Chapitre 42 : Epouvantard

Si tu l'oses : 113. de temps en temps

Harriet et Hermione discutaient ensemble devant la classe de potions en attendant l'heure du cours. Elles parlaient bouquins comme d'habitude quand Severus ouvrit la porte pour laisser entrer les élèves. Les deux amies se placèrent à l'avant sur la même paillasse. Elles sortirent leur matériel en silence, un léger sourire sur les lèvres.

« Monsieur ? » fit la voix de Ronald Weasley depuis le fond de la salle. « Avec mon bras, je ne peux pas préparer mes ingrédients. Suis-je obligé de suivre le cours ? »

« Oui, Mr Weasley, » cingla Severus.

Harriet eut un sourire narquois en imaginant le visage déconfit du rouquin à cette annonce.

« Mettez-vous devant, aux côtés de Miss Granger et Miss Potter, » ajouta le Maître des Potions, à la plus grande horreur de sa soeur.

Cette dernière le fusilla du regard. L'homme releva un sourcil.

« Avez-vous quelque chose à dire, Miss Potter ? »

Harriet ne dit rien mais baissa ses barrières, invitant son frère à entrer dans son esprit.

'Tu paies rien pour attendre quand on sera en privé ! Weasley ? A côté de nous ? Sérieusement ? Il va nous faire chier !'

Elle crut voir un petit frémissement des commissures des lèvres de Severus. Elle se retint de montrer les dents. Hermione, elle, lui donna un coup de coude avant de finalement s'écarter pour laisser le rouquin s'installer entre elles. Il sourit à Harriet. Cette dernière lui jeta un regard méprisant avant de renifler avec dédain et s'intéresser au tableau encore noir.

Tant que le cours restait théorique, elle prit grand soin d'ignorer le Gryffondor, gardant son attention tantôt sur son frère, tantôt sur ses parchemins. Mais une fois qu'ils durent passer à la pratique, elle n'eut pas le choix que de l'aider avec ses ingrédients, les coupant, les écrasant avec professionnalisme avant de retourner à sa propre potion.

« Eh Harriet, » fit alors Weasley.

« Garde ta salive. »

« Mais ... »

« J'ai dit 'garde ta salive', » répéta la Serdaigle, glaciale. « On n'est pas amis. Tu es là juste parce que Snape l'a décidé alors fous-moi la paix si tu n'as pas envie de perdre un doigt ou deux ! » ajouta-t-elle en le menaçant de son couteau.

« T'as pas le droit ! » s'exclama-t-il malgré qu'il n'avait pas élevé la voix.

Severus effrayait ce Gryffondor aussi même s'il faisait le fier hors de son champ de vision et l'insultait à l'abri de son regard noir ou de son ouïe fine. Ce n'était un secret pour personne, pas même du Maître des Potions.

« Ne m'emmerde pas et je ne mettrais pas ma menace à exécution. Tes racines, » ajouta-t-elle en poussant la belladone vers lui.

Elle retourna à sa potion. Le vert était un peu pâle à son goût. Trop pâle. Elle ne voyait pas où elle avait bien pu faire une erreur. Elle feuilleta les notes sous la recette, dans son manuel, à la recherche de potentielles erreurs fréquentes, souvent dues à la fraîcheur des ingrédients. Elle soupira en levant les yeux au ciel quand le Gryffondor lui demanda une fois de plus de l'aide.

Elle trouva la fin de l'heure bien longue et estima son travail médiocre. Elle jeta un regard noir à son frère en lui remettant sa potion qui était au final vert kaki opaque au lieu de vert émeraude légèrement translucide. Elle avait merdé pour une fois. Le léger froncement de sourcil de Severus le lui confirma. Il était habitué à ce qu'elle rende un bon voire excellent travail. Là, elle avait l'impression d'avoir moins qu'un Acceptable.

« T'en fais une tête, » dit Padma en écartant une mèche de cheveux d'Harriet pour la glisser derrière son oreille. « Qu'est-ce qui va pas ? »

« Il y a que j'ai foiré ma potion, » siffla la jeune fille. « J'ai jamais autant merdé qu'aujourd'hui ! »

« Ca ne devait pas être si horrible, » fit Hermione en face d'elle. « Tu es excellente en potion. »

« Elle était kaki et opaque ! Sans parler de son épaisseur ! A chaque fois que je voulais chercher la solution dans mon manuel, y avait Weasmoche qui me faisait chier pour que je prépare ses ingrédients. »

« Il m'a jeté un regard noir quand j'ai voulu l'aider, » admit Hermione, désolée. « J'avais pas intérêt à toucher à son couteau. Il n'avait d'yeux que pour toi. »

« Je te jure que la prochaine fois que Voldy-Face-de-Serpent revient me chercher des noises, je négocie ma survie en envoyant ce sale gosse à l'abattoir ! »

« Ce ne serait pas une grande perte, on est d'accord, » rit Padma.

