Chapitre 44 : Une Petite Vengeance

Si tu l'oses : 30. Pleine lune

Harriet regardait la lune monter dans le ciel nocturne. Elle était pleine. Remus devait très certainement être dans la Cabane Hurlante avec Sirius. C'était la première pleine lune de l'année. Elle savait déjà que le lendemain, elle aurait cours de DCFM avec son frère. Elle se demandait juste s'il allait donner un cours sur les Loup-Garous ou allait-il garder le secret. Elle espérait qu'il allait tenir sa langue de serpent. Elle sourit à cette pensée.

« Amusez-vous bien, les garçons, » murmura-t-elle avant de se coucher, un léger sourire accroché sur ses lèvres.

Le lendemain matin, elle ne fut pas surprise de voir la place du Maraudeur vide à la table des professeurs, ainsi que l'absence d'un certain chien noir. Elle croisa le regard noir de son frère et le salua d'un bref signe de tête. Il le lui rendit, bref, sec. Une belle comédie pour montrer en public qu'il était poli sans pour autant l'apprécier. Mais il n'avait aucune raison officielle de la détester. Elle avait un comportement exemplaire depuis un moment, faisant preuve de maturité aux yeux de tous les professeurs.

Elle s'installa à la table des Serdaigles, comme toujours, et se servit généreusement en croissants. Elle discutait avec Padma au sujet du devoir de sortilège quand les hiboux du courrier commencèrent à entrer dans la Grande Salle par centaines. Elle sourit en voyant une chouette au plumage immaculé atterrir devant elle.

« Salut, Hedwige ! » dit-elle joyeusement, surnom qu'elle avait donné à l'animagus de sa mère.

Elle lui donna quelques caresses et reçut quelques pincettes affectueuses en retour. Elle prit ensuite la lettre qu'elle lui apportait. Elle lui servit un bol avec quelques bouts de lards et décacheta ensuite la lettre.

Harriet, mon ange,

Le premier week-end à Pré-au-Lard est pour bientôt et, si tu le souhaites, nous pouvons passer la journée ensemble, toi, Sirius et moi. Tu te doutes, Sirius est très excité à l'idée... Une vraie puce au point que j'ai du lui lancer un sortilège de silence et l'immobiliser sur le canapé du salon pendant deux heures entières ! J'aurais aimé que ton frère vienne également mais il est hélas un homme très occupé...

Je te propose de nous retrouver aux Trois Balais vers 13h30 et nous ferons les magasins ensemble. Il faudrait d'ailleurs que je te rachète des habits pour te couvrir l'hiver. Tes gants doivent être un peu trop petits maintenant ...

Gros bisous, ma puce,

A bientôt,

Maman.

Et Sirius ! Petit bonjour au passage ! J'ai hâte de te voir ce week-end ! On en profitera pour parler blagues pour Halloween !

Tant que cela reste purement théorique ! Maman !

Harriet rit doucement et secoua la tête alors qu'elle s'armait d'une plume afin d'écrire sa réponse. Elle était ravie de la perspective de passer une demi-journée hors de Poudlard en compagnie de sa mère et de son parrain. Effectivement, dommage que Severus ne puisse pas les accompagner.

« Euh Padma ? » L'indienne lui jeta un coup interrogateur. « Il y aura un petit changement. Ma mère vient passer la journée à Pré-au-Lard. Cela ne te dérange pas si ... »

La jeune fille sourit et lui tapota doucement le bras.

« Non, non, t'inquiète. Passe une journée avec ta mère. On sortira entre amies un autre jour. Il y aura d'autres sorties à Pré-au-Lard. »

« Génial ! Merci. »

« Je vais juste être seule à convaincre Hermione à ne pas dévaliser la librairie, » plaisanta son amie.

Elles rirent doucement de la blague et reprirent leur discussion à propos des sortilèges.

xXxXxXx

Harriet et Hermione jouaient au pendu pour patienter en attendant officiellement un professeur qu'elles savaient depuis longtemps épuisé et récupérant de sa dure nuit au clair de lune. Elles durent feindre la surprise en voyant le professeur Snape entrer dans la salle, faisant virevolter ses capes autour de lui, comme seul lui savait le faire – Harriet n'avait pas encore réussi à lui arracher son secret pour un tel effet – et s'imposer devant la classe. Le silence fut vite de plomb. Personne ne s'osait vraiment à murmurer plus que quelques secondes dans sa classe de potions. Il s'imposait trop. Et ce n'était pas maintenant, alors qu'il allait donner un cours de DCFM que cela allait changer. Il restait Severus Snape !

Il fit l'appel comme à son habitude. Le silence était lourd dans la pièce.

« Ouvrez vos livres page 394, » dit soudain Severus.

