Chapitre 35 : La Possédée

Si tu l'oses : 392. matriarche

Severus en voyant Harriet s'activer auprès du basilic, comprit immédiatement son idée. Elle récoltait un crochet pour détruire le journal. Mais serait-ce suffisant ? Le Seigneur des Ténèbres semblait être dans le corps de la jeune fille. Difficile à dire avec les objets de magie noire. Ils ne savaient pas vraiment comment fonctionnaient les horcruxes. C'était bien pensé. Risqué, même suicidaire, mais bien pensé. Il se concentra sur son combat, faisant tout pour que la possédée ne remarque pas rien.

Son adversaire, malgré les apparences, était redoutable. Finalement, c'était comme s'il affrontait le Seigneur des Ténèbres lui-même. Il n'espérait juste pas à son plein potentiel. Depuis quand s'attardait-il sur l'espoir ? Ce n'était pas son genre. Cela ne l'avait jamais été. Mais ces derniers temps, il avait beaucoup changé. Depuis sa rencontre avec Harriet ... Il avait beaucoup récupéré grâce à elle : sa mère, une raison de vivre, une raison de se battre, une famille, de l'amour, ... C'était une excellente raison de se battre. Que cela s'appelle de l'espoir ou autre chose n'avait finalement aucune importance. Il le devait. Et il le ferait !

Son corps le faisait déjà souffrir mais il n'en tint pas compte. Il avait déjà enduré bien pire. Ce n'était pas quelques sortilèges de découpe qui allaient l'arrêter. Il devait juste prendre garde à éviter les impardonnables. Eux pouvaient signifier sa perte. Plus que tous les autres.

Harriet, pendant ce temps, délogeait le crochet de la mâchoire du basilic. Ce n'était pas chose aisée. Elle devait être extrêmement vigilante à la fois à chaque dent de la créature mais aussi aux potentiels sorts qui pourraient la toucher. Ou pire, la tuer. Il lui fallut pas mal de temps à le faire mais elle réussit. Elle vit son frère se faire toucher à la jambe et tomber à la renverse.

« SEV ! »

« COURS ! » hurla ce dernier, horrifié.

Elle venait de se localiser par son cri de détresse. La Possédée se retourna et eut un sourire sadique en lançant le sortilège de mort vers la Serdaigle. Harriet se cacha immédiatement derrière la tête du basilic. Le cadavre prit le coup pour elle. Elle tomba sur sa cape d'invisibilité qu'elle agrippa immédiatement avant de partir en courant. Elle entendait déjà Ginny arriver au pas de course. Elle parcourut directement les trente mètres du corps du serpent et passa tout juste au-dessus des écailles de sa queue quand un rayon mortel passa au-dessus de sa tête.

Elle disparut à nouveau à la vue de la sorcière et en profita pour enfiler la cape tout en courant derrière une statue de serpent. Elle s'immobilisa totalement et reprit son souffle. Elle devait absolument calmer sa respiration pour ne pas se faire repérer. Ginny passa à côté d'elle sans la voir. Elle retint un soupir de soulagement tandis que la possédée émit un grognement de frustration avant de ricaner.

« HARRIET ! »

La voix de Severus était déchirante. Toutefois, la Serdaigle ne fut pas assez folle pour y répondre, malgré son envie de le faire. Le danger était trop grand.

« Elle vit encore, professeur Snape, » dit lentement la Lady des Ténèbres. « Mais ce n'est qu'une question de temps ... Elle ne pourra pas m'échapper bien longtemps. »

Elle ricana. Son rire était cruel, froid, effrayant. Le Maître des Potions s'était relevé tant bien que mal.

« Harriet quoi que tu aies en tête, » dit-il, les dents serrées. « Fais-le vite. Il est tombé ! »

« Qu'est-ce qui est tombé, professeur ? » demanda Ginny, curieuse.

« A votre avis ? » demanda Severus en pinçant les lèvres.

Il reprit le combat tandis que la Possédée fronçait les sourcils. La Serdaigle comprit tout de suite. Il l'avait vue récupérer le crochet. Il savait. Elle se déplaça le plus rapidement et le plus discrètement possible pour rejoindre les lieux où son frère était tombé plus d'une fois, à la recherche du journal de Jedusor. Elle évita les tirs perdus, se protégeant derrière les statues de serpents. Elle avait peur mais elle savait que Severus était là et qu'il avait besoin d'elle. Il ne tiendrait plus très longtemps. Pas à ce rythme. Et sans lui, elle ne tiendrait pas longtemps non plus.

