Chapitre 54 : La Santé de Merryl

Si tu l'oses : 607. soirée

Severus arriva le plus vite possible après l'appel d'urgence de Black. Merryl... Son état de santé était préoccupant et ils ne voulaient pas l'envoyer à Sainte Mangouste à moins que cela soit absolument nécessaire. Puisqu'il avait un minimum de connaissance en médicomagie, il avait été directement appelé.

« Où est-elle ? » demanda-t-il directement en entrant.

« Sur le canapé, » répondit le Maraudeur. « Eileen récupère Harriet et Alfie et nous rejoint directement après, » ajouta-t-il en le menant dans le salon.

Merryl était pâle et ses traits étaient tirés. D'affreuses cernes soulignaient ses yeux et on pouvait presque voir son ossature sous sa peau tellement elle avait perdu du poids. Cela inquiéta davantage le Maître des Potions qui lança immédiatement un sort de diagnostic. Il lâcha une flopée de jurons en lisant le parchemin qui était apparu. Anémie et déshydratation sévère. Elle ne semblait pas avoir mangé un vrai repas depuis des semaines. Son estomac était entièrement vide. Elle s'était clairement négligée.

« Surveille-la, » ordonna-t-il simplement au Gryffondor. « Si elle se réveille, empêche-la de se lever. Non mais ... quelle idiote ! »

Il descendit immédiatement dans le laboratoire de sa mère pour préparer ce dont elle aurait absolument besoin. Déjà plusieurs doses de potions nutritives ! Quand il remonta une demi-heure plus tard, sa mère était revenue avec les enfants.

« Maman, Mr Addington, Harriet, » salua-t-il, de légèrement mauvaise humeur.

« Severus. Alors ? Diagnostic ? » demanda-t-elle, une main rassurante sur l'épaule du jeune garçon.

« Anémie et déshydratation. Sévère, » dit-il d'une voix neutre, professionnelle. « J'ai déjà préparé ce qu'il faut. Il va falloir surveiller votre mère et la pousser à se nourrir, Mr Addington. Ou elle finira à l'hôpital. »

« Mais ... je serais chez mon père, professeur, » fit le Serdaigle, mal à l'aise par la présence de Severus et inquiet pour sa mère. « Il ... il faut que je demande à mon père. »

« Tu peux utiliser ma cheminée, Alfie, » proposa Eileen en le poussant gentiment vers le foyer éteint.

« Non, ça ira. Merci mais nous avons un autre moyen de communiquer bien plus pratique. » Il regarda autour de lui. « Où est le sac de ma mère ? » demanda-t-il ensuite en se tournant vers les adultes.

Sirius le lui donna. Le jeune blond l'ouvrit et commença à farfouiller dedans, son bras plongé de plus en plus profondément. Il grogna quand il dut jusqu'à mettre sa tête dedans. Les adultes purent l'entendre maugréer.

« Maman, je t'ai déjà dit cent fois de ranger ton sac ! »

Severus le rattrapa juste à temps par la taille pour l'empêcher de littéralement tomber dedans. Finalement, Alfie ressortit du sac avec un miroir à la main. Harriet le reconnut presque tout de suite. Cela ressemblait beaucoup aux smartphone du futur.

« Et maintenant ? » fit l'adolescente en regardant les adultes.

« On attend, » répondit Severus dont le regard flamboyait soudain dangereusement maintenant que son travail était fait et qu'il pouvait se permettre d'être plus émotif.

« Papa n'est pas disponible tout de suite, » fit soudain Alfie en relevant le nez du miroir. « Normalement, c'est Maman qui devait me déposer. Il essaie de se libérer au plus vite. »

« Il n'y a pas de soucis, mon garçon, » sourit Eileen en posant une main sur sa tête. « Si cela devait s'avérer nécessaire, tu pourrais même passer la nuit ici. Tu es de la famille après tout. »

Le Serdaigle fit un petit sourire, légèrement triste, avant d'hocher la tête. Harriet l'emmena alors dans le jardin afin de l'occuper en attendant que les choses évoluent. Ils passèrent le temps essentiellement à discuter, la jeune fille distrayant au mieux son cousin de la situation. Au soir, Alfie reçut un message de son père demandant à ce qu'il soit conduit au Chaudron Baveur où il le récupérerait pour rentrer à la maison. Merryl n'avait pas encore repris connaissance. Le Serdaigle lui laissa un baiser sur la joue avant de partir avec Eileen pour rejoindre son père.

