Chapitre 55 : Une Affaire de Sentiments
Si tu l'oses : 823. Gardien
« Voilà une attitude un peu plus Evans, » approuva le Maître des Potions. « Prends la potion. Et après, tu vas manger quelque chose. »
« Je file faire des crêpes ! » s'exclama Harriet en se précipitant en cuisine.
« Je croyais que t'avais tes règles ? » fit Severus.
« Quel est le rapport ? » demanda la Serdaigle en s'immobilisant pour regarder son frère. « C'est la mayo qu'on ne doit pas préparer dans de telles conditions... Les crêpes, on s'en fout ! Franchement, Sev, tu dois revoir certaines choses sur les filles ! »
L'homme leva les yeux au ciel avant de les reposer sur Merryl. Cette dernière regardait le flacon avec dégoût.
« Ces potions ont un goût infect, Sev, » se plaignit-elle en lui faisait les yeux du chien battu. « Pitié ? »
Elle jeta ensuite un œil à Sirius et l'implora silencieusement du regard de la sauver.
« Non, tu bois ! » rétorqua le Maître des Potions, implacable. « Black a préparé du thé. Tu n'auras qu'à en boire une tasse après. Non mais quelle enfant ! Harriet fait moins de chichi pour les potions que je prépare ! » Il prit la fiole et l'imposa à la sorcière, la fixant de son regard pénétrant pour la faire céder. « Et tu oses encore utiliser l'argument que tu es plus âgée que moi après ça ..., » ajouta-t-il.
« Tu pourrais aussi faire en sorte que ces potions aient bon goût avec tous tes diplômes, » grimaça-t-elle avant de se boucher le nez et d'avaler le flacon en grimaçant. « Si je vomis, ce sera sur toi ! » L'homme leva les yeux au ciel. « Eh oui ! Alors respecte tes aînés, de mon temps on ne traitait pas les belles jeunes femmes de la sorte ! »
Comment pouvait-on être adulte et avoir un comportement aussi enfantin ? S'il n'avait pas affaire à une Evans – et Merlin savait qu'il respectait cette famille –, il jurerait avoir affaire à Black ! Par Salazar ! Même Harriet, qui elle avait une excuse pour être plus enfant que son âge mental réel, ne faisant pas autant la gamine ! Au moins, elle reprenait déjà quelques couleurs...
« Ce ne sont que des potions, » soupira-t-il en se pinçant le nez. « Des médicaments. Ta mère ne t'a jamais dit que les médicaments n'étaient pas faits pour être bons mais pour être efficaces ? »
« Moi on me l'a dit, » fit la voix d'Harriet depuis la cuisine. « Trop souvent pour que je puisse les compter. »
Le Serpentard tendit la main vers la cuisine pour montrer l'appui de sa soeur sur ce point.
« De plus, avec des mômes qui font des bêtises et tombent malade à tout bout de champ, et les cours, je peux difficilement travailler sur des recherches..., » ajouta-t-il ensuite en croisant les bras. « Et ce n'est pas l'envie qui m'en manque ! »
« Ma mère nous soignait avec des pots de glace et des chocolats chauds, ça n'a rien à voir, » fit-elle en boudant pour la forme, faisant à nouveau soupirer le Maître des Potions. « Fichus gamins qui empêchent l'avancée de la science, si tu étais pas dans les cachots, tu y verrais mieux aussi ! » dit-elle ensuite avec un léger sourire. « Eh ! Approche ! » fit-elle dans sa direction.
« Je ne suis pas d'humeur à jouer, Merryl, » prévint Severus.
« Je ne joue pas, je n'en ai pas la force. De toute façon, tu es trop costaud. »
Elle avait baissé la tête pour montrant ses poignets légèrement rougis, là où il l'avait tenue fermement. Il pinça les lèvres, légèrement honteux. Il ne pensait pas l'avoir blessée à ce point-là. Il ne faisait que la tenir pour l'empêcher de lui envoyer une chaussure ...
La porte d'entrée claqua.
« C'est moi, » fit Eileen. « J'espère que vous avez été sages. »
« Sirius ? Sage ? » fit Harriet depuis la cuisine.
« Severus est si grincheux qu'il refuse une bise de remerciement, » répondit Merryl. « Donc je dirais pas sage ! »
Sirius éclata de rire, semblable à un aboiement.
« Tu es plus disposé à ce que je te remercie, toi ? » fit-elle en direction de l'homme hilare
« Autant qu'il te plaira ! » sourit le Maraudeur aux anges.
Elle l'embrassa sur la joue, grimaçant car il piquait.
