Chapitre 37 : Rencontrer un Maraudeur
Si tu l'oses : 514. secrets
Harriet poussa son chariot à travers la barrière et arriva à la gare de King's Cross du côté moldu. Pour une fois, sa mère lui avait demandé de traverser. Elle ne savait pas encore pourquoi. Elle patienta quelques minutes, attendant que les parents récupèrent leurs enfants. Elle salua ses amis et promit de leur écrire.
« Harriet ! » fit la voix de sa mère derrière elle.
Elle se retourna et sourit. Eileen Prince était là, vêtue comme une Moldue mais avec classe. Elle était accompagnée d'un homme d'une trentaine d'années aux cheveux bruns. Elle fronça légèrement les sourcils. Elle ne le connaissait pas. Elle s'approcha toutefois.
« Bonjour Maman ! » s'exclama-t-elle joyeusement en l'embrassant. « Tu m'as manquée ! »
« Bonjour, ma puce ! » sourit Eileen. « Viens, allons prendre un café. Nous sommes attendus. »
« Ah ? Et qui est-ce ? » demanda la jeune fille en montrant l'homme à ses côtés.
Ce dernier sourit et tendit la main.
« Je m'appelle Remus Lupin, » répondit-il. « J'étais un ami de tes parents. »
« Oh ... Enchantée. » Elle se tourna ensuite vers sa mère. « Qu'est-ce qui se passe ? »
« J'ai une idée et il pourrait être un atout. Viens, ne traînons pas. »
« Okay ... »
Elle vit l'homme froncer légèrement les sourcils au changement de langue mais ne dit rien. Chaque famille avait droit à ses secrets.
« Où allons-nous ? » demanda Harriet.
« En ville, » répondit sa mère avec un sourire.
« Quelle évidence ! Mais encore ? »
« Tu verras, petite curieuse. »
La Serdaigle soupira. Remus eut un rictus amusé mais n'en dévoila pas plus. Peut-être ne savait-il pas non plus. Eileen semblait mener la marche. Harriet suivit donc le mouvement en poussant son chariot. Ils allèrent dans un endroit discret et sa mère rétrécit la malle afin de la mettre dans sa poche. Ils sortirent de la gare et allèrent dans un café moldu. Ils prirent une table pour quatre personnes. Quand elle voulut s'asseoir, Harriet se fit interpellée par sa mère.
« Non, juste en face de moi. »
« Pourquoi ? » s'étonna la jeune fille, les sourcils relevés.
« Pour éviter qu'il y ait un meurtre. »
« Je te demande pardon ? »
Remus Lupin eut lui-même les sourcils froncés à la remarque d'Eileen. Puis, les yeux émeraudes s'agrandirent de stupeur.
« Ne me dis pas qu'il va venir ?! »
« Si, ton frère va venir. Il sait déjà qu'il est là, d'ailleurs. Mais évitons les problèmes. »
« Qui va venir, Mme Prince ? » demanda alors Remus Lupin.
« Moi, » fit la voix doucereuse de Severus juste derrière lui. « Assieds-toi, Lupin. Il faut qu'on parle. »
« Snape. »
Les deux hommes s'assirent, l'un en face de l'autre.
« Salut, Sev ! » sourit Harriet. « Toi, bizarrement, tu ne m'as pas manqué ! »
« Bonjour, Petite Peste. Toi non plus, tu ne m'as pas manqué. »
La jeune fille se prit une petite taloche sur la tête. Eileen était amusée. Elle aimait beaucoup la relation qui s'était construite entre ses deux enfants. Remus Lupin, lui, était surpris. Il regardait tour à tour son ennemi d'école et la fille de ses défunts amis. Puis, les mots de Mme Prince lui vinrent en mémoire.
« Une petite minute, ton frère ?! »
« Adoption, » répondirent les trois Prince en haussant les épaules.
« Cela te pose un problème, Lupin ? » demanda ensuite Severus de sa voix doucereuse, les yeux menaçants.
« Couché, minou ! » fit directement Harriet.
