Chapitre 36 : Garder le Secret

Si tu l'oses : 315. Au pied de la lettre

Harriet se réveilla à l'infirmerie le lendemain. Elle se redressa lentement et vit son frère encore endormi dans le lit d'à côté. Elle détourna son regard quand elle sentit une caresse sur son visage. Elle croisa les yeux onyx de sa mère. Elle ne portait aucun glamour. La jeune fille fronça légèrement les sourcils.

« Maman, » murmura-t-elle. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Quelle mère indigne je serais si je ne venais pas au chevet de ma fille alors qu'elle vient de vivre un événement traumatisant ? »

Elle avait elle aussi parlé dans un murmure. L'attention de la Serdaigle fut attirée sur sa droite. Elle vit Mme Weasley à côté d'un lit. Elle discutait avec un médicomage et l'infirmière. La rousse jetait souvent des regards dans sa direction. Elle la fixait étrangement et Harriet s'en sentait mal à l'aise. Eileen s'approcha de sa fille et la prit dans ses bras, contente de savoir qu'elle allait bien.

« Ne me faites plus jamais une peur pareille, tous les deux ! » s'exclama-t-elle discrètement à l'oreille de sa fille.

« Pardon, Maman. C'est Sev qui en a eu l'idée. Comment va-t-il ? Et Ginny Weasley ? »

« Ton frère va bien. Juste épuisé. Je n'en sais pas beaucoup plus pour l'instant. Mais pour ce qui est de la fille, ce n'est pas de très bon augure. Ils doivent l'emmener à Sainte Mangouste. »

« Oh ... »

« Alors ? »

« C'est fini pour cette année. »

« A la bonne heure, » sourit la mère en étreignant sa fille encore plus fort.

Eileen dut ensuite s'écarter pour faire de la place à l'infirmière. Harriet se laissa faire. Elle pourrait ressortir dès le lendemain. Dumbledore vint les voir Severus et elle le jour même et ils ne pouvaient pas mentir. Du moins pas sur toute la ligne. Le Maître des Potions révéla donc comment Harriet avait vu plusieurs fois GInny Weasley roder dans le couloir du deuxième étage et l'avoir vu disparaître dans les toilettes des filles, qu'elle l'en avait informé. Severus avait donc mené son enquête et découvert l'entrée de la Chambre des Secrets et la nécessité de parler fourchelangue pour passer. Comment il avait ensuite discuté avec la jeune Potter qui était la seule fourchelangue connue au château pour qu'elle lui ouvre le passage. Il avait fait les recoupements nécessaires avec la jeune fille pour déterminer la nature du monstre qu'elle semblait être la seule à entendre. Il n'avait juste pas voulu en parler aux autres pour ne pas se faire repérer.

Severus prit sur lui d'avoir mis volontairement une enfant en danger mais personne ne put lui en vouloir vraiment. Le don de fourchelangue était rare et le danger immense si on ne l'arrêtait pas très vite. La présence d'un basilic n'était pas à prendre à la légère. C'était un petit sacrifice à faire pour sauver un plus grand nombre.

« N'en voulez pas trop au professeur Snape, professeur Dumbledore, » dit alors Harriet. « C'est ma faute. Il m'avait demandé de rester en arrière et trop curieuse de savoir à quoi ressemblait la Chambre des Secrets, je n'ai pas obéi. C'est entièrement ma faute. J'aurais dû rester à l'abri dans les tunnels. »

Le directeur avait regardé la Serdaigle de son regard bleu perçant, par-dessus ses lunettes en demi-lune. Par habitude, Harriet gardait ses boucliers d'occlumancie élevés en sa présence et elle avait eu raison. L'homme tentait d'entrer dans son esprit. Légèrement. Mais rencontrant un obstacle, il n'osa pas aller plus loin, surtout en présence de témoins. Ce n'était pas bien vu de violer l'esprit des gens sans leur accord. Et comme elle avait été élevée par une Sang-Pur, Dumbledore ne doutait pas qu'elle connaissait ses droits. De plus, il ignorait tout d'Eileen Prince. Cette femme était un mystère et il était difficile de savoir comment elle réagirait. Etait-elle plus comme Lady Londubat ? Ou plus comme Lady Malfoy ? Dans le doute, il valait mieux rester prudent.

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La fin de l'année s'écoula rapidement. Il n'y avait plus ce climat de peur dans le château. A la demande d'Harriet et de sa mère, il ne fut jamais mentionné que la jeune fille avait quelque chose à voir dans la résolution de l'affaire de la Chambre. Elle voulait garder l'anonymat. Cela n'empêchait pas certaines rumeurs, positives comme négatives. Les professeurs se chargeaient toutefois de les faire taire dès qu'ils en prenaient connaissance.

