Chapitre 32 : La Saint Valentin façon Gilderoy Lockhart
Si tu l'oses : 78. Jusqu'à la fin
Harriet entra dans la Grande Salle et s'immobilisa les yeux écarquillés. Tout était dans des nuances de rose et de rouge avec des coeurs et des bouquets de fleurs partout ! Des banderoles étaient attachées aux murs avec des couronnes de fleurs, des cupidons volaient de-ci de-là, armés de leur arc et tirant des flèches un peu partout. De petits billets doux et des bouquets de roses étaient échangés, des poèmes et des éloges étaient chantés. La Serdaigle porta ensuite son regard sur la table des professeurs. Son frère et sa mère, mais également les professeurs McGonagall et Sinistra, tiraient une tête de six pieds de long tellement la vision de la Grande Salle dans ces tons rosés était horrible. Naturellement, le responsable de cet affreux événement n'était autre que Gilderoy Lockhart, actuellement vêtu d'une robe rose pâle. Comment avait-elle pu oublier ce détail ?!
Elle soupira et alla s'installa à sa table entre Padma et Luna. Elle n'eut pas le temps de se servir à manger qu'elle avait déjà reçu une vingtaine de roses et qu'elle entendait déjà le troisième poème qui lui était destiné. Ce n'était que le début de la journée et elle promettait déjà d'être longue ... N'en pouvant rapidement plus, elle s'excusa auprès de ses amies et quitta la Grande Salle sans avoir vraiment mangé, poursuivie par un angelot prêt à lui faire écouter un énième éloge. Elle partit se réfugier aux toilettes et en ressortit quelques minutes plus tard sous sa cape d'invisibilité. Elle alla à ses deux premiers cours de la journée de cette façon.
Elle était en cours de métamorphose à essayer de transformer sa chouette en verre à pied. Elle n'avait pas encore réussi. Hermione, juste à côté d'elle, non plus. Pourtant elles avaient déjà essayé plusieurs fois. Le professeur McGonagall observait les efforts de ses élèves et les conseillait pour qu'ils apprennent de leurs échecs. Le cours s'interrompit une énième fois par l'entrée d'un cupidon. Harriet serra fermement sa baguette au point que ses phalanges blanchirent quand il s'arrêta juste à côté d'elle et s'éclaircit la gorge. Elle en avait déjà entendu tellement aujourd'hui. Elle ne se souvenait même plus du nombre. Apparemment la rumeur qu'elle était l'Héritière de Serpentard n'avait pas stoppé les garçons et les fans d'avoir des fantasmes sur elle. Elle entendit à peine le premier son qu'elle dirigea immédiatement sa baguette sur le cupidon.
« Un, deux, trois, Fera Verto ! » s'exclama-t-elle avec colère.
L'être ailé lâcha son arc et ses flèches et se transforma en verre à pied. Elle était légèrement haletante, le regard étincelant encore de colère et de frustration mais très vite, elle se sentit étrangement faible et tremblait.
« Remarquable métamorphose, Miss Potter, » dit le professeur McGonagall avec un sourire. « Dix points pour Serdaigle. Mais je vous suggère de faire une petite pause. Entre une chouette et un cupidon, il y a une grande différence. »
Harriet ne se le fit pas dire deux fois et posa sa tête sur la table avec plaisir. Elle resta ainsi jusqu'à la fin du cours, silencieuse, se reposant de son excès de magie. Le professeur de métamorphose se chargea de rendre à la créature sa forme d'origine et de la jeter hors de sa classe. Pour faire bonne mesure, elle avait même verrouillé la porte pour ne plus en voir entrer. Non mais à quoi pensait Dumbledore en acceptant que Gilderoy organise la journée de la Saint Valentin ? Heureusement qu'il n'avait pas organisé de bal des amoureux ! Ce n'était certainement pas elle qui allait donner cette idée à cet homme. Elle devrait peut-être s'oublieter pour être sûre, non ?
Le professeur McGonagall retourna à la surveillance de sa classe et au sujet du cours en laissant la jeune Potter tranquille. Il ne fallait pas qu'elle fasse un épuisement magique non plus. Elle devrait peut-être l'envoyer chez Severus ... Oui, elle allait l'envoyer chez lui pour qu'il lui donne une potion revitalisante. Elle alla rédiger une note pour le Maître des Potions.
« Miss Potter, restez un instant, je vous prie, » dit-elle à la fin du cours.
La jeune Serdaigle s'attarda, son sac sur l'épaule, une lueur d'interrogation et de surprise dans son regard. Elle lui donna la lettre pour Severus.
