Chapitre 43 : Le Secret d'Harriet

Si tu l'oses : 103. J'en doute

Severus marcha rapidement dans le couloir, sans pour autant courir. En voyant le chemin que sa soeur avait pris, il savait parfaitement où elle allait. La Salle-sur-Demande... C'était son refuge, là où personne ne connaissant au préalable l'endroit et l'aspect qu'elle choisissait ne pourrait venir l'y déranger. Il entra dans la pièce, transformée en cet appartement moldu devenu si familier, et s'engagea immédiatement dans le couloir, entendant clairement les pleurs d'Harriet. Il la vit de loin à moitié allongée dans son lit, la tête enfouie dans l'oreiller.

Il entra dans la chambre et s'installa à côté d'elle. Il passa une main dans son dos et patienta, accordant à sa soeur du réconfort avant de la questionner. Il avait toujours quelques soucis avec le français mais il avait compris l'essentiel. C'était son ancienne famille. Elle avait peur d'un rejet dans le cas où elle les recroiserait. C'était du moins son hypothèse. La Serdaigle se redressa doucement et Severus put voir ses orbes vertes larmoyantes tellement blessées. Il la prit immédiatement dans ses bras et la serra fortement.

« Ce n'était qu'un épouvantard, Harriet, » murmura-t-il doucement.

Il continua à lui frotter le dos, traçant inconsciemment des arabesques, alors que ses tympans étaient quelque peu malmenés par ses puissants sanglots. La jeune fille tremblait contre lui. Il retint un soupir. Si forte et si faible à la fois. Hyper-émotive. Cela pouvait être à la fois un atout et une faiblesse lors de combats. Un événement déclenchant une émotion forte pourrait très bien décupler la puissance d'Harriet tout comme la paralyser mentalement. Ce n'était jamais bon...

Au bout d'une vingtaine de minutes, il entendit un horrible reniflement et grimaça. Il sortit un mouchoir sombre de sa poche et le tendit à sa soeur. Elle le prit et se moucha, pleurant toujours mais silencieusement. Elle se tenait encore agrippée aux robes de son frère et ce dernier la serrait avec force, la rassurant par sa présence imposante et protectrice.

Il la sentit peu à peu somnolente et il chercha alors à l'allonger sur le lit. Les mains restèrent serrées sur ses habits et il soupira. Il s'allongea alors lui-même et garda sa soeur tout contre lui, sa tête contre son épaule. Il l'observa s'endormir. Son visage humide se détendit peu à peu, se faisant de plus en plus serein. Il récupéra alors son mouchoir, le nettoyant d'un informulé avant d'essuyer ce si beau visage. Il n'aimait pas la voir si triste. La colère, il pouvait gérer, même quand elle était tournée vers lui comme c'était le cas au matin, mais la tristesse ... A chaque fois que cela arrivait, il avait envie de s'interposer et de corriger celui qui lui faisait ainsi du tort. Il se pencha et déposer un baiser sur la tempe de sa soeur avant de rejeter sa tête en arrière sur l'oreiller.

Il se mit à réfléchir à la prochaine discussion qu'il aurait avec Harriet. Il se doutait que Lupin allait se mettre à leur recherche et quand il ne les retrouverait pas, il irait voir sa mère. Par conséquent, il les verrait assez rapidement arriver ici. Quand il fut sûr que sa soeur était profondément endormie, il se dégagea doucement et la couvrit d'une couverture avant de se diriger en cuisine préparer du thé. Ses soupçons se confirmèrent deux heures plus tard avec l'arrivée de sa mère, de Lupin et du satané chien Black. Ce dernier reprit forme humaine une fois la porte refermée.

« Comment va-t-elle ? » demanda Eileen après avoir enlevé son glamour et prit son fils dans ses bras.

« Ca va, je crois. Elle s'est endormie. Elle n'est pas aussi bouleversée que quand elle a vu son reflet dans le Miroir du Riséd, » répondit Severus. « Mais elle les a vu malgré tout. Ils étaient ... agressifs, je dirais. Je n'ai pas tout compris. »

« Moi, j'ai compris ce qui s'est dit mais je n'en ai pas compris les conséquences, » intervint Lupin. « Qui sont ces gens ? »

L'oeil vif du Loup-Garou se posa sur une photo juste derrière Severus et s'y dirigea directement. Il avait reconnu les deux personnes comme étant présentes dans l'épouvantard d'Harriet.

« Qui sont-ils ? » répéta-t-il en montrant le cadre.

Sirius Black regarda la photo moldue mais ne sut pas répondre. Severus et Eileen échangèrent un regard et pincèrent les lèvres.

