Chapitre 20 : Prendre la Pierre avant Quirrell
Si tu l'oses : 775 Panique
Severus tenait toujours sa soeur dans ses bras pour la rassurer. Il se rendit compte au bout d'un instant qu'il avait toujours le livre en main. Il l'observa un instant.
« Est-ce que quelqu'un d'autre à un exemplaire de ce livre ? » demanda-t-il doucement.
« Impossible. Et ceux qui en connaissent l'existence se compte sur les doigts de la main. Maman, Hermione, toi et moi. Bien que tu n'en connaisses pas encore l'histoire... »
« Hermione ... Granger ? »
« Oui. » Elle inspira profondément. « Tu as vu l'intitulé 'Halloween' ? »
« Oui... »
« Dis-moi ce qu'il s'est passé à Halloween, cette année. »
Severus réfléchit un moment, la tenant toujours dans la sécurité de ses bras.
« Le troll des montagnes. »
« Oui. Et Hermione était dans les toilettes des filles. Celles qui ont été saccagées justement. Je l'ai sauvée mais il a bien fallu que je lui explique pourquoi je savais pour le troll. »
« Pourquoi tu lui as tout dit à elle et pas à moi ? Je suis ton frère que je sache. »
« Tu me voyais te le dire à ce moment-là alors que tu ne savais rien. J'étais pour toi juste la gamine Potter et tu ne comprenais rien à mon lien avec la famille Prince. »
« Et à Noël, tu aurais pu me le dire... »
« Tu ne me faisais pas confiance. Encore maintenant, tu n'as pas confiance. Mais je n'ai plus le temps ... J'ai besoin de toi pour l'arrêter parce que je ne pourrais jamais le faire seule. Je ... J'ai peur, Severus. »
« Ca, j'ai remarqué, » sourit le Serpentard. « Et c'est normal. Je te prendrais pour une folle si tu n'avais pas peur. Mais l'arrêter ne sera pas facile. »
« S'il n'a pas la pierre, il partira. Il faut juste l'empêcher de s'en emparer. »
« Nous pouvons toujours y aller maintenant, » proposa Severus. « Je ne pourrais pas m'emparer de la pierre parce que j'ai des vues sur elle mais toi, tu pourrais. »
« L'épreuve de Dumbledore est tellement tordue, » soupira Harriet. « Mais elle est géniale en un sens. Enfin, si c'est toujours dans le principe de désirer trouver la pierre mais ne pas s'en servir. »
« C'est l'idée de ce vieux citronné en effet. »
« Si je l'ai entre les mains, je jure que je la renvoie à son propriétaire ! »
« Qui est ? »
« Ben, Flamel bien sûr ! » répondit Harriet en levant les yeux au ciel. « Je connais mes classiques quand même ! »
« Et tu sembles déjà bien plus détendue, » se réjouit Severus avec un sourire en coin.
Il attira à lui une fiole de potion.
« Mais prends ça. Tu vas m'accompagner mais je préfère éviter que tu fasses une crise de panique en bas, d'accord ? »
« C'est une fiole pour enfant ? »
« Seulement trois épis oui. Toute fraîche d'hier. Je devais les amener à Poppy quand tu as débarqué. »
Harriet but la potion et ne put réprimer une grimace de dégoût. Severus posa ses mains sur ses épaules et plongea son regard dans ses deux émeraudes, légèrement plus sombres que celles de sa mère.
« Est-ce que tu sais comment on passe devant le chien ? » demanda-t-il.
« Tu ne le sais pas ? » s'étonna-t-elle.
« Non. Dumbledore a jugé bon de ne pas divulguer cette information. »
« Touffu. Enfin, Fluffy adore la musique. Tu lui joues n'importe quel air et il s'endort. Enfin, en théorie. »
« Génial ..., » soupira Severus en se pinçant l'arête du nez.
« Quirrell avait ensorcelé une harpe dans le livre ... »
« On va essayer ça alors. Sous la cape de ton père. Allez. »
Le Maître des Potions avait fini par accepter cette maudite cape. Elle avait un intérêt pratique indéniable. C'était plus facile pour qu'Harriet le rejoigne dans son bureau sans se faire remarquer. Tant qu'elle n'apprendrait pas le sortilège de désillusion, elle n'aurait que cette possibilité.
