Chapitre 60 : La Fête de la Lumière

Si tu l'oses : 68. croiser

« Tu peux nous réexpliquer pourquoi on doit tous porter du noir ? » demanda Sirius à la belle rousse alors qu'il descendait les escaliers.

Il vit sans surprise Severus affubler de ses éternelles robes noires, bien que ce dernier n'ait pas mis sa grosse cape qui lui permettait de rester bien au chaud dans les donjons de Poudlard. Eileen portait un simple chemisier noir sur une jupe gris très sombre lui arrivant au genou. Quant à Harriet, qui n'avait plus de vêtement totalement noir dans sa garde-robe depuis au moins deux ans – à l'exception de son uniforme scolaire qu'elle n'avait naturellement pas pris avec elle –, elle portait une robe noire à bretelle, identique à celle de sa tante, qui lui arrivait jusqu'au genou également.

« C'est la coutume ici, » répondit simplement Merry avec un sourire. « Chaque vêtement coloré apporte sa source de lumière, ou réflexion de lumière plutôt. Cela attire trop le regard et nous détourne de la lueur du feu sacré. Le noir ne fait qu'absorber la lumière sans la réfléchir. Tu comprendras mieux en assistant aux festivités. »

Elle poussa doucement toute la petite famille à l'extérieur. Elle sortit le cerceau qu'elle avait déjà plusieurs fois utilisé comme portoloin et le leur tendit. Ils s'en saisirent tous sans hésitation et ils réapparurent au milieu d'une place aux miroirs comme celle qu'ils avaient quittée un peu plus tôt dans la journée. Pourtant, ils surent immédiatement qu'ils n'étaient pas de retour à Bourg-Vivant. La végétation n'était pas la même, ni même aussi dense.

« Le Berceau ? » demanda Severus en regardant Merryl.

« Oui, » répondit cette dernière. « Tu as bonne mémoire. »

Il y avait beaucoup de monde, tous vêtus de noir, et on pouvait voir au loin, sous le ciel étoilé, la lueur chaude du feu sacré. Ils s'avancèrent vers cette lueur, tel phare dans l'obscurité ambiante mais pas oppressante. Merryl leur servait de guide, leur parlait des origines de cette fête magique dont ils commençaient déjà à ressentir peu à peu les effets.

La Fête de la Lumière était célébrée depuis des temps immémoriaux pour remercier Magia de leur offrir de la lumière même dans les ténèbres les plus sombres. Les fervents Elémentaires dansaient autour du Feu Sacré et faisaient pulser la terre de leur pas, de leur feu, de leur lumière, alimentant les lieux de leur magie et de leur énergie. Magia elle-même pulsait dans cette énergie et en déversait dans tous les lieux baignés de lumière. Merryl expliqua également qu'à la fin de la nuit, ils allaient tous se sentirent surchargé en énergie et qu'ils feraient dès lors un sacrifice à Magia afin d'éviter un cataclysme.

« Un cataclysme ? » demanda Severus en relevant un sourcil.

« Ben, tu as envie de revoir le soleil, non ? » répliqua la rousse. « Si tu ne veux pas finir tes jours dans les ténèbres éternelles, je te suggère de faire don du surplus de magie que tu ressentiras afin d'alimenter Magia et ainsi permettre au soleil de se lever. »

Le Maître des Potions resta dubitatif à cette explication qui n'avait absolument rien de rationnel. Il se garda toutefois de vexer la sorcière en le faisant remarquer. Il allait simplement profiter du spectacle. Il observa lentement la beauté des lieux et la prestation des Elémentaires qui se mouvaient avec grâce autour du feu.

Ils faisaient jaillir des flammes de leurs mains et de leur bouche alors qu'ils bougeaient à un rythme de plus en plus endiablés, suivant les pulsations des tambours et la fluctuation de l'énergie autour d'eux. Progressivement, des lampions de lumière furent lâchés dans le ciel et Severus vit du coin de l'oeil Merryl inscrire quelque chose au fusain sur l'un d'eux avant de le libérer et de le laisser filer vers les étoiles.

Il fut surpris de voir arriver des esprits de part et d'autres de la place, tournoyant allègrement autour des danseurs et des flammes éternelles, puis il eut un sourire. Evidemment, l'archipel de Pelhisir, le berceau même de Magia n'avait rien de commun avec tous les autres lieux qu'il lui avait été donné de voir. C'était juste ... magnifique.

Peu à peu, les sorciers et les créatures suivirent les Elémentaires et les esprits dans leur danse. Une vélane vint vers leur groupe et s'approcha de Sirius. Elle lui murmura quelques mots à l'oreille, lui faisant relever un sourcil surpris, avant de le tirer par le bras et de l'attirer dans une danse, suivant le rythme des festivités.

Severus entendit le doux rire de Merryl juste derrière lui et il se tourna pour croiser ses deux billes émeraudes qui brillaient étrangement ce soir-là. Cette lueur lui déplaisait pas, cela la rendait plus sauvage. Merryl Evans était vraiment une femme étonnante, de nature timide et pourtant si libre. Cela fit ronronner la panthère qui sommeillait doucement dans le coeur du Serpentard.