La Serdaigle vivait relativement en paix et préparait ses examens. Elle s'y mit suffisamment à l'avance pour ne pas stresser et ne pas se surmener. Elle passa beaucoup temps avec ses amis. Ce qui était le plus reposant pour elle, c'était le manque d'insultes ou de propos déplacés de la part de Ronald Weasley. En fait, toute la famille Weasley était sombre depuis l'hospitalisation de la cadette.

« Dis, Hermione, » fit Harriet à son amie alors qu'elles étaient assises au bord du lac. « Tu as des nouvelles de Ginny Weasley ? »

« Oui... hmm ... » La brune jeta un regard triste à la famille Weasley. « Ronald ne parle plus beaucoup ces derniers temps, même dans la salle commune. J'ai un peu parlé avec Fred et Georges et ce n'est pas joyeux. Ginny est à Sainte Mangouste en psychiatrie. Elle est ... devenue folle. Elle tiendrait des propos incohérents et ... elle ne reconnaîtrait personne, pas même ses parents. »

« Je ne suis pas du genre à plaindre Weasley, » soupira Harriet au bout d'un instant. « Mais là c'est vraiment triste. La pauvre. »

« Les jumeaux n'ont pas fait la moindre blague ces trois dernières semaines. Ils sont trop affectés pour arriver ne serait-ce qu'à sourire. »

La jeune Prince regarda les jumeaux qui marchaient de l'autre côté du lac, seuls. Elle était triste pour eux. Ils étaient de bons farceurs pourtant. Elle espérait qu'ils retrouveraient un jour leur joie de vivre et recommencer à sourire. Il serait dommage qu'ils renoncent ce pour quoi ils étaient doués. Elle espérait que le temps atténuerait la douleur.

« Sinon, il y a un truc que je ne comprends pas en potions, » fit Hermione, ramenant le regard vert sur elle.

« Hermione Granger qui ne comprend pas quelque chose ! » rit doucement Harriet. « Là, j'ai du souci à me faire ! » Elle se prit une petite tape de la part de la brune. « A quel sujet ? »

« Qu'est-ce qui se passe quand on met autre chose qu'une queue de rat dans la potion pour hérisser les cheveux ? »

La jeune Prince fronça les sourcils.

« Tu voudrais y mettre quoi ? »

« Il existe plusieurs espèces de rat ainsi que des cousins comme les souris, les mulots, les musaraignes ... »

« Oh ... hmm ... Le mieux serait que tu demandes au professeur Snape. Il pourrait mieux te répondre que moi. Je suis peut-être un peu en avance sur le programme mais pas à ce point-là. »

« Je ne risque pas de tomber sur un mur pour une question idiote ? »

« C'est pas vrai ... Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ? » soupira la Serdaigle.

« Ben quoi ? »

« Depuis quand il ne répondrait pas à une telle question ? Il est certes plus à cran depuis notre passage dans la chambre mais il ne refuserait certainement pas de répondre à cette question tout à fait légitime. »

« Oui mais je suis une Gryffondor et surnommée la Miss-je-sais-tout. Il ne m'aime pas. »

« C'est ridicule ! Moi, je suis Miss-Impossible et une petite peste ! Il répond pourtant à mes questions ! »

« Tu es sa soeur en même t ... »

« Shhh ! » Harriet regarda autour d'elle avec inquiétude. « Imagine que quelqu'un nous entende ! »

« Il n'y a personne autour de nous ! Tu peux vraiment être parano par moment, » Hermione soupira. « Qu'est-ce qu'il y a de mal à parler de ça ? »

« On préfère garder cela secret pas seulement à cause de Voldy. Mais aussi à cause d'une autre personne qui pourrait profiter de ce genre d'informations. »

« Mais qu'est-ce que ça change ? »

La Serdaigle regarda autour d'elle pour s'assurer qu'il n'y avait vraiment personne qui les espionnait avant de se rapprocher de la Gryffondor.

« Bien que ce ne soit pas officiel, Sev est l'héritier Prince. Quand Maman viendra à mourir, il deviendra le Lord régnant. Si cela venait à se savoir, certaines personnes haut placées pourraient en profiter pour m'atteindre. Personne ne doit savoir pour notre lien de parenté. Cela nous protège tous les deux. Du moins un minimum. »

« Cela se saura un jour ou l'autre. »

« Le plus tard sera le mieux, crois-moi. Tout est question de politique. Ce n'est pas pour rien que ma mère est toujours loin de cette sphère et préfère vivre dans le calme. Au même titre que la famille Potter, nous sommes les derniers Prince. Tant que tous ignorent qui est l'héritier de ma mère, personne ne fera rien de peur que je disparaisse. Mais dès que la vérité sera révélée ... »

« Lui comme toi pourriez avoir des ennuis, » comprit Hermione.

