Chapitre 39 : Comme Chien et Chat

Si tu l'oses : 22. les années 1960

Harriet était à la maison. Elle lisait un livre dans le jardin, vêtue d'un simple bikini. Elle laissait le soleil colorer un peu sa peau. Il était la mi-août. Ce serait bientôt la fin des vacances et le retour à Poudlard pour commencer une nouvelle année. Severus était dans la cuisine et préparait le repas de midi. Pour cinq personnes. Eileen était partie chercher Sirius et Remus. Son frère tirait la tête et avait refusé qu'Harriet l'aide à faire le repas. Il était d'un mordant ... C'était limite s'il ne l'avait pas chassée ! Le repas allait être tendu.

Sirius avait été innocenté. Dumbledore avait essayé de s'en mêler mais grâce à quelques ficelles et en montrant quelques erreurs que l'homme avait faites à l'époque justement sur le dossier Black, Eileen avait exigé un oeil neuf dessus. Il était donc tombé entre les mains d'un autre homme. Au plus grand bonheur de tous, d'un homme qui voulait la chute de Dumbledore et n'avait donc pas eu de scrupules à montrer les erreurs de ce dernier, Lucius Malfoy. Sirius n'avait pas apprécié non plus cette collaboration mais avait accepté à contrecoeur. Il n'était pas encore revenu l'homme capable d'influencer les Malfoy. Dumbledore n'était pas prêt de pouvoir s'approcher du parrain d'Harriet avant un moment.

Au vu de son long séjour à Azkaban, il avait été convenu qu'il séjourne chez quelqu'un le temps de s'adapter et de se remettre de cette exposition prolongée aux détraqueurs. Il devait voir un psychomage – le Maraudeur avait râlé pendant des heures à l'idée mais c'était une décision non négociable des Prince – et il vivrait pendant un temps justement avec Eileen et Harriet. De ce dernier point, il était ravi car il pouvait ainsi faire plus ample connaissance avec sa filleule.

« Harriet ! »

La jeune fille redressa la tête à l'appel de son frère. Il lui faisait signe de rentrer. Elle ferma son livre et récupéra son essuie.

« Oui, Sev ? » demanda-t-elle en rentrant à l'intérieur.

Elle vit directement sa mère en compagnie de Sirius et Remus. Les deux hommes la regardaient avec des yeux ronds, légèrement rougissant, avant que le Loup-Garou détourne le regard.

« File t'habiller, » ordonna le Maître des Potions.

« Est-ce que tous les anglais ont un problème avec le bikini ? Ca existe depuis ... au moins les années 1960 ! »

« File, » fit sa mère en claquant des doigts et montrant le couloir vers sa chambre.

« Okay ..., » soupira la Serdaigle. « Non, mais je vous jure, » continua-t-elle en maugréant entre ses dents. « Vivement les années 2000' ! »

Cela arriva aux oreilles de Remus.

« Les années 2000 ? » demanda-t-il.

« Harriet ! » avertirent lentement Eileen et Severus avant de soupirer.

« Quoi ? »

« Surveille tes propos, » prévint son frère.

Elle grogna et disparut dans le couloir.

« On ne m'avait pas dit que je te verrais ici, Snivellus. »

« Un conseil, Padfoot, ne l'appelle plus comme ça ou tu auras des problèmes avec Harriet, » prévint Remus. « Elle déteste qu'on s'en prenne à son frère. »

« Son ... QUOI ?! »

Severus ricana alors qu'il coupait le feu de sous la casserole. Il agita ensuite sa baguette et le couvert vola vers la table. Il se délectait de la surprise du clébard Black. Harriet arriva pile au moment où il posa les spaguettis bolognaise sur la table. Le silence était tendu alors que Severus et Sirius se jaugeaient du regard. Il ne manquait plus que la musique d'un bon vieux Western et cela aurait été parfait.

« C'est mieux ? » demanda-t-elle pour qu'ils arrêtent de se dévisager de la sorte.

Severus la regarda de la tête aux pieds. Elle portait ses cheveux rattachés par ses pics Vif d'Or avec quelques mèches qui sortaient, donnant l'illusion qu'elle ne s'était pas coiffée, un t-shirt blanc en dessous d'une chemise à carreaux rouges et noirs, et un short en jeans délavé. Elle restait juste pieds nus. C'était ainsi qu'elle s'habillait en 2016 mais elle avait vite découvert que c'était également la mode des années 90' chez les Moldus, du moins aux Etats-Unis.

« Bien mieux, » dit Eileen en soupirant.

« A table, » ajouta le Serpentard en servant les assiettes.

« Tu y as mis ton ingrédient secret ? » demanda Harriet.

