Chapitre 57 : Harriet boude Merryl
Si tu l'oses : 370. chanteur
Le mois de juillet s'écoula doucement. Il y eut beaucoup de beau temps et Harriet en profita pour améliorer son bronzage tout en lisant de vieux romans de son enfance comme des lectures purement découvertes. Merryl avait passé un peu de temps avec elle dans le jardin à profiter du soleil quand elle revenait de son travail. Sa tante, grâce aux bons soins de Severus et à son insistance pour la faire manger, avait repris du poids comme des couleurs. Elle allait beaucoup mieux et souriait bien plus. Sans parler de Sirius qui faisait encore et toujours le pitre pour amuser la galerie. On est un Maraudeur ou on ne l'est pas ...
En parlant de Merryl, Harriet avait remarqué quelque chose. Elle avait de sérieux doutes la concernant. Sa théorie : elle venait elle aussi du futur. Au moins aussi loin qu'elle. Pourquoi ? Elle avait repéré quelques petits détails.
Comme elles aimaient toutes deux les bons films, elles avaient naturellement partagés leurs préférences, Harriet faisant toujours attention aux dates pour ne pas commettre d'impair mais c'était justement parce qu'elle faisait attention que ses doutes s'étaient montrés.
Elles aimaient toutes deux Robin Williams et Pierce Brosnan. Harriet avait d'ailleurs hâte de pouvoir revoir certains films comme Flubberou La Nuit au Muséeou même encore Golden Eye. Etrangement, Merryl avait évoqué le second film parmi ses préférés dans la filmographie de Robin Williams. La Serdaigle était presque sûre qu'il ne sortirait pas avant les années 2000. Cela lui avait mis la puce à l'oreille et l'avait amenée à chercher d'autres détails qui pourraient prouver sa théorie.
Et elle pensait en avoir trouvé suffisamment pour la confronter.
Comme la Coupe de Quidditch approchait, Sirius et Remus commençaient à parier sur les vainqueurs entre les Irlandais et les Bulgares. Les Prince avaient naturellement pas pris part à cela, prétextant le jeu comme un passe-temps inutile, même si en soi Harriet jouait en tant que remplaçante dans l'équipe de Serdaigle. La réponse de Merryl au pari avait surprise la jeune fille.
« Non, oublie, Sirius. Je n'en vois pas l'intérêt. Parier là-dessus serait de la triche. »
« Pourquoi ? »
« Parce que c'est évident que les Irlandais ont une meilleure équipe mais que les Bulgares ont un meilleur attrapeur ! »
Si la réponse était en soi anodine, Harriet avait repéré le temps d'arrêt de sa tante avant qu'elle ne donne une explication légèrement bancale. Cela ne prouvait rien mais ne dissipait pas pour autant ses doutes.
Par contre, ce dont elle était certaine, c'était tout bonnement impossible qu'elle connaisse Stromae ! Elle était revenue un jour du Chemin de Traverse et avait croisé par hasard des étrangers français. Une famille. La coïncidence avait voulu qu'une des enfants crie 'Papa où t'es ?' C'était donc tout à fait normal pour Harriet qu'elle ait l'air de Papaoutai en tête. Elle l'avait même chanté quelques fois durant les jours suivants. Une fois encore, elle avait entendu un commentaire de sa tante. Un commentaire bien étrange allant dans le sens de sa théorie.
Elle ne lui avait pas proprement adressé la parole mais elle l'avait entendue maugréer entre ses dents, à la limite du désespoir.
« Oh pitié, » avait-elle dit pour elle-même. « Si il y a bien quelque chose qui ne me manquait pas, c'est bien Stromae ! »
Sauf que ce chanteur ne commencerait pas sa carrière avant les années 2010 au moins ! Il devait à peine avoir dix ans au moment où elle pensait justement à lui ... Harriet avait donc regardé sa tante en plissant les yeux avant d'être appelée par sa mère pour l'aider à s'occuper du repas. Elle n'avait donc pas réagi.
Mais aujourd'hui, alors qu'elle relisait pour le plaisir la saga Twilight, paisiblement installée dans le salon, Sirius regardant la télé et Eileen et Severus jouant aux échecs, Merryl venait de lui poser une question.
« Qu'est-ce que tu lis, Riette ? »
« Une histoire moldue. Une romance entre une humaine et un vampire. Tu ne dois pas connaître. »
« C'est le genre d'histoire que j'apprécie lire à mes heures perdues. C'est quoi le titre ? »
« Twilight, » répondit la Serdaigle, lâchant l'information qui lui permettrait d'avoir enfin la réaction de sa tante.
