Chapitre 22 : Révélations

Si tu l'oses : 151 mars

Harriet était dans la cuisine à préparer les crêpes. Elle était encore vêtue de son pyjama et ses cheveux sombres étaient retenus en une queue lâche sur sa nuque. Elle avait aussi mis de l'eau à chauffer pour le thé. Sa mère était partie rapidement pour Gringott's déposer la pierre avec pour ordre de ne la remettre qu'à Nicolas Flamel uniquement. Elle ne devrait pas tarder à revenir.

Elle préparait les assiettes quand quelques coups secs contre la vitre. Elle se retourna et avisa le corbeau noir à l'extérieur. Elle releva un sourcil en posant les plats et alla ouvrir la fenêtre pour laisser entrer l'animal. Au même instant, sa mère rentra dans une gerbe d'étincelles vertes.

« Salut, M'man. Courrier. »

La mère embrassa Harriet sur la tempe avant de débarrasser le corbeau de sa missive. La jeune fille était retournée en cuisine pour préparer les dernières petites choses. Elle entendit un vague soupir de sa mère mais ne dit rien. De toute façon, son cerveau n'était pas encore totalement réveillé. Elle cuisinait plus par mécanisme. Elle ne devait pas trop réfléchir à cela. Elle avait l'habitude.

« Ajoute un couvert, » entendit-elle de loin.

« Hein ? »

Elle vit sa mère dans l'embrasure de la porte.

« Ajoute un couvert, ma puce, d'accord. Je suis de retour dans cinq minutes maximum. »

« Okay ... »

Elle obéit mécaniquement mais son cerveau était encore, tel un vieil ordinateur sur l'écran de démarrage qui peinait à arriver sur le bureau. Elle servit une tasse de thé à sa mère avant de se servir et s'était à peine assise quand elle entendit le son caractéristique du transplanage.

« Nous voilà, » fit Eileen. « Severus. Café ou thé ? »

« Café, » fit la voix neutre du Maître des Potions.

Harriet leva le nez de sa tasse et croisa le regard de son frère. Il lui fallut quelques secondes avant de se rendre compte vraiment de sa présence.

« Salut. »

« Tu n'es pas du matin, » commenta son frère en s'installant.

« Je n'ai pas encore pris ma douche salvatrice, » répondit Harriet alors qu'une tasse de café fumante arrivait devant l'assiette de Severus. « J'aurais dû ... Je ne suis loin d'être présentable ... »

« C'est ton frère ce n'est pas non plus le ministre, » rit Eileen.

« Plutôt mourir devant le basilic que de me rendre présentable pour la chiffe-molle qui est au pouvoir actuellement ! » s'exclama Harriet après avoir bu une gorgée de son thé.

Ils mangèrent en silence, seul le bruit des couverts s'entrechoquant était audible dans la pièce.

« J'ai lu le livre, » dit soudain Severus. « Deux fois. »

« Et ? » fit sa mère alors qu'Harriet gardait le silence pour terminer son repas.

« C'est assez intriguant que pour beaucoup de détails, ce soit correspondant à la vie au château, à ma personnalité, ou même celle des autres. Les événements ... Mais d'un autre côté, comment les choses sont aussi très différentes. »

« Et tu n'as rien noté d'autres ? » demanda Eileen.

« Il y a en effet une chose qui aurait dû te sauter aux yeux, du moins si tu as pris la peine d'y penser. »

« Quoi ? »

« La date de parution, » marmonna Harriet.

« La date ? »

La Serdaigle hocha la tête.

« Il est paru en 1997. »

Il y eut un silence pendant deux longues minutes alors que Severus observait tour à tour sa soeur et sa mère.

« Si c'est une blague, elle n'est pas drôle, » dit-il finalement.

« Vérifie par toi-même, Severus, » dit Eileen en faisant venir à elle le roman qu'il avait déposé sur un meuble.

Elle le lui tendit avec un petit sourire. L'homme en noir s'en empara prestement, les sourcils froncés et vérifia leur dire. Ses sourcils se soulevèrent de surprise. Il regarda à nouveau sa mère.

« Impossible, » dit-il néanmoins.

Harriet soupira et, comme elle avait fini son assiette, se leva.