« Comme toujours. »

« Super ! »

Elle s'installa immédiatement à côté de lui et Sirius s'installa de l'autre côté, bien que bien plus lentement. Il jetait un oeil suspicieux à la nourriture. Harriet pouffa légèrement.

« T'inquiète, s'il a osé mettre quelque chose, on sera tous touchés et on mourra tous, » dit-elle en plaisantant.

« Tu oublies que je peux très bien avoir pris l'antidote, » contra Severus avec un rictus amusé.

« On a des bézoards dans l'armoire à potions ! » rétorqua-t-elle en riant.

« Es-tu sûre qu'ils seront suffisants ? »

« Est-ce que tu oserais me tuer, Sev ? »

« Et perdre l'une des rares élèves qui a un tant soi peu d'intelligence dans ma classe ? »

« Certes ce serait une calamité. »

« Une catastrophe, » ajouta Eileen en souriant.

« Que disons-nous ? Une cataclysme planétaire. Ce serait la fin du monde ! »

« N'exagère pas, Petite Peste ! Bon appétit. »

« Bon appétit, » répétèrent les autres, bien que Sirius avec moins d'enthousiasme.

Le repas se fit dans le silence au début. Sirius et Remus échangeant des regards entre eux et avec Harriet. Le premier venait de découvrir son ancienne nemesis d'école et sa relation fraternelle avec sa filleule. Les petites piques étaient significatives, tout comme les regards et les sourires en coin.

« Au fait, Harriet, » dit soudain Sirius. « Je suis désolé pour le retard mais ... Joyeux anniversaire ! »

« Merci, » sourit la jeune fille.

« Cela fait quoi d'avoir treize ans ? »

Elle échangea un regard avec sa mère et son frère avant de répondre prudemment. Elle n'allait pas encore divulguer aux Maraudeurs son âge véritable.

« Rien de particulier. L'âge n'est qu'un nombre. »

Il hocha la tête et le silence se fit à nouveau, légèrement plus lourd.

« Alors, Lupin, comptes-tu accepter la proposition de Dumbledore ou non ? » demanda Severus après avoir fini son assiette.

« Quelle proposition ? » demanda Sirius.

« Il voudrait que je prenne le poste de professeur de DCFM, » expliqua le Loup-Garou. « Je ne sais pas. Je ne suis pas très bon pédagogue. »

« Crois-moi, tu ne pourras pas être pire que Lockhart ou Quirrell, » soupira Harriet. « L'un était un véritable bouffon et l'autre avait Voldy-Face-de-Serpent accroché à son crâne. Ce serait sympa quelqu'un de normal pour une fois. »

« Voldy ..., » répétèrent lentement les deux Gryffondors, bien que leur ton ressemblait plus à une question.

« Le Seigneur des Ténèbres. »

« Voldemort ?! »

« Ouep, t'inquiète, on l'a eu ! Deux fois ! »

« Deux fois, » répéta Sirius, blanc comme un linge.

« Détends-toi, Black, » fit le Maître des Potions avec calme. « Je ne l'ai pas lâchée d'une semelle. Elle n'est pas aussi Gryffondor que vous. Encore heureux, d'ailleurs ... »

« Je ne sais pas si je dois me sentir mieux de savoir que tu es resté auprès d'elle, Sniv ... » Il reçut un coup de coude de la part de Remus. « Snape, » se corrigea-t-il ensuite en voyant ensuite le regard noir de sa filleule.

Elle sourit. Severus croisa les mains et les posa sur la table.

« Je vais être franc sur ce point, » dit-il lentement, avec assurance. « A la mort de Lily, j'ai fait une promesse, un serment même. Celui de protéger Harriet. De la protéger quoi qu'il m'en coûte. » Les sourcils de Sirius et de Remus se relevèrent d'étonnement. « Quand j'ai appris, il y a deux ans, que ma mère l'avait sauvée de sa famille moldue et l'avait adoptée par le sang, elle est devenue bien plus que la fille de Lily. Elle est devenue ma soeur. Alors fais bien gaffe, Black, je suis un grand frère surprotecteur. Je ne supporterais pas que tu lui fasses le même genre de blagues qu'avec moi. »

Sur la fin, la voix de Severus s'était faite basse et menaçante et ses yeux flamboyaient dangereusement. Le clébard déglutit difficilement tandis qu'Harriet se levait pour venir faire un câlin à son frère et l'embrasser sur la joue. Le Serpentard serra doucement l'avant-bras qu'il avait autour du cou, le caressant avec son pouce.

« Je ne lui ferais jamais rien, » dit Sirius après s'être repris. « Elle est la fille de James. C'est ma filleule ! »

« J'espère pour toi, Black. »

« Je vais faire chauffer de l'eau, » dit soudain la jeune fille. « Quelqu'un veut du thé ? »

« Café pour moi, » fit aussitôt son frère.

