Chapitre 46 : Alfie Addington et Merryl Evans

Si tu l'oses : 186. Rétrécir

Eileen se tenait à King's Cross avec Sirius. Ils attendaient le Poudlard Express.

« Tout va bien ? » demanda le Maraudeur en regardant la dame.

« Dumbledore a essayé de me convaincre de laisser Harriet à Poudlard. »

« Sérieusement ? »

« Pour sa protection, » ironisa-t-elle. « Aucun endroit n'est plus sûr que Poudlard. »

« Oui, on a vu ça ! »

Il vit une femme à la longue chevelure rousse, habillée chaudement, passer la barrière menant au côté moldu de la gare. Quand il croisa son regard, il vit deux émeraudes. Il en eut le souffle coupé. On aurait dit ...

« Sirius, est-ce que vous allez bien ? » demanda Eileen, inquiète du soudain mutisme du Gryffondor.

« Une minute, » fit ce dernier avant de s'approcher de l'inconnue. Il lui prit la main. « Lily ? »

La réaction de la femme fut immédiate : elle lui écrasa le pied avec violence avant de s'écarter de deux pas pour lui coller une gifle en plein visage.

« Oh ! Nom d'un chien ! » gémit l'animagus en sautillant légèrement sur un pied, portant sur son visage encore pâle la marque bien rouge de la main de la jeune femme.

« Mais ça va pas d'accoster une femme comme ça, vieux fou ?! »

« Vieux fou ? » répéta Sirius, insulté alors qu'elle repartait. « Non, attendez, ce n'est pas ce que vous croyez ! Je vous ai prise pour une vieille amie, Lily ... Pardonnez-moi, si je vous ai fait peur, ce n'était pas mon intention. »

Alors qu'il disait cela, Eileen le rejoignait pour savoir ce qu'il se passait. Elle-même vit la ressemblance avec Lily Evans. On aurait dit des jumelles bien que la femme semblait bien plus bronzée que la douce jeune fille dont elle se rappelait. La rousse, elle, s'arrêta pour regarder l'homme légèrement ridé et maigre – Sirius portait encore quelques marques de son enfermement prolongé à Azkaban – et plongea son regard émeraude dans les yeux argent.

« Ces yeux ..., » murmura-t-elle bien qu'assez fort pour que les deux sorciers l'entendent. « Black ? Sirius Black, c'est toi ? »

« Oui, » répondit l'homme. « A l'évidence, vous me connaissez mais moi non. Je vous ai confondu avec quelqu'un d'autre. »

« Sans doute ma soeur, imbécile ! » soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.

« Je suggère que nous nous écartions du chemin, » intervint alors Eileen avec calme alors qu'elle observait les témoins tout autour d'eux. « Nous attirons l'attention. »

Ils allèrent donc dans un coin pour continuer à discuter de manière plus civilisée.

« Tu as un aussi bon coup de pied que Lily ! » pesta le Maraudeur en se massant le pied, appuyé contre un pilier de briques.

« Oui, moi aussi, je suis ravie de te revoir, ... on va dire. Je te croyais à Azkaban pour le meurtre de James et Lily. »

« C'est Peter le coupable, » corrigea l'homme.

« Peter ? »

« Peter Pettigrow, un vieil ami qui nous a trahi. »

« Il était un des quatre ? »

« Exactement, » répondit alors Eileen. « Sirius se sent déjà assez coupable comme ça. Pourrions-nous changer de sujet ? Qui êtes-vous ? »

« Merryl Evans, » fit la rousse avec un sourire légèrement crispé alors qu'elle tendait la main. « Et vous ? »

« Eileen Prince, » dit la dame en la serrant. « Mais je suppose qu'à l'époque vous deviez me connaître sous le nom de Snape. »

« Snape ? Comme dans Severus Snape ? »

« Pourquoi c'est toujours Snivillus qui attire l'attention ? » bouda Sirius en croisant les bras. « D'abord Lily, ensuite Harriet, maintenant Merryl ... »

La mère Prince pouffa devant la jalousie évidente du Lord Black.

« Peut-être parce que Severus et moi habitions à côté du domicile de la famille Evans à l'époque, » suggéra-t-elle.

« Harriet ? Ma ... ma nièce ? » Le ton dans la voix de Merryl alertèrent les deux Sang-Purs. « Pétunia m'a dit qu'elle était ... »

« Je ne veux pas entendre ce mot de votre bouche, jeune fille ! » coupa alors Eileen qui se doutait déjà de ce que cette satanée Moldue avait pu dire à sa soeur. « Harriet est bien vivante et en bonne santé ! Enfin, vous pourrez le constater par vous-même, le train arrive. »

Le quai fut très vite bondé et les adultes firent courir leur regard sur la marmaille afin de repérer les leurs. Un petit blond chétif s'approcha de Merryl avec un large sourire, poussant sa malle devant lui.