Elle ne se fit pas attendre. Elle vit un froncement de sourcils.
« Twilight ? La Saga ? » La jeune fille hocha la tête. « Mais c'est impossible... »
« Assez ! » dit soudain Harriet en referma brusquement son livre.
Son ton était dur attirant le regard de tout le monde. Severus fronça les sourcils en la voyant agir ainsi. Il avait passé beaucoup de temps avec Merryl et n'aimait pas le regard que sa soeur lui jetait.
« Maintenant que tu es tombée dans mon piège, Merryl Evans, tu vas me faire le plaisir de me dire exactement qui tu es et je te déconseille de me mentir. »
« Harriet, » fit son frère, sa voix pleine d'avertissement.
« C'est Mélanie en ce moment, Severus ! Pas Harriet ! Merryl n'est pas qui elle prétend être. Elle sait des choses qu'elle ne devrait pas savoir ! »
« Comme ? » demanda Eileen qui n'avait plus entendu sa fille mentionner son ancien nom depuis très longtemps.
« Me parler de films qui ne devraient pas paraître avant quelques années, tels que la Nuit au Musée... Il ne sort pas avant les années 2000 pour ton information, Merryl. Aussi émettre un commentaire sur le style de Stromae alors qu'il est encore actuellement sur les bancs de l'école et que ses disques ne paraîtront pas, une fois encore, avant les années 2010' environ. Maintenant, avec ce livre, Tentation, le deuxième tome de Twilight, qui ne devrait pas paraître avant... » Elle rouvrit son livre pour vérifier la date. « ... 2006 ! Elle vient presque de me dire que c'est impossible ! De quoi ? Que j'ai ce livre en ma possession ?! »
Elle fusilla sa tante du regard, les yeux emplis de cette lueur du défi.
« Je ne le redirai qu'une fois, qui es-tu et de quelle époque viens-tu ? »
La voix de la jeune fille était dure, mais pas froide. Merryl la fixait de son regard émeraude, surprise. Elle inspira profondément avant de répondre.
« Je ... Je ne me souviens plus trop de mon nom. J'ai préféré oublier mon passé, sachant pertinemment qu'il m'était devenu inaccessible et je suis depuis Merryl Evans. »
« Quelle époque ? »
« 2018. Et toi ? Si tu sais tout cela, c'est que tu viens du futur toi aussi. »
Voyant que la rousse était honnête et franche, Harriet se détendit et lui fit un léger sourire alors qu'elle lui répondait.
« 2020. Belgique. »
« Tu avais quel âge quand cela t'est arrivé ? » demanda ensuite Merryl.
« Vingt-cinq ans. J'ai eu un accident de la route pour me réveiller juste après dans le placard. »
« Harriet ! »
« Quoi Sev ? » s'exclama la jeune fille. « A notre époque, c'est un secret de polichinelle qu'Harry Potter a vécu toute son enfance dans un foutu placard à balais ! L'histoire d'Harry Potter est mondialement connue chez les Moldus ! Même par ceux qui ne lisent ou ne regardent pas l'histoire. »
Merryl hocha la tête pour confirmer.
« J'avais pour ma part dix-neuf ans, » dit-elle ensuite à sa nièce. « Par Magia, je n'ose imaginer comment tu as du te sentir déboussolée en te retrouvant non seulement dans le corps de quelqu'un d'autre mais en plus dans ce maudit placard !»
« Quand j'ai vu Tante Pétunia m'ouvrir la porte et m'ordonner de faire moins de bruit et de préparer le repas, je me suis demandé dans quel monde parallèle j'étais tombée, » admit la jeune fille. « Ce n'était pas la joie à l'époque. »
« J'imagine. Heureusement tu as réussi à éviter le pire. Du moins de ce côté-là. »
« Tu sais pour le reste ? » demanda Severus, les sourcils froncés tandis que sa voix laissait légèrement transparaître son étonnement.
« Et bien plus encore, » répondit Merryl, le regard légèrement assombri. « Empêche Harriet de finir comme championne, d'accord ? »
« On va essayer, » intervint Eileen. « Mais il y a des choses contre lesquelles on ne peut malheureusement rien faire car on ne connait pas toutes les variables. Il y a trop de zones d'ombre pour nous permettre d'avancer avec certitude. »
Les Prince et Merryl échangeaient un regard, se comprenant les uns les autres.
« Est-ce qu'il y a quelqu'un qui veut bien sauver le pauvre petit Patmol que je suis, » intervint Sirius, perdu. « Je suis complètement largué au 'Merryl vient du futur aussi !' »
Severus et Harriet levèrent les yeux au ciel.
