Chapitre 56 : Le Mal-Être de Merryl
Si tu l'oses : 66. Chemin de Traverse
Merryl sortit de la salle de bain vêtue d'un simple pantalon de toile clair et une chemise jaune pâle. Elle remarqua immédiatement le silence dans la demeure. Elle descendit dans la salle à manger et n'y trouva que Severus lisant la Gazette.
« Où sont les autres ? »
« Chemin de Traverse pour quelques courses, » répondit immédiatement le Serpentard en baissant son journal pour l'observer. « Bien dormi ? »
« Oui. Plus ou moins. » Elle s'installa à table juste en face de lui. « Et ... et toi ? »
Sa voix était légèrement hésitante.
« Deux mois de vacances. Pas de cours à donner. Pas de cornichons incapables de suivre correctement une consigne. Pas de retenue à surveiller. Pas de chaudron qui explose. Pas de stress pour Harriet. Pas trop du moins ... Pas de rôle à garder. Toutes les conditions sont rassemblées pour me permettre de dormir sur mes deux oreilles. »
« Pourquoi tu ne les as pas accompagnés ? »
« Et entendre toute la journée les commentaires de Black ? Non merci ! » fit immédiatement Severus en se levant.
Il alla chercher du thé et une tasse pour la belle rousse ainsi qu'une potion nutritive et de quoi manger. Il lui fit bien comprendre d'un regard qu'elle aurait intérêt à manger sans se plaindre. Même si ce n'était que deux tranches de pain. Ce serait toujours mieux que rien du tout.
« Et puis, » continua-t-il en se rasseyant. « Nous essayons de préserver au mieux le lien qui nous lie, Harriet et moi. Avec notre mère aussi. Personne ne sait qu'elle est la bibliothécaire de Poudlard. »
« Quoi ?! Eileen est ... cette horrible Mme Pince ?! »
« Elle n'est pas horrible, » répliqua-t-il avec un sourire en coin. « Juste relativement pointilleuse pour ce qui est du respect des livres et de la bibliothèque. C'est ton fils qui t'a parlé d'elle ? »
« Oui. Elle est ... elle a l'air différente de ... la dame qu'Alfie m'a décrite. »
« Ma mère est douce et aimante tout en étant redoutable et protectrice. A un tel point que j'en ai été surpris, surtout au sujet d'Harriet, quand elle l'a adoptée. Elle a beaucoup changé depuis qu'elle n'est plus avec mon géniteur. En bien... »
« C'est vrai qu'il était horrible, » admit Merryl en grignotant un toast.
Elle vit que malgré qu'il était retourné à son journal pour en lire les titres qu'il la surveillait, le regard inquiet. Cela la touchait. Depuis le temps qu'on n'avait pas veillé sur elle de cette manière. Très longtemps.
« Est-ce que tu peux me parler d'Harriet, s'il te plait ? » demanda-t-elle.
« Pourquoi tu lui demandes pas de parler d'elle ? » demanda l'homme à son tour.
« Je l'ai fait. Nous avons échangé quelques lettres depuis Noël mais je voulais un avis externe. Quand je la lis, elle semble si ... adulte, sûre d'elle-même, ... »
« Oui ... elle donne souvent cette impression, » soupira Severus en reposant le journal pour regarder Merryl droit dans les yeux.
Il crut déceler quelque chose dans son regard. Quelque chose qu'il n'arrivait pas vraiment à définir.
« Harriet est une étudiante modèle. Très intelligente et douée, de nature curieuse, parfois même trop. Un brin maraudeuse mais pas autant que Black et sa bande à l'époque. »
« S'attaquerait-elle à des Serpentards ? »
« Non. Plutôt à un Gryffondor qui la harcèle. »
« Ronald Weasley ? »
« Oui. Qu'est-ce que je peux dire encore sur Harriet ? » fit pensivement le Maître des Potions. « Respectueuse en général. Pleine de surprises, » ajouta-t-il avec un sourire en coin. « Elle est forte et déterminée dans ce qu'elle entreprend. Elle va toujours jusqu'au bout de ses plans mais pas comme un Gryffondor. Elle est plus ... subtile que ça. Beaucoup plus subtile. Hmm... Elle aime lire. Surtout de la fantasy mais aussi beaucoup d'auteurs classiques. Elle est calée pour tout ce qui concerne les auteurs anciens tels que Platon ou Cicéron, des auteurs de pièces de théâtre et je ne sais quoi d'autres encore. Je pense que tu l'auras remarqué, son plat préféré, ce sont ... »
« Les crêpes. Oui, j'ai cru comprendre, » rit Merryl.