« Je vais prendre une douche. Je serais bien plus alerte et à même de suivre une conversation après. »

La jeune fille disparut derrière une porte, laissant mère et fils seuls.

« C'est vraiment bon, » dit soudain Severus en montrant le repas.

« Une spécialité d'Harriet, » sourit Eileen. « Toute personne qui a eu l'honneur d'en goûter en raffole, parait-il. »

« Oh ... »

Un nouveau silence se fit avant que le professeur ne l'interrompe à nouveau.

« Comment va-t-elle ? »

« Ca va ... Elle est encore un peu déprimée mais elle reprend le dessus. Elle a juste été troublée de revoir ses parents. Et on a prévenu Nicolas Flamel. Sa pierre est de nouveau à Gringott's. Il faut juste qu'il vienne la chercher. »

« Hmm hmm. »

Harriet arriva rapidement complètement habillée et, de toute évidence, l'esprit plus clair.

« Qu'est-ce que j'ai manqué ? » demanda-t-elle avec un petit sourire en se réinstallant à table.

« Un compliment pour ta cuisine. »

« Merci, » sourit la jeune fille en rougissant légèrement. « Tout le monde aime mes crêpes. »

Severus hocha de la tête alors qu'il terminait son assiette. Puis ils s'installèrent tous dans le salon, Harriet à proximité de la fenêtre, sa place favorite tandis que son frère et sa mère s'installait dans le canapé.

« Comment, par Merlin, est-il possible que ce livre soit en votre possession alors qu'il ne paraîtra que dans cinq ans ? Si toutefois vous ne m'avez pas menti. »

« Je jure sur ma vie et ma magie que je ne te mens pas en te disant que ce livre est bien réel et que tout ceci n'est pas une blague, » fit la jeune fille.

Cela eut le mérite de surprendre son frère. Un serment magique. Inviolable en plus ! La vérité ...

« Explication, » réussit-il à dire malgré sa surprise.

Sa voix n'avait toutefois pas son coté cassant comme en cours. Eileen et Harriet échangèrent un regard avant de reporter leur attention sur Severus.

« Qu'est-ce que tu peux dire de tout cela ? » demanda alors la Serdaigle. « Qu'est-ce que tu as compris ? Qu'est-ce que tu peux déduire avec ce dernier élément ? »

Le Maître des Potions inspira profondément alors qu'il mettait tout cela en ordre dans son esprit.

« Pour résumer, un livre du futur entre mes mains qui raconte avec quelques différences une histoire que nous vivons. Toi, tu fais tout pour en changer les éléments qui te dérangent ou t'effrayent. » Harriet sourit et hocha la tête. « Un garçon à Gryffondor comme je m'y serais attendu pour toi à l'origine ... Est-ce que quelqu'un t'a apporté cet ouvrage ? »

« Non, » répondit la Serdaigle. « Je le lisais déjà quand j'étais petite. Ma première lecture, j'avais sept ans. Harry Potter était mon histoire préférée mais jamais je n'aurais cru à l'époque que la magie existait. J'en rêvais comme toute Potterhead mais ce n'était qu'un fantasme d'une fan ... »

« De quand date ta première lecture ? »

Le sourire d'Harriet s'élargit. C'était la bonne question.

« Février 2002 je crois. Peut-être Mars. » Elle soupira. « C'était il y a longtemps ... »

« 2002 ... Donc, tu voyages dans le temps ... »

La voix était sceptique et Harriet grimaça.

« Pas exactement, » répliqua-t-elle en croisant le regard de sa mère. « C'est plus ... compliqué ... que cela. On ignore encore comment c'est arrivé mais ... je me suis réveillée un jour ici, en 1985, dans un placard de Little Whining. Je suis bloquée sans avoir la possibilité de rentrer chez moi. »

« Chez toi ? »

« Belgique, 2020. »

Elle put voir de l'étonnement sur son visage. Ce n'était que simplement écarquillé les yeux. Cela voulait tout dire sur le visage de Severus. Il déglutit alors qu'il regardait les deux sorcières.

« Et Harriet Potter dans tout cela ? »

« C'est moi, » répondit Harriet.

