Chapitre 29 : Discussion autour d'un Chocolat Chaud
Proverbes sorciers : Raconter des Mandragores
Si tu l'oses : 146. contrarié
Severus demanda des nouvelles à son collègue Filius. Le petit homme avait compris qu'il accordait de l'attention à la jeune Serdaigle. Il avait parlé de lien familial. Il avait compris qu'ils étaient des Prince. Sans doute son côté Gobelin. Il n'avait toutefois rien dit aux autres. Hélas, Filius ne l'avait pas vue et elle ne semblait pas être dans la tour de Serdaigle. Le Maître des Potions se mit alors à la chercher. Après avoir regardé dans tous les lieux où elle était susceptible d'aller, il se dirigea alors dans la bibliothèque. Il se dirigea alors vers Mme Pince.
« Auriez-vous vu Miss Potter, Irma ? » demanda-t-il d'une voix neutre.
La bibliothécaire le regarda dans les yeux quelques secondes, fronçant légèrement les sourcils. Puis, elle réfléchit. Elle n'avait pas vu Harriet. Elle jeta un oeil à Hermione Granger. Cette dernière était avec Padma Patil. Elles travaillaient sur leurs devoirs. Toutefois, elles semblaient inquiètes aussi. Ce n'était pas du genre d'Harriet de ne pas venir travailler.
« Non, je ne l'ai pas vue, Severus, » répondit-elle.
Elle s'écarta pour retourner à son bureau.
« Merci, Irma. »
Severus s'apprêtait à partir quand sa mère l'appela. Il se retourna.
« Ce que vous m'avez demandé, » dit-elle en lui tendant un livre.
« Merci, » répondit le Maître des Potions en fronçant imperceptiblement les sourcils.
Il retourna à son bureau rapidement pour éplucher le livre. Ce dernier était sans intérêt. Ce n'était par contre pas le cas du morceau de parchemin glissé entre les pages.
Si elle n'est nulle part, c'est qu'elle se trouve dans la Salle-sur-Demande. Demande l'appartement en passant trois fois devant le mur du sixième étage. Il y a de fortes chances qu'elle y soit si elle est contrariée.
Maman.
« Elle a de quoi être contrariée avec ce qu'il vient de se passer, » commenta le Serpentard en soupirant.
Il partit en cuisine chercher du chocolat chaud dans un thermos et partit dans les étages de l'école. Il s'arrêta devant le mur vide du sixième étage et passa trois fois devant. Une porte en bois apparut et il entra. Il retrouva exactement le même endroit que la dernière fois. Il n'avait jamais prêté attention à l'appartement auparavant. Un petit hall moldu classique. Il y avait deux petites bibliothèques et un bureau d'étudiant. Quelques décorations quelconques. Beaucoup de documentations sur l'Egypte, la Grèce et la Rome antique. Harriet était vraiment une antiquiste autrefois. Tout était hélas en français. Rares étaient les ouvrages en anglais. Cela concordait d'autant plus à son histoire.
Il s'avança et entra dans le salon. Il y retrouva le canapé sur lequel il avait longuement discuté avec sa mère, les meubles dépareillés, les deux bibliothèques vitrines avec des boitiers étranges – des DVD's – dans l'une et des livres dans l'autre, un écran de télévision étrange et ce qui s'apparentait à une chaîne hi-fi bien que trop complexe à ses yeux. Harriet n'était nulle part. Il sortit de la pièce et s'engagea dans le couloir. Sur la gauche, il y avait une porte vitrée menant vers la cuisine. Cette dernière était simple : une table de travail, une armoire, ... elle était semi-équipée. Plus loin dans le couloir, il y avait un petit vestibule avec des porte-manteaux et une porte menant à une salle de bain. La porte étant ouverte, il n'y vit personne et ne s'y attarda pas non plus.