« Suis-moi et ne fais pas de bruit, » dit-il ensuite en ouvrant la porte.
Il revêtit son masque froid de l'horrible Chauve-Souris des Cachots et parcourut les couloirs de son pas rapide, faisant quelques envolées de cape comme il aimait le faire pour impressionner, voire même effrayer ses élèves. Cela avait toujours un certain effet. Même sur les plus âgés. Il sentait toujours derrière lui la présence de sa petite soeur. Elle était discrète. Il devait vraiment faire un effort pour savoir exactement où elle était. Parfois même il la perdait mais elle n'était jamais bien loin et il la retrouvait grâce à ses sens qu'il avait aiguisé quand il était espion.
En arrivant aux alentours du couloir interdit, il croisa curieusement Ronald Weasley.
« Weasley ! » aboya-t-il. « Vingt points en moins pour Gryffondor pour rôder devant le couloir interdit ! Fichez-moi le camp ! »
Il attendit que le rouquin soit parti pour entrer dans le couloir interdit. Il sentit vaguement sa soeur passer sous son bras alors qu'il refermait la porte. Il la verrouilla d'un sort que même un alohomora ne pourrait pas défaire. Il vit Harriet apparaître de nulle part et elle semblait se retenir de rire.
« Pardon, c'est juste ... pardonne-moi le mot ... jouissif de voir Weasley se faire rabrouer ainsi ! » dit-elle en se retenant le plus possible.
« Je vois cela, » soupira Severus. « Va falloir que tu m'expliques ce que tu as exactement contre ce Gryffondor. »
« En quelques mots, c'est un mal propre, un profiteur et je me méfie des Weasley depuis que je sais qu'ils recevaient de l'argent de mes comptes alors que je n'avais encore que cinq ans ! J'ai toutes mes raisons de détester Ronald Weasley ! »
« Okay, on y va ? »
« Après toi, » fit la jeune fille en lui tendant la main. « Evite de te faire mordre cette fois. »
« Comment tu le sais ? »
Harriet rit doucement. Elle était bien plus détendue, sous les effets de la potion. C'était une bonne chose.
« Le livre. Et puis, il me semble t'avoir vu boiter peu après Halloween. Je n'ai juste pas pris la peine d'aller vérifier dans la salle des professeurs si Rusard te faisait bien un bandage à la cheville en maugréant sur le cerbère. Pourquoi perdre du temps à vérifier des détails insignifiants ? »
Severus hocha la tête et ouvrit la porte menant au Cerbère d'un coup de baguette. Il métamorphosa une fiole vide en un piano et l'ensorcela pour jouer un morceau. Cela sembla fonctionner car la créature s'endormit en quelques secondes. Le Maître des Potions en resta immobile, étonné, pendant un instant jusqu'à ce que sa soeur s'avance et repousse une de ses grosses pattes pour dégager la trappe et l'ouvrir.
Elle regarda les sombres profondeurs, hésitante. L'homme vint poser une main douce mais ferme sur son épaule pour la rassurer.
« Reste calme et ... »
« Et le filet du diable me laissera partir et si cela ne marche pas, cette plante déteste le feu. »
« Tu connais bien tes leçons. »
« Je savais ce qu'était le filet du diable bien avant d'être une sorcière, Sev', » fit la jeune fille avec un petit sourire avant de sauter dans le trou.
Severus fronça les sourcils à cette dernière phrase mais ne s'y attarda pas pour le moment. Il y réfléchirait plus tard. Il sauta à son tour et tomba sur une surface molle. Le filet du diable. Oh Merlin qu'il détestait les filets du diable. Il ferma les yeux et respira profondément pour rester un maximum détendu. Il se sentit libérer quelques instants plus tard. Il rouvrit les yeux pour croiser les deux émeraudes d'Harriet. Cette dernière se massait le poignet droit où la plante l'avait serré un peu fort, lui laissant une belle marque rouge.
