Chapitre 24 : Sortie entre Amis

Si tu l'oses : 162. directeur

Une jeune fille de presque douze ans, rousse aux yeux verts, marchait dans la rue sorcière à la recherche d'un blond de son âge. Elle le trouva près de la librairie en compagnie de sa mère. Elle s'approcha d'eux dans le calme.

« Salut, Drago, » dit-elle avec un sourire. « Bonjour Mme Malfoy. »

« Qui es-tu ? » demanda le Serpentard.

« Je suis ta petite Serdaigle préférée sous glamour, » murmura la jeune fille avec un clin d'oeil. « Je ne veux pas être repérée et harcelée. Une journée entre amis, ce n'est pas la passer avec une horde de vautours avec des appareils photos et des plumes à papote ! »

« Très serpentard, jeune fille, » sourit Lady Malfoy.

« Avec Drago et Pansy, j'ai été quelque peu influencée durant l'année, » sourit Harriet. « Et ma mère est une Serpentard elle aussi. »

« Qui est-elle ? »

« Lady Prince. »

« Je ne me rappelle pas l'avoir déjà rencontrée. »

« Maman n'aime pas tellement la politique. Elle préfère vivre au calme loin de tout cela. »

La mère hocha la tête. Tout le monde ne voulait pas se mettre en avant des affaires, même parmi les Sang-Purs.

« Où voulez-vous aller ? » demanda-t-elle ensuite. « Florian Fortarôme ? »

« Cela me paraît être un excellent choix, » dit la Serdaigle. « Drago ? »

« Oui, pourquoi pas. »

Harriet vit clairement que son ami était de mauvaise humeur. Elle lui sourit et se mit à son bras alors qu'ils suivaient Lady Malfoy dans la rue en direction du glacier. Ils s'installèrent à une table et ils passèrent commande. Narcissa Malfoy leur demanda de bien vouloir rester là le temps qu'elle aille s'occuper d'une affaire à Gringott's. Les deux enfants hochèrent la tête avant de commencer à déguster leur glace en silence.

« Je te sens légèrement en colère, Dray, » commença Harriet. « Qu'y a-t-il ? »

« Rien ..., » soupira le blond. « Juste ... Père ne m'a jamais demandé de sortir passer du temps avec des amis pour qu'il puisse être tranquille. Il a catégoriquement refusé que je reste dans ma chambre et je ne comprends pas pourquoi. »

La jeune fille, elle, s'en douta mais garda le silence ainsi qu'un visage curieux et perplexe.

« Bizarre. »

« A ça s'ajoute le fait qu'il veut que j'apprenne le Néerlandais pour nos futurs vacances, » termina Drago avec un air fataliste. « Je dois parfaitement le parler pour dans trois semaines. »

« Impossible, » dit directement Harriet.

« Je sais. »

« Vous allez où ? »

« Quelque part en Hollande, près de Berkopzo, je crois. »

« Berkopzo ? » répéta-t-elle les sourcils froncés.

Elle se remémora la carte de la Hollande. Il n'y avait aucune ville de ce nom. Maintenant, avec l'accent, tout pouvait changer ...

« Ce n'est pas plutôt Berg-op-Zoom ? » demanda-t-elle.

« Oui, c'est ça. T'y es déjà allée ? »

« Je l'ai juste traversé, il y a longtemps, pour aller faire de la voile, » répondit Harriet en haussant les épaules.

« Tu parles Néerlandais ? »

« Je suis trilingue. Je parle français, anglais et Néerlandais. Et je comprends aussi quelques dialectes flamands. »

« Tu pourrais m'aider ? »

« Hmm... Oui, je pourrais. Mais ce n'est pas en trois semaines que tu apprendras le Néerlandais. Cela ressemble beaucoup à l'anglais, je te l'accorde. Les langues sont soeurs. Mais il y a en néerlandais, les phénomènes de rejet, d'inversion, sans compter le vocabulaire et le 'g' qui se fait de plus en plus guttural à mesure que tu t'enfonces vers le nord du pays ... Les temps primitifs ... » Elle soupira. « Franchement, je ne comprends pas pourquoi ton père veut que tu puisses parler en néerlandais. Ces gens préfèrent nettement parler anglais, surtout avec les flamands de Belgique. Un vieux conflit. »

Drago avait commencé à soupirer, dépité, à mesure qu'elle lui énonçait les différentes choses que l'on pouvait rencontrer dans cette langue.

« Je peux t'apprendre le minimum vital pour que tu puisses te débrouiller dans le cas où tu chercherais un endroit ou quelque chose en particulier, si tu veux. Ainsi que la base de la politesse. Mais en trois semaines, il ne faut pas se faire d'illusion. C'est impossible. Pas parfaitement. Surtout que tu n'as pas l'habitude de rejeter les verbes ou de faire des inversions. C'est le plus dur dans cette langue, cela passe même avant le vocabulaire. »

« Généralement le plus dur dans une langue, c'est le vocabulaire non ? »

« Oui, mais l'avantage que nous avons, nous anglophones, c'est que nos langues sont soeurs. Elles sont germaniques. Beaucoup de mots se ressemblent, il y a juste une légère différence dans la prononciation pour la plupart. »

« Comme ? »

« Father et vader. Mother et moeder. One, two, three, Een, twee, drie. Tu vois où je veux en venir ? » *

« Oui, je crois. Et c'est quoi, ces phénomènes alors... Et comment tu sais tout ça ? »

« Maman m'a appris, » mentit Harriet en haussant négligemment des épaules.

