Chapitre 48 : Faire Connaissance

Si tu l'oses : 660. miroir

« Pour en revenir à cette histoire de Choixpeau, » dit-elle joyeusement. « Certaines personnes dont je tairais l'identité ont les oreilles trop chastes pour entendre certaines vérités ! Veux-tu savoir dans quelle autre maison ta mère aurait pu aller ? »

« Je dirais Serdaigle, » répondit Harriet.

« Eh pas du tout ! Serpentard ! »

Tant Severus que sa soeur écarquillèrent les yeux de surprise. Le Serpentard savait certes que sa meilleure amie voulait le suivre à Serpentard mais lui avait dit que c'était impossible à cause de son statut de Née-Moldue. Il n'avait jamais cherché plus loin. Il pensait juste que son coté quelque peu sournois était dû à son influence... Sirius, quant à lui, il n'en revenait pas de l'annonce !

« En vérité, c'était la maison où elle voulait aller à tout prix ! » continua Merryl. « Elle a certainement cassé les oreilles de ce vieil artefact pour pouvoir y aller avec Severus, mais le Choixpeau y a dénoté qu'elle était si têtue qu'elle avait bien sa place à Gryffondor ! Moi j'aurais pu être à Serpentard et à Poufsouffle. Il ne faut jamais sous-estimer un Poufsouffle ! Ton parrain en a fait les frais d'ailleurs, une fois, » ajouta-t-elle avec un rictus moqueur. « Il a fini chauve durant une semaine entière et a bien failli devoir se présenter au mariage de tes parents dans cet état si ta tante préférée n'avait pas été miséricordieuse ! J'ai même une photo de l'événement comme preuve de cette prouesse si tu veux ! »

« J'aurais aimé voir ça, » ricana Severus en jetant un oeil amusé sur le clébard.

« La ferme, Snivillus ! » grogna ce dernier.

« C'est SE-VE-RUS ! » siffla dangereusement Harriet en jetant un regard noir à son parrain.

Le Serpentard ricana encore plus.

« Eh ben ... un grand garçon comme toi se fait encore défendre par une femme de la famille Evans ? » demanda Merryl. « Quant à toi, Sirius, ne rigole pas. J'ai la photo sur moi justement ! »

Elle fit un geste de la main et son sac vola jusqu'à elle. Elle en ressortit rapidement une photo sorcière où l'on pouvait voir Sirius plus jeune, chauve et boudant, affublé de tout l'attirail à l'origine destiné aux bébés. Pendant ce temps, Severus répondit à sa question.

« J'ai déjà essayé d'expliquer à Harriet que je n'avais pas besoin d'aide – encore moins face à Black – mais elle est aussi têtue que sa mère. » Il se pencha pour regarder la photo, plus par curiosité que réel intérêt. « Belle coupe, Black, il ne manquait plus que le biberon ! »

« C'est vrai qu'il est mignon comme ça, » rit la jeune Serdaigle qui s'était glissée derrière sa tante. « Et je t'ai déjà dit pourquoi je le fais, Sev ! »

« Oui, je sais, » soupira Severus avec un petit sourire en coin, presque tendre, l'oeil légèrement triste.

« Mais on va changer ça ! » ajouta-t-elle en français alors qu'elle venait lui faire un câlin. « Je t'aime trop ! »

« C'est si mignon, » ne put s'empêcher de dire la rousse dans la même langue en voyant le tableau attendrissant, amusée.

Les deux Prince pâlirent.

« Tu parles français ? » fit le Maître des Potions dans un français hésitant.

« Faudra faire gaffe, » ajouta Harriet.

« Oups ! Je n'ai rien entendu ! » dit-elle en levant les mains en signe de reddition. « Eh Harriet ! Dis à ton frère qu'il est bien plus beau quand il sourit ! Si c'est moi qui le dit, il ne me croira pas, » ajouta-t-elle rapidement pour se faire pardonner.

« J'ai entendu, » dit le serpentard en reprenant en anglais. « J'ai peut-être du mal à le parler mais je le comprends très bien. »

« J'essaierais le russe la prochaine fois alors ! » les taquina-t-elle.

« Là, on sera largués, » firent les Prince en même temps.

« Parfait ! Je conserverai mes secrets en russe dans ce cas, » dit-elle en pointant sa tête.