« Profite. Les filles comme moi, ça courre pas les rues il paraît, tu devrais aller te raser par contre, » dit-elle en se réinstallant en levant les yeux au ciel.
« Eh ! Je l'aime bien mon bouc ! »
« Mais ça pique ! » répliqua Harriet depuis la cuisine. « Vous voulez combien de crêpes ? »
« Encore des crêpes ? » fit Eileen en relevant un sourcil, jetant un regard à son fils, alors qu'elle vidait son sac de son contenu pour le ranger dans les armoires avec sa baguette.
« Tu sais qu'avec elle, tout se soigne avec des bonnes crêpes, » soupira Severus. « Tant que Merryl mange quelque chose, je dois dire que je m'en fous royalement. Cela pourrait très bien être du chicon. Et Merlin ! Tu sais que j'ai horreur du chicon ! »
Après s'être fait un peu plus insistante, Merryl réussit à convaincre Severus de se rapprocher. Il la prit donc dans ses bras avec précaution. Il retint une grimace en la sentant si maigre contre lui. Il sentait ses côtes sous ses doigts. Il se demandait ce qu'il se serait passé si elle n'était pas venue à la gare chercher son fils. Elle serait peut-être ... Non, il se refusa cette pensée. Il ne perdrait pas une autre Evans !
« Merci beaucoup Sev, » entendit-il.
Ce n'était qu'un chuchotement, alors qu'il sentait son souffle chaud tout contre son cou. Il resserra légèrement sa prise autour d'elle, rassurant et protecteur alors qu'il hocha silencieusement de la tête. Merryl vint lui embrasser la joue avant de s'écarter légèrement. Il la laissa faire. Puis, voyant son visage et se rappelant son comportement plus qu'enfantin, il ne put s'empêcher de répliquer en lui faisant une pichenette sur le bout du nez.
« Que cela te serve de leçon, gamine ! »
La voix d'Harriet s'éleva depuis la cuisine, réclamant de l'attention.
« Eh oh ! Vous êtes sourds ou quoi ?! Combien ? »
Severus grogna.
« Prépare la dose habituelle, Petite Peste, » soupira-t-il en s'enfonçant lui-même plus dans le canapé à côté de la rousse. « On verra bien s'il y aura des restes ! »
« Vieux grincheux, » souffla Merryl en lui tirant la langue et en tentant de lui ébouriffer à nouveau les cheveux, son sourire franc refaisant peu à peu surface.
Cela n'empêcha pas le Serpentard de lui lancer un regard noir rempli d'avertissement.
« Pardon, monsieur le professeur, » susurra-t-elle en rigolant.
« Maman, » appela alors Harriet. « Est-ce que ça te dérange si Merryl passe les vacances avec nous ? Elle n'a personne chez elle pour les vacances. »
Eileen fut prise un peu surprise par la question. Puis, elle jeta un regard à la jeune femme avant d'hausser les épaules.
« Non, tout au contraire, » répondit-elle avec un sourire. « Elle pourra me donner un coup de main pour surveiller les trois enfants que j'ai continuellement à la maison. »
« Trois enfants ? » répétèrent Harriet, Sirius et Severus d'une même voix.
« Black, d'accord, » continua ce dernier, clairement vexé. « Harriet, c'est un peu limite par moment. Mais moi ! Je suis plus un gosse ! »
« Ta réponse est révélatrice mon enfant, » se marra Merryl avant de se tourner vers la maîtresse des lieux. « Vous êtes sûre ? Je ne voudrais pas vous déranger ... »
« Dit celle qui ne voulait pas boire sa potion sous prétexte qu'elle avait mauvais goût, » maugréa Severus entre ses dents.
Au nom de Merlin, Morgane et Viviane, il n'était plus un enfant ! Eileen releva un sourcil au commentaire de son fils, se demandant pourquoi il disait cela, mais rassura son invitée.
« Non vous êtes la bienvenue chez moi, Merryl. »
La jeune femme remercia la matriarche Prince avant de se tourner vers le Maître des Potions. Elle se redressa, bien droite, prit une expression sérieuse avant de reprendre la parole.
« Si jamais je défaille et que je vire au coquelicot, abats-moi, » fit-elle avec une voix grave, imitant l'homme à la perfection.
« Il a dit ça quand ? » demanda Harriet, curieuse. « Et pourquoi ? »
« Moi aussi, je veux savoir, » fit Sirius, un sourire moqueur sur les lèvres. « Dis-nous tout sur notre très cher Snivillus. »
« C'est SE-VE-RUS ! Sirius ! »
Le chien se prit un coup de cuillère en bois sur le haut du crâne de la part de sa filleule pour la forme.