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Eileen était sortie pour quelques courses, Severus et Harriet lisait chacun un livre dans un fauteuil du salon tandis que Sirius ne savait pas trop quoi faire alors il marchait tantôt devant la cheminée ou la fenêtre, silencieux, tantôt il s'asseyait sur la table de salon métamorphosée en chaise juste à côté du canapé où Merryl était toujours inconsciente. Il y avait un léger fond musical, rien de dérangeant, pour couvrir le silence de mort qui régnait dans la pièce.

La rousse commença à s'agiter doucement. Sirius se pencha sur elle, les yeux emplis d'inquiétude mais ravis de revoir ses deux orbes émeraudes. Merryl mit quelques secondes à se réveiller et à comprendre qu'elle n'était pas chez elle ni même dans ses habits habituels. On l'avait mise à l'aise. Ses yeux finirent par croiser les deux billes d'argent liquide qu'étaient les yeux de Sirius Black.

« J'espère que tu en as pas profité pour avoir les mains baladeuses, chien galeux, » marmonna-t-elle en se redressant faiblement.

« Il n'avait pas intérêt ! » siffla Severus de sa voix doucereuse, pas très loin derrière elle.

Elle tourna la tête et prit connaissance de son environnement. Le salon des Prince et Severus et Harriet étaient présents. Elle croisa les deux sombres onyx du Maître des Potions.

« Et tu as une explication à nous donner pour ton état lamentable, Merryl ? » continua ce dernier en fermant son ouvrage un peu sèchement et en croisant les bras. « Inconsciente ! Tu nous as fait une peur bleue ! »

« Désolée, » fit-elle en détournant le regard, gênée. « Mais ça va. Je le jure. Un peu de repos et ça ira mieux. »

« Oui, bien sûr ..., » répliqua le Serpentard ironique devant le regard noir de Black. « Et moi je suis un Gryffondor. Tu es déshydratée et sous-alimentée ! Qu'est-ce qui t'est arrivée et sois franche, par Merlin ! Pense un peu à Harriet ou même à ton fils ! Et s'il t'arrivait quelque chose bon sang ! Il faut prendre soin de toi ! D'ailleurs ... Tu restes chez ma mère tant que tu n'es pas rétablie et tu n'as pas le droit de discuter ! »

« Je ... J'ai dû oublier de manger une fois ou deux, » marmonna-t-elle, telle une enfant prise en faute. « Je ne veux pas déranger ta mère, Severus ! En plus, j'ai un travail ... »

Stressée, elle se mordilla la lèvre inférieure.

« Déranger ma mère, sérieusement ? » Severus aurait ri de cette réponse s'il n'était pas aussi tendu et en colère. « Elle est en vacances et elle a déjà une enfant à garder ! »

« Eh ! » s'indigna Harriet. « Suis plus une enfant ! Je vais avoir quatorze ans ! »

« Et tu n'as pas le choix ! Ta mère s'est souvent occupée de moi quand je revenais de chez mon père complètement amoché ! Il est normal qu'on te rende la pareille ! Si nécessaire, je passerais mes deux mois de vacances ici pour m'occuper personnellement de toi ! »

« Comme si tu n'avais pas l'intention de passer une grande partie de tes vacances avec ta soeur préférée, » attaqua l'adolescente, toujours un peu vexée par les précédents propos de son frère.

« Harriet, me cherche pas ! Tu es insupportable aujourd'hui ! »

Ils s'étaient en effet disputés le matin même pour quelques broutilles et la jeune fille était partie bouder dans sa chambre deux petites heures avant de revenir dans le salon avec un livre.

« J'ai mes règles ! »

« Depuis quand c'est une excuse, ça ? » demanda Severus en fixant sa soeur, un sourcil relevé, avant de se redresser totalement pour se tourner vers la salle à manger. « Maman ! » appela-t-il.

« Elle est partie faire des courses pour le repas du soir, » fit Sirius en revenant avec le service à thé qu'il était allé préparer. « Et tu savais pas que les filles étaient chiantes quand elles avaient leurs règles ? »

« T'as quelque chose contre la nature féminine, le clébard ? » demanda Harriet, le regard flamboyant.

Severus leva les yeux au ciel en soupirant avant de se lever pour donner un flacon de potion à Merryl. Potion nutritionnelle. La rousse prit une des pantoufles qu'elle avait – qui ne lui appartenait pas – et l'envoya à la figure du Serpentard. Ce dernier l'attrapa au vol, le regard noir et les lèvres pincées, tandis que Sirius ricanait.