« Et moi en néerlandais ! » rétorqua Harriet.

« Bande de polyglotes ! » s'exclama Sirius qui ne comprenait presque plus rien à la discussion.

« Voilà un mot bien trop compliqué pour toi, Black, » fit Severus en ricanant. « Mais je suis d'accord. Deux langues, c'est déjà pas mal ... »

« Deux ce n'est pas assez, tu veux dire ! Je parle et comprends couramment l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol et le russe ! Et j'ai de bonnes bases en mandarin. »

« Je crois que ta tante t'a battue, Harriet, » rit le Serpentard.

« Oui et non, » répliqua-t-elle. « Je te rappelle que j'ai appris deux autres langues qu'on ne parle plus à coté... Tu te souviens ? Le latin et le grec ... Et j'ai des notions en égyptien et en akkadien. »

« A côté ? A côté de quoi ? » demanda la rousse, surprise.

« Rien d'important, » répondit Severus en jetant un regard d'avertissement à sa soeur.

Cette dernière pinça les lèvres et s'obligea, dans le doute, à penser en néerlandais. Elle ne rendit pas compte qu'elle plissait le front sous l'effort de concentration. Merryl plissa les yeux tout en buvant une nouvelle gorgée de son thé. Elle n'oublierait pas ce détail mais le conservait pour plus tard.

« Ne te plisse pas trop le front à tenter de me cacher quelque chose, jeune fille ... Je ne suis pas assez indiscrète pour fouiner dans l'esprit d'une enfant dont le noyau magique n'est pas encore mature. Si je voulais des informations, j'irais les chercher ailleurs. »

« Bon courage pour les trouver, » défia Harriet avant de se prendre un coup de coude de la part de Severus. « Ouille ! Ca fait mal ! »

« Alors tiens ta langue, » répliqua le Maître des Potions. « A moins que tu veuilles paraître complètement folle ? »

« Tu ne savais pas ? » demanda Harriet, amusée. « Folle est mon deuxième prénom ! »

« Heureusement que Lily a eu le dernier mot dans ce cas ! James Potter a toujours eu de ces idées ..., » souffla Merryl pour semer le doute.

« Gné ? » firent les deux Prince et Sirius, les sourcils froncés.

Merryl prit discrètement une photo sorcière à l'aide de sa baguette alors qu'elle partait peu à peu dans un petit éclat de rire.

« Ahahahaha ! Si vous voyiez vos têtes ! James se retournerai dans sa tombe en voyant la photo de son meilleur ami, son pire ennemi et sa fille être synchrones. »

Elle rit encore quelques secondes en secouant la tête. Severus se renfonça un peu dans le canapé en grognant pour la forme. Harriet leva les yeux au ciel tandis qu'elle se passait un bras de son frère par-dessus son épaule pour bien s'installer. Rien que ça devait sûrement faire retourner son père dans sa tombe depuis des mois ! La Serdaigle jeta un oeil à son cousin. Ce dernier était absorbé par la découverte de l'immense bibliothèque qui se trouvait dans le salon et ne semblait pas du tout s'intéresser à la conversation.

« Sérieusement, » continua joyeusement Merryl. « Le deuxième prénom d'Harriet a failli être Fliméa mais Lily a eu gain de cause ! »

« Nom d'un Gamoul ! » s'exclama Harriet. « Heureusement. Quel nom horrible ! »

« Un Gamoul ? Cela me dit quelque chose..., » fit pensivement Merryl.

« C'est un insecte, » répondit la jeune fille en haussant des épaules tandis que Sirius et Severus fronçaient les sourcils en regardant les deux sorcières.

« Hmm sûrement..., » répliqua la rousse sans être sûre pour autant.

Elle sortit son miroir pour accéder à la base de données de l'archipel de Pelhisir et chercher le terme 'gamoul'. Un silence paisible s'installa dans la pièce. Severus réfléchit à toute vitesse à la dernière discussion. Harriet avait encore dit un terme étrange probablement issu de sa culture futuriste. Elle serait très bientôt prise pour une illuminée ... Il ne valait mieux pas que cela se remarque trop vite ou elle allait peut-être faire fuir Merryl.

« Dis, tu n'as pas des devoirs à faire, toi ? » demanda-t-il alors à sa soeur en lui tapotant l'épaule.

