Chapitre 38 : Sirius Black
Si tu l'oses : 375. clairement
Harriet et Eileen apparurent sur un pic rocheux au milieu de la mer etfurent immédiatement frappées par le froid. Mais ce n'était pas le vent marin qui les touchait de la sorte. C'était le froid des détraqueurs. Celui qui s'immisçait jusque dans le coeur et l'âme des êtres vivants.
« Maman, » fit la jeune fille, la gorge serrée par la peur.
« Oui, moi aussi. Mais je ne peux pas faire mon patronus sans autorisation. »
Harriet hocha la tête et les deux sorcières avancèrent vers la haute tour noire autour de laquelle des centaines de détraqueurs volaient et tournoyaient, tels des vautours au-dessus de leur proie. Elles entrèrent à l'intérieur et furent accueillies par un gardien de prison des plus antipathiques.
« Mme Prince, Miss Potter, » fit l'homme avec un visage froid. « On m'a informé de votre venue. Sachez que Sirius Black est enfermé au deuxième niveau, là où la sécurité est moyenne. Les détraqueurs n'y sont pas aussi présents que dans le secteur de haute sécurité mais ils font des passages réguliers. Vous êtes susceptibles d'être prises pour cible. Est-ce que vous comprenez ? »
Les deux sorcières échangèrent un regard avant d'hocher la tête.
« En cas de nécessité, suis-je autorisée à faire apparaître mon patronus ? » demanda Eileen d'une voix neutre.
« Non. Je suis même dans l'obligation de vous demander vos baguettes, » répondit le gardien. « Elles sont interdites dans les cellules afin de ne pas donner une occasion aux détenus pour s'évader. »
« Ce ne sera pas un problème, » répliqua-t-elle. « Je suis capable de le faire apparaître sans baguette. »
Sa réponse eut pour effet de déstabiliser le gardien. Eileen montrait clairement sa puissance magique en ce moment, elle pouvait être très dangereuse si elle le voulait. Elle avait toujours pu. Elle se demandait parfois pourquoi elle n'avait rien fait contre son ex-mari. Elle aurait pu mais il l'avait toujours paralysée. Parfois la vie pouvait être étrange.
Elles remirent toutes deux leur baguette et suivirent l'homme à travers les couloirs étroits. Plus elles avançaient et montaient, plus des cris se faisaient entendre. C'était à glacer le sang. Harriet serra la main de sa mère. Elle avait froid et était effrayée. Elle savait pourtant que ce n'était que l'effet du détraqueur. Pourtant... elle n'arrivait tout simplement pas à le combattre. Elles commencèrent peu à peu à entendre des commentaires obscènes et des allusions salaces quand les propos étaient cohérents. Ce n'était pas souvent que les détenus avaient de la visite et rarement des femmes.
Ils s'arrêtèrent devant une porte.
« Vous avez une demi-heure, » dit l'homme. « Si jamais vous voulez sortir plus tôt, envoyez-moi votre patronus. »
« Je le ferai, » répondit Eileen.
« Faites attention. Il a tué douze personnes. C'est un fou furieux. »
La mère lança un regard noir au gardien. Ce dernier frappa violemment la porte trois fois.
« Eh ! Black, réveille-toi ! Tu as de la visite ! »
Il ouvrit ensuite la porte et laissa passer les deux sorcières. Elles entrèrent dans une pièce de deux mètres sur quatre, sombre et sale. Un homme était prostré dans le coin le plus éloigné de la porte. Cette dernière se referma dans un grincement sinistre, faisant serrer les dents d'Harriet. Eileen agita la main et une boule de lumière apparut et flotta dans le vide, révélant le teint pâle et l'aspect crasseux de Sirius Black, simplement vêtu des haillons d'Azkaban. Il était aussi très maigre et il y avait d'horribles cernes sous ses yeux gris.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il de sa voix rauque.
« Je suis Eileen Prince. »
« Et moi, Harriet... »
Les yeux gris se posèrent directement sur la jeune fille, la sondant profondément. Elle en fut déstabilisée au point de ne pas terminer sa présentation.
« La fille de James et Lily, » murmura-t-il. « Riette... »
« Co...comment m'avez-vous appelée ? »
Il se rapprocha mais resta à une distance de deux mètres, n'osant pas s'approcher plus.
