Chapitre 45 : Nouvelle Énigme et Saule Cogneur
Si tu l'oses : 547. prison
Harriet se leva le samedi avec un soupir résigné. Elle devait jouer aujourd'hui... Sa seule consolation, c'est que Sirius viendrait la voir sous forme humaine. Il était très enthousiaste à l'idée de la voir jouer même s'il elle n'était pas au même poste que son père. Elle remplaçait un batteur cette fois. Elle descendit prendre son petit déjeuner dans l'effervescence de ce jour sportif. Serdaigle contre Poufsouffle. Elle soupira et se prépara un croissant à la confiture.
Tous les élèves étaient presque arrivés dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner lorsque le courrier arriva. Le regard d'Harriet s'arrêta sur un flash rouge cramoisi dans le ciel. Une beuglante portée par un hibou grand-duc entièrement noir. Ce dernier se posa en silence devant un petit Serdaigle de première année aux cheveux blonds.
La jeune Prince l'observa un instant, intriguée. Il semblait vouloir se faire tout petit. Le gamin avait fait une bêtise. Il y avait plusieurs murmures et remarques désobligeantes autour de lui. L'enveloppe s'éleva dans les airs et s'ouvrit, semblable à une bouche. Elle commença à s'animer et une voix d'une douceur et une lenteur calculée s'en échappa, se faisant entendre dans toute la salle. Si Harriet n'entendait pas la voix d'une femme, elle aurait juré que Severus lui-même était l'auteur d'une telle lettre !
« Alfie Charles Addington-Evans ! Imagines-tu dans quel état j'étais lorsque, très tôt hier, j'ai eu le déplaisir d'apprendre par un de tes professeurs que tu as été retrouvé, à deux heures du matin, lisant tranquillement un livre dans la réserve ? On n'apprend pas au Demiguise à faire la grimace, jeune homme ! Et si tu pensais que ton père serait plus relax, tu te fourres le doigt dans l'œil bien profond ! Trouverais-tu cela plaisant si dans la prochaine beuglante je racontais haut et fort à toute la Grande Salle ce que tu faisais avec tes mains lorsque tu avais cinq ans ? J'imagine bien que non ! Alors fais-moi plaisir, la prochaine fois ne te fais pas prendre la main dans le sac, tu n'es pas un Maraudeur ! Magia m'en préserve ! »
La lettre se désagrégea en une myriade de petits bouts de papiers rouges et blancs devant le petit Serdaigle qui avait lui-même prit une teinte cramoisie. Le silence se fit lourd dans la salle. Harriet fronça les sourcils à la mention des Maraudeurs et se tourna immédiatement vers Remus. Ce dernier aussi avait les sourcils légèrement froncés. Quand elle regarda ensuite Severus, elle y vit aussi quelque chose, entre amusement et curiosité, suffisamment dissimulé sous son masque froid.
La femme derrière cette beuglante était dès lors devenue le nouveau mystère des Prince et des Maraudeurs.
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Le temps était à l'orage. Il ne pleuvait pas. C'était en réalité le déluge ! Harriet avait du mal à voir. Heureusement, elle put demander à un coéquipier plus âgé pour faire en sorte que ses lunettes ne soient plus affectées par le mauvais temps. Elle se sentait par contre trempée jusqu'aux os. Elle allait très certainement avoir un rhume dans les jours à venir. Aucun doute là-dessus.
Elle se secoua mentalement tout en serrant une main sur son nimbus 2001 et l'autre sur le manche de sa batte. Elle tournoyait avec Davies, l'autre batteur, autour du terrain afin de protéger ses coéquipiers et renvoyer les cognards sur l'ennemi. Elle frappait durement sur chacun, évitait les autres, roulant sur son balai et maîtrisant le terrain malgré la pluie.
Puis, le temps déjà horrible se refroidit de plus en plus. Le manche devint glissant avec la glace qui s'y formait. Toutefois, Harriet ne s'en rendit pas compte tout de suite, trop concentrée sur le jeu et la protection de ses partenaires. Mais très vite le froid et la vue d'êtres encapuchonnés volant à une trentaine de mètres du sol autour du terrain la ramena à la réalité. Elle paniqua vite alors que l'une d'elles fonça sur elle. Elle changea rapidement de trajectoire mais se retrouva piégée.