« Il a un pied dans chaque camp de par son statut d'espion. Personne ne sait vraiment qui il est ni qui il sert. Voldy pourrait exiger qu'il m'amène à lui. Et Dumbledore pourrait lui demander de me convaincre de me battre en première ligne. Ce serait de fortes pressions de chaque côté. Sans compter les possibilités infinies de manipulations et autres conneries... »

« D'où le fait que vous restez le plus discret possible. »

« Oui. »

« Dans ce cas, je te promets de ne jamais rien dire. »

« Merci. »

« Je n'ose imaginer ce que serait le monde sans toi. »

« Nous avons commencé à changer les choses, Hermione. »

« Je sais. »

« Ce n'est qu'un livre. Il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. Ne l'oublie pas. » Harriet se leva et s'étira. « Et si on allait faire un tour en bibli ? »

« Pourquoi ? Nous n'avons plus de devoir. »

La Serdaigle se retourna lentement.

« Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à Hermione Granger ? »

« J'ai envie de prendre le soleil. »

« Mais nous avons nos examens à préparer. »

« Encore une demi-heure, s'il te plait. Cela fait longtemps qu'il n'a pas fait aussi beau. »

Harriet leva les yeux au ciel en souriant et se rassit pour profiter encore un peu du soleil.

« D'accord mais après on retourne travailler. »

« On a le temps, les examens sont à peine dans un mois. »

« Et je vise l'Optimal ! »

« Comme si je ne visais pas l'Optimal ! »

Les deux jeunes filles rirent doucement avant de pencher la tête en arrière, les yeux fermés, et laissèrent les rayons du soleil glisser sur leur peau.

Plus tard dans la journée, Harriet tira la brune sur le chemin des cachots et elles se dirigèrent vers le bureau de Severus. En route, elles croisèrent le professeur Lockhart. L'homme était blanc et semblait avoir vu sa dernière heure arriver. La jeune Serdaigle releva un sourcil. Gilderoy Lockhart souriait toujours, quel que soit l'occasion. Il portait toujours un masque jovial sur son visage. Là, il semblait l'ombre de lui-même. Il n'y avait qu'une seule personne dans le château capable d'effrayer quelqu'un de cette façon. Elle échangea un regard avec la Gryffondor. Cette dernière se posait aussi des questions.

Harriet frappa à la porte du bureau de son frère. Severus ouvrit presque directement.

« Miss Potter ? Miss Granger ? »

« Bonjour, professeur. Nous aurions quelques questions à vous poser sur les potions, » fit la Gryffondor en redressant son sac de cours sur son épaule. « Est-ce que vous êtes disponible ? »

Le Serpentard s'écarta et les laissa entrer.

« Alors ? » demanda-t-il une fois la porte fermée. « Quelles sont vos questions ? »

« D'abord, Sev, tu peux m'expliquer ce qui s'est passé avec Lockhart ? On aurait dit un fantôme. »

Severus regarda un instant la Gryffondor de son regard perçant.

« T'inquiète, elle ne dira rien. Cela fait un moment qu'elle sait et comprend tout à fait pourquoi on garde tout cela secret. »

« Tu lui fais confiance ? »

« Elle les a lus, Sev. »

L'homme sonda la brune de son regard noir et perçant. Hermione en était assez mal à l'aise.

« Très bien. Pour répondre à ta question, disons que j'ai convaincu un escroc à démissionner de son poste de professeur à la fin de l'année et de partir loin de l'Angleterre. Il est hors de question que tu aies encore cet incompétent l'an prochain. »

« Oh ... Je suppose que tu as été très ... persuasif. »

« Je ne veux pas savoir ! » fit Hermione en se retournant et en se bouchant les oreilles. « Suis pas là, je ne sais rien. La la la la. »

Harriet pouffa à la réaction de son amie et même Severus ne put empêcher un rictus amusé d'apparaître sur le coin de ses lèvres.

« En effet, » répondit-il. « Sinon, vous veniez ici pour autre chose il me semble. »

« Hermione a eu une question assez intéressante sur un ingrédient de la potion pour hérisser les cheveux. »

« Ah ? Je vous écoute. »