Chapitre 47 : Severus reprend ses Esprits

Si tu l'oses : 263. Se moquer

Eileen fit léviter son fils jusqu'au canapé du salon et renvoya Sirius dans la salle à manger pour s'occuper de Merryl et son fils. C'était une affaire de famille et il était peu probable que son fils veuille voir le visage d'un Maraudeur à son réveil. Elle laissa ensuite son garçon entre les mains de sa soeur pour descendre dans son laboratoire chercher un calmant. Le bougre allait en avoir besoin vu sa réaction assez forte face à la rouquine. Quand elle revint, elle observa comment sa fille le ramenait doucement à lui, lui tapotant le visage sans réelle violence pour lui faire reprendre conscience.

« Salut, Sev ! » dit doucement Harriet en voyant les pupilles sombres s'accrocher à elle. « Tu nous as fait peur. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda le Serpentard en se redressant sur le fauteuil.

Il grimaça en se massant le bras droit. Il s'était effondré dessus et il le tiraillait un peu. Eileen s'approcha de ses enfants et s'agenouilla devant son fils avec un doux sourire, pas le moins du monde inquiète.

« Tu es rentré il y a vingt minutes, » dit-elle simplement, faisant tournoyer la fiole de potion calmante entre ses doigts sans s'en rendre compte. « Tu disais que tu avais réussi à t'arranger avec Minerva pour avoir ton week-end de libre et tu es entré dans la salle à manger. »

Il fronça les sourcils alors que les souvenirs lui revenaient peu à peu en mémoire.

« Oui. Je... je me suis arrêté quand j'ai vu un élève à table ... ainsi que ... Lily ! »

« En fait, non. Ce n'était pas Lily, Sev, » corrigea Harriet avec un sourire. « Mais sa soeur... Merryl. »

« Merryl ... Merryl Evans ? Je ne me rappelle ... » Il soupira alors que son regard s'éclairait. « Oui, bien sûr. Je l'avais oubliée... Je ne l'ai vu que l'une ou l'autre fois quand nous étions petits. »

« Ca ira ou tu veux quand même la prendre ? » demanda la mère en lui montrant le flacon au liquide rouge légèrement transparent.

« Je crois que ça ira... merci, Maman. »

Eileen lui fit un tendre sourire et lui serra doucement l'épaule. Harriet, elle, venait de sortir un calepin et cochait quelque chose.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Severus.

« Oh, rien de spécial. Je viens juste de cocher un truc sur ma liste de choses à faire. »

« C'est-à-dire ? »

Elle se leva avec un petit sourire que l'homme ne connaissait que sur les Serpentards ou les Maraudeurs quand ils préparaient un mauvais coup. Il fronça les sourcils.

« Voir mon frère s'évanouir sous le choc, » répondit-elle avant de disparaître dans l'embrasure de la porte.

Le Maître des Potions vit légèrement rouge et partit à sa poursuite.

« Attends que je t'attrape, Petite Peste ! Tu paies rien pour attendre ! »

Harriet riait alors qu'elle courait à travers la maison, poursuivie par son frère. L'homme étant toutefois un chasseur dans l'âme, il réussit à l'attraper bien rapidement. Il la tortura psychologiquement, lui promettant encore pire une fois de retour à Poudlard. Dans le même temps, il la chatouillait sous les bras et au ventre au point que la jeune fille demandait grâce.

« Pas de pitié pour ceux qui se moquent de moi ! » fit Severus avec un sourire sadique.

« Au secours ! Pitié ! Quelqu'un ! A moi ! Maman ! Viens me sauver ! Pitié ! »

« Tu as été sage ? » demanda Eileen qui se retenait d'éclater de rire.

Elle ne voyait que rarement son fils se lâcher de la sorte. Même quand il était petit, il n'était pas aussi démonstratif. Harriet l'avait beaucoup changé en si peu de temps. Elle était tellement ouverte et dévergondée ...

« Euh ... je crois, » répondit la Serdaigle sans grande conviction.

« Mauvaise réponse, » sourit Severus en repartant pendant une ou deux minutes à l'attaque.

Ils furent interrompus par un Maraudeur qui avait pris sa filleule en pitié et s'était transformé sur le coup en super-héros rien que pour elle.

« Allez maintenant tu lâches ma filleule, » dit-il avec autorité.

