Chapitre 33 : Le Journal de Jedusor

Si tu l'oses : 67. poème

Harriet était légèrement distraite. Elle avait froid et chaud à la fois. Une légère gêne dans la gorge et un début de migraine aussi. Elle devait très certainement couver quelque chose. Elle leva la main.

« Oui, Miss Potter ? » fit la voix fluette du professeur Flitwick.

« Je ne me sens pas très bien, professeur. Puis-je aller à l'infirmerie ? »

« Naturellement, allez-y. »

Elle rassembla toutes ses affaires et échangea un regard fatigué avec Padma. Cette dernière hocha la tête. Elle lui donnerait ses notes de la journée. Elle quitta la classe et se dirigea vers l'antre de Mme Pomfresh. Après examen, elle développait une grosse grippe. D'où le fait qu'elle n'allait pas très bien. Elle devrait rester à l'infirmerie pour les deux jours suivants. Autant éviter que cela circule de trop. Elle prit de la pimentine et une autre potion au goût horrible qu'elle ne connaissait pas et partit se coucher. Elle s'endormit comme une masse sur son oreiller. Cela lui fit beaucoup de bien.

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Severus s'inquiéta en ne voyant pas Harriet dans sa classe. Ce n'était pas dans ses habitudes de sécher un cours. Il n'en montra rien et fit l'appel comme à son habitude.

« Où est Miss Potter ? » demanda-t-il d'une voix dure.

« Elle est à l'infirmerie depuis hier, professeur, » répondit Miss Patil.

« Bien, prenez vos livres page 153 et lisez attentivement la recette avant de la préparer. »

Il ne montra rien mais se sentait un peu mieux de la savoir à l'infirmerie plutôt que fourrée dans les ennuis ou portée disparue. C'était étrange. Il s'inquiétait vraiment pour elle. Il n'avait plus éprouvé autant d'inquiétude pour quelqu'un depuis ... depuis Lily en fait. Cette petite avait rouvert son coeur mais pas de la même façon. Il se sentait de plus en plus ... comme un grand frère. Lui qui s'était toujours vu fils unique durant toutes ces années... C'était étrange de se voir ainsi, de se considérer comme tel.

Il donna son cours comme à son habitude et termina rapidement la commande que Poppy lui avait demandée. Autant s'assurer qu'Harriet allait bien. Elle était certes entre les mains de l'infirmière mais ... il était inquiet. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il agissait ainsi. Cela n'avait aucune logique. Mais y avait-il seulement de la logique avec l'amour, qu'il soit celui d'un amant ou celui d'un frère ? Difficile à dire. Il ne connaissait pas suffisamment ce sentiment pour en juger. Il n'avait aimé que deux personnes avant Harriet : sa mère et Lily. Personne d'autres n'avait jamais compté. Pas de cette façon. Certes il tenait à Drago, mais il était son parrain. C'était assez différent.

Quand il entra dans l'infirmerie, il vit Mme Pomfresh penchée sur Harriet. Il s'approcha d'elle silencieusement, faisant juste suffisamment de bruit pour ne pas surprendre la sorcière.

« Bonsoir, Severus, » murmura-t-elle.

« Bonsoir, Poppy. Voici ce que tu m'as demandé. »

Il lui présenta une petite boîte avec une dizaine de flacons. Il profita de l'instant pour poser son regard sur sa soeur. Elle avait un peu de fièvre, semble-t-il. Pour le reste, elle dormait plus ou moins paisiblement, respirant profondément par la bouche, ronflant doucement. Il jeta un bref coup d'oeil au diagnostic. Une grosse grippe. Elle serait bientôt dehors. Il repartit l'esprit serein.

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Harriet était sur le chemin de sa salle commune. L'avantage de l'emplacement de la tour de Serdaigle, c'était qu'elle devait souvent passer devant le couloir du deuxième étage, à proximité des toilettes de Mimi Geignarde. Elle remarqua tout de suite l'odeur de l'eau du robinet et des toilettes. Ce n'était pas si rare que cela. Beaucoup d'élèves aimaient bien ennuyer le fantôme de la pauvre Mimi. Mais cela ne s'éloignait jamais si loin dans le couloir. Là, l'eau était presque arrivée jusqu'aux escaliers. Quelqu'un avait vraiment du la mettre en colère, la pauvre. Cela n'arrivait que rarement sur l'année.

Elle prit donc sur elle de marcher dans cette eau et de se diriger vers les toilettes. Mars approchait. Et avec lui l'apparition du journal. Elle entra dans la pièce inondée et eut un haut le coeur. Toutes les toilettes avaient explosé et avec elles, les déchets et les excréments. Même l'odeur du troll des montagnes était meilleure, plus respirable. Là, avec toute cette matière qui avait fermenté dans la tuyauterie du château, l'odeur était ... ignoble.