Severus la suivit doucement.
« Elle est forte et à beaucoup de caractère. Elle deviendra une sorcière puissante. Elle est excentrique et un peu exhibitionniste. Elle est aussi très indépendante et sait parfaitement où elle veut aller. »
La jeune femme se tassa un peu sur elle-même, malheureuse. Son impression avait été la bonne. Elle retint des larmes de couler.
« Tu sais pourquoi je suis si triste ? » fit-elle au bout d'un moment de silence.
Severus fronça les sourcils en entendant le changement de ton dans la voix de Merryl. Il secoua la tête en signe de dénégation. Il avait le visage neutre, le regard impénétrable. Il attendait qu'elle se confie plus avant.
« Parce que ma famille est morte. Mes parents ... Une de mes soeurs ... La seconde est devenue un véritable monstre ! Je n'ai pas pu les sauver ! Ni Lily, ni James ! Je ... Je ne vois jamais mon fils entre Poudlard et les gardes de son père. Je suis aussi triste parce qu'Harriet n'a pas besoin de moi. Je n'ai pas pu être là quand elle avait besoin de moi et maintenant, je ne le peux plus car elle a déjà tout ce qu'il lui faut. Une famille qui l'aime. Vous tous. Je ne sers plus à rien. Je ne suis pas la mère parfaite comme l'était ma mère, ni Lily la flamboyante, ou Pétunia l'enfant modèle. Je suis juste la banale Merryl au milieu. »
Elle renifla alors que les larmes qu'elle tentait de contenir commençaient peu à peu à couler. Severus ne la quitta pas des yeux, toujours le visage neutre.
« Je suis aussi en colère et triste parce que ... parce que tu es tout ce qui me reste de mon passé. Tu es le seul souvenir de mon enfance qui ne soit pas gâté et quand tu me regardes, ce n'est même pas moi que tu vois, je n'existe pas. Quand tu poses tes yeux sur moi, tu ne vois que le souvenir de Lily. Tu préférerais sans doute que ce soit elle à ma place mais je ne suis pas Lily ! »
Elle avait détourné le regard pour ne plus voir ce regard sombre la fixer de la sorte. Elle n'arrivait pas supporter ce regard inexpressif. Ce fut d'ailleurs parce qu'elle avait détourné le regard qu'elle ne vit pas la lueur de douleur dans les onyx du Serpentard.
Il comprenait mieux maintenant le mal-être de Merryl. Elle se sentait seule et ne supportait plus le poids de cette solitude. Solitude dont elle se sentait coupable. Et aussi blessée pour ce qui le concernait. Si seulement elle savait ...
Severus se leva silencieusement et sans faire le moindre bruit, reste de ses années d'espionnage qui avait marqué son quotidien au point qu'il n'émettait que rarement un son quand il se mouvait. Il fit le tour de la table et prit la femme dans ses bras pour la consoler, posant son menton dans sa chevelure rousse encore légèrement humide. Elle sentait le thé et la fleur d'oranger. Une flagrance douce à ses narines. Exquis et subtile. Il resta ainsi, silencieux, pendant un moment, cherchant à mettre les mots justes sur ce qu'il ressentait.
« Merryl, je ne suis pas doué pour parler sentiments alors j'aimerais que tu m'écoutes jusqu'au bout sans m'interrompre, » dit-il lentement après quelques minutes.
Il la sentit hocher la tête contre sa poitrine.
« C'est vrai, au début je voyais Lily en toi. Il m'arrive encore de la voir parfois parce que vous vous ressemblez beaucoup. Les mêmes yeux. Les mêmes fossettes. Les mêmes cheveux. Black n'exagère pas en disant que tu pourrais être sa soeur jumelle. Il a totalement raison. Tu pourrais. Mais il ne connaissait pas Lily comme moi je la connaissais. Tu es certes par bien des aspects semblable à ta soeur mais tu es aussi très différente d'elle. »
Il s'écarta d'elle pour la regarder dans les yeux. Il glissa ses mains sur ses joues afin d'effacer les quelques traces de ses larmes, et venant cueillir celles qui coulaient encore alors qu'il parlait toujours.