Ils étaient partout ... les détraqueurs.
Elle poussa un hurlement bref alors que l'un d'eux apparaissait de nulle part. Elle sentit le pouvoir, elle sentit quelque chose lui être aspiré. Cela la paralysait. Elle entendit le hurlement de femme et le bruit du métal broyé.
Elle se sentit partir... Elle lutta, se sachant dans les airs ... mais cela ne suffit pas. Elle tomba de son balai.
Dans les gradins, les Prince et les deux Maraudeurs qui avaient un oeil sur elle se levèrent à l'unisson. Eileen et Severus lancèrent leur patronus en même temps tandis que Remus et Sirius se chargèrent de ralentir la chute de la jeune fille. Elle fut emmenée à l'infirmerie sur le champ.
Sirius était à son chevet et caressait ses cheveux. Severus était également présent. Dumbledore était au courant de sa promesse de toute façon. Il pouvait bien se montrer officiellement exécrable quand elle était consciente et afficher un minimum d'inquiétude à son sujet dans les cas comme celui-ci. Juste un peu. Il n'allait certainement pas montrer à ce vieux fou à quel point il tenait à elle. Harriet n'était officiellement que la fille de la femme qu'il avait jadis aimée, une enfant qu'il avait juré de protéger. Voilà ce que Dumbledore savait depuis des années. Pas plus.
Les portes de l'infirmerie s'ouvrirent en grand pour laisser passer le directeur ainsi que le professeur Flitwick. Sirius, en colère, s'attaqua immédiatement au vieil homme.
« Vous avez dit qu'elle ne risquerait rien à Poudlard ! Que les détraqueurs ne représentaient pas un danger mais au contraire une protection ! Eileen et moi-même savions parfaitement que c'était une erreur ! Comment avez-vous ... ?! »
Il continua de hurler mais en silence, le Maître des Potions lui ayant lancé un silencio.
« Un peu plus bas, Black, » siffla-t-il lentement. « Nous sommes dans une infirmerie et non sur la place du marché. Par ailleurs, et bien que l'idée me hérisse le poil, je suis d'accord avec toi. Pourquoi des détraqueurs se trouvaient sur le terrain de Quidditch alors qu'ils ne doivent pas franchir le mur d'enceinte ? »
« Sincèrement, mon cher Severus, je l'ignore, » répondit Dumbledore. « Je les ai renvoyé à leur poste. »
« Renvoyez-les à Azkaban ! » aboya avec colère le Maraudeur qui s'était libéré du sortilège de mutisme. « C'est là qu'est leur place ! Auprès des criminels ! Si Peter décide de se ramener ici, je suis sûr que Remus pourra le trouver sans problème et le maîtriser ! Sans parler de Snivilus ! Peter a toujours été le plus faible de la bande ! Il serait stupide de venir ici, même s'il voulait tenter de tuer Harriet, il sait que nous pourrions l'attraper avant qu'il ne s'approche à cinquante mètres d'elle ! »
« Ca c'est sûr, » fit Remus en entrant pour s'enquérir à son tour de l'état de la jeune fille. « Peter est peut-être faible mais pas totalement stupide ! Sinon comment expliquer comment il est passé entre les mailles du filet durant toutes ces années ? Comment va-t-elle ? »
« Comme quelqu'un qui vient de faire une chute depuis le haut de la tour d'astronomie, » répondit Severus avec une désinvolture apparente.
Ses battements de coeur ne trompèrent pas l'oreille du Loup-Garou. Le Serpentard savait bien jouer la comédie, mais il devrait apprendre à gérer les battements de son coeur pour être plus crédible face à des créatures magiques.