Elle commença à lui expliquer un certain nombre de choses, les illustrant par des exemples, tout en dégustant sa glace. Drago l'écoutait attentivement. Elle était loin d'avoir fini quand Lady Malfoy revint une heure et demie plus tard. Elle eut un sourire discret en voyant son fils essayer de comprendre la langue que son père lui avait demandé d'apprendre. Lucius avait peut-être un peu exagéré ... Même elle ne le parlait pas si bien que cela.

« Si tu veux, je t'enverrai une de mes grammaires. Elle est moldue mais on y apprend la langue tout aussi bien qu'avec une grammaire sorcière. »

« D'accord. »

Ils allèrent ensuite faire le tour des boutiques. Drago demanda à sa mère s'ils pouvaient aller au magasin de Quidditch. Les deux femmes l'y suivirent en levant les yeux au ciel. Les garçons et le sport ... Elles échangèrent un sourire discret à leur réaction commune avant d'entrer dans la boutique.

Dans la vitrine, le Nimbus 2001 venait de sortir. Noir et argent avec une forme aérodynamique. Harriet ne vit pas vraiment la différence avec le Nimbus 2000 mais bon ... Surtout que selon les livres, Harry Potter arrivait à battre Malfoy avec son Nimbus 2000 ! La question était : était-ce dû au talent ou au balai ? Maintenant, la réponse à cette question l'indifférait totalement. Elle préférait de loin les livres au sport.

« Dis, ton père, il était joueur de Quidditch non ? » demanda soudain Drago.

« Oui. Attrapeur à Gryffondor, » répondit Harriet. « Pourquoi ? »

« Rien, je me demandais ... je vais postuler pour le poste d'attrapeur à Serpentard. Peut-être que tu pourrais postuler pour le même à Serdaigle. »

« Et Cho ? » demanda alors la jeune fille. « Elle joue déjà comme attrapeuse. »

« Tu ne veux même pas tenter pour savoir si tu as le talent ? » demanda le blond.

« Tu veux savoir si je sais jouer, en fait ? C'est ça ? » demanda-t-elle avec un rictus amusé.

« Oui, c'est ça. »

« Eh bien, il n'y a qu'un moyen de le savoir. On se fait un petit un contre un une fois de retour à Poudlard. Mais je ne suis pas tentée par le poste d'attrapeur. Je préfère de loin lire à ce jeu. »

« Ca marche ! » fit Drago avec un sourire bien plus franc.

Ils continuèrent le tour des boutiques, s'achetant parfois l'une ou l'autre chose. Harriet passa un petit moment, tout comme Drago d'ailleurs, dans les cabines d'essayage. La jeune fille faisait bien plus attention à sa garde-robe dans cette vie que dans sa précédente. Son statut d'héritière de famille noble le lui obligeait. Elle devait toujours être irréprochable. Ou presque.

Elle tomba par hasard dans le rayon pour les cheveux, deux pics identiques avec chacun un vif d'or au bout. Cela la rendit un peu nostalgique. Sa soeur cadette, Coralie, lui en avait offert des identiques. Certes, ils étaient moldus et ne battaient pas des ailes mais ce n'était que l'unique différence. Une larme coula le long de sa joue.

« Tout va bien, Harriet ? » demanda Narcissa en la voyant ainsi, posant une main douce sur son épaule.

« Oui, Mme Malfoy, » répondit directement la jeune fille en se frottant les yeux avec un mouchoir. « Oui, tout va bien. Juste ... Je me suis perdue dans mes souvenirs. »

Elle prit les pics à cheveux et se dirigea vers la caisse avec sa nouvelle chemise en plus. Une vert foncé avec quelques rehauts en argent. Très serpentard, certes, mais elle aimait le vert. Et puis ... elle avait la même en rouge à la maison. Sa mère vint la chercher une demi-heure plus tard et elles rentrèrent ensemble.

« Qu'est-ce que tu as acheté ? » demanda-t-elle, curieuse.

« Deux pics à cheveux, une chemise, quelques livres et une boule à neige. »

« Une boule à neige ? »

« Pour Sev. Quand je l'ai vue, j'ai su direct qu'elle était faite pour lui ! »

« Ah ? »

Harriet sourit et sortit la boule en question, en faisant très attention à ne pas la casser. Le socle lui-même n'était pas classique. Il représentait une panthère des neiges, au pelage clair, blanc, tacheté de noir. Le bloc était tout aussi blanc, légèrement rugueux, pour donner l'impression qu'il s'agissait de neige. Dans la boule elle-même, il y avait une autre panthère des neiges, debout sur un socle de pierre recouverte de neige également.