« Bonjour Maman ! » s'exclama-t-il joyeusement.

« Bonjour mon grand ! » sourit la rousse en le prenant dans ses bras.

Eileen et Sirius échangèrent un regard entendu. Mystère résolu.

« Bonjour Maman, bonjour Padfoot, » dit Harriet en arrivant à leur hauteur.

La mère embrassa sa fille et la serra dans ses bras avant de la tourner vers Merryl Evans. Cette dernière regardait la jeune fille avec curiosité et espoir.

« Harriet, » fit Eileen. « Je te présente ta tante, Merryl Evans. »

La Serdaigle fronça les sourcils. Elle se tourna alors vers sa mère.

« Je savais pas qu'il y avait plus de deux Evans, moi ! Je croyais qu'il n'y avait que Lily et ... Pétunia ! »

Elle avait craché le nom de sa tante pour qui elle ressentait un profond mépris, si ce n'est pas une haine sans borne. Elle se tourna ensuite vers le petit garçon juste en face de sa ... tante.

« Je dois t'avouer, ma chérie, que j'avais complètement oublié son existence, » répondit Eileen avec douceur mais consternation. « Je ne voyais que très peu ta mère, et tes tantes encore moins. »

« Je n'étais pas très présente à la maison non plus, à l'époque, » ajouta Merryl Evans avec un sourire triste. « J'étudiais à l'étranger. »

« Enfin, le mystère est résolu ... pfff ... même pas drôle ..., » bouda Harriet en croisant les bras, à l'image de son parrain. « Moi qui me faisait une joie de résoudre un mystère, il s'est résolu tout seul ! »

« Un mystère ? » demanda Merryl. « Quel mystère ? »

« On a tous entendu la beuglante d'Alfie. On se demandait qui pouvait bien connaître les Maraudeurs alors ... »

« Oh, » comprit la rousse en riant tandis que le garçon prenait une teinte pivoine.

« Mamaaaannn ! Ce n'est pas drôle ! » geignit-il.

« Pour moi, ça l'est, Alfie, » continua la mère, heureuse. « Grâce à elle, en partie, on a retrouvé ta cousine. »

« J'aurais très bien pu t'en parler pendant les vacances de Noël. La beuglante n'était pas nécessaire ! »

La rousse ébouriffa tendrement son fils en souriant, des larmes aux yeux. Un bip sonore se fit entendre soudain et elle se mit à farfouiller dans son sac pour en sortir une sorte de petite tablette réfléchissante, comme un miroir. Du moins aux yeux des sorciers. Harriet, elle, avait plus l'impression de voir un smartphone ou un Iphone ... mais ces objets ne devaient pas être conçus avant ... longtemps ...

« Vous nous excuserez mais Alfie et moi devons y aller. On pourrait s'envoyer un hibou pour se voir en semaine et faire plus ample connaissance, » proposa-t-elle en échange.

« Ce serait une merveilleuse idée ! » sourit Sirius. « Eileen ? Qu'en pensez-vous ? »

« Qui suis-je pour empêcher ma fille de connaître sa tante ? » demanda-t-elle avec un sourire.

Les adultes rirent doucement tandis qu'Harriet souriait. Alfie, lui, restait impassible, à regarder sa mère, juste derrière lui, la tête penchée en arrière. Merryl sortit sa baguette et l'agita afin de réduire les affaires de son fils et les glissa dans son sac à main.

« A bientôt alors ! » dit-elle joyeusement en venant serrer sa nièce dans ses bras.

Elle prit ensuite la main de son fils et le poussa à travers la barrière menant du côté moldu. Harriet avait gardé le regard sur eux sans remarquer que sa mère avait rétréci ses affaires également.

« Allez Riette ! » fit Sirius en posant une main sur son épaule. « On rentre. »

Les trois sorciers disparurent du quai.

xXxXxXx

TOC ! TOC ! TOC !

« Grrmmm »

TOC ! TOC ! TOC !

« Quoi ? » fit Harriet d'une voix ensommeillée.

« Ta tante sera là dans dix minutes, » répondit Eileen en ouvrant la porte.

La lumière vive fit grogner la jeune fille qui se planqua rapidement sous la couverture.

« Allez, debout Harriet ! » la houspilla la sorcière. « A moins que tu veuilles montrer à ton cousin ton pyjama actuel ? »

« Mon pyjama ... » bâilla-t-elle avant de se regarder.

Malgré la pénombre et son regard flou, ses sens ne la trompèrent pas et la ramenèrent au contraire à la réalité. Elle était en tenue d'Eve.

« Pas sûr qu'il apprécie..., » répondit-elle en bâillant à nouveau. « Je suis à poil. »

« Alors dépêche-toi de te lever et de t'habiller ! »

« D'accord, je file me doucher, » dit-elle en se levant, faisant fi de sa nudité devant sa mère.