« Pourquoi cela ne m'étonne même plus ? »

« Ce n'est pas toi qui m'a dit une fois que le chef était celui qui avait droit de prendre la ... »

« ... dernière goutte de café sans avoir à en refaire, » termina la Serdaigle en riant. « Oui, c'est moi. Sirius, Remus ? Du thé ? »

« Oui, s'il te plait, » répondit le Loup-Garou. « Pour nous deux. »

Le Lord Black gardait le silence.

« Au fait, Black, » ajouta Severus après avoir remercié sa soeur pour sa tasse. « Ne parle à personne de ma relation avec Harriet. Ce serait apprécié. Personne ne connaît notre lien de parenté et nous voulons que cela reste ainsi le plus longtemps possible. »

« Pourquoi ? »

« Personne ne connaît vraiment ma mère, ni ses penchants politiques. Elle est un vrai mystère. Personne ne sait que je suis un héritier de bonne famille non plus. Harriet va être présentée cette année en tant qu'héritière Potter et Black mais pas Prince. »

« D'accord, je vois le genre. C'est de la pure politique en somme. En les gardant dans l'ignorance, tu protèges ta mère et Harriet en même temps. »

« Exactement. Sans savoir qui est l'héritier de la famille, qu'on fera passer pour quelqu'un de très occupé vivant à l'étranger, la personne voulant récupérer Harriet, qu'elle appartienne à l'un ou l'autre camp, pourrait la voir disparaître. Personne ne prendra ce risque. Ni Dumbledore, ni le Seigneur des Ténèbres quand il reviendra. Elle est bien trop précieuse à leurs yeux. »

« Je ne savais pas que je pouvais être considérée comme précieuse aux yeux de Voldy, » commenta Harriet.

« Disons que tu es une cible de choix sur son terrain de chasse. Tu ferais un excellent trophée. »

Elle grimaça. Severus tendit la main et serra doucement le bras de sa soeur avant de se lever.

« Bon, je vous laisse. J'ai été assez Poufsouffle pour aujourd'hui. »

« Dis plutôt que tu ne supportes pas la compagnie de deux Gryffondors, » taquina sa mère.

« Touché, » soupira le Maître des Potions.

« Dis, tu peux corriger mon devoir de potions ? » demanda Harriet en se levant.

« Bien sûr, si tu me l'amènes avant que je n'arrive à la cheminée. »

Elle fila dans le couloir et revint deux minutes plus tard avec trois parchemins.

« Je n'en avais demandé que deux, » soupira-t-il en les prenant.

« Tu as dit 'minimum deux rouleaux de parchemins', » corrigea la Serdaigle avec un rictus amusé.

Eileen approcha et lui tendit également un morceau de parchemin.

« Tu pourrais faire cela assez rapidement, s'il te plait. Je n'ai pas les compétences requises. »

Il releva un sourcil.

« Maman, toi pas les compéten... ah, oui, effectivement. J'ai intérêt à m'y mettre, la pleine lune est ... »

« Je peux m'occuper du Tue-Loup, » proposa la mère en échange. « Cela ne demande qu'une Maîtrise 1. »

« D'accord. Tu en as besoin pour quand ? »

« Pour hier. »

« Merveilleux, » soupira le Serpentard en jetant un regard à Black pour qui la potion était destinée. « Je repasse dès que je l'ai finie. »

« Merci, Severus. Bonne journée. »

« Loin d'eux, ça c'est sûr ! »

« Bisous ! » s'exclama Harriet avant de partir vers le salon.

Eileen, elle, invita les deux Gryffondors à faire comme chez eux avant de disparaître dans son laboratoire pour préparer la potion de Remus.

« Oh non ! » maugréa Sirius en faisant tomber sa tête lourdement sur la table. « Nous voilà bon à côtoyer Snivillus ! »

« SE-VE-RUS ! » fit la voix d'Harriet depuis le salon, en colère.

L'animagus se tassa sur sa chaise.

« Je t'avais prévenu, Padfoot, » rit doucement Remus. « Elle déteste ce surnom. »

« Mais Moony... C'est Snape ! »

« Oui, je sais. Mais tout ce qui importe maintenant, c'est le bonheur d'Harriet et il est plus que correct avec elle. Il nous faudra faire des efforts. »

Sirius grogna très peu dignement.

« Par contre, il va falloir que tu m'aides à résoudre un mystère, » continua le Loup-Garou dans un murmure.

Padfoot se redressa pour croiser le regard de son ami.

« Lequel ? »

« Harriet. »

« Quel genre de mystère ? »

« Je ne sais pas encore mais j'ai repéré l'une ou l'autre choses bizarres dans le comportement des Prince. Ils gardent un secret qui concerne Harriet... »

« Raconte. J'ai tout mon temps. »