« Tu as très bien choisi, » sourit Eileen. « Elle est magnifique. »

La Serdaigle la rangea dans sa boite et partit dans sa chambre pour déjà l'emballer et mettre le cadeau de côté. Elle en profita également pour récupérer sa grammaire néerlandaise et l'envoya directement à Drago, ainsi il pourra s'y mettre quand il voudrait et même lui poser des questions s'il le voulait.

Puis, elle revint dans le salon et, voyant sa mère en cuisine, elle décida de mettre la table pour le repas du soir avant de se glisser dans le canapé pour lire un de ses nouveaux livres. Les derniers romans sorciers en vogue. Pour une fois, elle s'était laissée tenter par une romance. Cela n'arrivait pas souvent.

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Lors d'une soirée d'orage de début août, Severus referma le dernier livre de la série Harry Potter. Il le posa sur la pile sur sa table de salon et resta longtemps songeur, passant une main sur son visage. Il était ... troublé. Cette histoire racontait beaucoup d'horribles événements comme des bons. Mais c'était surtout les mauvais qui étaient les plus marquants. Il comprenait beaucoup Harriet maintenant. Sur base de ces livres, elle avait vécu sa première année et avait paniqué sur la fin. Et à juste titre ! Cela venait à s'interroger pour le reste.

Qu'est-ce qui était réel et qu'est-ce qui ne l'était pas ? Difficile de trancher pour le moment, surtout que la jeune fille avait déjà changé bon nombre de choses. Du moins, beaucoup différaient de l'histoire. A commencer par son genre. Elle était une jeune fille ravissante et intelligente, loin du garçon Gryffondor fonceur et irréfléchi des livres. Et les dangers potentiels des années à venir étaient sérieux. Suffisamment pour lui hérisser le poil. Alors il ne fallait pas demander pour elle ...

Et lui-même, son comportement de bâtard ... Il l'avait eu en début d'année, exactement comme dans le livre, presque à la phrase prêt. Il aurait certainement répondu de cette manière si Harriet avait été exactement comme Harry Potter. C'était ... déstabilisant. Quant à sa vie dans les deux derniers livres ... Effrayant. Il avait confiance en Dumbledore mais il se voyait mal lui ôter la vie même s'il le lui demandait ... Quoique ... si cela pouvait préserver Drago... Et ... et sa mort ... Un frisson lui parcourut l'échine. Pas étonnant qu'elle rechignait à le lui donner. C'était tout bonnement affreux !

Il soupira et se leva. Il avait besoin d'un verre. Il observa la tempête depuis sa fenêtre tout en laissant couler le liquide ambré le long de sa gorge. Il réfléchit longuement à sa lecture. Si c'était là, comme cela, que sa vie devait se terminer, au vu de la fin, sa promesse serait tenue. Cela lui convenait amplement. Cela faisait longtemps qu'il souffrait de la perte de Lily ... Jamais il ne s'en était vraiment remis. Restant parmi les vivants que parce que Dumbledore était persuadé du retour prochain du Seigneur des Ténèbres. Avec les événements de l'année précédente, il voulait bien le croire. Alors c'était juste pour cela, pour protéger Harriet, qu'il s'accrochait à la vie.

Mais maintenant, il y avait un hic ... Harry Potter était encore un horcruxe à la toute fin, Harriet n'en était déjà plus un ... Comment cela affecterait-il l'histoire et jusqu'à quel point ? Tout comme la présence de sa mère ? Ou le fait qu'Harriet n'était pas proche des Weasley mais bien de Drago ? Son appartenance à Serdaigle plutôt qu'à Gryffondor ? Et tant d'autres choses encore ... Et il devait y en avoir dont il ne supposait même pas l'existence !

Oh non, il ne reprocherait pas à Harriet de vouloir changer les événements. A sa place, il ferait pareil. Enfin ... peut-être pas pour Black. Mais pour le reste ... Oui, il tenterait l'impossible avec ces connaissances. Elles n'étaient certes pas infaillibles. Elles comportaient de nombreuses erreurs, cela restait une fiction. Mais les nombreuses similitudes avec la réalité ne pouvaient être ignorées. Alors oui, il fallait faire quelque chose.

Severus prit la décision d'aider sa famille. Il soupira. Cela était étrange de considérer Harriet Potter comme un membre de sa famille, comme sa soeur. Pourtant elle l'était depuis de nombreuses années maintenant. Quoi qu'il en soit, quoi que l'avenir lui réserve, à lui, Severus Snape, il prit la décision de se battre et de protéger sa petite soeur non plus seulement parce qu'il en avait fait la promesse sur la tombe de Lily mais aussi parce qu'elle faisait ce qui était juste et faisait tout pour survivre devant l'ennemi. Et pas que le Seigneur des Ténèbres de toute évidence. Le Serpentard n'oubliait pas les propos de sa mère au sujet de Dumbledore, des Weasley et des comptes Potter. Cela n'était pas dans l'histoire mais c'était au contraire bel et bien la réalité. Une réalité qui révélait le directeur sous un bien sombre jour. Mais sombre à quel point ? Seul l'avenir le dira.