Elle fut touchée, la faisant pousser un cri de douleur. Ce n'était pas un sortilège mais un gros rocher qui l'avait touchée à la jambe, la blessant assez sérieusement. Sa cape d'invisibilité n'était pas abîmée, à première vue, mais elle était tombée et coincée sous le rocher. La Serdaigle ne put que partir en courant du mieux qu'elle pouvait, boitant fortement. Elle retourna se cacher derrière une statue.

« C'est donc tout ce que tu peux faire, Potter ? Te cacher ? »

Harriet ne répondit pas et examina sommairement sa jambe. Pas cassée. Elle pouvait marcher. Mais elle saignait beaucoup. Elle trancha la lanière de son sac avec son couteau et s'en fit très rapidement un garrot. Le plus serré possible. Elle récupéra ensuite le crochet du basilic et observa le champ de bataille. Elle vit le journal à côté d'un morceau de cape de son frère. Il était totalement à découvert. Elle pourrait rapidement l'atteindre et y planter le croc. Mais elle serait aussi totalement vulnérable, à la merci des sortilèges de Voldemort.

Ce n'était pas prudent. Mais dans son état ou celui de Severus, pouvait-elle encore se permettre d'être prudente ?

« Bombarda maxima ! » hurla Severus.

L'explosion manqua Ginny Weasley de peu mais un gros nuage de poussière s'éleva. Harriet profita de l'occasion pour s'élancer. La douleur à sa jambe était lancinante. Elle se sentait aussi faiblir peu à peu. Elle n'avait pourtant rien fait de spécial à part courir. Sans doute le sang qu'elle perdait malgré son garrot. Elle aurait peut-être dû suivre des cours de secourisme quand elle en avait eu l'occasion. Elle se laissa tomber auprès du journal et l'ouvrit pour y planter le crochet du basilic.

La Possédée put la voir au dernier instant à mesure que le nuage de poussière se dissipait.

« NON ! » hurla-t-elle en lançant le sortilège de mort directement sur Harriet.

Severus lança un puissant sortilège du bouclier entre son adversaire et sa soeur. Il vit cette dernière arracher le crochet du journal pour l'y replanter sur la page d'à côté. Du liquide sombre sortait du livre et s'écoulait sur le sol tout autour. Ginevra Weasley tomba à genou, se tenant la tête entre les mains avant de s'effondrer inconsciente.

« Accio baguette de Ginny Weasley ! » s'écria Severus.

Le bout de bois vola directement dans sa main. Il s'assura que la jeune rousse soit inconsciente et ligotée avant de courir vers sa soeur.

« Harriet ! » fit-il, extrêmement inquiet.

« Sev ... »

La voix de la Serdaigle était faible mais toujours audible. Elle avait une main sur sa jambe. Elle tentait d'arrêter l'écoulement de son propre sang. Elle peinait à garder les yeux ouverts.

« Est-ce que tu as été touchée par le venin du basilic ? »

« Non... »

Il arriva à ses côtés et la prit dans ses bras. Il l'aida à s'allonger sur le dos.

« Laisse-moi faire. »

Elle ne répondit pas et hocha simplement la tête, fermant ses yeux, les paupières lourdes.

« Non ! Garde les yeux ouverts ! » ordonna son frère en la secouant légèrement. « Il faut que tu restes éveillée ! »

« D'accord ... »

Le regard vert était à peine lumineux. Harriet était épuisée mais continuait de se battre. Sa voix n'était plus qu'un murmure. Elle voulait dormir.

« Parle, Harriet, s'il te plait, » dit alors Severus qui s'activait sur sa jambe. « Dis n'importe quoi, même des bêtises ! »

« Ginny ... Elle est en vie ? »

« Inconsciente. »

Harriet battit des paupières quelques secondes, refoulant l'envie de dormir. Elle fixa son frère. Il avait le front plissé, le visage soucieux.

« Je suis désolée, » murmura-t-elle.

« De quoi ? »

« D'avoir désobéi et de m'être mise en danger. »

« Elle était puissante. Il en aurait difficilement été autrement. »

« Je suis punie ? »

« Evidemment ! »

Toutefois, Severus avait un rictus sur les lèvres. Harriet sourit faiblement. Il termina de soigner la jambe de sa soeur assez rapidement mais cela ne compensait pas le sang perdu. En parlant de sang, il en perdait beaucoup lui aussi. Et il était tout autant épuisé. Mais il devait encore remonter Harriet et Miss Weasley au château. Ce n'était pas gagné.