« Mais il y a peu de chance que Tu-Sais-Qui t'accorde un sursis avec la mort de cet imbécile, » ajouta Hermione, hilare.

Harriet bouda tandis que ses amies se moquaient doucement d'elle, pour la taquiner. Son regard se porta accidentellement sur la table des professeurs, et elle croisa les yeux sombres de son frère. La lueur de ses orbes vertes devint colérique avant qu'elle détourne vivement la tête, le nez légèrement en l'air. Lui aussi, elle le boudait. Bon d'accord, elle avait l'esprit d'une femme de trente-deux ans, mais elle était une adolescente en apparence et cela lui arrivait d'en profiter et de rester une enfant dans l'âme. Et là, en ce moment, elle n'avait envie que de bouder.

Severus, de son coté, gardait un oeil sur sa soeur depuis le cours de potions. Il l'avait vue parler un peu avec le Gryffondor. Les échanges étaient brefs et secs. Parfois menaçants. Il n'avait rien dit parce qu'il savait que Weasley dans l'incapacité de faire toutes les préparations, devait se délester sur quelqu'un d'autre et par conséquent communiquer. Mais de là à ce que même Weasley face une meilleure potion que sa propre soeur qui avait du talent ! C'était incompréhensible à ses yeux. Il avait manqué quelque chose. Et elle aussi apparemment. Elle lui en voulait en plus au vu de son comportement plus que puéril. Il ne comprenait toutefois pas ce qu'il avait fait de mal. Il avait juste mis Weasley à côté d'elle. Il savait qu'elle ne l'aimait pas mais ...

Il soupira et prit la décision de la faire venir soit chez lui, soit chez Lupin pour discuter. Il verrait comment il arrangerait cela.

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Remus fit entrer les élèves dans la salle des professeurs pour un cours pratique. Rusard avait attrapé un épouvantard. La classe Serdaigle-Gryffondor. Le Loup-Garou avait trouvé étrange de retrouver ces deux classes ensemble. De son temps, on mettait généralement les Gryffondors avec les Serpentards. Au début, il avait pensé que c'était une bonne initiative mais il devait admettre que mettre des lions agités avec des aigles avides de connaissances n'était pas la meilleure idée qui soit.

« Ah ... Severus, » dit-il après avoir refermé la porte. « Je ne m'attendais pas à te voir ici à cette heure-ci. »

« Contrairement à la croyance populaire, j'aime prendre une pause de temps en temps et venir respirer de l'air frais, » rétorqua le Serpentard. « Par contre voir des élèves ici n'est pas habituel. »

« Ils vont travailler sur l'épouvantard. »

Le regard noir de Severus se posa sur les étudiants, puis sur l'armoire agitée de soubresauts au fond de la salle.

« Je vois, » répondit-il simplement avant de retourner à la lecture de la Gazette.

Plusieurs élèves gardèrent un oeil sur le Maître des Potions pendant quelques instants alors qu'ils se dirigeaient vers le fond de la salle.

« Qui pourrait me dire ce qu'il y a dans l'armoire ? » demanda lentement Remus.

Hermione et Harriet levèrent toutes deux la main, l'une la gauche, l'autre la droite, au point qu'elles se cognèrent. Elles pouffèrent doucement alors qu'elles échangeaient un regard.

« Doucement, mes demoiselles, » sourit le professeur. « Hermione ? »

« Un épouvantard, » répondit cette dernière légèrement rougissante.

« Exact. Maintenant, qui peut me dire à quoi ressemble un épouvantard ? » Harriet garda la main levée. « Harriet ? »

« Personne ne le sait. Les épouvantards prennent toujours la forme qui nous effraie le plus. C'est pour ça qu'ils sont si terrifiants. »

« Mais ici, il est désavantagé, » ajouta Hermione.

« Pour quelle raison ? » demanda Remus.

« Parce que nous sommes trop nombreux...

« ... Il ne saura pas quelle forme prendre. »

Les deux jeunes filles rirent de leur complicité pour répondre à la question et se touchèrent le bout de l'index en riant.