Eileen s'esclaffa doucement tandis que les deux hommes regardaient la jeune fille avec surprise, et le Maître des Potions avec indignation.
« Je te demande pardon ? » siffla Severus. « Je ne suis pas un chien ! »
« Non, c'est vrai. Tu es un chat. Tu montres crocs et griffes, ce qui est tout à fait naturel en présence de Mr Lupin. Mais on n'est pas là pour s'occuper de querelles d'étudiants vieilles de près de quinze ans ou d'une vieille blague pourrie de Sirius Black dont Mr Lupin a été lui aussi la victime au même titre que toi. Je me trompe ? »
« Comment ... sait-elle ? »
« Crois-moi, Lupin, pour ta santé mentale, ne demande pas, » soupira Severus en se pinçant l'arête du nez.
« Dis tout de suite que je suis folle ! »
« Aller arracher la dent d'un basilic mort pendant que deux mages sont en plein combat juste à côté, à même pas trente mètres, ce n'est pas ce que j'appelle du bon sens ! Pas à ton âge ! »
« Tu veux qu'on en reparle de mon âge ? »
Severus soupira.
« Non, » répondit-il.
« Une dent ... de basilic ..., » répéta Lupin, perdu. Il échangea un regard avec Eileen qui secoua la tête en soupirant. « Vous pouvez recommencer depuis le début ? »
« Non, » répondirent le frère et la soeur d'une même voix.
« C'est quoi le plan ? » demanda alors Harriet. « Car il semblerait que je sois la seule à ne pas être au courant. »
« N'est-elle pas un peu jeune pour ... » commença Remus Lupin – soupir d'Harriet – avant d'être interrompu par Severus.
« Non, tu peux parler devant elle. Elle sait déjà beaucoup de choses de toute façon. »
Le Loup-Garou fixa ensuite Eileen qui le lui confirma d'un hochement de tête avant de se tourner vers la Serdaigle. Cette dernière avait le visage neutre, le regard sérieux.
« Eh bien, tu as un parrain, Harriet. »
« Oui, je sais. Sirius Black. »
« Tu sais aussi qu'il est en prison ? »
« Oui ... »
« Sais-tu aussi pourquoi ? »
« On dit qu'il a tué des Moldus et fait exploser Peter Pettigrow. Cela dit, il n'a pas eu de procès alors ... »
« Ta mère le croit innocent. »
« Je le crois aussi. »
« Pourquoi ? »
« En un mot : Dumbledore, » répondit Harriet d'une voix légèrement froide.
Ils furent interrompus par l'arrivée d'une serveuse. Ils passèrent commande. Un café, deux thés et un coca.
« Comment tu peux boire cette chose ? » fit Severus.
« Est-ce que je te demande comment tu fais pour boire du café ? » demanda en retour Harriet, le regard dégoûté sur la tasse. « C'est bien le seul truc que j'ai jamais pu boire. Ca et le Whisky. »
« Harriet ! » prévint Eileen en jetant un regard en coin à Lupin.
« Désolée. »
L'homme voulait poser une question mais le regard noir de Severus le retint. La Serdaigle but une gorgée de son verre.
« Donc, on pense que Sirius est innocent. Cela ne me dit pas la suite du plan, » fit-elle ensuite.
« Oui ... Ta mère a émis l'hypothèse que Peter serait toujours en vie et serait le traître. Je n'ai pas compris pourquoi mais elle y croit fortement. »
« Je ne suis pas du genre à faire d'éloge sur Black, » intervint Severus d'une voix neutre. « Mais il n'a pas l'étoffe d'un traître, contrairement à Pettigrow. Black serait mort pour Potter. Sans hésiter. »
« J'ignore si tout cela est vrai, » dit lentement Remus Lupin. « Je veux juste savoir la vérité, moi aussi. Il faudrait pour cela soit prouver cette théorie, soit rendre visite à Sirius et rouvrir son dossier. »
« On me met des bâtons dans les roues pour rouvrir le dossier, » répliqua Eileen. « Dumbledore désire à ce que je ne le déterre pas. »
« Pourquoi êtes-vous si sûre qu'il s'agisse de Dumbledore, madame ? »
« Par certaines décisions qu'il a prises, » répondit Severus à la place de sa mère, les dents serrées.