« Où est la mère d'Harriet ? » demanda alors Dumbledore pour se sortir de cette mauvaise passe. « J'aimerais m'entretenir avec elle. »
« Elle m'a jeté de mon propre laboratoire, Albus, » répondit Severus. « Vu son état de colère et connaissant l'attitude protectrice des mères face à leurs enfants, je n'ai pas osé refuser. Je ne me voyais pas engager un duel alors qu'il me suffisait d'attendre que cette dame passe ses nerfs sur quelques décoctions. »
« Je vous demande pardon ? »
« Ne savez-vous pas que la famille Prince est réputée dans le monde des Maîtres et Chercheurs en Potions ? On raconte que c'est un héritage familial chez eux. N'étant pas très intéressé aux légendes et aux rumeurs à l'époque, je ne me suis pas intéressé à eux mais on dit qu'ils ont parmi leurs ancêtres quelqu'un de très renommé dans l'art de la fabrication des potions. »
Il avait dit cela avec respect. Il était de notoriété publique que Severus ne parlait pas souvent avec respect à propos des autres. Pas comme cela. Dumbledore comprit donc qu'il devrait faire de Lady Prince une alliée à sa cause afin de parvenir à ses plans.
« Je vais donc me diriger vers votre laboratoire, Severus, » dit-il avec un sourire.
« A vos risques et périls, Dumbledore, » prévint Sirius. « La dernière fois que je suis rentré dans son laboratoire, je l'ai payé très cher. Cette femme est aussi sournoise qu'un Serpentard et a le caractère aussi explosif que Lily. Ajouté cela le fait que c'est sa précieuse Harriet qui est dans ce lit, elle nous ferait passer, Remus, James et moi pour des amateurs ! »
Dumbledore prit alors la décision de bien gentiment patienter que Lady Prince se décide à rendre le laboratoire du Maître des Potions à son propriétaire avant d'aller lui parler. Il préférait de loin parler à une femme calme qu'à une furie aussi explosive que pouvait l'être Lily lors de ses colères les plus noires. Merlin, de ces dernières, il s'en souvenait lors des réunions de l'Ordre.
Harriet se réveilla dans la soirée et se redressa lentement. Une main douce vint se poser sur sa tête tandis qu'une autre vint lui présenter ses lunettes. Très vite, sa vue se fit plus claire et elle put discerner Sirius, Remus et sa mère. Elle vit aussi un amas de bois et de brindilles sombres emballés dans une couverture. Elle soupira.
« Laissez-moi deviner. Il est allé chatouiller le Saule Cogneur et il s'est vengé ? »
« Que ... Comment ? » commença Sirius.
« Il ne l'a pas encore lu ? » demanda Harriet à sa mère.
« Il est à peine au second, » répondit cette dernière. « Ce n'est pas un grand lecteur. »
« Je vois... »
Elle testa ses membres et fut rassurée d'être entière.
« Comment tu vas, Riette ? » demanda Sirius, appuyé sur le rebord de son lit, à ses pieds.
« Ca va, plus ou moins. Juste l'impression d'être passée sous une voiture ... »
« Je vais t'apprendre le patronus, » dit alors Remus, assis sur une chaise à côté du lit. « Si jamais une telle chose se reproduit, tu dois être au moins capable de produire un bouclier passable pour te protéger le temps qu'on puisse réagir et ainsi te mettre en sécurité. »
« Je déteste les détraqueurs ! » fit la jeune fille en se mettant en tailleur.
Sa voix n'exprimait rien. C'était juste un constat.
« Personne ne les aime, » répliqua Sirius en haussant des épaules. « Sauf peut-être Voldemort. »
Elle hocha la tête.
« Dites, tant que je vous ai sous la main, » fit-elle ensuite. « Vous en pensez quoi de la beuglante de ce matin ? »
« Sincèrement, » répondit Remus. « Aucune idée. Je ne connais pas ce garçon et le nom d'Addington ne me dit absolument rien. Sirius ? »
« Cela ne me dit rien non plus. Mais je n'ai pas vraiment la mémoire des noms. Plus des visages ... Et encore, j'ai oublié pas mal de choses quand j'étais en prison... »
« Cela nous fait un nouveau mystère à résoudre alors, » sourit Harriet. « Cela pimentera un peu cette année. »
« Pour une fois que tu ne sais pas quelque chose, » la taquina sa mère.
« Mais qui peut être suffisamment proche de nous pour connaître l'existence des Maraudeurs mais suffisamment éloigné pour que nous ne la connaissions pas ? » demanda la Serdaigle.
Trois soupirs lui répondirent.
« Là est tout le mystère, » dit alors Remus.
