Chapitre 19 : Angoisse

Si tu l'oses : 348 Corbeau

Severus gardait un oeil discret sur Quirrell. Il était bien calme, toujours bégayant et légèrement effrayé. Ou du moins, il en avait l'apparence. Il se demandait toujours qu'est-ce qui était vrai entre le souvenir étrange d'Harriet et ce qu'il avait sous les yeux. Il avait été demander à sa mère de quoi pouvoir apprendre le français. Elle lui avait offert un léger sourire, le regard pétillant comme quand il était jeune en lui remettant ce qu'il avait demandé. Depuis, il passait quelques heures par jour à essayer de l'apprendre et, surtout, de comprendre le souvenir que sa soeur lui avait laissé dans son ensemble.

Il avait beaucoup de mal à comprendre. Un véritable défi ! Digne de lui. Mais il en était frustré aussi. Il avait l'impression d'avoir si peu de données. Si peu d'informations. Et sa soeur qui ne voulait pas lui en donner plus. Encore plus frustrant ! Il ne voulait toutefois pas la déranger alors qu'elle se mettait justement déjà, avec les autres Serdaigles, ainsi que son amie Granger, à étudier pour les examens de fin d'année. Il n'était jamais trop tôt pour se mettre à travailler et si cela pouvait éviter de la retrouver malade comme la dernière fois, alors autant la laisser tranquille. En attendant, il avait matière à réflexion et une langue à apprendre. Et oh Merlin, que le français était une langue compliquée !

Au fil des semaines, il apprit que les deux filles s'appelaient Coco et Mélanie et que cette dernière était de toute évidence l'aînée des deux. L'homme qui arrivait à la fin du souvenir était leur père. Harriet avait été plus que troublée par son arrivée. Elle l'avait appelé 'papa'. C'était son père ? Comment ? Est-ce que c'est cet homme qui a élevé Harriet ? Maman le connaîtrait-elle ? Encore des énigmes, des questions sans réponses.

Ne pouvant pas faire plus d'avancée sur les personnes et leurs liens entre elles, il se mit alors à examiner l'environnement lui-même. Les objets n'avaient rien de particuliers, sauf peut-être la télévision qui semblait étrange comparée aux modèles qu'il connaissait. Et les objets colorés dans les étagères qui ressemblaient à des livres et pourtant ne l'étaient pas. Sur tous, il y avait un étrange acronyme. 'DVD'. Il n'arrivait pas à déterminer ce qu'il signifiait. Mais sur tous les titres, les images, il en reconnut quelques-uns. Il s'agissait de films. Il y mettrait sa main à couper. Il reconnaissait 'Le Parrain'. Son père aimait regarder ce film parmi quelques autres quand il rentrait de son travail. Il n'aurait jamais pu ne pas le reconnaître.

Après une énième inspection minutieuse du souvenir, Severus quitta la pensine et repris son carnet de notes afin d'y transcrire ses dernières découvertes et questions. Il soupira en le refermant. Il se servit un verre de Whisky Purfeu avant de s'installer devant sa cheminée, songeur. De toutes les questions qu'il se posait, il y en avait une bien plus importante que les autres. C'était un souvenir d'Harriet. Alors pourquoi, par Merlin, elle n'apparaissait à aucun moment dans ce souvenir ? Aucune petite fille aux cheveux corbeau et aux yeux verts à la ronde. Il avait pourtant bien cherché ! Où était-elle ?

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Harriet était penchée sur son examen d'Histoire de la Magie. C'était son dernier puis elle avait fini et pourrait retourner à des lectures bien moins oppressantes. Des vacances ... Elle avait besoin de vacances ! Elle devait juste franchir cette dernière étape – elle espérait haut la main – et elle y serait enfin ! Elle avait répondu à seulement la moitié avant de s'arrêter avec un mauvais pressentiment. Elle observa d'un oeil absent les surveillants, se demandant ce qui pouvait bien la faire ressentir cela. Son regard se posa ensuite sur l'horloge et elle étouffa un cri de surprise avant de retourner sur son questionnaire. Elle avait perdu bien trop de temps à rêvasser ! D'abord l'examen, son mauvais pressentiment ensuite !

Elle eut tout juste le temps de mettre le dernier point quand on demanda à ce que toutes les plumes soient reposées. Elle en retint un soupir de soulagement. Tout d'un coup, toute la pression des examens s'envola de ses épaules et elle se sentait déjà beaucoup mieux. Comme après chaque session en fait... Toutefois, elle avait toujours ce sentiment de malaise. Comme si ... Comme si elle oubliait quelque chose d'important.