« Ce n'est pas à nous de le révéler, » répondit le Maître des Potions. « Mais à Harriet. Cela dit, ce n'est pas un sujet sur lequel elle aime s'étendre. Elle préfère l'occulter et avancer. »

Pendant qu'il disait cela, Eileen était partie en direction de la chambre. Elle s'assit sur le lit et caressa tendrement les cheveux de sa fille. Elle avait encore les yeux rougis, vestige de ses pleurs, mais pour le reste elle était sereine. Le mouvement doux et répété sur la tête fit papillonner la jeune fille.

« Maman..., » murmura-t-elle, la voix rauque.

« Bonsoir, ma puce, » fit la mère avec un petit sourire.

Elle accueillit Harriet dans une douce étreinte réconfortante.

« Remus se pose des questions. Sirius aussi, » dit-elle ensuite, après quelques minutes.

« Je m'en doute, » répondit la Serdaigle. « Ils se posaient déjà des questions sur moi avant ... »

« Remus m'a dit ce qu'il s'est passé avec l'épouvantard. Ce n'est pas ta faute Harriet. »

« Je sais mais ... je n'avais encore jamais vu autant de haine dans leur regard... »

La voix de la jeune fille tremblait un peu et elle s'essuyait ses yeux, grimaçant légèrement en les sentant irrités. Sa mère lui frotta doucement le dos avant de se lever et de lui tendre la main.

« Allez, va rejoindre ton frère dans le salon. Je vais te faire un chocolat chaud comme tu l'aimes. »

« D'accord, » murmura la jeune fille.

Elle entra dans le salon et s'installa dans le canapé, à côté de son frère. Ce dernier lui fit immédiatement une place et écarta même un bras quand elle se glissa contre lui pour chercher un peu de réconfort. Il se laissa aller contre le dossier du fauteuil alors qu'il la serrait contre lui. Il ignora les regards scrutateurs des deux Gryffondors sur eux. Il murmura plutôt des paroles apaisantes à l'oreille d'Harriet. Il l'obligea toutefois à mieux s'installer quand leur mère arriva avec une tasse fumante.

« Riette, est-ce que ça va ? » demanda Sirius, soucieux.

« C'est pas le top, » avoua-t-elle, à moitié cachée derrière sa tasse.

« Harriet, » dit alors Remus, un peu mal à l'aise mais surtout inquiet. « Tu n'es pas du genre à t'émouvoir ainsi, d'après Minerva ou Filius. Qui sont-ils ? » ajouta-t-il en montrant le cadre qu'il tenait en main.

« On voit que vous savez faire preuve de tact, » grogna Severus, le regard noir. « Gryffondors sans cervelle ! »

« Lily était une Gryffondor aussi ! » s'indigna Sirius en se tendant.

« Mais elle savait utiliser ses méninges ! » contre-attaqua le Serpentard.

La Serdaigle soupira et but lentement son chocolat viennois pendant que les hommes se disputaient. Cela prit un bout de temps.

« Harriet ? »

La voix de Remus après quelques instants d'un lourd silence.

« Hmm ? » répondit-elle, sortant de ses sombres pensées. Il lui montrait toujours le cadre. « C'est ma famille. »

Les deux hommes froncèrent les sourcils.

« Ces personnes, la forme de ton épouvantard ... c'est ta famille ? » demanda le Loup-Garou.

« Oui. Là, c'est mon père et ma petite soeur. »

« Hein ? Quoi ? J'ai raté un épisode, je crois, » fit Sirius, perdu.

« Rien qu'un ? » ricana Severus avant de se prendre un coup de coude de la part de sa soeur. « Eh ! Petite Peste ! Ca fait mal ! »

En voyant le léger sourire en coin, son début de colère s'envola immédiatement. Sa douleur passagère était peu cher payé pour voir un sourire après l'avoir vue pleurer quelques heures plus tôt.

« Harriet, ils le sauront à un moment ou à un autre, » dit-il alors d'une voix plus neutre. « Si tu allais chercher les livres. »

« Seulement les trois premiers. Mais je ne les ai qu'en français ici. »

« Un sort de traduction suffira, » sourit-il à sa soeur alors que les deux Gryffondors avaient les sourcils froncés, perplexes, face à autant de mystère.

La jeune fille retourna dans la chambre chercher les trois premiers tomes et revint une minute plus tard pour les déposer sur la table de salon. Sirius et Remus les prirent, le dernier traduisant les titres pour son meilleur et dernier ami encore vivant. Ils feuilletèrent vaguement les ouvrages mais leurs yeux revenaient sans cesse sur les titres.

« Harry ... Potter, » fit pensivement Sirius. « James disait toujours que s'il avait un fils, il l'appellerait Harry. »

« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda Remus, les sourcils froncés.

