Chapitre 34 : La Chambre des Secrets

Si tu l'oses : 384. statue

Harriet filait dans les couloirs du château sous sa cape d'invisibilité. Le couvre-feu était passé depuis quelques minutes. Les couloirs étaient traversés par des courants d'air glacés. Elle était complètement frigorifiée malgré son pull et ses capes chaudes. Elle arriva rapidement au niveau des toilettes de Mimi Geignarde. Severus lui avait fait comprendre qu'il était prêt à descendre à travers d'un message dans la correction de son devoir. Cela l'avait surprise d'avoir autant de rouge sur son parchemin. Surtout que c'était exactement ce qu'elle avait dit, bien que pas aussi bien formulé. Elle avait dû relire plusieurs fois le commentaire et regarder son frère dans les yeux pour comprendre le message caché.

Elle entra dans les toilettes et s'appuya contre un lavabo en attendant son frère, invisible et silencieuse. Elle ne dut pas attendre très longtemps. Severus se pointa quinze minutes après elle. Il regarda tout autour de lui à sa recherche. Elle se doutait que s'il était là, c'est qu'il n'y avait personne d'autres, alors elle sortit de sous sa cape.

« Prête ? » demanda-t-il.

« Ou... Oui. Et t...toi ? »

Il hocha la tête, les sourcils froncés.

« Ca va ? »

« J'ai juste un peu froid, » avoua-t-elle.

Severus passa une main sur le front de sa soeur.

« Tu ne sembles pas avoir de fièvre. »

« C'est juste les courants d'air. Il fait froid la nuit. »

Il lui lança un sort de réchauffement. Elle soupira de soulagement.

« Mieux ? »

« Oui, bien mieux, » répondit-elle avec un sourire. « Tu as les larmes ? »

« Oui. Il te faut longtemps pour ouvrir la porte ? »

« Pas longtemps normalement. »

Elle se tourna vers le lavabo gravé d'un serpent. Elle se concentra sur lui et inspira profondément. Lentement, elle se mit à siffler. Le lavabo s'avança brusquement vers elle et Severus l'attrapa vivement pour l'écarter du chemin. Ils découvrirent bien vite un trou béant.

« Lumos Maxima, » murmura le Serpentard.

Une boule de lumière tomba dans les profondeurs de la terre et disparut au loin.

« Je n'aime pas ça, » dit-il, les dents serrées.

« Alors, sois content que j'ai songé à ce problème, » sourit la Serdaigle en fouillant son sac. « J'ai pris mon balai. »

« Je ne sais pas si c'est plus rassurant. »

« Tu préfères faire du toboggan ? »

« Non, » répondit-il directement avec une grimace de dégoût.

« Alors, monte, » dit-elle en enfourchant son balai. « J'irai doucement. »

Severus passa ses bras autour de la taille de sa soeur et s'agrippa à elle. Bon sang, qu'il détestait voler ! Les humains étaient faits pour rester sur la terre ferme ! Il se força à garder les yeux ouverts quand Harriet prit son envol et plongea dans le large tuyau.

« Allume ta baguette, s'il te plait, » demanda-t-elle. « Que j'y vois plus clair. »

Il le fit en informulé. Les tuyaux étaient creusés dans la pierre et couverts de moisissures. Harriet descendit avec assurance, bien que pas trop vite. Elle voulait éviter de croiser le basilic. Elle avait assez confiance pour pouvoir l'entendre à temps et s'arrêter sans avoir à croiser son regard. Elle tenait fermement le manche de son balai. Elle sentait le souffle de Severus tout contre sa nuque, chaud, tandis qu'il la tenait fermement, se raccrochant à elle comme à une bouée. Il détestait voler apparemment.

Quand elle arriva en bas, elle passa une main sur l'avant-bras de son frère. Elle ne voulait pas prononcer le moindre mot sur le territoire du monstre et risquer qu'il vienne les tuer. Le Serpentard avait compris rien qu'à voir autour de lui et posa le pied à terre. Harriet en fit tout autant. Ils sentirent quelque chose se briser sous leurs pieds. Ils virent des squelettes et des cadavres de petits animaux. La Serdaigle ferma les yeux de dégoût. Elle ne les rouvrit qu'après avoir senti la main de son frère sur son épaule. Elle croisa son regard onyx qui luisait étrangement à la lueur de sa baguette. Il releva un sourcil, interrogateur. Elle secoua la tête silencieuse. Il hocha la tête et ils s'engagèrent dans un tuyau tout aussi sale que le reste.