« Désolée mais c'est secret professionnel ! Si je peux encore m'en servir, je le ferai, » dit-elle amusée en fixant Severus avec un regard insistant.
Sirius et Harriet échangèrent un regard entendu, maraudeur.
« On le découvrira tôt ou tard, » dirent-ils avec un sourire complice.
« Bonne chance mes pensées sont verrouillées en russe, je vous rappelle ! Mais si Severus ne peut s'empêcher de rougir, on va avoir un souci. N'est-ce pas, Sev ? »
Le dit Severus bougonna et partit s'enfermer dans le laboratoire de sa mère, claquant la porte derrière lui. Eileen soupira en voyant cela. Elle avait très vite compris au regard qu'il jetait sur la jeune femme qu'il éprouvait déjà des sentiments forts pour elle. Réminiscence de ceux qu'il éprouvait pour Lily ou de la réelle affection pour la personne qu'était Merryl, elle n'en savait rien. Les faits étaient là. Severus était amoureux, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Et s'il y avait bien une chose qu'il ne supportait pas, c'était qu'on plaisante sur ses sentiments. Ce n'était pas pour rien qu'il s'était créé une carapace autour de son coeur... Mais Merryl Evans l'ignorait encore.
« Il ne changera jamais, » dit la mère en secouant la tête.
« Mince je suis allée trop loin ? » demanda Merryl inquiète.
« Non, » rassura Eilleen avec un léger sourire. « Il est juste sur la défensive quand il s'agit de ses sentiments personnels ou de certaines choses qu'il ne veut pas qu'on sache. Il est quelqu'un de très secret en temps normal. »
« C'était un bon souvenir, je ne voulais pas le brusquer... »
« Laisse tomber, Merryl, » intervint Harriet en revenant avec le plat de crêpes. « C'est Sev. Il va faire quelques potions pour se calmer les nerfs et ça ira mieux ensuite. Moi, par contre, je vais me poser devant un film après. »
Merryl se leva doucement et s'installa devant le plat, elle ne voulait pas que Severus s'inquiète encore plus si elle ne mangeait pas. Même si elle n'avait pas faim.
« On va lui en garder un peu alors, » dit-elle à sa nièce.
« On a intérêt ! » s'exclama Sirius avec une légère grimace. « La dernière fois que Riette a préparé des crêpes et qu'on ne lui a rien laissé ... »
« Tu avais été extrêmement gourmant ce jour-là, » rit la jeune fille.
« ... Il était furax et m'a poursuivi dans toute la maison pendant au moins une heure ! » continua le Maraudeur. « Je n'ai eu droit à un instant de répit qu'en transplanant au Chaudron Baveur ! »
« Et après, cela se dit Gryffondor, » murmura Harriet à l'oreille de sa tante.
Cette dernière pouffa.
« Eh ! » s'indigna Sirius. « C'était une question de vie ou de mort ! Avec lui, je préfère encore la fuite à un combat suicidaire ! Il pourrait m'empoisonner ! Ou pire ! Me transformer en ingrédient à potions ! »
L'humeur se fit rapidement bien plus joyeuse après cela. Ils discutèrent de sujets légers tout en se restaurant, Merryl n'en mangeant que deux avant d'être calée. Elle mit quelques crêpes de côté pour Severus. Elle y ajouterait un petit mot d'excuse pour se faire pardonner. Elle ne voulait vraiment pas le blesser.
Elle se leva ensuite pour récupérer son sac. Elle devait contacter Thorin afin qu'il lui ramène ses affaires. Elle ferma les lèvres en voyant qu'elle avait un message. En fait non, cinq messages. Trois de son fils, terriblement inquiet, les deux autres de Thorin, le premier inquiet, l'autre un peu plus en colère. Elle soupira en faisant un petit sourire contrit en voyant qu'il tenait exactement les mêmes propos que Severus.
Es-tu inconsciente ou suicidaire de négliger ta santé comme cela ?
'Non, j'ai juste été trop absorbée par ma formation,' soupira-t-elle intérieurement.
Elle travaillait très dur pour devenir gardienne du Berceau. C'était un très grand honneur. Elle adorerait pouvoir remplacer son ancien Maître en tant que gardienne d'Abysse-la-Vieille. De plus, le fait de savoir la maison vide ne la motivait pas à rentrer. Elle préférait de loin terrer sa déprime dans le travail. C'était constructif et cela lui gardait l'esprit occupé.
Elle s'assit dans le canapé et répondit à Thorin, s'attendant à recevoir un autre savon. Toutefois, elle doutait qu'elle puisse en recevoir un pire que celui que venait de lui faire Severus deux heures plus tôt.