Il alla au fond du couloir et fit face à trois portes. Celle de gauche était des toilettes, celle de droite, une chambre d'adulte, probablement la chambre parentale. Il ne restait que celle du milieu qui se trouvait être fermée. Il entendait vaguement du bruit de l'autre côté. Il frappa à la porte et attendit. Il ouvrit la porte quand il y fut invité. Il retrouva Harriet sur son lit, tenant son oreiller contre son torse, les yeux légèrement rougis et le regard sombre. Il regarda un peu la chambre. Elle était neutre, ni masculine ni féminine et les deux à la fois. Il vit deux posters sur le mur sur la gauche et y vit le nom. Harry Potter.
« On dirait que tu le vois pour la première fois. Tu es pourtant déjà venu, » renifla-t-elle.
« Je n'avais pas fait attention à la décoration, » répondit-il en s'asseyant sur le lit. « Tu étais tellement bouleversée que je n'avais d'yeux que pour toi. Est-ce que c'est ... ? »
« Les posters du sixième volet de la série Harry Potter, oui. Et là, Alan Rickman qui interprète ton personnage. Ressemblant, n'est-ce pas ? »
« Un peu. Bien qu'on n'ait pas le même nez, » fit Severus avec un léger sourire, attirant un rictus sur le visage de sa soeur. « Comment va ta jambe ? »
« J'ai un peu mal au genou, » dit-elle en haussant des épaules. « Je suis tombée dessus tout à l'heure. »
« Fais-moi voir. »
« Je vais enfiler un short alors, » accepta Harriet en se levant.
Elle en sortit un de l'armoire et se dirigea dans la salle de bain pour se changer rapidement. Son boitement était léger mais perceptible. Severus vit, quand elle revint, un énorme bleu sur le genou ainsi que quelques traces rouges. Des éraflures qui avaient très peu saigné. Le genou en lui-même semblait plus gonflé que l'autre.
« Et tu as un peu mal avec ça ?! » s'étonna-t-il.
« J'ai une assez bonne résistance à la douleur, » répondit-elle en haussant des épaules. « Sur le moment même, je l'ai à peine senti à cause de l'adrénaline. »
« Et maintenant ? »
« Je sens que je vis. C'est tout. »
« Tu aurais dû aller à l'infirmerie. »
« J'y serais allée demain sans doute ... »
Severus soupira et lui désigna le lit pour qu'elle s'installe. Il sortit un baume de soin.
« Tu vas le sentir passer, » prévint-il alors qu'il s'en induisait les mains.
« Je ne suis pas une chochotte. Tu peux y aller. »
Il massa le genou avec la crème et la vit serrer les poings du coin de l'oeil. Elle avait les dents qui grinçaient, signe qu'elle le sentait bien. Il eut un rictus amusé en se reconnaissant un peu. Elle cachait sa faiblesse et se montrait forte. Elle était définitivement une survivante.
« Tu as bien agi dans la Grande Salle. Tu as évité une catastrophe. Seuls deux élèves ont été mordus et sont déjà tirés d'affaire. Cela aurait pu être bien pire. »
« Je hais Weasley. »
« Tous ou seulement Ronald Weasley ? »
« Je peux difficilement haïr les jumeaux, ils sont drôles. Quant à Percy, il m'indiffère. J'ai pitié de Ginevra mais je déteste Ronald ! »
Elle siffla quand il appuya sur un point particulièrement douloureux. Il y alla plus doucement et continua de parler pour la distraire.
« Je me demande ce que tu penses de William et Charlie. »
« Jamais vu et ils ne sont pas très présents dans les livres, désolée. »
« Oh ... Cela évolue comment pour la plus jeune ? »
« Elle est bien plus pâle qu'en début d'année et, selon Hermione, elle est de plus en plus refermée sur elle-même. Elle ne parle presque plus aux autres. Elle ne devrait pas tarder à lâcher le journal. Mais il y a normalement une troisième attaque avant. J'avais vraiment pas besoin de ça ... »
« Minerva va s'occuper de Weasley. Ce qu'il a fait était dangereux. »
« Plus je le vois agir, plus j'ai l'impression qu'il n'est pas tout seul. »
Severus fronça les sourcils, s'immobilisant quelques secondes avant de reprendre le massage du genou.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Je ne sais pas trop. Pour le quotidien, son comportement montre à quel point il peut être stupide et irréfléchi. »
« Oui, c'est ce qu'on appelle un Gryffondor, » fit l'homme avec un rictus.
