Chapitre 21 : Profond Chagrin
Si tu l'oses : 517. Mystère
Severus avait raccompagné Harriet, les dissimulant tous les deux sous un sortilège. Il l'avait amenée à la Salle-Sur-Demande et l'avait laissée demander un espace où elle serait à son aise. Il se retrouva donc dans l'appartement moldu où il était rentré la première fois à Noël et où il avait découvert une partie de la vérité. La Serdaigle alla dans sa chambre et s'effondra sur son lit, la tête dans l'oreiller. Elle se mit à pleurer longuement, hurlant dans le tissu, désespérée. La douleur dans son coeur était si forte. Regarder des photos ou se remémorer à la moldue certains souvenirs était une chose, les voir dans une pensine ou regarder toute sa famille lui sourire à travers le miroir en était une autre. Cela avait ravivé ses vieilles blessures. Elle pensait les avoir refermées mais non.
Le Maître des Potions la regarda ainsi, presque anéantie par la vision qu'elle avait vue dans le miroir. Elle était bien trop jeune pour contempler un tel objet ... Et la potion calmante qui cessait peu à peu de faire effet à présent ne faisait que libérer le coeur de ce petit aiglon. Il avait des questions, tellement de questions encore, mais il savait que ce n'était pas le moment. Elle ne lui répondrait pas. Il rangea le livre qu'elle lui avait présenté plus tôt dans un pli de sa cape et il rédigea une note à sa mère, lui expliquant brièvement la situation.
Il se pencha ensuite auprès de sa soeur et posa une main rassurante sur son épaule. Il ne dit rien. Il n'y avait rien à dire. Il fallait laisser aller, laisser sortir. Lui-même avait le coeur serré par la vision qu'il avait vu dans le miroir mais contrairement à Harriet, il avait déjà tellement pleuré que ses larmes s'étaient asséchées depuis longtemps, depuis des années. Parfois, une larme coulait, solitaire, mais plus de torrents. A la place, son coeur s'était aigri et il était devenu sombre et amer. Il ne souhaitait pas cela pour elle. Pour personne en réalité. Il se pencha alors pour se rapprocher de son oreille.
« Tu veux que j'appelle Maman ? » demanda-t-il doucement.
Il n'entendit aucune réponse mais il vit sa tête se secouer doucement à l'affirmative. Il lui frotta doucement l'épaule de son pouce, faisant une légère pression, avant de la relâcher et de sortir. Il retourna rapidement dans son bureau et donna la lettre à Lueur, son petit corbeau. Ce dernier partit en croassant.
Il soupira et rangea le livre d'Harriet dans sa boite où il gardait toutes les affaires de Lily. Il ne voulait pas le perdre ou risquer de l'abîmer alors qu'il retournait dans le couloir interdit s'occuper de Quirrell, de l'arrêter ... Il inspira profondément. Tout ce qu'il venait d'apprendre et de voir ces dernières heures l'amenait à croire en Harriet. Elle savait beaucoup de choses. C'était indéniable. Mais d'un autre côté, sa logique lui dictait de ne pas la croire non plus car elle se basait essentiellement sur un roman, une fiction de toute évidence moldue.
Il se passa une main sur le visage. Il releva ses boucliers d'occlumancie avant de sortir de ses quartiers. Il avait plus urgent à faire que de s'interroger sur cela pour le moment. Harriet était en sécurité loin de Quirrell, ainsi que la pierre philosophale. Maintenant, il ne restait plus qu'à chasser le danger du château.
xXxXxXx
Eileen entra dans la Salle-Sur-Demande et retira son glamour une fois la porte fermée et verrouillée. Normalement il n'y avait aucun risque dans cette salle magique qui apparaissait et disparaissait mais mieux valait être trop prudent que pas assez. A peine fut-elle entrée qu'elle entendit les pleurs d'Harriet. Elle l'avait si rarement entendue pleurer et toujours de douleur physique. Comme la fois où elle s'était cassé la jambe et qu'elle n'avait pas apprécié la manière dont elle l'avait remise en place. Ou encore quand un chaudron lui avait explosée à la figure, déversant sur sa peau la potion qu'elle préparait et qui se trouvait être extrêmement agressive pour sa peau. La douleur avait été insupportable pour elle les premières heures. Mais tout cela n'avait jamais été que de la douleur physique. Là, ses pleurs ... ils étaient plus profonds.