Hermione et Harriet échangèrent un regard avant de fixer le professeur. Elles ouvrirent leur livre mais ne dirent rien. La Serdaigle remarqua du coin de l'oeil que Weasley cherchait à gagner du temps en tournant les pages une par une. Cela sembla agacer suffisamment son frère pour le forcer à agiter sa baguette et l'amener directement à la bonne page.

« Les Loups-Garous ? » s'étonna-t-il en regardant l'intitulé du cours.

« Monsieur ? » fit un Serdaigle en levant la main.

« Mr Goldstein ? »

« Nous venons de commencer les Strongulots et les Pitiponks. Pourquoi les bêtes nocturnes ? »

« Parce que c'est un sujet qui me plait bien plus ! » rétorqua le Maître des Potions d'une voix froide.

Il tapota sur un projecteur et des images défilèrent doucement, présentant différents objets avec une iconographie sur le Loup-Garou.

« Alors ... Qui peut me dire quelle est la différence entre un animagus et un Loup-Garou ? »

Harriet et Hermione retinrent un soupir avant de lever la main.

« Personne ? Comme c'est ... »

Il s'arrêta en voyant les bras des deux jeunes filles. Il désigna Miss Granger, ne doutant pas une seconde que sa soeur connaisse la réponse.

« Un animagus est un sorcier qui choisit de se transformer en animal, » répondit Hermione. « Un Loup-Garou n'a pas le choix. A chaque pleine lune, il se transforme et oublie totalement qui il est. Il pourrait même tuer son meilleur ami s'il le croisait. De plus, le Loup-Garou ne réagit qu'à l'appel de ses semblables. »

« L'appel de ses semblables ? » répéta Weasley.

Hermione soupira en levant les yeux au ciel. Le rouquin était toujours aussi désespérant.

« Tu sais ... Les loups sont par nature des animaux qui vivent en meute ... »

« Et alors ? » fit Weasley, les sourcils froncés.

Harriet soupira à son tour, bruyamment, avant d'inspirer et d'imiter le cri du loup.

« Ca répond à ta question, Weasley ? » demanda-t-elle.

« Prends-moi pour un con, tant que tu y es ! »

La Serdaigle retint avec difficulté un éclat de rire tandis que son frère réclamait le silence dans sa classe.

« Mr Weasley, cinq points en moins pour Gryffondor. »

Le Serpentard donna alors le cours sur les Loups-Garous, la manière de les reconnaître et de s'en défendre. Il en profita pour retirer encore de nombreux points, surtout aux Gryffondors. Il mit même Weasley en détention. Il n'aimait pas non plus comment il se comportait avec Harriet mais il se gardait bien d'en montrer quelque chose. Il profitait juste d'une occasion pour punir le Gryffondor. Ce n'était pas ces occasions qui manquaient, il ne semblait pas connaître le respect.

A la fin du cours, Harriet sortit avec Padma et Hermione et, tellement prises par leur discussion, elles ne firent pas attention à Weasley. Et naturellement ce dernier ne pensait qu'à lui-même. Trop en colère pour avoir encore une fois écopé une retenue avec Snape, il bouscula les trois adolescentes. L'une d'elle, en faisant quelques pas incertains en arrière, perdit l'équilibre en rencontrant du vide. Elle tomba dans les escaliers.

« HARRIET ! » hurla Hermione.

« Non mais Weasley t'es cinglé ou quoi ?! » hurlèrent plusieurs élèves présents, tant de Gryffondor que de Serdaigle.

Alerté par le bruit, Severus sortit de sa classe un peu plus précipitamment qu'à l'accoutumée.

« Que se passe-t-il ici ?! » s'énerva-t-il en approchant.

Son regard se porta sur sa soeur et il pâlit légèrement. Elle était à terre, en bas des marches, une jambe de travers dans un angle inquiétant, encore sur la dernière marche. Il put tout de suite dire qu'elle était inconsciente. Il descendit précipitamment pour s'occuper d'elle alors qu'Hermione Granger qui venait de s'agenouiller au côté de son amie répondait.

« C'est Weasley, professeur ! » fit-elle, inquiète. « Il nous a poussées et Harriet est tombée dans les escaliers. »

Le Serpentard fusilla le coupable du regard.

« Je m'occuperai de vous plus tard, » siffla-t-il avant d'agiter sa baguette au-dessus d'Harriet.

Il lut rapidement l'examen préliminaire. Elle s'était juste sérieusement cognée la tête et elle avait une jambe cassée et quelques bleus allaient peu à peu apparaître. Rien à sa colonne vertébrale. Severus était rassuré. Il glissa un bras dans son dos et un autre sous ses jambes et la souleva. Il jeta un regard noir à Weasley qui voulait disparaître.