« Oui, mais il y a Gryffondor et Gryffondor. Weasley est au summum de la bêtise là où d'autres comme Finnigan ou Londubat réfléchissent un peu. Weasley peut dire de ces bêtises parfois ... » Elle soupira. « Mais dès que cela me concerne. Il ... je ne sais pas ... il semble savoir beaucoup de choses. »
« Comme ? »
« Rien qu'aujourd'hui, c'était bizarre. Il est du genre à n'en avoir rien à faire des cours. Il a toujours la moyenne à peine. Il copie beaucoup les devoirs des autres, d'après Hermione. Et là, il invoque une dizaine de vipères avec facilité. Ce n'est pas normal. Même moi, je n'y arrive pas. A peine un petit orvet. Il a dû bosser ce sort. Mais avec qui ? Ce n'est pas avec le professeur McGonagall, c'est certain. On n'aborde pas ça avant la troisième année. J'aurais compris de Drago. Mais d'un Gryffondor ? Ce n'est pas net. Depuis que j'ai trouvé Crivey, il a cessé de me faire des avances ou de devenir mon ami pour casser du sucre sur mon dos en prétendant que je suis l'héritière de Serpentard. Et aujourd'hui, il invoque des vipères pour le prouver. Il m'a forcée à parler fourchelangue ! »
Elle frappa avec violence son oreiller.
« Tu n'as rien fait, ta mère et moi, on le sait. Tous les professeurs s'en doutent, tu es tellement sociable et ouverte d'esprit. Tu as toujours le sourire, que ce soit pour un Sang-Pur ou un Né-Moldu. Même tes amies le savent. C'est le plus important. Laisse cet idiot dire ses bêtises. »
Harriet gardait le silence. Il se leva et alla se laver les mains. Il passa ensuite en cuisine chercher des tasses. Il les remplit de chocolat chaud. Quand il revint dans la chambre, il lui en tendit une et s'installa sur le rebord du lit avec la sienne.
« Severus Snape qui boit du chocolat chaud. Là, j'ai un scoop, » rit la Serdaigle.
« C'était la boisson préférée de ta mère, de Lily. »
« Oh... Je ne savais pas. »
« Pour une fois que je t'apprends quelque chose, » sourit Severus.
« Raconte pas des mandragores. Tu m'apprends quelque chose toutes les semaines. »
« Je voulais dire en dehors du cadre scolaire. »
Il but une gorgée et ferma les yeux.
« Je la vois à travers toi, parfois, tu sais. Tu lui ressembles … un peu. Tes yeux un peu. »
« Ils l'étaient à l'origine, » confia Harriet. « L'adoption par le sang les a assombris. »
« Dommage. Lily avait vraiment des yeux magnifiques. »
« Dis tout de suite que les miens sont moches ! » s'exclama Harriet en lui balançant son oreiller sur la tête, faussement vexée.
« Arrête ! On va renverser du chocolat partout ! »
Elle rit doucement et but son chocolat.
« Petite peste. »
« Vieux cornichon. »
Il sourit en secouant la tête.
« Je n'aurais jamais songé pouvoir apprécier un membre de la famille Potter. »
« Sauf que je ne leur ressemble en rien, si ce n'est quelques traits physiques. J'ai le caractère de Mélanie Schietekat, mélangé à l'influence des Prince. Il n'y a rien de vraiment Potter en moi. »
« C'est sûrement ça qui m'aide à t'apprécier. »
« Comment ne peut-on pas m'apprécier ? » demanda Harriet avec un sourire. « Je suis ouverte d'esprit, j'aime rire et plaisanter, j'aime presque tous les styles de musique, sauf le rap à venir, j'aime jouer et lire. Je suis intelligente et sérieuse. »
« Originale et insolente par moment. »
« Aussi. Mais ose dire que cela manque de charme ! »
« Moui, pas faux. »
Il soupira et observa sa chambre. Son regard s'arrêta sur la bibliothèque. Elle comportait beaucoup de livres mais ils ressemblaient bien plus à des romans qu'à autre chose. Il revit les Harry Potter.