Elle remonta dans son dortoir avec cette impression qui la suivait. La première chose qu'elle fit en arrivant dans sa chambre, ce fut de prendre une douche bien chaude et de se vider l'esprit le plus possible. Cela l'aiderait à réfléchir. Quand elle en ressortit, elle se sécha minutieusement les cheveux avec son essuie, pensive. Elle retourna alors dans sa chambre et son regard vert se posa sur sa bibliothèque personnelle et, plus précisément, sur ses livres du futur. Par acquis de conscience, elle reprit le premier tome d'Harry Potter et le feuilleta rapidement.

« Oh merde ! » s'écria-t-elle en jetant le livre dans son sac.

Elle embarqua sa cape d'invisibilité et sortit prestement de la tour de Serdaigle. Elle se mit à courir dans les couloirs à la recherche d'un professeur. Elle tomba sur McGonagall.

« Miss Potter, on ne court pas dans les couloirs ! »

La jeune fille s'était arrêtée, haletante.

« Pardon, professeur mais il faut que je sache quelque chose. Est-ce que ... Est-ce que le professeur Dumbledore est au château ? »

« Pourquoi donc cette question ? »

« Je dois lui parler. C'est important. »

« Non, le professeur Dumbledore est à Londres. »

« Londres ... »

« Il a reçu un message du ministre de la magie et est parti sur le champ. »

Harriet se passa une main sur le visage en se retenant de jurer cette fois. Cela allait se passer cette nuit. Cette nuit ! Elle repartit en courant, s'éloignant de son professeur de métamorphose sans rien ajouter. McGonagall lui cria dessus pour arrêter de courir mais la Serdaigle n'obéit pas. Au détour d'un couloir elle se cacha dans une alcôve et se recouvrit de sa cape d'invisibilité. Elle descendit vers les cachots.

Elle ouvrit la porte et la referma sans même toquer. Elle trouva son frère comme elle s'y attendait à son bureau. Elle retira sa cape.

« Sécurise la pièce, » siffla-t-elle.

Severus haussa un sourcil mais le fit de deux coups de baguette, verrouillant ainsi la porte et leur accordant une bulle d'intimité.

« Depuis quand tu ne frappes pas aux portes ? » fit-il, surpris.

« Depuis que je frôle la panique en ce moment ! Dumbledore n'est pas là ! Quirrell va agir aujourd'hui ! »

« Comment peux-tu en être aussi certaine ? »

Elle sortit son livre de son sac et le posa précipitamment sur le bureau de son frère.

« Tu as de la chance que je les ai achetés en anglais pour mon plaisir personnel, » soupira-t-elle. « Page 294. Lis les deux chapitres. »

« C'est un roman pour enfants ! »

« Non ! Pour adolescents déjà ! Regarde le titre, andouille ! Cela ne te rappelle rien ? Je t'ai laissé un souvenir que je sache ! »

« Souvenir que je ne comprends toujours pas d'ailleurs, » rétorqua Severus avec humeur.

« Commence par lire les deux chapitres, à la rigueur tu peux survoler celui 'sous la trappe' mais lis bien l'autre. Quirell va agir cette nuit et il est hors de que j'y aille ou si j'y vais, pas toute seule ! Mais une chose est sûre, on ne peut pas le laisser s'emparer de la pierre ! »

Severus observa le livre un instant, puis jeta un coup d'oeil à la table des matières. Son regard s'arrêta un instant sur l'intitulé 'Le Maître des Potions'. Il l'ouvrit à cette page, curieux.

« Si tu veux, je te le laisse, » soupira la jeune fille. « Tu sais qu'il existe maintenant. Tu regarderas le chapitre concernant le cours de potions un autre jour ! »

Severus redressa la tête pour la regarder, surpris.

« Comment sais-tu que ... ? »

« C'est mon livre. Cela fait des années que je le connais, que je connais l'histoire, presque sur le bout des doigts. J'ai juste oublié que je vis cette foutue histoire ! Maintenant tu me lâches ce chapitre sur le Maître des Potions qui se trouve précisément au milieu du livre et tu vas à ceux que je t'ai demandés. Tu seras moins surpris par ce que tu verras potentiellement en bas comme ça. »

« Potentiellement ? »

Harriet soupira de frustration en se prenant la tête.