« Finalement, on aurait peut-être du amener Weasley..., » fit-elle pensive.
« Ah ? » répliqua son frère un sourcil relevé, curieux.
« Il aurait paniqué et se serait fait tuer par la plante. Plus de Weasley. Plus de problème. »
Un rictus amusé apparut sur les lèvres du Serpentard alors qu'ils continuaient leur chemin vers la pierre. Ils arrivèrent dans la salle où ...
« Dis-moi que je ne dois pas monter sur un balai pour aller la chercher, » fit la Serdaigle avec espoir.
« Navré de te décevoir mais ... il faut monter sur un foutu balai pour aller chercher ces foutues clefs ! »
Severus lui montra alors le balai qui flottait dans le vide à hauteur de bassin. Harriet soupira, dépitée. Elle s'approcha du balai et regarda les clefs. Elles voletaient toutes. Comme ils passaient avant Quirrell, elle ne pouvait hélas pas s'attarder sur le détail de ses ailes. Elle allait devoir vraiment la reconnaître.
« Cela devrait être une grosse clef à l'ancienne, » dit son frère qui s'était approché de la porte. « En bronze comme la poignée. Es-tu douée sur un balai ? »
« Et toi ? »
Il grimaça.
« Bon, ben prions que j'ai le don des Potter alors. »
« Pour ? »
« Le Quidditch, bien sûr ! »
« Tu aimes le Quidditch ? »
« Non, mais tu peux avoir du talent pour quelque chose sans avoir pourtant l'envie de le faire ! »
Elle reporta son attention sur les clefs, ignorant le sourire amusé de son frère. Au bout de cinq grosses minutes, elle trouva la clef. Il ne restait plus qu'à aller la chercher. Elle inspira profondément et, sans regarder le balai devant elle, elle se saisit du manche pour l'enfourcher. La réaction à laquelle elle s'attendait se produisit dans la seconde. Toutes les clefs lui foncèrent dessus et lui picorèrent la peau.
« Ah ! Saletés ! » s'écria-t-elle avec colère alors qu'elle prenait son envol.
Chaque parcelle de sa peau, même celle sous ses vêtements, ne fut pas épargnée. Des plaies légères mais douloureuses apparaissaient sur son épiderme, là où les clefs l'attaquaient telle une nuée d'oiseaux rageurs. Elle ne perdit pas son objectif pour autant. Elle gémit quand une s'attaqua à son visage, sur l'arcade sourcilière. Elle eut rapidement du sang dans l'oeil.
« Harriet, ça va ? » fit la voix de Severus, inquiet.
Au même moment, elle s'était emparée de la clef.
« Attrape ! » hurla la jeune fille en fonçant vers son frère pour la lui donner.
Elle fit rapidement un tour de salle avec le balai avant de s'engouffrer par l'embrasure de la porte. Elle atterrit en catastrophe sur le sol. Elle avait mal partout. Elle voyait flou et un de ses yeux lui piquait. C'était désagréable d'avoir du sang dans l'oeil. Quel horreur ! Elle sentit la main de son frère glisser doucement sur ses mains et son visage.
« Ne bouge pas, » lui dit-il doucement. « Je vais soigner ça. »
Rapidement, la douleur reflua et elle put voir plus nettement. Une main pâle se tendit devant elle et elle l'accepta avec joie.
« Est-ce que ça va ? »
« Oui. »
« Sinon, tu es sans conteste une Potter. Tu as le talent de ton foutu père. »
Harriet soupira. Ça, elle s'en fichait. Pour elle, dans son coeur, son père n'était pas James Potter mais bien Eric Schietekat, un père aimant et fier de ses deux enfants. Severus fronça les sourcils en la voyant si peu réagir au compliment mais ne commenta pas.
Ils continuèrent ainsi leur chemin et commencèrent l'épreuve de l'échiquier. Ce fut un jeu d'enfant pour Severus. Le troll des montagnes un peu moins mais il avait vu bien pire lors de ses années auprès du Lord Noir. Rien d'insurmontable. Harriet était restée en arrière, le nez retroussé. L'odeur était vraiment ignoble. Encore pire que certains de ses chaudrons. Ils passèrent rapidement à la salle suivante.