Il ramena à lui le sac et la cape d'Harriet et appela un elfe de maison de Poudlard. Il demanda à être directement déposé à l'infirmerie avec les deux jeunes filles. Poppy fit une de ces scènes en le voyant. Il amena à lui une potion de régénération sanguine et la donna à sa soeur avant de se laisser lui-même faire par l'infirmière. Bien vite, il fut totalement guéri et poussé dans un lit, juste à côté d'Harriet. Après un dernier regard pour s'assurer qu'elle allait bien, il s'abandonna à un sommeil réparateur.

A son réveil, le lendemain, il entendit pleurs et cris d'inquiétude et de colère. Il grogna en se redressant pour découvrir la présence de sa mère sans glamour debout juste à côté d'Harriet et les parents Weasley au chevet de leur fille. Il y avait également Minerva, Filius et Dumbledore. Mme Weasley était en train d'accuser sa soeur d'être responsable de toute cette mésaventure.

« C'est ... faux, » dit-il lentement en se massant les tempes.

Il sentait venir une migraine atroce.

« C'était le Seigneur des Ténèbres. »

« Soyez plus clair, Severus, » fit le directeur.

Le Maître des Potions se leva malgré les protestations de l'infirmière et récupéra le sac de sa soeur. Il y avait le journal de Jedusor transpercé dedans. Il le tendit à Dumbledore.

« Il possédait Miss Weasley au moyen de ceci, » répondit-il simplement en se rasseyant sur son lit, épuisé.

Le vieil homme prit l'objet et l'examina attentivement à travers ses lunettes en demi-lune.

« Tom Jedusor, » murmura-t-il.

« Comment ma fille chérie a-t-elle pu être possédée ? » demanda Mme Weasley.

« Simple, » répondit Eileen d'une voix neutre. « Jeune, influençable. Facilement impressionnable. Pas préparée à affronter une telle situation. »

« Et vous êtes ? » demanda la matriarche Weasley.

« Eileen Prince. Je suis la mère d'Harriet. »

« La mère de cette jeune fille est morte, » rétorqua la rousse.

« La mère adoptive, » corrigea Eileen d'une voix sèche, le regard dur. « Mais cette nuance est-elle importante ? Je suis sa mère dans son coeur. Je l'ai élevée. »

Le nom des Prince n'était pas inconnu. Même si Eileen s'était souvent faite discrète et ne faisait pas beaucoup parler d'elle, elle restait une Sang-Pur. De ce fait, Molly Weasley retint un commentaire. La femme savait à qui elle avait affaire. Une Lady. Il fallait faire très attention avec les Sang-Pur. On ne savait jamais sur qui on pouvait tomber. Et l'avantage d'Eileen, son anonymat la rendait mystérieuse et imprévisible.

Severus retint un sourire en voyant la prestance que sa mère dégageait. Il n'avait pas eu souvent l'occasion de voir cela. En fait, pour tout dire, il n'en avait jamais eu l'occasion. Il renonça bien vite à suivre la suite de la conversation. La migraine était là. Sans parler de Poppy qui l'examinait à nouveau sous toutes les coutures. Puis, il se recoucha pour récupérer encore de son éprouvant combat. Voyant son besoin de calme, l'infirmière chassa tout le monde de l'infirmerie, décrétant que les heures de visites étaient terminées.

« Il faudra que nous ayons une conversation, » murmura sa mère avant de partir.

Le Maître des Potions ne répondit pas. Il était bien trop épuisé. Il prit juste encore sur lui pour poser une question à l'infirmière avant de sombrer.

« Et les élèves ? »

« Miss Potter s'en sortira sans séquelles. Elle devra toutefois faire une évaluation psychologique. Mais je ne garantis rien pour Miss Weasley. Je ne suis pas assez qualifiée. Dès demain, elle part pour Sainte Mangouste. »

« Elle vivra ? »

« Oui ... Mais dans quel état ? »

L'homme soupira en fermant les yeux.

« Repose-toi, Severus. Tu as pris beaucoup sur ton noyau magique cette nuit. Je ne serais pas étonnée que tu ne puisses pas te servir de ta magie dans les quelques jours à venir. »

« Génial ... Merci, Poppy. »

Le Serpentard ferma les yeux et s'abandonna au pays des songes, rassuré.