Elle n'était pas prude en privé et sa mère s'était depuis longtemps habituée à cela. La règle était qu'elle devait toujours être habillée une fois sortie de sa chambre. La seule exception à la règle – maudits anglais ! – était le bikini. L'eau sur sa peau finit de la réveiller et elle sortit de la salle de bain une quinzaine de minutes plus tard, complètement habillée avec juste un essuie dans les cheveux. Elle les sécha rapidement avant de les laisser pendre dans son dos. Ils semblaient raides mais ils allaient légèrement boucler au fur et à mesure qu'ils allaient sécher. Elle embarqua un pull vert à col roulé au cas où il ferait un peu froid et alla dans le salon.

« Bonjour ! » fit Merryl en se levant et s'approchant sa nièce pour l'embrasser. « Bien dormi ? »

« Euh ... oui. Bonjour, » répondit-elle, un peu surprise par tant d'énergie le matin.

« Pardonnez-la, » sourit Eileen. « Elle n'est pas du matin. »

« Pas de problème, » sourit la rousse.

« Je ... je vais me faire à manger... »

« Je peux venir ? » demanda Alfie. « Maman était tellement surexcitée à l'idée de venir ici qu'elle a oublié de me donner à manger. »

« Alfie ! Tu as déjà mangé, petit glouton ! »

« Quoi ?! Mais c'est vrai ! J'ai encore faim moi ! » s'écria le blond.

Harriet fit un grand sourire.

« Tu aimes les crêpes ? » demanda-t-elle en passant un bras autour des épaules de son cousin.

« J'adore les crêpes ! »

« Tant mieux parce que c'est mon plat préféré ! »

« Je peux en avoir aussi ? » demanda Sirius en descendant précipitamment les escaliers.

La jeune fille éclata de rire et emmena les garçons dans la salle à manger, laissant les deux mères derrière elle.

« Personne ne résiste à ses crêpes, » expliqua Eileen à Merryl avant de leur emboîter le pas. « D'ailleurs, je crois que je vais aussi en manger une ou deux. Vous venez ? »

Toute la petite famille s'installa tandis qu'Harriet avait emmené son cousin en cuisine pour préparer la pâte ensemble. Les adultes discutèrent entre eux, Eileen racontant notamment les circonstances l'ayant menée à adopter la jeune fille.

« Je sens que je vais passer à Privet Drive dire à Pétunia ma façon de penser, » soupira Merryl.

« Tu n'es pas en colère ? » demanda Sirius, curieux et aussi outré.

« Si mais ... cela ne m'étonne pas de ma soeur, » avoua la rousse. « Ce qui me gêne le plus, c'est qu'elle m'ait menti en disant qu'elle était morte. »

« Elle vous a dit cela quand ? » demanda Eileen.

« Je suis revenue en Angleterre en 1986. Pelhisir a été en alerte rouge pendant quelques années et ils avaient besoin de moi. Je n'ai pris connaissance de la mort de James et Lily qu'à mon retour et Pétunia m'a dit qu'Harriet était morte avec eux avant de me claquer la porte au nez en me jetant les affaires de Lily qu'on lui avait données. J'avoue ne pas avoir cherché beaucoup plus loin à l'époque. Je devais m'occuper d'Alfie. J'ai pris les affaires et je suis partie. »

Les deux jeunes Serdaigles revinrent avec un grand plat de crêpes et un plateau le sucre, la cassonade, le chocolat, la confiture, ...

« Bon appétit ! » sourit Harriet.

Ils avaient tous commencé à manger en faisant connaissance, la porte d'entrée s'ouvrit et se referma.

« Bonjour ! C'est moi ! » fit Severus d'une voix enjouée. « J'ai réussi à m'arranger avec Minerva pour avoir tout mon week-end. »

« Est-ce que ... est-ce que c'est Snape ? » demanda Alfie d'une toute petite voix, le visage soudain très pâle.

« Rassure-toi, c'est un Poufsouffle, » répondit Harriet en lui faisant un clin d'oeil.

Le Maître des Potions entra dans la pièce avec deux livres en main, un léger sourire sur les lèvres alors qu'il parlait toujours. Il se figea en voyant les invités.

« Mr Addington ? » s'étonna-t-il. « Que faites-vous i... » Sa voix se perdit quelque part dans sa gorge alors que ses yeux noirs se posaient sur Merryl. « Li ... Lily ?! Mais ... enfin... je ... mais ... »

Tous eurent la surprise de voir le si fort Severus Snape s'évanouir sous le choc. Harriet, Eileen et Sirius se levèrent précipitamment pour venir en aide au Serpentard tandis que Merryl se tournait vers son fils toujours très pâle bien que surpris par la réaction de l'homme.

« Tu vois, Alfie. Ta mère peut être si terrifiante que des Serpentards adultes en tombent dans les pommes ! » fit-elle avec un sourire en coin et le regard amusé.