« On te réexpliquera plus tard, » dit le Maître des Potions. « Donc tu sais tout. Même la fin ? »
« Oui, Severus, » répondit prudemment Merryl. « Même la fin. »
« Tu étais fan d'HP ou pas ? » demanda ensuite Harriet, curieuse.
« Un peu comme beaucoup de jeunes de notre génération, » répondit la rousse en haussant des épaules. « C'était l'un des phénomènes du moment ... »
Sirius continua de se plaindre, voulant absolument savoir le mot de la fin et ce fut avec dépit que Severus et Eileen réexpliquèrent tout au Maraudeur depuis le début. Pendant ce temps, Merryl et Harriet assimilaient chacune de leur côté la nouvelle. Nièce et tante venant toutes deux du futur, de la même époque qui plus est ! Elles étaient plus ou moins de la même génération à quelques années d'écart. Elles avaient beaucoup plus en commun qu'elles ne le pensaient à l'origine.
Soudain, le galion tomba dans la tête d'Harriet alors qu'elle regardait Severus et Merryl. Elle lâcha une volée de jurons en français, attirant une taloche de sa mère sur la tête. Elle l'ignora royalement alors qu'elle croisait bras et jambes, vexée.
« Je suis jalouse ! » s'exclama-t-elle surprenant tout le monde.
« Pour quelle raison ? » demanda Merryl.
« Parce que je me retrouve dans le corps d'Harry foutu Potter et que je suis devenue la soeur de Severus ! Mais bordel de merde ! Dès la fin du dernier tome, j'étais tombée amoureuse du personnage ! Et toi, tu es exactement dans la même situation que moi, à revenir dans le passé, mais par chance tu te retrouves être précisément de sa génération et tu sors avec ! Voilà ! Je boude ! »
Elle tourna la tête vers le mur, relevant le nez. En effet, elle râlait. Et pas un peu ! Sa tirade fut suivie d'un grand silence. Eileen n'était pas du tout surprise des propos de sa fille, elle les avait déjà entendus peu de temps après qu'Harriet lui avait expliqué les choses telles qu'elles s'en souvenaient, ainsi que son admiration pour Severus, personnage sombre et brisé mais au coeur pur et aux intentions nobles.
Parlant de Severus, ce dernier avait légèrement rougi aux propos de sa soeur. Et il n'était pas le seul. Merryl aussi prenait peu à peu une teinte pivoine alors qu'elle jetait un regard au Serpentard pour croiser ses deux sombres onyx. Tandis que ce dernier gardait le silence, la rousse, elle, fidèle à elle-même, se cachant toujours derrière son humour pour se protéger, eut un petit sourire en répliquant.
« Désolée, ma petite mais je ne suis pas du genre partageuse. Ne me confonds pas avec une Lannister. »
Harriet fronça les sourcils, tout comme les autres. De quoi parlait Merryl ?
« Lannister ... ? Ca me dit quelque chose, » fit la Serdaigle, songeuse. « Ce n'est pas un perso de GOT ? » Merryl lui fit un hochement de tête pour confirmer. « Jamais lu, jamais vu. »
« Oui. En gros, Cercei se tape son frère jumeau et ils ont trois enfants ensemble. »
La jeune Prince eut un frisson de dégoût à l'idée. Non, elle n'était pas elle non plus une Lannister. Maintenant qu'elle avait en elle le sang des Prince, elle n'allait rien faire avec Severus, elle était sa petite soeur. Mais n'empêche !
« Beurk ! » s'exclama-t-elle suite à l'explication. « N'empêche ! Je boude Magia pour le coup ! Pourquoi c'est toi qui peut avoir Sev ? Moi j'aimais bien les Snarry ! »
« Je vais t'avouer qu'à l'époque, je n'étais pas très fan du personnage, » répliqua doucement la Tante. « Mais ... »
Elle regarda Severus de haut en bas avec un petit sourire en coin, coquin. Ce dernier, se demandant ce que la rousse allait dire ensuite, releva un sourcil de curiosité, mais légèrement effrayé d'essuyer un possible râteau avant même de pouvoir commencer à la séduire.
« ... en le regardant maintenant, le connaissant relativement bien, connaissant son coeur et sa bonté d'âme, je serais bien idiote de dire non. Une telle perle rare ne se trouve pas à tous les coins de rue ! Eh puis, console-toi, Harriet. Il te reste toujours les Drarry si tu veux tomber dans les stéréotypes de love fictions populaires. »
« Je vais avouer ne pas avoir été très attirée par ce couple malgré sa popularité. J'étais plus Snarry, HPLV, ... j'aimais assez bien les Lurry par contre ! Mais j'avoue que je me vois mal finir avec Lucius Malfoy. »
Severus s'étrangla sous la surprise, tout comme Eileen et Sirius. Merryl, elle, avait un sourire amusé.