Elle se dirigea immédiatement vers la chambre et découvrit sa fille qui hurlait de chagrin dans son oreiller entre chaque sanglot. Eileen en fut peinée. Non, même ce mot n'était pas assez fort. Sa petite fille était si forte, si mature, si maîtresse de ses sentiments en général, sauf pour ce qui était de la colère. La mère vint immédiatement la prendre dans ses bras pour la consoler. Elle ne demanda rien et patienta, murmurant quelques paroles pour la réconforter. Harriet semblait tellement avoir son âge en ce moment que c'en était troublant pour la plus âgée.
Elle la berça doucement et finalement, petit à petit, d'épuisement, le flot de larmes et de sanglots se tarit. Harriet s'était endormie dans ses bras. Eileen prit un mouchoir et essuya son visage et ses yeux rougis avec beaucoup de douceur, ne voulant pas la réveiller. La respiration de la jeune fille s'était faite plus sereine mais la Lady ne se fit aucune illusion. Quand elle se réveillerait, Harriet serait dans un triste état au niveau émotionnel. C'était bien trop profond pour que cela soit anodin. Fort heureusement pour elle, les examens étaient terminés. Cela n'affecterait en rien ses notes.
Elle la borda et lui embrassa le front. Elle resta auprès d'elle une bonne partie de la nuit. Severus la rejoignit quelques heures plus tard.
« Comment va-t-elle ? »
Eileen sourit. L'inquiétude, même si elle était légèrement cachée, était perceptible à ses oreilles. Elle connaissait si bien son fils.
« Elle va bien. Physiquement. Mais je crois qu'elle a vu quelque chose qui l'a bouleversée au plus haut point. »
« Elle s'est perdue dans le reflet du Miroir du Riséd, » dit l'homme. « Elle y a vu sa famille. Je suppose qu'elle a dû y voir Potter, Lily et ses ancêtres. »
La femme ferma les yeux en retenant un soupir.
« Je n'en suis pas si sûre, Severus. »
Son fils croisa son regard. Ces deux onyx cherchaient des réponses.
« Elle a dit quelque chose ..., » commença-t-il au bout de quelques secondes de réflexions. « Je ne suis pas sûr mais je pense qu'elle remerciait quelqu'un. »
« Qui ? »
« Corlie. Et elle a dit aussi qu'elle l'aimait. »
« Quels sont ses mots exacts ? En français, je veux dire. »
« Merci, Corlie. Je vous aime. Enfin, je crois. Elle les a murmurés. »
Eileen soupira et posa une main douce dans la chevelure lisse de sa fille.
« Cela te parle. »
« Oui ... Ce n'est pas Corlie mais Coralie. Sa ... sa soeur. Sa petite soeur. »
« Mais elle est fille unique ..., » répliqua son fils, les sourcils froncés. « Je le saurais si Lily avait eu une autre fille. »
« C'est là que tu te trompes sur Harriet, Severus, » dit doucement la bibliothécaire. « Oui, Lily n'a eu qu'une fille mais il te manque une donnée essentielle pour comprendre le mystère qui l'entoure. »
Le Maître des Potions se passa une main fatiguée sur le visage en soupirant. Voilà que sa mère s'y mettait aussi ! La barbe !
« Qu'en est-il de Quirrell ? » demanda-t-elle ensuite.
« Mort. »
« Bien. A priori, il n'y aura plus de danger. Du moins, pour le moment. »
« Parce qu'il y en aura d'autres ? » s'exclama Severus, bien que dans un murmure pour ne pas réveiller la jeune fille.
« Oh oui, j'en ai peur. Harriet t'a laissé de la lecture, il me semble. »
« Un livre pour enfant ... »
« Lis-le attentivement, Severus. Ne le prends pas, comme tu le définis si bien, comme un livre pour enfants. Tu peux passer certains détails insignifiants mais regarde les grandes lignes. Tu remarqueras certainement des choses. »
« Harriet m'a déjà sorti ce genre de discours ce matin, » maugréa le Serpentard.