« Pff, ouais, j'ai encore Métamorphoses et Potions ... »

Harriet jeta un coup d'oeil au miroir, légèrement curieuse de la similarité de fonctionnement avec un smartphone, mais ne demanda rien en voyant le regard insistant de son frère. Elle avait intérêt à filer dans sa chambre travailler si elle ne voulait pas en plus récurer des chaudrons pour procrastinage ... Décidément, même être la soeur du professeur le plus froid et strict de Poudlard ne lui apportait aucun privilège concernant les études ! Au contraire, elle avait bien plus de contraintes. Elle se leva pour y aller.

« Harriet, attends ! » fit sa tante en levant les yeux de son miroir. « J'ai quelque chose pour toi ! Comme j'ai raté plusieurs de tes anniversaires, j'ai ramené ça pour toi ! »

Elle plongea son bras dans son sac sans fond et en ressortit un coffret. Elle l'agrandit et l'ouvrit. Dedans, il y avait un album photo ainsi qu'une dizaine de fioles soigneusement étiquetées contenant des souvenirs.

« L'album est rempli de photos de ta mère depuis qu'elle était bébé, » continua la rousse. « Puis avec Severus, James et toi jusqu'à...bref et les fioles contiennent les souvenirs les plus importants de sa vie, ils sont de moi mais...tu pourras en quelques sortes assister au mariage de tes parents, une partie des préparatifs, l'annonce de sa grossesse, ta naissance et quelques moments de famille lorsque tu étais bébé, je ne pouvais pas venir souvent alors c'est bien peu mais... » Elle parut gênée. « Elle t'aimait plus que tout ! Elle t'appelait son petit miracle ! »

« Merci beaucoup, » fit Harriet avec un sourire, émue, alors qu'elle refermait le coffret avec précaution avant de le prendre avec elle dans sa chambre.

Merryl sourit piteusement en la voyant ainsi partir.

« Tu lui ressembles énormément, » chuchota-t-elle pour elle-même avant de se tourner vers le Maître des Potions. « Severus, » dit-elle plus fort. « J'ai aussi quelque chose pour toi. »

L'homme releva un sourcil, curieux. Le matin encore, il ne se rappelait plus de son existence et elle, elle avait quelque chose pour lui ? Elle savait qu'il était lié à Harriet ... probablement par sa mère. Il devrait discuter avec elle ... Alors qu'il était tout à ses pensées, la rousse sortit une dernière fiole de son sac et la lui tendit avec précaution.

« Il s'agit d'un souvenir de Lily, » dit-elle simplement. « Elle ... Elle me disait ce qu'elle regrettait de ne pas t'avoir dit, que ... tu lui manquais, après la septième année. Elle aurait aimé te désigner comme parrain mais tu n'étais pas joignable alors ... C'était une conversation privée entre soeurs mais cela ne la dérangerait pas je pense... » Elle renifla et se battait pour empêcher quelques larmes de couler. « C'était mon dernier souvenir d'elle, » ajouta-t-elle, la gorge légèrement nouée.

Severus regarda le flacon, légèrement incertain. Il avait fait tellement d'erreurs avec Lily à l'époque ... Pas qu'avec elle d'ailleurs... Il avait littéralement foiré quand il était jeune et en quête de pouvoir et de respect des autres. Il avala difficilement sa salive et prit le flacon. Il ne fit qu'un hochement de tête pour la remercier. Il n'était pas sûr que sa voix serait suffisamment assurée pour exprimer sa gratitude sans montrer son trouble pour autant. Merryl détourna le regard et souffla en français pour alléger autant l'atmosphère que son trouble.

« Oulah, je me ramollis, » fit-elle en essuyant une larme avant de se reprendre.

Le Serpentard lui fit un petit sourire en coin, juste l'espace de quelques secondes, avant de reprendre son masque d'indifférence pour ne pas montrer sa tristesse. Les prunelles onyx restèrent un instant sur le flacon à observer les filaments argentés bouger doucement à l'intérieur. Il allait le regarder une fois de retour à Poudlard. Hors de question qu'Harriet le voit pleurer. C'était une partie de lui qu'il ne voulait pas qu'elle voit. C'était déjà suffisant qu'elle sache qu'il était anéanti.