« Harry Potter est un garçon ! Je suis une fille ! Il est allé à Gryffondor ! Je suis à Serdaigle ! Il est ami avec Ronald Weasley ! Je ne le suis pas ! Le Severus Snape de l'histoire est un enfoiré de la pire espèce avec lui ! Tu es au mieux fréquentable avec moi, et attentif durant mes moments de faiblesse ! Tout n'est pas identique en particulier parce que je refuse de vivre sa vie et de me faire manipuler en beauté ! Excuse-moi pour le spoil mais là on n'a pas le temps ! Fais ce que je te dis, bon sang ! »

« Sur un autre ton, jeune fille ! »

« Alors fais ce que je te dis ! S'il te plait ! Je ne veux pas voir Voldemort revenir après seulement une année ! Il ne doit pas réapparaître avant longtemps ! Je suis supposée encore avoir du temps ! Mais si tu traînes, on risque gros ! »

La Serdaigle frôlait la crise de panique, Severus le vit clairement dans son regard qu'elle était effrayée. Il se leva, le livre en main, et vint la prendre directement dans ses bras pour la calmer. Il devait lui faire confiance. C'était dur. Lui qui ne faisait plus confiance à personne depuis si longtemps devait s'en remettre à une jeune fille de onze ans. Il dessina des arabesques dans le dos de sa demi-soeur et attendit quelques minutes qu'elle se calme totalement.

« Et si tu m'en faisais un résumé, » proposa-t-il plutôt. « Si tu connais cette histoire par coeur, cela ne devrait pas être bien compliqué. »

« Non, ce serait même facile mais il faut prendre en compte le fait que tout ne serait peut-être pas pareil... »

« Harriet, respire, » lui intima-t-il doucement. « Je te protégerai. Toujours. »

« Ce mot. Il est si puissant quand tu le dis, » murmura-t-elle.

« Lequel ? »

« Toujours. »

« Pourquoi ce mot en particulier ? »

« Tu le découvriras un jour. » Elle inspira profondément. « 'Sous la trappe' résume en gros toutes les épreuves qui mènent jusqu'à la pierre. Le chien à trois têtes au-dessus de la trappe, le filet du diable, l'épreuve des clefs, l'échiquier géant, un troll des montagnes, bien qu'il est déjà mort quand Harry et Hermione passe par... »

« Harry et Hermione ? »

« Oui, Ron Weasley, Hermione Granger et Harry Potter descendent sous la trappe. Ron se sacrifie à l'échiquier de McGonagall. Hermione et Harry passent la porte pour trouver le cadavre du troll. Ensuite c'est ton épreuve. Une énigme. Me demande plus laquelle, c'est de la pure logique avec des potions pour passer au choix à travers des flammes mauves ou noires. Il y a du vin d'orties et des poisons dans le lot aussi. »

Elle s'écarta de son frère, cherchant à trouver des mots sur ce qu'elle se rappelait dans l'ordre. Elle le fixa dans les yeux. Elle y vit de l'étonnement.

« C'est bien les épreuves que nous avons placées, » dit-il, tendu.

« Ca, c'est pour le premier chapitre. Le second, 'L'homme à deux visages', en gros tu connais déjà ce qu'il s'y passera. Tu le retrouves dans le souvenir que je t'ai donné. Harry découvre que c'est Quirrell qui veut voler la pierre et non Snape. Quirell lui demande de s'avancer vers le miroir du Riséd pour voir au travers. Il y voit ses parents, toute sa famille en fait. Et là, il y a Lily Potter, ou du moins son reflet qui lui glisse une pierre dans la poche et le vrai Harry la récupère. Puis, il y a Voldemort ..., » Severus se massa le bras mais ne l'interrompit pas pour autant, attentif. « ... Il demande à Quirrell de pouvoir lui parler, face à face. Il tente de l'amadouer par des paroles. Une quête de pouvoir. Une ruse sans doute pour le duper et le tuer à la première occasion. Harry refuse de s'allier à lui à cause du meurtre de ses parents. Et là, Voldemort demande à Quirrell de le tuer. Il a presque réussi d'ailleurs. Mais il y a un pouvoir dans le sang d'Harry selon Dumbledore. Un truc sur le pouvoir de l'amour véritable qui protégerait Harry contre ses ennemis et qui a brûlé Quirrell jusqu'aux cendres. Personnellement, je n'ai pas vraiment envie de descendre et de tenter cette partie de l'histoire car si c'est juste de l'artifice de fiction, j'aurais l'air bien conne et ... et »

Severus reprit sa soeur dans ses bras alors que la panique la reprenait. Il la serra contre lui, protecteur.

« Shh, calme-toi, » lui murmura-t-il doucement à l'oreille. « Je te protégerai, je te le promets. Il ne t'arrivera rien. Je suis là. »

Elle se serrait contre lui, tremblante. Elle pouvait être si arrogante et fière pourtant. Il en avait été témoin. Là, elle témoignait qu'elle avait un minimum d'esprit de conservation. Elle n'était pas une Gryffondor mais bien plus une Serdaigle avec un ascendant Serpentard. La survie à tout prix.