« Pouvez-vous apporter ceci au professeur Snape, s'il vous plait ? »
« Hmm... Oui, bien sûr, professeur, » fit Harriet en prenant la missive. « Je vais faire cela tout de suite. »
« Il doit être dans son bureau, actuellement. »
« Oui, professeur. »
La jeune fille quitta la classe. En voyant tous les cupidons – une bonne centaine – en sortant, ceux qui lui étaient destinés, elle blanchit et partit en courant. Les créatures la poursuivirent pour lui faire écouter les poèmes qu'ils avaient pour elle. Elle passa devant plusieurs élèves et professeurs sur son chemin pour les cachots. Aucun ne vint l'aider. Sauf peut-être les professeurs. Elle n'en savait trop rien à part qu'il y avait encore beaucoup de cupidons à ses trousses. Elle descendit rapidement les escaliers, tombant quelquefois. Lors de ses chutes, certaines de ces maudites créatures avaient déjà commencé à réciter leur message. Cela l'avait encore plus énervée. Tellement qu'elle ne prit pas la peine de toquer à la porte du bureau de Severus, elle y entra. Elle tenta de la refermer mais plusieurs cupidons réussirent à passer.
Le Maître des Potions était sur le point de crier sur l'impudent qui osait entrer dans son bureau sans même frapper. Il releva les sourcils en voyant Harriet se débattre avec sa porte pour la refermer et des cupidons se faufiler dans l'embrasure. La jeune fille grogna et cria de frustration quand l'un d'eux commença à réciter un poème de très mauvais goût.
« Ne te gênes surtout pas pour m'aider ! J'adore être harcelée par des cupidons ! »
Severus ne comprit pas un traître mot de ce qu'elle avait dit mais sut qu'il y avait un sérieux problème. Ce problème portait le nom de Lockhart. Il soupira et sortit sa baguette. Il attira sa soeur à elle et se posta devant elle. La porte s'ouvrit et déversa à la surprise du Serpentard, des dizaines d'autres cupidons. Il les remballa tous à l'extérieur avec violence et referma la porte d'un mouvement sec du poignet.
« Tu m'expliques ce qu'il se passe, exactement, » demanda-t-il après avoir insonorisé la pièce.
Harriet étant haletante et en nage, penchée en avant, les mains posées sur les genoux. Il lui indiqua la chaise devant son bureau d'un geste de la main. Elle s'y assit avec plaisir.
« Il se passe que ce dégénéré que j'ai comme professeur de DCFM a réussi à me faire détester la Saint-Valentin ! En moins de trois heures, j'ai reçu des centaines de cupidons avec des poèmes ! Ca me rend dingue ! »
« C'est pour ça que tu dois débarquer dans mon bureau avec ton armada de cupidons ? »
« Je débarque dans ton bureau à la demande du professeur McGonagall, » répondit-elle en sortant la lettre de son sac. « Elle m'a demandé de te donner ça. »
L'homme la prit et la lut.
Severus,
Suite à l'initiative de Gilderoy, Miss Potter est victime d'un harcèlement de cupidons au point de réussir à en transformer un en verre à pied. Elle n'a réussi que par la colère et probablement un accident magique. Elle semble magiquement exténuée. Je suggère une potion revitalisante.
Minerva
Le Maître des Potions soupira et se pinça l'arête du nez. Il vit sa soeur se relever, prête à partir.
« Pas si vite, » dit-il simplement.
« Je vais manger. »
« Cela peut bien attendre cinq minutes. » Elle releva un sourcil. « Elle demande à ce que je te donne une potion revitalisante. Tu as vraiment transformé un cupidon en verre à pied ? »
« Je n'avais que cette formule en tête à ce moment-là. J'en ai eu des centaines de ces poèmes pourris, sans parler des roses ! J'étais frustrée de ne pas y arriver et quand ce cupidon a débarqué dans la classe, je sais pas, j'ai ... explosé. »
« Il semblerait, en effet, » fit Severus avec un rictus amusé. « Attends quelques minutes. Je vais te donner ce que Minnie a demandé. »
« Minnie ? »
« Minerva. »
« Ca, je m'en doutais que ce n'était pas l'épouse de Mickey. »
« Qui ? »
« Mickey. Mickey Mouse. » Il releva un sourcil. « Oh mon dieu ! Ta culture moldue est vraiment déplorable pour ce qui est de la télévision. »
« Je préfère les livres, » répliqua-t-il en se dirigeant vers son armoire à potions personnelle. Il en sortit deux flacons. « Tiens. Potion de revitalisation, pour ton noyau et ... »
« Potion calmante pour éviter que j'explose au prochain cupidon ? »
« Fais attention à ton noyau magique, Harriet. Ou tu pourrais ne plus pouvoir faire de magie avant un moment. Avec le monstre de Serpentard en liberté et la possibilité de revoir le Seigneur des Ténèbres d'ici la fin de l'année, je ne pense pas que devenir une proie facile soit des plus judicieux. Restez calme le reste de la journée pourrait être le mieux pour toi... »
Harriet soupira mais dut admettre que l'argument de son frère tenait la route.