Elle entendait Mimi pleurer, flottant au-dessus de sa cabine. Harriet s'avança dans la pièce, une main devant la bouche pour tenter de se protéger de l'odeur. Ses pieds clapotèrent dans l'eau sale.

« Qui est là ? » demanda le fantôme.

Mimi fixa la Serdaigle un instant de ses yeux larmoyants.

« Harriet Potter. J'ai vu l'eau dans le couloir. »

La jeune fille retint une quinte de toux.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Quelqu'un s'est amusé à me lancer quelque chose à la figure, » pleurnicha le fantôme.

« Tu sais qui ? »

« Non. J'étais là à m'occuper de mes affaires et le livre m'est tombé sur la tête. »

« Je suis désolée. »

Mais le fantôme était déjà parti à travers un mur en pleurant. Harriet s'avança dans la pièce et trouva un livre noir à même le sol, dans l'eau. Elle se dégoûta elle-même à l'idée de devoir le ramasser. C'était ... dégoûtant. Elle eut à peine la main dessus qu'elle dut réprimer un frisson d'horreur. Elle l'examina rapidement et lut le nom du propriétaire.

Elle soupira et prit directement le chemin des cachots. Sur le chemin, elle se glissa sous sa cape d'invisibilité qu'elle gardait toujours dans son sac. Elle traversa rapidement le château, évitant tout le monde. Elle toqua à la porte et patienta. Severus n'était apparemment pas dans son bureau. Ce n'était pas son genre de ne pas ouvrir directement ou de ne pas répondre.

Elle réfléchit à ce qu'elle devait faire. Il avait dit de venir le voir directement avec le journal dès qu'elle le trouvait. Mais il n'était pas là. Probablement en vadrouille dans le château. Elle savait qu'il n'était pas en cours. Pas à cette heure-là. Elle avait toujours l'objet en main, l'odeur immonde était sur elle. Elle se sentait dégoûtante. Elle respira profondément et tenta le tout pour le tout. Severus avait été espion. Il devait très certainement en garder certains réflexes. En particulier en tant que Maître des Potions manipulant des ingrédients potentiellement dangereux. Elle sortit sa baguette et la pointa sur la serrure.

« Alohomora. »

Comme elle s'y attendait, la porte ne s'ouvrit pas. Elle tenta deux autres sorts qu'elle connaissait mais elle n'eut pas plus de succès. Mais peut-être que son frère avait mis une alarme à sa porte et qu'il viendrait prendre l'élève en flagrant délit. Elle pria pour que ce soit le cas, cachée sous sa cape, patiente. Elle resta là un bon quart d'heure à attendre avant que Severus se pointe. Elle ne l'avait pas tout de suite remarqué. Il était tapi dans l'ombre. Il marchait silencieusement, baguette en main, son visage était dur. Il examina la porte. Elle était toujours verrouillée. Il se figea.

« Harriet ? » murmura-t-il.

Cette dernière approcha silencieusement et lui prit doucement le bras.

« Suis sous la cape, » dit-elle dans un souffle.

Il ouvrit la porte et entra, laissant la porte ouverte quelques secondes de plus pour qu'elle puisse rentrer. Il ne put s'empêcher de sentir une odeur immonde.

« Où est-ce que tu as été traîner ? » demanda-t-il après avoir verrouillé la porte.

Harriet se dégagea de sa cape d'invisibilité et jeta immédiatement quelque chose dans un chaudron.

« Toilettes, baignoire, n'importe quoi mais il faut que je me lave ! TOUT DE SUITE ! »

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Je suis couverte de merde ! » s'écria-t-elle, dégoûtée.

« D'où ma question... Où. est-ce. que. tu. as. été. traîné ? »

« Mimi a fait exploser ses toilettes. »

« Et c'est pour ça que tu viens ici ? »

« C'est toi qui a demandé, je te rappelle. Il est dans le chaudron. Je ne l'ai pas ouvert. C'est tout juste si j'ai pu le sentir et le tenir ! Bierk ! Bierk ! Bierk ! »

Severus se pinça l'arête du nez alors qu'il agitait sa baguette pour lui ouvrir la porte de ses appartements.

« La première porte à droite, » dit-il simplement.

« Merci ! »

Elle fonça immédiatement pour se laver. Elle revint dix minutes plus tard les mains rouges mais le visage soulagé.

« Mieux ? »

« L'odeur du savon est la meilleure chose que j'ai jamais eue à sentir ! »

Le Serpentard eut un rictus amusé avant de se tourner vers le livre qu'il fit léviter. Il l'assainit d'un coup de baguette mais n'osa pas le toucher. Il lui lança une batterie de sorts à la place afin d'identifier ce que c'était.

« Tu avais raison. Enfin le livre ..., » soupira-t-il.