Il avait demandé une fois le rapport de Gringott's au sujet d'Harriet et avait failli faire exploser sa magie dans le bureau du Gobelin. La rage l'avait gagné ce jour-là.
« Si certaines étaient tout ce qu'il y avait de plus normales au vu des circonstances à l'époque, d'autres étaient passées sous silence. Et Harriet en a beaucoup souffert. »
« Ca va, cela aurait pu être bien pire, » rassura cette dernière.
« Quel genre de décisions ? » demanda Remus, tendu, le regard brun qui se dorait légèrement.
Harriet nota immédiatement le poing serré de l'homme.
« Avant qu'on aille plus avant sur ce sujet, » dit-elle directement en posant une main sur l'avant-bras de son frère, le regard fixé sur le Maraudeur. « Quand est la prochaine pleine lune ? »
« Dans une semaine, » répondit directement Severus. « Pourquoi ? »
« Parce que ses sens sont bien plus développés que les nôtres et qu'on est dans un café moldu ..., » répondit Harriet avant de faire un petit sourire à Remus. « Ce n'est pas contre vous, Mr Lupin, mais comme vous avez été proche de mes parents et que vous êtes ... ce que vous êtes, il y a certaines choses qui pourraient faire sortir Moony. »
« Comment ... ? »
« Je croyais avoir dit de ne pas poser de question, Lupin ? » fit Severus en ricanant. « Harriet a raison. Ce ne serait pas prudent de t'en parler avec le monstre pas très loin sous la surface. »
Remus regarda la Serdaigle dans les yeux pendant un instant, en silence.
« Tu ... tu n'as pas peur de moi ? »
« Pourquoi j'aurais peur de vous maintenant ? Tant que j'ai la certitude que vous êtes bouclé à double tour quand Moony fait surface, je me moque bien de ce que vous êtes, cela ne change pas qui vous êtes. »
L'homme eut un petit sourire.
« Si seulement les gens pouvaient penser comme toi, » soupira-t-il.
« La terre est habitée par des cons, c'est pas nouveau, » fit Harriet en haussant des épaules. « Eh ! »
Elle venait de se prendre une taloche de son frère.
« Ton langage, » répliqua simplement Severus.
Elle leva les yeux au ciel.
« Cela dit, elle a raison, » fit Eileen. « Le monde est peuplé d'imbéciles. »
« Et le plan ? » redemanda Harriet qui ne perdait pas le nord.
« A cause de ma condition, je ne peux pas rendre visite à Sirius, » dit Remus. « Je ne peux pas m'assurer qu'il était ou non le gardien du secret. Mais toi, tu pourrais demander à le voir. Prisonnier ou non, il reste ton parrain. »
« Et que je lui pose la question moi-même, » comprit Harriet. « Quelqu'un vient avec moi ? » demanda-t-elle en regardant Severus et sa mère.
« Moi, » répondit cette dernière. « Avoir le souvenir de Sirius attestant qu'il n'a pas tué tous ces gens pourrait me donner l'élément qui me manquait pour forcer l'ouverture du dossier. »
« Je peux savoir pourquoi on n'a pas fait cela plus tôt ? » demanda la jeune fille en français.
« Parce que tu n'étais pas encore en âge d'être présentée comme héritière. Tu es l'héritière Black, en plus de celle des Potter. Gnarlak vient de me le confirmer il y a une quinzaine. »
« Tu es l'héritière de Sirius ?! » s'étonna Remus.
« Tu parles français, Lupin ? » demanda Severus.