« Dictateur ! Je ne suis plus une enfant ! » s'offusqua-t-elle. « Je suis plus vieille que toi, je te rappelle ! »

Elle était sur le point d'envoyer la deuxième quand ses mains furent prises dans un étau, immobilisée par celles de Severus.

« Eh bien le dictateur te ferait remarquer que tu ne t'es pas occupée de toi-même au point que tu aurais pu en mourir ! » répliqua-t-il durement. « Déshydration sévère, anémie et usage de la magie ! Non mais bordel ! Fais attention à toi ! »

Elle fut surprise d'entendre autant d'inquiétude dans cette voix si dure. Cela la perturbait. Cela faisait tant d'années que plus personne ne s'était occupée d'elle. Elle était pratiquement toute seule depuis tout ce temps, ayant juste à s'occuper d'Alfie et de son travail.

« T'inquiète Merryl, » fit Harriet qui se pencha pour regarder sa tante, dissimulée derrière la figure imposante de son frère. « Sev est aussi en colère juste parce qu'il était très inquiet pour toi. On l'était tous. »

« Ouais. Si je n'étais pas allée à la gare, personne n'aurait remarqué, » marmonna-t-elle pour elle-même en se renfonçant dans le canapé. « Il ne devrait pas, » dit-elle ensuite plus fort. « Et vous non plus ... »

« Crois-moi qu'on aurait remarqué, » répliqua aussitôt la Serdaigle. « Alfie était dans mon compartiment. On est descendu ensemble. »

« Son père serait venu. Cela n'aurait pas changé grand-chose puisqu'il va passer l'été avec lui, » répondit-elle en haussant des épaules. « Et moi je serais encore toute seule... »

On sentait un peu de tristesse et de solitude dans sa voix. Merryl était malheureuse, cela était une évidence pour la maisonnée.

« T'as qu'à passer l'été avec nous, » proposa Sirius. « Et si jamais il n'y a pas assez de place ici, j'ai l'un ou l'autre manoir où l'on serait très bien installé. Tu n'es pas obligée d'être toute seule. »

« Et pourquoi tu serais toute seule ? » demanda alors Severus, les sourcils froncés, touchant de toute évidence le point sensible. « Tu n'es pas avec ton mari ? Le père de Mr Addington ? »

« Je ne peux pas faire l'aller-retour aussi souvent avec le travail... et je n'ai pas de mari, » répliqua-t-elle en secouant la tête. « Le père d'Alfie est juste un ami qui ne pouvait pas avoir d'enfants naturellement. On a eu Alfie grâce à une potion. »

Les sourcils de tout le monde se relevèrent haut d'étonnement tandis qu'elle les fronçait.

« Le fait que je ne porte pas de bague et que l'on ne vienne pas chercher Alfie a deux ne vous ont pas fait tilter ? » demanda-t-elle ensuite amèrement.

« Ca ne veut rien dire, » répondit Severus en haussant des épaules, soudain plus neutre, attentif. « Il pouvait très bien être au travail, cela a d'ailleurs été confirmé par Mr Addington quand il a pris contact avec son père. Il est venu le chercher en soirée. De plus, » ajouta-t-il en lançant un regard noir à Black. « Pour en revenir au mariage, il y a différentes moeurs de par le monde. Dans certaines contrées, le lien du mariage n'est pas une bague mais un collier ... Je ne suis homme à regarder le décolleté des femmes comme certains. »

« On ne pouvait pas savoir, » continua Harriet. « Tu ne nous en as jamais parlé. »

Merryl sourit légèrement, encore pâle. Severus nota qu'elle n'avait toujours pas prise la potion qu'il lui avait tendue.

« Eh bien, je n'ai jamais été mariée..., » dit-elle en croisant le regard du Serpentard. « Et non, tu es plutôt du genre à rougir en voyant un bout de jambe Severus. »

Ce dernier eut un sourire en coin mais ne s'en offusqua pas. Au moins, pour ça, il était un honnête homme ! La rousse observa du coin de l'oeil Sirius qui louchait en effet sur son décolleté et lui donna un coup d'oreiller dans la figure. Le clébard émit un cri plaintif face à l'attaque éclair.

« Voilà une attitude un peu plus Evans, » approuva le Maître des Potions. « Prends la potion. Et après, tu vas manger quelque chose. »