« Ouais, je sais. Difficile de dire d'où nous vient tout ce savoir exactement. Et maintenant ? Tu veux descendre quand ? »

« Je ne sais pas. Il serait peut-être judicieux de se procurer des larmes de phénix avant non ? Dans le cas où on se ferait empoisonner. »

« Le seul phénix à des lieux à la ronde, c'est Fumseck, le familier de Dumbledore. »

« Je sais. Cela ne sera pas facile. »

« Pourquoi j'ai pas atterri dans le corps d'une petite fille à papa à la vie tout ce qu'il y a de plus normal ? » demanda Harriet en soupirant.

« Pour avoir le plaisir de me pourrir la vie ? » proposa Severus avec un sourire en coin.

« Tu te la pourris déjà tout seul ! » pouffa-t-elle en s'asseyant sur la chaise devant le bureau de son frère. « Mais c'est vrai que c'est amusant de te taquiner. »

Le sourire de l'homme s'élargit alors qu'il s'installait lui-même sur l'autre chaise, en face de sa soeur.

« J'aimerais t'examiner pour m'assurer que l'horcruxe n'a pas eu d'effet négatif sur toi. »

« Je t'en prie, » fit Harriet en haussant des épaules.

Elle se plia à l'examen de son frère sans sourciller. Elle patienta dix bonnes minutes en silence alors que la baguette en bois d'ébène s'agitait devant elle et qu'un parchemin apparaissait devant Severus. Il n'avait jamais vraiment fait d'examen préliminaire sur elle. Pas de cette façon.

« Tu portes encore des traces, » murmura-t-il, la gorge serrée.

« De ma vie chez les Dursley ? Ou de l'horcruxe ? »

« Des deux. »

« Cela ne m'étonne pas tant que cela, » avoua Harriet en jetant sa tête en arrière. « Je parle aux serpents. Un don de la famille Serpentard, or je n'appartiens à sa famille que par alliance. Quant à ma vie chez les Dursley, je suis bien contente que Maman m'ait sauvée de là. Je préfère ne pas imaginer ce qui me serait arrivée en plus que ce qui est inscrit dans les livres ... »

« J'aurais dû vérifier... »

La Serdaigle fixa son regard sur son frère. Il avait fait tomber son masque d'indifférence. Elle y voyait de la peine et de la culpabilité. Elle fronça les sourcils.

« Eh ! Sev, » dit-elle doucement en posant une main sur son bras. « Je ne t'en veux pas. Tu n'es pas responsable de tout cela. »

« Sauf que c'est moi qui ... c'est moi qui ... »

« Quoi ? »

Severus se sentait mal, se sentait coupable. C'était sa faute. Tout était de sa faute ! Ses mains étaient serrées. Ses doigts étaient crispés autour de sa baguette. En voyant la lueur d'horreur dans les yeux noirs, Harriet comprit ce que son frère ne disait pas. Elle soupira et se leva pour le prendre dans ses bras. Elle sentit l'homme se tendre.

« Ce n'est pas ta faute, Severus, » murmura-t-elle doucement à son oreille. « Tu ne pouvais pas savoir que cela tomberait sur elle... »

Le Serpentard entoura le corps frêle de sa soeur de ses bras et la serra contre lui. Il ne pleura pas vraiment mais une larme traîtresse coula sur sa joue, seul signe vraiment visible de son grand chagrin.

« J'ai entendu un poème plein de sagesse quand j'étais petite. Est-ce que tu veux l'entendre ? »

« Que dit-il ? » demanda Severus au bout de quelques minutes de silence.

« Hier est derrière. Demain est un mystère. Aujourd'hui est un cadeau, c'est pourquoi on l'appelle le présent. »

L'homme eut un léger sourire alors qu'il serrait toujours sa soeur contre lui. Elle le lui rendait bien. On ne lui prêtait pas souvent ce genre d'attention. Il manquait cruellement de cela. Harriet en parlerait à sa mère. Severus se recomposa et relâcha rapidement la jeune fille.

« Tu devrais ... retourner à tes activités. Je te ferai savoir quand je serai prêt pour descendre dans la Chambre. »

« D'accord. Sev ? »

Le Maître des Potions croisa le regard de sa soeur.

« Oui ? »

« Tu es le meilleur des hommes que je n'ai jamais rencontré. Le plus brave et le plus fidèle. »

« Dis pas des mandragores. »

« Un jour, faudrait que je me mette à réécrire les musiques HP que j'écoutais quand j'étais ado. Tu serais étonné de savoir quelle image le monde a de toi, de ton personnage. Tu es très apprécié. »

« Je suis sûr que tu dis cela juste pour que je culpabilise moins. »

« Tu veux me passer au veritaserum pour vérifier ? » demanda-t-elle avec un sourire.