Ils marchèrent longuement, faisant attention à ne pas faire trop de bruit. Harriet essayait de se concentrer sur son ouïe afin de repérer le basilic si nécessaire. Mais elle entendait plus son coeur dans sa poitrine ainsi que leurs deux respirations. Elle entendit toutefois un bruit, plus comme un murmure. Elle s'arrêta, les sourcils froncés. Elle fit un signe à son frère qui s'immobilisa lui aussi, attentif.

Elle entendait une voix. C'était faible mais quelque part devant eux. De la sueur coulait de son front malgré la fraîcheur de l'endroit. Elle tendit le bras dans cette direction, légèrement tremblant alors qu'elle déglutissait difficilement. Elle sentit la main de Severus sur son épaule, rassurante. Il s'avança doucement, glissant sa main ensuite le long de son bras pour lui prendre la main. Hors de question qu'ils se lâchent l'un l'autre dans cet endroit lugubre. S'il ne l'avait pas dans son champ de vision, il la gardait au minimum à portée de main pour savoir où elle était exactement. De plus, par ce geste, il pouvait garder un pouvoir rassurant sur elle, la protéger.

Soudain, elle entendit une deuxième voix, différente, plus ... féminine. Elle se figea totalement, les yeux agrandis par la peur. Elle serra la main de son frère. Ce dernier, en dirigeant la lueur de sa baguette vers elle et en voyant sa terreur, les entourant d'un sort de silence.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu entends ? »

« Ginny est ici. Et ... elle lui parle. »

« Tu es sûre ? »

« Certaine. J'ai déjà parlé quelques fois avec Ginny. C'est sa voix. Même en fourchelangue, je peux la reconnaître. »

« Mais je croyais que le journal ... »

« Peut-être qu'il n'en avait pas autant besoin que prévu et qu'il la contrôle déjà. Ou du moins, partiellement. »

Le Maître des Potions serra la main de sa soeur, lui insufflant sa force par ce simple geste.

« Est-ce qu'ils sont loin ? »

« Non, plus tellement, » répondit Harriet dans un souffle.

« Allons-y. »

« Et si ... et s'il la contrôle ? »

« Elle ne pourra pas être une grande menace. Seigneur des Ténèbres ou non, elle reste une sorcière de onze ans avec un potentiel magique encore en développement. Elle ne pourra pas grand-chose contre nous, surtout si on se débarrasse d'abord du basilic. »

Harriet avala sa salive et ils continuèrent leur progression vers la Chambre des Secrets. La seconde porte, ornée de serpents de pierre, était ouverte et même Severus pouvait entendre les sifflements qui en provenaient. Il sortit une tasse d'un pli de sa cape et la posa sur le sol. Silencieusement, il la métamorphosa en un coq et le poussa à chanter. Le cri du volatile se répercuta en écho sur les parois et entra dans la chambre principale.

Un cri strident se fit entendre directement, faisant trembler le sol et perçant les tympans des deux Prince. Severus, par instinct de survie, poussa sa petite soeur contre une paroi et la protégea de son corps alors que des morceaux de roches se décrochaient du plafond. Très vite, le calme revint et le Serpentard se releva, aux aguets. Il y avait de la poussière et des gravats partout.

Il aida Harriet à se relever. Elle toussait, la gorge prise.

« Qui est là ? » fit la voix de Ginny Weasley.

Le ton était glacial. Exactement le même que celui qu'emploierait le Seigneur des Ténèbres. Malgré lui, Severus en eut un frisson le long de sa colonne. L'hypothèse de sa soeur était juste. D'une certaine manière, il avait le contrôle. Mais jusqu'à quel point ?

« Mets-toi sous la cape, » murmura-t-il.

« Avec toute cette poussière, elle est inutile, » rétorqua-t-elle doucement entre deux quintes de toux. « Et je pense qu'elle sait que je suis là. Je suis la seule à pouvoir ouvrir le passage. »

« Eh merde ! »

« Au moins, on n'a plus le basilic, » sourit faiblement la jeune fille. « Je reste derrière toi. »

Elle sortit sa baguette.

« Tu ne sais même pas t'en servir, » fit le Serpentard, prêt à refuser et rebrousser chemin.

« Je ne peux peut-être pas lancer de protego, mais je sais parfaitement lancer quelques maléfices et si nécessaire, me cacher derrière quelque chose. J'étais très douée à la balle au prisonnier. Je me faisais éjecter dans les derniers. »

« En espérant qu'elle ne puisse pas lancer d'impardonnable ... »

Il garda la main de sa soeur serrée dans la sienne, faisant attention à la garder derrière elle. Ils entrèrent dans la Chambre des Secrets. Elle était exactement comme décrite dans le livre. Grande, longue, avec une allée bordée de statues de serpents. Il y a avait une grande statue de Salazar Serpentard tout au fond. Et le cadavre du basilic au sol.