« Eh bien, pour faire simple, » répondit Harriet dans un soupir. « J'ai eu une autre vie avant de naître en tant qu'Harriet Potter. Et fait encore plus étrange, c'est que j'ai eu une vie dans le futur... Je m'appelle Mélanie et je suis née le 25 avril 1995. Ces livres que vous voyez ne sont qu'une histoire que j'adorais lire étant enfant. C'était littéralement ma préférée. Ce que je ne m'attendais pas, c'était de mourir et renaître dans le corps de mon héros favori. »

Un silence de quelques secondes se fit après ses paroles.

« Répète ça ? » dit lentement Sirius en état de choc.

« Je suis née à une autre époque, dans un futur assez proche, je suis morte en 2020 dans un accident de voiture. Je ne sais pas comment ni pourquoi je suis revenue dans le passé et pourquoi j'ai atterri précisément dans ce corps. Je sais juste que je suis ici et plus ... là-bas. Voilà. »

« ... Wouah ... »

Sirius et Remus ne savaient quoi dire.

« Vous la croyez ? » demanda alors le Loup-Garou aux deux Prince.

« Oui, sans le moindre doute, » répondit Severus, le visage impassible. « Durant ces deux dernières années, j'ai vu trop de détails concordants avec ceux écrits dans ces livres. Harriet savait beaucoup de choses avant même qu'on ne les lui apprenne. Même si physiquement elle a l'air d'une adolescente, mentalement, elle a notre âge ... »

« Je veux une preuve, » coupa Sirius. « Je suis désolé mais c'est ... »

« Impossible à croire ? » proposa Harriet avec un sourire en coin.

« Oui, » répondit l'animagus. « Sans vouloir te vexer, Riette. »

« Je ne le suis pas, » répondit-elle en haussant des épaules. « Laissez-moi réfléchir... On ne peut pas dire que vos personnages soient très développés ... Surtout le tien, Remus. Du moins pas au début. »

« Pas de spoil ! » prévint Eileen, sortant de son mutisme.

« D'accord. Je n'en avais pas l'intention. »

Harriet regarda les deux Maraudeurs devant elle, réfléchissant à ce qu'elle pourrait dire.

« Alors ... Sirius ... Toi, je te connais bien mieux. Tu es mon parrain, fils détesté de Walburga Black, une vieille mégère qui n'arrête pas de crier, même quand elle n'est plus qu'un vulgaire portrait sur un mur du hall de Square Grimmaurd. D'ailleurs, il y a vraiment des têtes d'elfes empaillés dans ton hall d'entrée ? Je me suis toujours posé la question... »

« Oui, » soupira Sirius avec une grimace. « Tradition familiale. »

« Alors, je savais que tu n'étais pas le gardien du secret et que c'était Pettigrow le coupable, d'où le fait qu'on a cherché à prouver ton innocence... Je sais aussi que vous avez créé une carte un peu spéciale, qui répertorie tous les couloirs du château et indique le nom de tous les habitants qui y passent. »

« Parlant de carte des Maraudeurs, » interrompit Severus avec un petit sourire vainqueur. « Devine qui a récupéré un morceau de parchemin vierge aux mains de deux rouquins farceurs... »

« T'as pas fait ça ? » demanda Harriet en se retournant pour regarder son frère. « Sev ! »

« Quoi ? Ils allaient te la donner de toute façon... Ce n'est pas comme s'ils en avaient encore besoin. Au moins maintenant, je pourrais les attraper en flagrant délit ! »

La Serdaigle leva les yeux au ciel en soupirant, ne pouvant retenir un sourire de fleurir sur ses lèvres.

« Severus Snape au courant pour notre carte ?! Severus Snape possédant NOTRE CARTE ! » s'écria Sirius. « Là, c'est la fin des Maraudeurs ! »

« Dis pas des mandragores, Black ! Vous n'aviez pas besoin de cette carte pour faire vos bêtises ! La carte sera bien plus utile pour piéger Pettigrow qu'à préparer un mauvais coup à des élèves sans défense. »

« Enfin, voilà, » intervint Eileen avec calme. « Maintenant vous connaissez le secret d'Harriet. Il est impératif que cela reste un secret. Personne ne doit savoir. Personne. »

Si sa voix était calme, ce n'était pas le cas de son regard noir et pénétrant. Il brûlait d'avertissement et de menaces. Le visage des maraudeurs pâlirent. Ils déglutirent difficilement.

« Bien, madame ! » répondirent-ils.

Severus et Harriet échangèrent un regard en coin, un mini sourire sur leurs lèvres. Les pauvres petits Gryffondors ...