« Riette. Ton père t'appelait comme ça. Cela t'allait bien. Pourquoi être venues ici ? » demanda-t-il en se tournant vers Eileen. « Je suppose que vous avez sa garde. »
« En effet. Nous usons d'un prétexte pour venir vous voir en réalité. Officiellement, ce n'est qu'une visite pour que l'héritier rencontre le Lord régnant mais nous sommes venues pour tout autre chose. »
« Pourquoi ? Ce n'est pas un lieu pour une enfant. »
« Pas plus pour un innocent, » rétorqua Harriet d'une voix tendue.
« Je ne suis pas innocent, » soupira Sirius, son regard se voilant de peine et de culpabilité.
« Mr Black. Vous vous sentez coupable, » dit Eileen d'une voix douce. « Nous pouvons le concevoir. Mais nous pouvons l'être de bien des manières sans pour autant être le coupable condamnable. Nous aurions une question à vous poser. »
« Je vous écoute. »
« Est-ce que vous étiez le gardien du secret ? » demanda Harriet en s'approchant d'un pas.
« C'est de ma faute, Harriet. Je n'aurais pas dû... »
« Est-ce que vous étiez le gardien du secret ? » répéta-t-elle doucement, la voix légèrement tremblotante.
Une larme coula sur le visage de Sirius.
« C'est de ma faute s'ils sont morts. »
« Est-ce que tu étais le gardien du secret, Sirius ? » murmura-t-elle. « Ou est-ce que tu as changé ta place avec un autre ? »
Le regard gris se teinta de colère. L'homme se dirigea vers un coin de la pièce et récupéra le numéro du journal. Il datait de deux jours plus tôt. On y voyait une photo de la famille Weasley. L'article disait qu'ils avaient gagné une belle somme à un concours et qu'ils l'avaient investie pour soigner leur fille cadette. La famille n'était pas souriante mais semblait soudée. Harriet sut parfaitement quoi chercher.
« Laisse-moi deviner, » fit-elle en croisant à nouveau le regard de son parrain. « Ce serait un certain lâche qui a la capacité de se transformer en rat ? »
« Tu sais ? »
« Harriet a la fâcheuse manie de savoir pas mal de choses, » dit calmement Eileen. « Mais cela nous a été confirmé par votre ami, Remus Lupin. »
« Nous sommes au courant pour Moony, Padfoot, Wormtail et Prongs, Sirius, » continua la Serdaigle. « Est-ce que c'était Wormtail le gardien du secret ? »
« Oui. J'ai proposé à James d'en faire son gardien. Il aurait été trop évident que je serais la première personne visée et torturée parce que je leur étais très proche. J'ai honte aujourd'hui. J'ai cru que Remus était ... Nous savions qu'il y avait des fuites dans notre camp et j'ai cru que... J'ai été stupide. »
« Personne n'aurait pu savoir, Mr Black, » soupira Eileen. « Maintenant, répondez clairement à la question afin que je fournisse un souvenir à Amélia Bones. Si vous vous sentez coupable parce que vous avez commis une erreur de jugement, vous n'êtes en rien coupable des meurtres de Lily et James Potter, ni des Moldus de la ruelle. Nous pourrons enfin rouvrir le dossier et vous faire innocenter. »
« Pourquoi le feriez-vous ? »
« J'ai plusieurs raisons, mais la plus importante est pour Harriet, » sourit la sorcière en posant une main sur l'épaule de sa fille. « Elle mérite de connaître son parrain. A ce qu'il parait vous étiez un grand farceur. »
« Si c'est pour faire une blague à mon frère, Maman, je doute qu'il apprécie, tu sais. »
« Je ne pensais pas à ton frère. »
« Ah ? »
« Un grand mage, barbu, d'un certain âge, aimant un certain agrume à l'excès, ... »
« Oh ... okay ! »
Un sourire espiègle apparut sur le visage de la jeune fille.
« Donc, vous faites tout cela principalement pour Harriet, » répéta Sirius en regardant Eileen.
« Essentiellement oui. Elle est ma fille et mérite de connaître son parrain. Quand j'ai appris que vous l'étiez mais qu'en plus vous aviez été mis en prison sans procès, j'ai su qu'il y avait anguille sous roche. Cela n'a pas été le premier problème tournant autour d'Harriet. Il y en a eu plein d'autres. Nous en réglons encore. Mais je m'efforce à ce qu'elle est la vie la plus heureuse possible. »
« Tu y arrives très bien, Maman, » sourit la Serdaigle.