« Tu es plus Serpentarde qu'elle. Ton humour est différent. Tu es timide mais tu le caches derrière un comportement un rien arrogant pour te protéger. Tu es intelligente et sans aucun doute puissante. Tu ne suivrais pas une formation pour devenir une gardienne du Berceau de Magia dans le cas contraire. Et si tu veux vraiment savoir, tu es encore plus différente de ta soeur parce que tu portes en toi une douleur qu'elle n'a jamais eue. Je n'ai jamais vu une telle lueur dans le regard de Lily. Tu portes en toi la culpabilité de choses sur lesquelles tu ne pouvais avoir aucun contrôle. Si Lily et Potter sont morts, ce n'est en aucun cas de ta faute. Tu n'étais même pas en Angleterre quand c'est arrivé. Et Pétunia t'a menti. Tu ne pouvais pas savoir pour Harriet. »
Il la lâcha pour faire glisser une chaise avant de lui prendre la main.
« Tu crois qu'Harriet n'a plus besoin de toi. Sincèrement, je n'en sais rien. Je ne suis pas dans sa tête. Je ne peux pas parler pour elle. Mais quand bien même elle n'aurait pas besoin de sa tante, rien ne t'empêche d'être son amie, sa confidente. Black est son parrain, pourtant il se comporte avec elle comme s'il était son meilleur pote. Il y aura bien des moments où on se comportera plus comme des parents pour elle, en particulier quand le danger sera proche. On la soutient dans les moments difficiles, on se place comme pilier ou comme bouclier en fonction de ses besoins. A d'autres moments, on joue avec elle, on se taquine, on se houspille. Nous sommes une famille un peu étrange, recomposée et, crois-moi, rien, absolument rien, ne t'empêche d'en faire partie. Ma mère l'a peut-être adoptée, je suis peut-être son frère, mais tu es sa tante. De plus, une tante qui veut faire partie de sa vie contrairement à l'autre qui l'a rejetée. Alors cesse d'être malheureuse. Tu n'es pas prête d'être débarrassée de nous avant un long moment. »
La rousse fit un petit rire contrit. Il y avait toujours des larmes prêtes à couler. Severus en fut conscient. Il déplaça encore sa chaise et tira doucement le bras de Merryl.
« Allez, viens là, Merryl, » murmura-t-il en la prenant dans ses bras. « Pleure si tu en as besoin. Je ne te jugerais pas. »
Elle resta là, pleurant silencieusement, s'accrochant à sa chemise sombre, déversant sa tristesse qu'elle contenait en elle depuis si longtemps. Le Maître des Potions la serra doucement, lui frottant le dos, traçant inconsciemment quelques arabesques alors qu'il lui murmurait des mots de réconfort. C'est là qu'elle comprit que l'homme était réellement sincère. Il voyait certes un reliquat de Lily en elle, mais il la voyait elle, Merryl, également, pour ce qu'elle était. Elle en était heureuse. Et ces propos au sujet d'Harriet lui faisaient reprendre quelque peu espoir.
« Tu veux qu'on regarde un film ? » proposa Severus au bout d'un moment. « Histoire de nous changer les idées... »
« Pas de films d'horreur. »
« Harriet regarde de tout. Je suis sûr qu'on pourra trouver quelque chose de sympa à regarder. »
Il passa un bras autour de la taille de la belle rousse alors qu'il la tirait vers le salon. Il ouvrit l'armoire où étaient rangées toutes les cassettes vidéo et la laissa choisir. Merryl fit glisser son doigt sur les boîtes à la recherche de quelque chose d'inspirant. Elle sortit finalement une boite et la tendit à Severus. Ce dernier jeta un oeil, curieux.
« Mrs Doubtfire ? Pourquoi pas. Harriet ne m'a pas encore harcelé pour le regarder. »
« Elle fait ça souvent ? »
« Elle adore les soirées films en famille. »
« Moi aussi, » sourit Merryl.
Le Serpentard sourit à son tour alors qu'il insérait la cassette vidéo dans l'appareil. Ils étaient partis pour regarder une comédie. Quoi de mieux pour se changer les idées et rire un bon coup ?