« Non, » fit le Maître des Potions. « C'est ma petite soeur. »

« Ma filleule. »

« Ma soeur. »

« Ma filleule. »

Harriet profita d'un relâchement dans la poigne de son frère pour s'échapper et courir se réfugier auprès de sa tante et Alfie. Elle reprit son souffle. Ses joues étaient rouges d'avoir tant ri. Eileen passa ensuite dans le salon et embrassa sa fille. Ce n'était pas parce que Severus avait réussi à avoir un congé que c'était le cas aussi pour elle. Elle devait s'occuper de la bibliothèque de l'école pendant quelques heures chaque jour malgré tout.

Severus retourna au salon une vingtaine de minutes plus tard, après s'être occupé de Black – hélas pas suffisamment pour en être débarrassé – et servit le thé. Il observait Merryl... Elle ressemblait tellement à Lily. Ou plutôt l'inverse, se corrigea-t-il directement, elle était un an plus âgée. En croisant son regard émeraude, si identique à celui de sa défunte meilleure amie, il détourna le regard, contrôlant tant bien que mal ses sentiments afin qu'il ne rougisse pas devant elle. Il se concentra alors sur Harriet qui apprenait au jeune Addington les échecs.

« Finalement, le mystère est résolu, » dit-il à Black qui rentrait dans la pièce.

« Oui. Depuis le retour à King's Cross, » répondit ce dernier. « Je suis tombé sur Merryl et je l'ai prise pour Lily. »

« Au moins je ne suis pas le seul à avoir fait l'erreur. »

« Mais toi, tu ne t'es pas pris une claque en pleine figure. »

« C'est qu'elle est assez intelligente pour repérer les imbéciles, » ricana Severus en jetant un regard à la rousse.

Celle-ci eut un petit sourire à la remarque.

« Détrompe-toi, Severus. Tu aurais eu droit au même traitement que lui. » Elle but une gorgée de sa tasse de thé avant de reprendre. « Et sinon, ce mystère ... vous comptiez le résoudre comment ? En kidnappant un pauvre petit Serdaigle de première année sans défense et en lui chatouillant les pieds avec une plume d'oie jusqu'à avoir la réponse ? »

Les yeux de la rousse pétillaient autant que son sourire amusé.

« Maman ! Je ne suis pas sans défense ! » s'exclama Alfie depuis sa place.

Sa mère le regarda de la tête au pied.

« Mon chéri, excuse-moi, mais même moi, ta propre mère, je sais que tu ne ferais pas de mal à un botruc ! » dit-elle en prenant un air théâtral.

Alfie fit la moue, faisant sourire Harriet. D'ailleurs elle répondit à la question de sa tante.

« Je suis sûre que les Maraudeurs auraient trouvé un moyen. » Elle jeta un oeil à Sirius avant de le laisser glisser vers son frère. « Sans parler de Sev qui est très persuasif ! »

« Oui, j'ai entendu parler de cela, » souffla Merryl de sa voix doucereuse, faisant étrangement écho à la beuglante que tous avaient pu entendre un mois plus tôt, alors qu'elle fixait le Maraudeur du regard.

« De quoi ? » répondit innocemment ce dernier.

« D'un rendez-vous arrangé avec une bête poilue, d'une course poursuite et d'un tas d'autres choses toutes très intéressantes ... et surtout, la robe que je portais au mariage de ma soeur s'en souvient parfaitement elle aussi ! » répliqua-t-elle avec un rictus mauvais.

Pas de doute, Merryl Evans est très rancunière.

« J'aurais veillé à ce que ce genre d'incident n'arrive pas, » intervint Severus en jetant un regard noir à Black. « Mais il y a d'autres moyens qui permettent d'obtenir des réponses qu'une petite balade au clair de lune ... »

« Espérons alors que tu aies appris à tourner sept fois ta langue dans ta bouche cette fois, très cher, j'ai cru comprendre que tu avais la réflexion facile ... surtout avec les mauvaises personnes, si tu vois ce que je veux dire, » dit-elle toujours sur le même ton en tournant cette fois son regard assassin sur le Maître des Potions.

Severus comprit immédiatement le sous-entendu et grimaça.

« Elle te disait donc tout ... »

« Il y a certaines choses qu'une soeur n'a pas besoin d'entendre pour le comprendre. Et puis, le fait qu'elle ne sortait plus au parc pour te rejoindre m'a mis la puce à l'oreille. J'ai beau paraître immature pour mon âge, on ne peut rien me cacher très longtemps, » fit-elle en insistant bien sur le rien, prouvant qu'elle était au courant d'absolument tout.