« Ce sont tes livres ? »
« Oui, tous les romans que je lisais jusqu'à l'âge de dix-sept, dix-huit ans. La salle les a remis en place. Tu peux te servir si tu veux. Je les ai tous dans ma chambre à la maison et quelques-uns dans ma valise. »
« Ils sont en français, » refusa l'homme en soupirant.
« Il n'y a pas meilleur moyen pour apprendre la langue, » sourit la jeune fille.
« Mais des romans... »
« Je lis de tout. Je peux t'en proposer en fonction de ce qui pourrait t'intéresser. Je n'ai jamais été très fleur bleue lors de ma première vie. C'est plus récent. A l'époque, je m'attardais sur le fantastique, le fantasy et la science-fiction. Un peu de policier aussi. Mon père était plus psychologie et horreur, si tu veux. »
« Ton père ? »
« Oui. Il y a pas mal de Stephen King et de Mary Higgins Clark ici. Ce sont des traductions mais c'est déjà pour un public plus adulte. Mes livres ici sont plus pour des adolescents. Sauf peut-être les livres de Tolkien. »
« Il va me falloir un dictionnaire ... »
« Tu n'en as pas déjà un ? »
« Un petit. »
« D'accord, je vois. Je vais voir si j'avais déjà mon gros harrap's. »
« Ton quoi ? »
« Mon gros dictionnaire. Je suis désolée mais dans les années 2010', les moldus ont ce qu'on appelle des ordinateurs et un truc super qui s'appelle internet. Quand tu ne sais pas un truc, tu demandes à internet et il te donne tout ce qu'il peut trouver dessus. Je m'en servais énormément. Mais au jour d'aujourd'hui, il ne fonctionnerait pas. Encore moins ici. »
« Technologie ? »
« Ouais. »
Harriet sortit et se dirigea dans le hall. Elle revient deux minutes plus tard avec un gros dictionnaire.
« Je n'ai pas l'harrap's mais j'ai un gros Larousse illustré. Cela pourra déjà t'aider pour comprendre certains mots. Et au pire, tu pourras toujours nous demander à maman et moi. »
Severus avait glissé ses doigts sur les reliures, curieux. Il s'arrêta sur un titre étrange.
« Brisingr. »
« Oh. La série Héritage ? » fit-elle en regardant sa bibliothèque. « Des dragons, des hommes, des elfes et des nains. Une guerre pour se libérer du joug de quelqu'un, magie et combat. Un peu de romance mais c'est vraiment minime. La fin est bien mais un peu triste je trouve. » Elle soupira. « Je suis décédée avant de pouvoir découvrir le cycle suivant. »
« Il y aura un autre cycle ? »
« Oui. Paolini écrivait quelque chose sur l'Alaegasia. Maintenant, je désespère d'impatience de savoir ce qu'il écrira. »
Il prit les quatre tomes.
« Excellent choix, » approuva Harriet en lui tendant le Larousse. « Tu verras. »
Il fit rétrécir les cinq ouvrages et les rangea dans un pli de sa cape. Il regarda l'heure.
« Nous ferions mieux d'y aller où nous manquerons le repas du soir. »
« Je sens que je vais détester, » grimaça-t-elle.
« Dommage que tu n'aies pas vraiment le regard des Prince. Les yeux noirs font leur petit effet. »
« Si je pouvais changer de couleur d'yeux, je choisirais du bleu. Je me suis toujours vue et sentie comme une brune aux yeux bleus. Cela m'a perturbée quand j'ai vu mes cheveux corbeau et mes yeux émeraude dans le miroir. »
« Ce n'est qu'une apparence. Cela ne change en rien qui tu es, » rassura Severus en posant une main sur son épaule. « Allez. Sortons. »