« Parce qu'elle me l'a sorti il y a plusieurs années. A la différence de toi, je n'ai pu avoir accès à ces ouvrages que cette année. Cela fait pourtant cinq ans qu'elle vit sous mon toit. »
« Et tu la crois ? Tu lui fais confiance ? »
« Après tout ce que j'ai découvert, Severus, oui, je lui fais confiance. Elle savait qu'elle était victime de magie noire bien avant que les Gobelins ne lui fassent des examens ! C'est même elle qui a demandé à être examinée ! » Elle soupira et regarda sa fille. « S'il te plait, Severus. Lis-le. Après envoie-moi Lueur. Ce sera plus facile pour nous trois si tu savais tout mais il faut que tu comprennes les choses par toi-même. Vu ton caractère et ton esprit logique, tu accepteras plus facilement la nouvelle si tu fais les liens de toi-même. »
Severus se pinça l'arête du nez quelques instants en soupirant.
« Très bien, » dit-il finalement. « Tu ferais bien de la réveiller et de la renvoyer dans son dortoir avant que Filius ne s'inquiète pour elle. Je retourne dans mon bureau. Au revoir Maman. »
« Au revoir, Severus. »
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Harriet était silencieuse depuis deux jours, inquiétants ses amies. Hermione et Padma échangeaient quelques regards avant que la première ne se penche sur la jeune fille pour savoir ce qu'il se passait.
« Est-ce que ça va ? » demanda-t-elle doucement.
« J'ai connu mieux. Ca va passer sans doute. Ma famille me manque, c'est tout. »
Hermione entendit le soupir de désespoir de son amie et vint la serrer dans ses bras pour la réconforter. Les trois filles passèrent beaucoup de temps ensemble, en grande partie pour distraire leur amie de sa détresse. Même Drago Malfoy vint les rejoindre pour prendre des nouvelles de la Serdaigle. Il resta auprès des filles tout en supportant la Gryffondor, en grande partie pour ne pas bouleverser Harriet plus qu'elle ne l'était déjà. Jamais personne ne l'avait vue dans cet état. Dans un état de stress intense oui, bouleversée, jamais.
Ronald Weasley tenta une nouvelle approche de la Serdaigle à ce moment-là mais le Serpentard choisit de se conduire en gentleman et l'envoya paître, se prenant ainsi une retenue et quelques points en moins pour sa maison. Dommage. Il s'était fait prendre ... Mais Harriet n'était vraiment pas en état pour remettre la belette à sa place d'elle-même.
xXxXxXx
Cela faisait quelques jours depuis qu'elle était descendue dans sous la trappe quand Harriet retomba sur la pierre philosophale dans son sac. Elle la regarda un moment, mue par une curiosité enfantine. Elle avait toujours rêvé de la tenir dans sa main mais sans jamais vraiment espérer l'avoir. Elle la tourna entre ses doigts devenus agiles à force de manipuler des ingrédients et des ustensiles en potions. Elle était douce par endroits, rugueuse en d'autres. Elle semblait aussi usée, comme n'importe quelle pierre qu'elle pourrait trouver à Poudlard. Sa seule particularité : sa couleur d'un rouge flamboyant ainsi que son coté légèrement translucide.
Elle soupira et la posa sur son bureau avant de s'emparer d'un parchemin et de sa plume.
Cher Mr Flamel,
J'ai récupéré votre bien afin qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains. Il s'en est fallu d'un rien ... Ce bien vous appartient et je vous invite à venir le chercher à Gringott's dans une semaine au plus tôt. Je ne prendrais pas le risque de vous le rendre par hibou et qu'il se fasse intercepter. Un objet bien trop précieux pour cela.
Cordialement,
Mlle Schietekat.
Harriet avait utilisé son ancien nom pour plus de discrétion. Sa mère, comme les Gobelins gérants de ses comptes et de ceux des Prince étaient au courant. Ils savaient que c'était elle. Mais ce nom lui permettait d'avoir à la fois une identité et un minimum d'anonymat.
Une fois satisfaite de sa petite lettre, elle alla à la volière et utilisa un hibou de l'école pour la porter avant de remonter dans la tour de Serdaigle afin de faire tout doucement ses bagages. Elle devait reprendre le train deux jours plus tard pour Londres. Elle serait de retour à la maison.