Elle glissa d'ailleurs son regard émeraude sur le bras gauche de l'homme avant de remonter croiser ses sombres onyx.

« Je doute néanmoins que tu saches tout à mon sujet, » répliqua-t-il légèrement sèchement alors qu'il tournait son regard vers Harriet qui jouait toujours avec Alfie.

Il savait toutefois qu'elle avait une oreille attentive à la conversation. Elle était relativement douée aux échecs, elle n'avait pas besoin de toutes ses facultés mentales pour enseigner les rudiments du jeu au jeune Addington. De plus, il la savait bien trop curieuse pour ne pas écouter aux portes.

« J'en sais sûrement plus que tu ne le crois, Severus ! » susurra-t-elle. « Mais si je savais tout, cela voudrait dire que tu attendais sagement dans un placard depuis plus de dix ans et ce n'est pas ton genre ... ce serait naïf de ma part de le penser. Et ce serait aussi moins amusant ! N'est-ce pas ? »

Elle prit une nouvelle gorgée de son thé mais Severus ne manqua pas la lueur de défi dans son regard si semblable à celui de Lily. Tout aussi expressif. Et elle ne semblait pas vouloir le lâcher comme si elle voulait le passer à la casserole ! Mais pas spécialement dans le bon sens ...

« Tu es plus retorse que Lily, » siffla-t-il, le regard noir.

« Je ne suis pas Lily. Le Choixpeau ne m'aurait certainement jamais placée à Gryffondor. C'est une évidence, » dit-elle négligemment alors qu'elle le regardait toujours dans les yeux, l'air de dire 'vas-y continue de me fixer ainsi, ton regard de méchant ne m'atteint pas !'

« Alors, dis-moi, » fit le Maître des Potions en se penchant légèrement en avant. « Serdaigle ? Ou Serpentard ? »

« Voyons, Sev, » intervint Harriet après avoir encore battu doucement son cousin. « C'est évident ! Serpentard ! »

« Je suis Choixpeau flou, en vérité, ma grande, » sourit la rousse sans quitter les prunelles sombres, clairement amusée cette fois.

« Toi aussi ?! »

« Que Merlin nous vienne en aide, » soupira Severus en se pinçant l'arête du nez.

« Hmm, je ne suis sûrement pas le même genre de Choixpeau flou que toi, Harriet. Et, soit dit en passant, ta mère l'était aussi, » rit-elle. « Au point où on en est, Severus, je crois que tu devrais prier Magia plutôt qu'un vieux barbu bien pensant ! »

« Le vieux barbu n'a qu'à aller se faire voir chez les Grecs ! » s'exclama Harriet en pensant soudain à Dumbledore.

« Chérie, » répliqua Merryl d'une voix douce. « Je pense que même les Grecs n'en voudraient pas ! Ils ont déjà leurs propres despotes à gérer ! Il y en a qui sont plus tenaces que d'autres seulement ... »

« Je dois avouer que je parlais plus de son côté homo ... »

« Harriet ! » fit sévèrement Severus, maudissant une énième fois le côté dévergondé de sa soeur, alors que Sirius pouffait.

Ce dernier ne disait d'ailleurs trop rien, s'amusant à voir les autres se renvoyer la balle.

« Ben quoi ? C'est un secret pour personne que Dumby se tapait Grindoudou dans les années 1900 ! »

Merryl se retint de rire mais l'ambiance auparavant tendue et froide, se réchauffait peu à peu. Elle avait un franc sourire maintenant sur son visage.

« Pour en revenir à cette histoire de Choixpeau, » dit-elle joyeusement. « Certaines personnes dont je tairais l'identité ont les oreilles trop chastes pour entendre certaines vérités ! Veux-tu savoir dans quelle autre maison ta mère aurait pu aller ? »

« Je dirais Serdaigle, » répondit Harriet.

« Eh pas du tout ! Serpentard ! »

Tant Severus que sa soeur écarquillèrent les yeux de surprise. Le Serpentard savait certes que sa meilleure amie voulait le suivre à Serpentard mais lui avait dit que c'était impossible à cause de son statut de Née-Moldue. Il n'avait jamais cherché plus loin. Il pensait juste que son coté quelque peu sournois était dû à son influence... Sirius, quant à lui, il n'en revenait pas de l'annonce !