus assassins.

« Aucun de mes souvenirs ne sera déversé dans sa foutue pensine ! »

Elle se mit à réfléchir longuement.

« Il doit certainement en avoir une dans la Salle-Sur-Demande ... »

« La quoi ? »

« Tu te souviens de l'appartement ? »

« Oui, d'ailleurs je ne l'avais encore jamais vu. »

« C'est normal. C'est la Salle-Sur-Demande qui l'a recréé à ma demande. Je m'y sens à l'aise. C'est une salle magique. En fonction de ce que tu as besoin ou de ce que tu demandes, elle le crée pour toi. »

« Pourquoi tu veux me montrer un souvenir ? »

« Parce que je crois avoir entendu quelque chose mais je ne suis pas sûre. C'était en venant ici. »

« Et tu voudrais que je jette un oeil, » comprit l'homme.

« Oui. »

« Où est cette salle déjà ? »

« Au sixième. »

Severus regarda l'heure.

« Tout le monde mange à cette heure-ci, » dit-il. « Nous pourrons y aller assez discrètement. »

« Tu oublies les tableaux. De véritables espions... »

Elle se frotta le visage, fatiguée.

« Je me désillusionne, » proposa-t-il.

« Si tu veux, » soupira Harriet. « Plus vite je serais fixée, plus vite on pourra savoir si notre hypothèse est juste ou non. »

« A quel sujet ? »

« La réponse se trouve sur ton bras gauche. »

Severus se massa l'avant-bras, au niveau de sa marque, comprenant ce qu'elle sous-entendait.

« Tu crois savoir qui sait ? »

« Je le sais depuis longtemps. Mais je le savais sans preuve. Il est possible que je l'aie entendu aujourd'hui. »

« Allons-y alors, » dit-il simplement.

Il agita sa baguette et rendit à la jeune fille son uniforme. Ils se levèrent ensemble et Harriet ouvrit la marche, Severus la suivant, désillusionné.