« Exactement mes demoiselles, » répondit le professeur Lupin. « Dix points points pour Gryffondor et dix points pour Serdaigle. L'épouvantard cherche effectivement à nous effrayer. Ce qui le neutralise, c'est le rire. Vous devez lui donner une forme que vous trouvez désopilante. La formule pour cela est Riddikkulus. »

Il demanda à tout le monde de penser à quelque chose d'hilarant et les avertit de la possibilité de voir quelque chose de vraiment effrayant auquel ils ne pourraient à l'origine pas penser. C'était ce qui rendait l'épouvantard si imprévisible et effrayant. Remus demanda à Neville de faire une démonstration. Harriet eut le plaisir de voir son frère sortir du placard et voir sa tenue se métamorphoser pour correspondre à la tenue d'une femme d'un certain âge, apparemment la grand-mère du Gryffondor. Une robe verte, un grand chapeau large avec un vautour empaillé et un sac rouge. Personne ne put se retenir de rire, sauf Severus lui-même qui tirait une tête de six pieds de long. Pourtant il s'y attendait ! Mais entre le lire et le voir, il y avait un monde de différence.

Ils se mirent ensuite tous en file indienne pour affronter l'épouvantard. Sans surprise, Ronald Weasley avait peur des araignées, Hermione de l'échec, Padma et Parvati avaient peur des clowns, ... d'autres avaient peur de chiens, de serpents, de cafards, de scorpions, ... Cela pouvait être assez impressionnant. Plus Harriet avançait, plus elle angoissait. Elle ne savait pas du tout ce qui pourrait apparaître devant elle. Elle doutait fortement que ce soit un détraqueur. Ce serait trop beau pour être vrai. Enfin, façon de parler. Elle n'aimait pas l'effet que les détraqueurs avaient sur elle. Mais elle préférerait ça à d'autres choses. D'où son doute.

Quand elle fut devant la créature, elle resta immobile quelques secondes le temps qu'il change de forme. Cela se révéla être une bien étrange peur. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle l'avait et pourtant ...

Severus avait assisté à toutes les peurs des élèves. Certaines étaient vraiment puériles. Il fut toutefois curieux de savoir de quoi avait peur sa petite soeur. Il pensait sans doute au Seigneur des Ténèbres, c'est pourquoi il ne s'attendit pas à ça.

« Tu les préfères eux plutôt que nous, c'est ça ?! On est ta famille ! TU NOUS AS ABANDONNES ! » hurlait une jeune femme aux cheveux auburn.

« C'est à cause de toi si Mamy est morte ! » ajouta une autre femme aux cheveux blonds, bien plus grande et athlétique.

« Aurélie ... Coco..., » murmura Harriet, la gorge nouée alors qu'elle voyait devant elle plusieurs personnes de différents âges la fixer avec un regard noir.

Severus vit parfaitement le corps de sa soeur trembler. Tout comme il comprit parfaitement, à la ressemblance à l'homme qu'il avait vu dans les souvenirs de sa soeur deux ans auparavant, ainsi qu'une des femmes. Cela devait être la famille d'Harriet dans son ancienne vie.

« Tu es monstrueuse, Mélanie, » siffla un jeune homme de grande taille.

« Damien, non, » fit Harriet en reculant d'un pas, puis d'encore un autre. « Non, c'est pas ma faute. »

« Non, bien sûr, Mélanie, ce n'est jamais de ta faute ! » cingla alors une femme aux cheveux noirs assez long, au nez droit et aux yeux vert-gris. « Cesse de mentir ! Tu as toujours reporté la faute sur les autres et tu t'es toujours montrée en victime ! Maintenant assume ! »

« J'ai rien fait, Maman ! » hurla Harriet avant de s'enfuir en courant, pleurant dans ses mains.

« Harriet... » appela Remus avant d'être interrompu par Severus.

« Laisse Lupin, occupe-toi de ta classe. Je vais m'occuper de Miss Potter. »

Il avait dit cela d'une voix glaciale avant de sortir pour la suivre. Tous regardaient la porte en se demandant ce qui avait été dit et pourquoi la Serdaigle avait réagi ainsi. Weasley ricanait en la traitant de faible au point qu'il se prit une gifle de la part d'Hermione. Remus, de son coté, se demandait ce que tout cela signifiait. Harriet semblait connaître ces personnes. Et cette femme, elle l'avait appelée 'Maman'. Encore un mystère à résoudre concernant la fille de son meilleur ami. Mais cette fois-ci, il allait en parler directement avec elle plus tard, et avec Sirius.