« Et tu envisages le HPLV maintenant ? »
« Très franchement non. Je me vois mal finir mes jours avec un sorcier qui a cinquante ans en plus que moi, qui a une peau de serpent et un complexe du nez ! »
Sa tante ne put s'empêcher d'éclater de rire.
« Donc, pas de Snarry pour des raisons évidentes, pas de Lurry ou de Drarry, pas de HPLV. Tu peux difficilement faire le couple HPHG ... »
« Je n'envisage même pas les Weasley ! » s'exclama soudain Harriet en se redressant. « Je sais que ce sont des couples populaires aussi mais non. Enfin, peut-être les jumeaux mais le cadet, jamais ! »
« Donc, tu serais plus pour un couple atypique. »
« Ben comme je ne suis pas Harry Potter mais Harriet. Que j'ai mes connaissances et mes a priori, je suppose que oui. Je me dirigerais probablement vers un couple qu'on rencontre rarement ou pas du tout dans les fanfictions. »
« Comme ? »
« Ben ... J'en sais rien ! Je ne suis pas amoureuse ! »
« Tu viens de dire que tu étais amoureuse de Severus, » réfuta Merryl.
« Oui mais c'était un fantasme d'une fan pour un personnage. Je suis sa petite soeur. Je l'aime mais c'est purement fraternel maintenant. »
« Me voilà rassuré, » marmonna Severus en se pinçant l'arête du nez.
Avec tout ce qu'il venait d'entendre, et dont il n'avait pas tout compris – et heureusement, se dit-il –, il commençait à avoir une migraine.
« De toute façon, Sev, » répliqua Harriet avec un sourire. « Tu n'accepterais de sortir avec personne d'autres que Merryl ! »
« Quoi ?! » s'indigna ce dernier, bien qu'il savait parfaitement que sa soeur avait raison à son sujet.
« Severus, tu es un livre ouvert. Cela crève les yeux que tu en pinces pour Merryl et que tu cherches le moyen de la séduire depuis qu'elle est ici. Tu ne fais juste pas du rentre dedans comme Sirius. »
« Eh ! Ma technique de drague est parfaite ! » s'offusqua le Maraudeur.
« Avec les filles superficielles sûrement, » rit doucement Harriet. « Mais Merryl joue dans une toute autre catégorie ! Et puis, elle a aussi des vues sur Severus. »
« QUOI ?! » s'exclama le Gryffondor, choqué.
« Harriet ! » fit de même Merryl, rouge de gêne.
« Quoi ?! » répliqua la Serdaigle. « Tu l'as dit toi-même il n'y a même pas quinze minutes ! Tu en pinces aussi pour Severus ! »
Merryl et Severus échangèrent un bref regard avant de rougir, gênés. Sirius, quant à lui, se laissa tomber dans le canapé, la tête rejetée en arrière.
« Mon monde s'écroule ! » fit-il dramatique. « Ce n'est pas juste. »
Tante et nièce se regardèrent, complices. Elles avaient la même réplique en tête. Plus ou moins. Celle de Severus, interprété par Alan Rickman.
« Sirius, cela t'a peut-être échappé, mais la vie est injuste ! » dirent-elles d'une même voix.
Eileen pouffa, Severus ricana tandis que Sirius soupira de profond désespoir. Un calme amusé se fit dans la pièce, chacun retournant à son occupation, Patmol à la télévision, Severus et Eileen à leur partie d'échecs et Harriet à son livre.
« Harriet ? » fit soudain Merryl.
« Hmm ? » fit la Serdaigle en redressant la tête.
« Est-ce que tu as d'autres livres du style venant du futur ? »
« Oui. »
« Je peux voir ta collection ? »
« Va voir dans ma chambre, » sourit la jeune fille avant de reporter son regard sur son livre.
Eileen regarda alors sa fille les yeux ronds.
« Euh ... Harriet, ma chérie. »
« Oui, Maman ? »
« Tu ne laisses jamais personne entrer dans ta chambre habituellement ... »
« Et alors ? Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis. Elle a juste demandé à voir ma bibliothèque... »
La mère renonça à chercher plus loin. Cela faisait déjà beaucoup trop de choses en à peine une heure. Ce n'était plus de son âge tout cela.