« Oui mais si tu viens du futur, alors qu'est-il arrivé à la fille de Lily ? »

« C'est moi, la fille de Lily Potter, Severus, » soupira la Serdaigle en s'enfonçant dans le fauteuil. « Je ... je suis ... une femme de trente ans enfermée dans le corps d'Harriet Potter depuis l'accident. »

« Quel accident ? »

« Celui qui nous a ôté la vie, à ma grand-mère et à moi, » répondit-elle. « Je me suis réveillée un jour dans un placard sous l'escalier et j'ai paniqué. Au début, je pensais que c'était un cauchemar et que je me réveillerais dans ma chambre. Mes espoirs de me réveiller auprès de mon compagnon sont morts depuis longtemps maintenant ... »

Un silence lourd s'imposa dans la pièce. Harriet jeta un regard par la fenêtre et observa le vent jouer dans les feuilles du cerisier.

« Pourquoi ? » demanda alors Severus.

« Nous n'en savons rien, » répondit Eileen. « Et ce n'est pas comme si nous pouvions interroger Magia sur ses intentions ou ses actes. »

L'homme soupira alors qu'il se passait une main sur son visage fatigué.

« Trente ans ? »

« Je suis née le 25 avril 1995, Sev', » fit Harriet tout en continuant de regarder par la fenêtre. « Je te laisse faire le calcul. »

« Ca fait trente-cinq et non trente. »

« Oui ... hmm ..., » Elle sourit en remettant une mèche derrière son oreille. « C'est parce que je ne compte pas les années dont je n'ai aucun souvenir entre ma ... renaissance et ce jour dans le placard. Peut-être que j'étais encore trop jeune avant pour comprendre. Du jour au lendemain, je suis passée d'une universitaire qui accompagnait sa grand-mère en voiture à une petite fillette de six ans dormant dans un placard et se pliait en quatre pour satisfaire son oncle et sa tante afin d'éviter leur colère. Quelle chance que j'étais bilingue anglais-français parce que sinon, j'aurais été dans la merde. »

« Langage ! » sermonna doucement Eileen.

« Pardon. »

« A trente ans, tu ne sais pas tenir ta langue, » ricana le serpentard bien que cela ressemblait plus à une question.

« Disons que même si je sais être bien élevée et respectueuse, j'ai gardé certaines habitudes de mes parents. Et du plus loin que je me souvienne, dans l'avenir, à l'école, chez les Moldus, la vulgarité est monnaie courante. A force de les entendre, cela finit par rentrer dans le vocabulaire ... »

Severus soupira encore.

« Avec tout ça, je sens que je vais avoir une année bien étrange, » dit-il au bout d'un instant. « Entre Dumbledore, mes cours avec des cornichons incompétents, un bouffon en guise de collègue pour la DCFM, ... »

« Un bouffon ? » fit Eileen en relevant un sourcil.

Harriet ricana.

« Si c'est celui auquel je pense, » dit-elle. « Le surnom lui va à merveille. »

« Et tu penses à qui ? » demanda Severus.

« Est-ce que c'est un grand homme blond aux cheveux gominés, qui a 'fait' de grandes choses et qui semble savoir tout sur tout ? Un homme avec le sourire le plus 'charmeur' et qui a écrit de nombreux livres dont Moi, le Magicien ?»

« C'est lui, » soupira l'homme avec dépit. « J'ai commencé un de ses livres par curiosité. C'est un ignare. »

« Je crois que je vois qui c'est, » soupira Eileen à son tour.

Harriet ricana avant de se lever et de se présenter pompeusement comme pour jouer une scène.

« Laissez-moi vous présenter votre nouveau professeur de défense contre les forces du mal ... Moi. Gilderoy Lockhart. Ordre de Merlin, troisième classe, membre honoraire de la Ligue de Défense contre les Forces du Mal et cinq fois lauréat du sourire le plus charmeur élu par Sorcière-Hebdo. Mais ne parlons pas de ça ... Je n'ai pas vaincu le spectre de la mort en lui souriant. »

Elle se mit à glousser avant de se réinstaller les joues rouges sous le regard amusé d'Eileen et celui surpris et curieux de Severus.

« C'était quoi, ça ? »

« Oh rien, » rit sa mère. « C'est Harriet qui aime reprendre certains passages et les parodier. Si tu savais combien de fois elle a refait ton discours d'introduction à ton cours quand elle était plus petite ... C'était hilarant ! Et tellement … toi ! »

« Quels passages ? »