« Je vous veux dans mon bureau dans deux heures, Mr Weasley, » siffla-t-il. « Gare à vous si vous n'y êtes pas ! »

Il partit de ce pas pour l'infirmerie. Hermione le suivit.

« Je vais envoyer une lettre à sa mère, professeur. A-t-elle quelque chose de grave ? »

« Elle sera sortie de l'infirmerie au plus tard demain matin, » répondit-il d'une voix neutre. « Dites à sa mère d'empêcher le clébard de faire un massacre. »

« Je le ferais, » promit la brune avant de s'éloigner en direction de la bibliothèque.

Severus serra Harriet contre lui, sa tête tout contre son coeur. Il marchait rapidement, ignorant les regards et les murmures des autres. Tout ce que son visage exprimait était de la colère et de la haine à l'état pur. Il croisa sur son chemin Minerva qui approcha immédiatement en trottinant, le visage plissé par l'inquiétude.

« Que s'est-il passé, Severus ? » s'exclama-t-elle.

« Weasley l'a bousculée et Potter est tombée dans les escaliers, » répondit-il sèchement.

« Weasley ? »

« Le cadet, » fit-il dangereusement. « Veillez à ce qu'il vienne ce soir dans mon bureau. Je vais lui apprendre à bousculer les gens. Il aurait très bien pu tuer Potter ! Elle a de la chance ! »

La sorcière hocha la tête tandis qu'elle le suivait en silence jusqu'à l'infirmerie. Harriet fut rapidement soignée par Poppy et allongée dans un lit. Elle se réveilla au soir avec un affreux mal de tête et se rendormit rapidement, en bonne santé, après avoir bu une potion de sommeil et une autre contre la douleur.

Pendant ce temps, Severus prit la décision de punir sévèrement le rouquin et lui fit récurer une bonne centaine de chaudrons ce soir-là. Il l'avait également pris en retenue pour tout le mois suivant et il se demandait ce qu'il lui ferait faire pour qu'il comprenne qu'il avait commis une effroyable erreur.

xXxXxXx

Harriet entra au Trois Balais en se frottant les mains. On n'était à peine le 31 octobre et il faisait déjà très froid. Elle avait encore une mauvaise bosse sur le haut du front qui était visible. Elle grimaça au bruit dans la taverne. Elle repéra bien rapidement sa mère et Sirius dans un coin. Ils étaient légèrement soucieux. Elle s'approcha d'eux.

« Salut, ma puce, » fit Eileen en la prenant dans ses bras. « Est-ce que ça va ? Hermione est venue tout me raconter. »

« Trop bruyant, » marmonna-t-elle en se frottant légèrement le front.

« Tu as encore mal à la tête ? » fit une voix grave mais rassurante derrière elle.

Elle se retourna et vit un homme qu'elle ne connaissait pas, vêtu comme un Moldu, avec des vêtements sombres. Elle fronça les sourcils. Puis, elle croisa les yeux noirs des Prince et elle vit un léger sourire en coin.

« Vieux cornichon ? » fit-elle, incertaine.

« Oui, Petite Peste ? »

Elle sourit et vint directement dans ses bras. Il la serra contre lui avant de s'installer sur la banquette avec elle.

« Snivy ? » fit Sirius, un sourcil relevé.

« Qu'est-ce que tu veux, Black ? » demanda Severus calmement.

« Rien, je voulais juste ... vérifier. »

Le Maître des Potions hocha la tête alors qu'il sortait une fiole de son manteau. Il la tendit à Harriet. Cette dernière la prit sans poser de question et eut rapidement un soupir de soulagement.

« Tu es sûre que ça va, Riette ? » demanda Sirius en regardant sa filleule.

« Je hais Weasley, » maugréa-t-elle en réponse, sa tête appuyée sur sa main.

« A ce qu'il parait, » intervint doucement Remus en arrivant à son tour et s'installant à leur table. « Il en a pris pour un mois de retenues en compagnie de Snape. Ce gamin apprendra peut-être à se tenir. »

« Tu ne devrais pas être encore au lit, toi ? » demanda Harriet en se redressant mais avec un sourire.

« Je vais mieux, merci de t'inquiéter. »

Sirius partit passer commande et revint avec une boisson pour tout le monde.

« Bon, je veux bien qu'on avait dit 'théorie', » dit-il après une gorgée de sa bière au beurre, jetant un regard en coin à Eileen. « Mais on ne pourrait pas préparer un sale tour à ce p'tit con ? »

« Sirius ... » avertit la Lady Prince.

« Quoi ? Il a poussé Harriet dans les escaliers ! Moi je prends ça comme une agression volontaire ! Il mérite d'être puni ! »

« A la Maraudeur ? » fit Severus en relevant un sourcil, le regard noir alors qu'il se souvenait de tout ce qu'il avait vécu en tant qu'adolescent entre les mains du quattuor doré de l'époque.