« Tu veux résoudre l'énigme ? » demanda-t-il.
« Non merci, » répondit Harriet. « Je n'aime pas résoudre des énigmes dans certaines conditions. Je préfère être à mon aise pour ça. Plus tard, peut-être. »
Severus prit alors une petite bouteille ronde et la lui tendit. Elle en but une gorgée et sentit comme un voile glacial la parcourir. Elle frissonna. Son frère s'empara à son tour de la fiole et en but une gorgée et ensemble, ils se dirigèrent à travers les flammes noires, Severus guidant sa soeur avec une main sur son épaule. Ils arrivèrent dans une salle avec pour tout objet en son centre, le Miroir du Riséd.
Le Maître des Potions avisa rapidement les lieux de son regard acéré alors qu'ils approchaient du miroir. Il posa finalement son regard sur ce dernier et y vit Lily Potter avec lui. Un petit cri étouffé l'écarta de sa vision douloureuse pour se poser sur sa soeur. Elle avait les larmes aux yeux alors qu'elle avait posé une main sur la surface réfléchissante.
« Qu'est-ce que tu vois ? » lui demanda-t-il, curieux.
« Ma ... ma famille, » répondit-elle dans un sanglot.
Alors que Severus pensait qu'elle voyait la famille Potter au grand complet, Harriet, ou plutôt Mélanie, voyait sa famille moldue qui n'existait pas encore. Son père, sa mère, sa soeur, ses oncles et tantes, ses cousins. Tous la regardaient avec un sourire doux et Coralie l'avait prise, ou du moins son reflet, dans ses bras. Il y avait tellement d'amour et de compréhension dans leur regard que la Serdaigle ne put retenir plus longtemps ses larmes. Puis, elle vit sa petite soeur lui faire un tendre sourire, dévoilant ses petites fossettes qui lui manquaient tant, alors qu'elle lui tendait une pierre rouge. Le reflet de la Serdaigle la récupéra et la rangea dans son sac qu'elle avait emmené avec elle.
Harriet ouvrit alors son sac et y découvrit la pierre couleur rubis, légèrement translucide. Elle reporta ensuite son regard vert brillant sur le miroir ensorcelé.
« Merci, Coralie, » murmura-t-elle, la gorge nouée. « Je vous aime. »
Tous sourirent encore plus fort en réponse. Cela réchauffa son coeur meurtri tout autant que le saigna. Ils lui manquaient terriblement. Severus, quant à lui, fronça les sourcils une fois encore. Que voyait sa soeur ? Corlie ? Qui était-ce ? Elle la remerciait, probablement pour la pierre. Il reporta lui aussi le regard sur le miroir pour y revoir Lily. Mais très vite il écarta le regard. Le miroir était dangereux. On pouvait se perdre dans la folie en le contemplant. Il posa une main sur l'épaule d'Harriet et la tira à l'extérieur du champ d'action de l'objet. Elle se laissa faire, pleurant tout du long, son regard fixé sur le miroir.
Severus se pencha sur elle et l'obligea à le fixer dans les yeux. Il l'appela doucement.
« Harriet, regarde-moi, s'il te plait, » dit-il alors qu'il voyait toute la douleur et le désespoir dans ces yeux si verts et expressifs. « Ce miroir est dangereux. Il ne faut pas se perdre dans sa contemplation. »
« Parce qu'il montre ce que notre coeur désire le plus au monde, je sais, » sanglota la jeune fille en venant se réfugier dans les bras de son frère. « J'ai perdu ma famille et il me l'a montrée. Ca fait mal. »
« Je sais, Harriet, » murmura Severus à son oreille. « Moi aussi, je vois quelqu'un que j'ai perdu il y a longtemps. Mais il ne faut pas rester ici. Retournons dans mon bureau, ou ailleurs, si tu préfères, mais partons. »
Elle hocha la tête et elle se laissa guider hors de cet endroit, la pierre philosophale bien à l'abri dans son sac.