Eileen le lui rendit et lui embrassa la tempe. Severus soupira.
« Très bien. J'ai demandé à James de prendre Peter Pettigrow comme gardien du secret à ma place. C'est lui qui a trahi les Potter en dévoilant le secret à Voldemort. Je l'ai poursuivi trois jours durant et je l'ai retrouvé dans une rue de Londres. J'ai réussi à l'attraper. Je voulais savoir pourquoi il avait fait ça. Je voulais savoir avant de le tuer à mon tour. Il n'a fait que rire avant de me repousser et tuer ces Moldus. Il savait que je n'allais pas agir si ouvertement en leur présence ... le secret magique... J'étais peut-être en colère mais encore un minimum conscient de mes actes. J'étais sonné. Je m'étais cogné contre un mur dans ma chute. Quand je me suis relevé, je l'ai vu se trancher un doigt et se transformer en rat. Il s'est enfui. J'ai essayé de le suivre mais je tenais à peine debout. Les aurors sont venus m'attraper plus ou moins à ce moment-là. »
Harriet s'approcha de l'homme qui versait encore lentement quelques larmes sans pour autant s'effondrer de chagrin. Il se tenait encore droit et fier. Il la regardait avec tristesse. Malgré la crasse, elle le prit dans ses bras. Il en fut surpris avant de refermer ses bras autour de ses épaules.
« Je n'aurais jamais cru que tu puisses ... »
« Je ne suis pas une jeune fille comme les autres, Sirius. Tu le comprendras avec le temps. On va te sortir d'ici. »
Il soupira et la serra contre lui.
« Tes parents seraient fiers de toi, » lui murmura-t-il à l'oreille.
« Je sais, » sourit Harriet en reculant. « Quand tu seras dehors, on fera plus ample connaissance. »
« J'en serais très heureux. » Il glissa ses mains sous le menton de la jeune fille. « Laisse-moi te regarder. »
Elle se laissa faire avec un léger sourire.
« Tu ressembles beaucoup à ton père. Sauf les yeux ... » Il fronça les sourcils. « Tu ... tu avais les yeux plus clairs. »
« C'est ma faute, » intervint Eileen. « Je l'ai adoptée. Elle possède mes gênes autant que ceux de Lily et James Potter. C'était pour la protéger et éviter qu'on me l'arrache alors que je venais de la sauver. »
L'homme comprit et hocha la tête. Un détraqueur passa non loin et Harriet trembla.
« Vous devriez y aller, » dit alors Sirius. « Ce n'est pas un lieu pour une enfant. Au plaisir de te revoir en un lieu plus approprié, Riette. »
« Moi aussi, Padfoot. Je dirais à Moony que tu vas plus ou moins bien. »
« Moony ? Remus sait que vous veniez ? »
« Oui. Il va nous aider à attraper Pettigrow, » répondit Eileen. « Si j'ai une recommandation à vous faire, Sirius. Ne faites pas confiance à Dumbledore. »
« Pourquoi ? »
« Parce que c'est lui qui a pris la décision de vous mettre en prison sans vous accorder un procès. Pourtant, il a aidé Severus Snape qui n'était pas aussi blanc que vous. Nous ignorons ses desseins mais faites juste attention. »
A la mention de Severus, le Maraudeur avait pincé les lèvres mais avait compris ce que la sorcière disait. Il y avait un sérieux problème derrière tout cela. Eileen fit apparaître son patronus, une belle chouette argentée, et l'envoya au gardien.
« Riette. »
« Oui, Sirius ? »
« Dis à Moony que Padfoot serait content de sortir à nouveau avec lui comme à la Cabane. »
La jeune fille sourit.
« Bien sûr. C'est promis. Je lui transmettrais le message. Par contre, trouvez mieux que la Cabane hurlante les gars, d'accord ? »
« Nous verrons à ce moment-là. »
La porte se rouvrit et les deux sorcières sortirent. Sirius Black retourna dans son coin et regarda par la fenêtre le ciel gris. Dans son regard, il y avait à nouveau une lueur d'espoir.