Ils ne purent pas manquer la présence de Ginny Weasley, baguette au poing, les yeux froids, un petit rictus suffisant sur le visage. Elle ne bougeait pas, les regardant approcher, le regard calculateur.

« Que faites-vous ici, professeur Snape ? » demanda-t-elle.

Sa voix était calme. On pouvait presque la croire normale. Sauf qu'elle n'avait rien à faire ici.

« Je suis venu m'occuper du monstre. Vous par contre vous n'avez rien à faire ici, encore moins à cette heure-ci. »

« Mais Potter non plus. »

« Miss Potter étant la seule fourchelangue du château, sa présence était nécessaire. »

« Fourchelangue ... oui ..., » murmura Ginevra Weasley.

Elle avait penché légèrement la tête sur le côté et glissait un doigt sur ses lèvres, songeuse. Le regard qu'Harriet échangea avec elle lui glaça le sang. Elle serra la main de son frère, effrayée. Il la serra en retour alors qu'il brandissait sa baguette en position défensive.

« Quel dommage, cela aurait été amusant autrement, » continua-t-elle en glissant son regard sur eux, un rictus moqueur accroché à son visage, sa voix aussi froide qu'un glaçon. « Vous allez mourir ici ! »

« N'en soyez pas si sûr, My Lord, » siffla Severus.

« Serais-je démasqué ? Qui es-tu ? Serais-tu l'un de mes hommes ? Je n'ai aucun souvenir de toi ! »

« Je l'étais. Mais comme vous n'avez aucun souvenir de moi ... Ce ne sera que plus simple. »

« Vraiment ? »

Ginny partit dans un rire dément alors qu'elle lançait le premier sortilège. Un sort de découpe. Le suivant fut le doloris. Un autre encore fut de la magie noire. Severus les para avec plus ou moins de difficulté. Jeune fille de onze ans ou pas, la sorcière était déjà puissante. Il fut contraint de s'écarter d'Harriet. Cette dernière alla se réfugier derrière une statue de serpent.

« La Survivante qui se cache et refuse de se battre, » ricana Voldemort à travers le corps de Ginny. « Tu n'es qu'une lâche. »

« Ne réponds pas, Harriet ! Elle ne fait que te provoquer ! »

« Harriet ... hein ? Ainsi, vous êtes familier l'un envers l'autre ..., » fit la possédée avec un rictus. « J'aurais dû m'en douter. Les signes étaient tellement visibles pour qui sait les voir ! »

Severus continua de se battre contre le Seigneur des Ténèbres, ou plutôt Lady dans ce cas, faisant de son mieux pour s'écarter de sa soeur tout en la gardant à l'oeil. Harriet de son côté, tout en restant cachée, elle jeta un coup d'oeil derrière la statue. Le cadavre du basilic n'était pas loin. Elle se tassa derrière le socle, veillant à garder son frère à l'oeil et surtout, s'assurer que Ginny ne pouvait pas la viser. Elle ouvrit son sac à la recherche de quelque chose d'utile. Elle n'avait fort heureusement pas retiré ses affaires de potions du jour. Elle avait complètement oublié. Il était ensorcelé pour ne jamais être lourd. C'était d'autant plus facile. Elle en sortit son couteau en argent.

Elle jeta un regard à son frère. Il était concentré sur son combat. Il avait déjà roulé et sauté quelques fois pour éviter des sorts vicieux et était blessé par endroit. Il avait perdu dans son combat un pan de sa robe de sorcier. Ginny avait de toute évidence de l'énergie à revendre. Où était-ce déjà la puissance de Voldemort ? Elle n'en savait rien. Mais si elle ne tentait pas quelque chose pour aider Severus, il risquait de mourir ou d'être gravement blessé.

Elle se revêtit de sa cape d'invisibilité et armée de son couteau, elle se dirigea furtivement vers la carcasse du basilic. Elle réussit à passer sans se faire remarquer par la possédée. Juste à côté de la gueule du serpent géant, elle ôta sa cape et jeta un regard vers Severus. Ce dernier avait les yeux légèrement écarquillés et les lèvres pincées. Cela allait barder pour elle après cette histoire, elle en était certaine. Mais elle devait tenter le tout pour le tout. A moitié protégée des sorts perdus par la tête reptilienne, elle entreprit de trancher les gencives de son couteau afin d'en déloger un crochet en faisant bien attention de ne pas se blesser. Même mort, la créature pouvait tuer avec son venin.