« Je pourrais endommager mon noyau magique à quel point ? »
« Tout dépend du sortilège que tu utilises et de la force que tu lui insuffles, » répondit Severus. « Si tu ne fais que de petits sortilèges quand tu ne te maîtrises pas émotionnellement parlant, tu pourrais perdre tes capacités pour quelques jours. Plus le sortilège sera puissant, plus tu risques de perdre tes pouvoirs longtemps. »
« Cela peut être permanent ? »
« Je ne te conseille pas d'essayer de le savoir. » Il fit un mouvement de tête vers les flacons. « Bois et va manger. »
« Et aller m'isoler dans un endroit tranquille surtout ... » Elle regarda sa montre. « Pour les neuf prochaines heures. »
« Je veux te voir en cours cette après-midi, cupidons ou pas. »
« Tant que j'ai la certitude qu'aucun cupidon ne rentre dans ton domaine..., » fit Harriet avec un sourire.
« Et donner à ces cornichons une excuse pour masquer leur incompétence à lire une recette et à brasser une potion ? De plus, je doute d'avoir autant de patience que toi. Je les aurais envoyé balader au bout du dixième cupidon. Je ne supporte pas ce genre d'attention. »
Le sourire de la Serdaigle s'élargit.
« C'est d'accord. Je vous vois en cours, professeur. »
Elle but les deux flacons et s'apprêta à sortir.
« Harriet ? »
« Oui ? »
« De ce que je me souviens du livre, le journal de Jedusor devrait bientôt être retrouvé. »
« En théorie, oui. Où tu veux en venir, Severus ? »
« Si jamais tu le trouves, amène-le ici. »
La jeune fille le regarda quelques secondes en silence.
« Tu es conscient qu'on ne peut pas le détruire sans le feudeymon, la magie gobeline ou le venin de basilic. »
« Oui mais il se trouve qu'on a justement un basilic à proximité... »
« Qui a le regard meurtrier. Navrée mais j'ai pas vraiment l'intention de descendre dans la chambre. »
« Et si je descendais avec toi et qu'on faisait en sorte qu'il entende le chant d'un coq ? »
« Quel coq ? Tous ceux présents dans l'enclos ont eu le cou brisé. »
Severus eut un rictus moqueur.
« Ma chère soeur, aurais-tu oublié un léger petit détail ? »
« Lequel ? »
« Nous sommes des sorciers. Et il se trouve que, même si la métamorphose n'est pas mon domaine de prédilection, je peux encore très bien transfigurer un objet en coq et le faire chanter. »
Harriet se figea quelques secondes.
« Donc, tu me demandes que, quand on aura le journal de Jedusor, si toutefois on le récupère, que j'ouvre pour toi les deux portes de la chambre afin de tuer le basilic et récupérer un de ses crocs ? »
« Tu as tout compris. »
« C'est ... du suicide. »
« Si tu y vas avec un gamin arrogant et stupide tel que Ronald Weasley, c'est un fait. Mais je suis loin d'être un gamin arrogant. »
« Loin du gamin, je te l'accorde au vu de ton âge et de ton expérience mais tu veux qu'on parle de ton arrogance ? »
Severus releva un sourcil.
« Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, Petite Peste. »
« J'y joue si j'en ai envie, Severus. Mais il est légitime que je me pose des questions quand nos vies sont en jeu. Ce n'est pas comme aux échecs où si on perd, il nous suffit de replacer les pions et jouer une nouvelle partie. Là, si on perd, on crève ! »
« C'était mon quotidien à une époque, je te rappelle. »
La voix était sèche et amère.
« Excuse-moi, » soupira alors la jeune fille. « Je ne voulais pas te blesser en te rappelant ça. »
« Prends garde à ne pas dépasser certaines limites, Harriet. Soeur ou pas, je peux toujours te punir. »
Elle hocha la tête.
« Oui, je sais. »
Elle se dirigea vers la sortie mais avant d'ouvrir la porte, elle se tourna une dernière fois vers son frère.
« Severus, quand tu trouveras le moyen de me punir, fais-le-moi savoir. »
« Oh, t'inquiète pas pour cela, petite peste, » rétorqua Severus. « Je trouverais le moyen de t'apprendre la discipline. »
Harriet eut un léger sourire et sortit en lui souhaitant bon courage. Elle referma la porte.
« Et bon courage avec les cupidons, » soupira l'homme à son tour, une fois seul dans son bureau.