« Oui ... j'ai beaucoup voyagé ... Mais ... cela ne répond pas à ma question. »
« En effet, Harriet est l'héritière de la famille Black, » répondit calmement Eileen. « De ce fait, elle a le droit de rencontrer le Lord régnant. Même si ce dernier est déchu de ses droits et emprisonné. On m'a toujours refusé l'accès à Azkaban avant car je n'avais aucune raison valable pour le rencontrer. Maintenant, nous en avons une. »
Un bref silence s'attarda sur leur table. Les trois adultes regardaient Harriet. Cette dernière but lentement son coca, songeuse. Cela était un timing assez court avant sa supposée évasion. Ils avaient une chance de ne pas faire de lui un fugitif. Elle reposa son verre sur la table de bois dans un bruit sourd.
« Okay. On commence quand ? » dit-elle avec énergie.
« Gryffondor, » soupira Severus.
« Serdaigle, » corrigea Harriet avec un sourire.
« Avec une double ascendance Gryffondor, » intervint Remus avec un sourire.
« Eh ! J'ai une influence serpentard par Maman ! » s'exclama la jeune fille en montrant Eileen.
Cette dernière avait un sourire en coin.
« Maman, qu'en dis-tu ? » fit alors Severus. « Harriet est quoi ? »
« Un Choixpeau flou, » répondit-elle en pouffant. « Elle est à la fois Serdaigle, Serpentard et Gryffondor. Je ne serais même pas étonnée d'apprendre qu'elle a un coeur de Poufsouffle ! »
« Merci Maman ! »
« Remercie le Choixpeau, ma puce. »
« Je te déteste, » dit le Maître des Potions à l'adresse de sa soeur. « Petite Peste ! »
« Moi aussi, je t'aime ! »
« Oh Merlin ! » fit Remus en passant une main sur son visage.
« Quoi ? » demanda Harriet, curieuse.
Severus comprit immédiatement ce que le Loup-Garou avait en tête.
« Tu viens de dire que tu m'aimais, Harriet. Imagine la tête de James Potter s'il était encore en vie. »
« Ben si c'était le cas, je ne serais pas avec la famille Prince. Et puis, James Potter a été un connard avec toi, père ou pas ! Tu es quelqu'un de tout à fait respectable une fois que l'on a brisé ta carapace ! Il n'avait pas le droit de te faire ce qu'il t'a fait ! Les autres Maraudeurs non plus ! »
« Ne dis pas ça à Sirius quand tu le vois, » soupira Remus en grimaçant, pas fier de ses années d'études. « Il piquerait une crise. »
« Qu'il essaie ! » répondirent Harriet et Severus en coeur.
Ils échangèrent un sourire en coin. Le Maître des Potions regarda l'heure et se leva.
« Vous m'excuserez mais j'ai quelque chose sur le feu. Lupin, pas un mot de ma relation avec Harriet à qui que ce soit ou je te tue de mes propres mains. »
« C'est toujours un plaisir de parler avec toi, Snivillus. »
« C'est Severus, » dit Harriet, soudain glaciale.
Le Loup-Garou avala de travers en croisant son regard émeraude empli de colère. Severus soupira et posa une main sur l'épaule de sa soeur.
« Laisse, Harriet, » dit-il simplement. « J'ai l'habitude. »
« Ce n'est pas parce que tu en avais l'habitude quand tu étais gosse que cela doit continuer alors que vous êtes adultes. Merde vous avez trente-trois ans ! »
« Crois-moi, Harriet, ce n'est rien, » répéta le Serpentard. « Lupin était le plus calme des quatre Maraudeurs. Black sera une toute autre affaire. J'y vais. »
Il leur fit la bise, à elle et à sa mère, et sortit du café après avoir lancé un dernier regard noir à Remus Lupin. Harriet, Eileen et lui continuèrent à discuter bien que l'ambiance était un peu plus tendue. Le Loup-Garou s'en voulait d'avoir ressorti ce vieux surnom. Il n'aurait pas dû. Toutefois, aucun d'eux n'en reparla. Ils convinrent d'un bref plan d'action à l'avenir, des choses à faire. Ils restèrent une petite heure de plus avant qu'Harriet ne demande à rentrer. Elle commençait sérieusement à avoir faim.