« Viens dire que tu n'es pas d'accord et là, je ne te comprends plus, » attaqua Sirius plus ou moins calmement, montrant le Serpentard du doigt. « C'est pourtant toi qui m'as dit de me tenir à carreau pour ce qui concerne ta soeur... »

Severus passa un bras autour des épaules d'Harriet et lui frotta l'épaule alors qu'il réfléchissait. Il fusillait toutes personnes, adultes ou étudiants qui passaient et les regardaient un peu trop curieux. Il se savait méconnaissable sous son glamour mais il avait fait exprès de garder ses yeux noirs, typiquement Prince, qui constituait la base de son pouvoir. Un bon regard noir et tout le monde détournait rapidement les yeux.

« C'est vrai qu'il mérite bien plus que de simples retenues, » admit-il à contrecoeur. Même Eileen hocha la tête en accord. « Mais je ne peux pas faire plus... »

« D'où l'idée de lui jouer un mauvais tour, » fit Sirius avec un sourire maraudeur.

« Et ce serait quoi ? » demanda alors Remus.

« On a encore plein d'idées que nous n'avons jamais essayées, Moony, » dit pensivement Padfoot.

« Je crains le pire, » soupira Severus. « Vous avez besoin de quoi ? »

« Tu es partant ? » s'étonnèrent les deux Maraudeurs, les sourcils relevés.

« Comme l'a si bien fait remarquer Black, il s'agit de ma soeur. Je serais un bien piètre grand frère si je ne faisais rien pour l'aider ou la venger ... »

« Mon héros, » sourit la jeune fille, amenant un rictus amusé sur le visage de tout le monde.

« Pas dans mon antre, » prévint Eileen toutefois amusée par la tournure des choses. « Je tiens à ce qu'il garde sa paix et sa sérénité ! »

« Hmm ... une variante du crache-limace ? » proposa Harriet.

« C'est vrai qu'il n'y a pas eu cet épisode, » fit pensivement Severus.

« En même temps, Drago est plus ou moins ami avec Hermione. Il n'a pas de raison de l'insulter. Crache-Limace ou pire ? »

« On lui fait cracher des serpents ou des crapauds ? » proposa Sirius. Les Prince sourirent à l'évocation des serpents. « Des serpents donc, » ricana-t-il. « Et comment on le lui fait ? Il va falloir la jouer finement ... »

A ce moment, Harriet vit passer deux têtes rousses non loin.

« J'ai une idée, » sourit-elle, machiavélique avant de se redresser. « Fred, Georges, venez deux minutes, s'il vous plait. »

« Bonjour Harriet ! » sourirent-ils. « Professeur Lupin ! Messieurs, dames ! » saluèrent-ils ensuite avant de se tourner vers la Serdaigle. « Qu'est-ce qu'on peut ... »

« ... faire pour toi ? »

« J'aurais un petit service à vous demander. Votre frère ... »

« N'en dis pas plus, » sourit Fred.

« On comptait s'occuper de son cas, » ajouta George.

« Il n'a pas été très sympa avec toi. »

« Maman, Ginny et lui ont toujours été obnubilés par toi. »

« Une véritable obsession ! »

« Il ferait mieux de bien se comporter ! »

Les deux rouquins partirent dans un monologue, chacun terminant la phrase de l'autre pendant au moins cinq petites minutes.

« Mais tu voulais nous demander quelque chose ... »

« ... parles, petit aiglon, nous t'écoutons. »

Harriet sourit et les jumeaux prirent un siège à leur table le temps de prendre leurs instructions. C'est ainsi qu'au soir, lors du repas d'Halloween, Ronald Weasley se leva complètement paniqué alors qu'il commençait à s'étouffer le temps de cracher un serpent – non venimeux – avant de respirer et tousser précipitamment. Il en cracha ainsi une bonne vingtaine devant tout le monde. Il s'agissait d'une bien mauvaise blague, pas vraiment drôle à l'origine, mais comme le rouquin en question n'était agréable avec personne, plusieurs élèves ne purent s'empêcher de sourire ou même pour certains de rire de son malheur.

« C'est le karma, Weasley ! Fais-toi une raison ! » dit Hermione une fois que le rouquin fut de retour le soir-même dans la salle commune des Gryffondors.

« Je tuerai le Serpentard qui a osé me faire ça ! » promit le rouquin qui pensait encore avoir le goût de ces êtres visqueux sur sa langue.

Hermione lui souhaita bonne chance avant de donner une boîte de confiseries aux jumeaux.

« Cadeau de Riette, » murmura-t-elle en souriant.