Elle lui tendit un bol en terre cuite avec un liquide à l'intérieur.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il en la voyant porter un gobelet similaire à sa bouche.

En tant que Maître des Potions, il ne buvait jamais ce qu'il ne connaissait pas.

« Kava, » répondit-elle en riant doucement. « Une boisson traditionnelle locale. »

Il porta le récipient à son nez et sentit immédiatement l'odeur caractéristique de l'alcool. Il pinça les lèvres. Ce n'était pas qu'il ne buvait jamais. Mais il préférait faire attention.

« C'est fort comment ? » demanda-t-il prudemment.

« Tout dépend de ta résistance et de la quantité que tu bois. »

« Par rapport à un verre de Whisky ? »

« Je dirais ... un peu moins fort. Maintenant, cela dépend de ton whisky aussi. »

L'homme sourit alors qu'il buvait le liquide dont le goût s'apparentait beaucoup à du thé. La boisson était fraîche alors qu'elle coulait dans sa gorge mais quand elle finit dans son estomac, une douce vague de chaleur le prit et son sourire s'élargit. Toutefois il fronça les sourcils en voyant sa soeur avec un bol similaire.

« C'est toi qui lui as donné ? » demanda-t-il en faisant un geste du menton dans sa direction.

Merryl regarda sa nièce un instant.

« Euh ... oui. Pourquoi ? »

« Parce qu'elle va à peine avoir quatorze ans et que c'est de l'alcool ! »

« Je bois du kava depuis que j'en ai treize, Severus. Pardonne-moi, je n'avais pas réalisé que cela pourrait poser problème. »

Le Maître des Potions se pinça l'arête du nez alors qu'il voyait sa soeur terminer son bol. Il n'avait pas eu le temps de l'en empêcher. Il soupira.

« Tant pis, » fit-il ensuite. « On va dire que c'est pour l'occasion... »

« Tu es en colère ? »

« Non mais si tu pouvais éviter de rendre ma soeur alcoolique, cela m'arrangerait. J'ai déjà eu assez avec un père. »

La rousse hocha la tête comprenant le point de vue de son ami. Elle regarda un instant les festivités, souriant à l'idée que Severus était maintenant un ami. A elle. Quand elle le vit terminer son kava, elle agita négligemment le poignet pour effacer les bols et tira le Serpentard vers les autres danseurs.

« Je ne suis pas doué, » avoua-t-il alors qu'il se laissait faire. « Je ne danse que la valse. »

« Je te rassure, moi non plus, » rit-elle alors que son corps s'éveillait à la magie qui se faisait de plus en plus intense dans ce lieu. « Mais cela ne nous empêche pas de nous amuser ! »

Ils se glissèrent entre les danseurs et se joignirent maladroitement au rythme. Les pieds même de Severus en pâtirent quelques fois alors que Merryl marchait accidentellement dessus. Elle en était légèrement rouge de gêne mais elle était tellement souriante que le Maître des Potions ne s'en formalisa pas plus que cela. On ne pouvait pas être parfait en tout ... Il lança discrètement un sort de cousinage sur ses chaussures en plus d'un autre de barrière afin des préserver ses pieds de devenir plats à force de se faire écraser. Il rangea ensuite sa baguette alors qu'un sourire en coin apparaissait sur son visage. Il prit les mains de la belle rousse et il se laissa peu à peu aller à la musique.

A mesure que le temps passait et qu'ils se mouvaient sur la piste, Severus fut surpris de constater qu'au lieu de se fatiguer, au contraire son corps se chargeait de plus en plus en énergie et son noyau en magie. Dans le même temps, il sentait comme quelque chose poser un baume sur lui, apaisant la douleur sourde qu'il y avait toujours dans son coeur depuis de nombreuses années. Alors qu'il essayait de réfléchir à ce qui pouvait justifier un tel phénomène tout en continuant à danser, il intercepta un sourire de sa partenaire.

« Tu le sens, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle dans un souffle.

« Oui. Qu'est-ce que c'est ? »

« Le rituel, » répondit-elle. « Nous y participons tous ! Pas au même niveau que les Elémentaires mais chacun à notre façon, selon notre puissance et notre âge ! »

« Et Harriet ? » s'inquiéta le Serpentard en la cherchant du regard.

« Ne t'inquiète pas ! Les enfants peuvent participer et Magia y fait très attention ! Tout se fait en fonction de ce qu'on peut lui offrir sans risque pour nous ! Elle va bien ! Fais-moi confiance ! Je ne la mettrai jamais en danger ! »

Les yeux onyx se plongèrent dans les billes émeraudes. Rassuré de ce qu'il y vit, il se laissa porter par le rituel et se laissa gorger par toute cette énergie qui vibrait tout autour de lui, faisant pulser la terre, souffler l'air, chanter la mer et les océans, ... C'était grisant.

Puis, sentant son noyau surchargé, Severus leva instinctivement les mains vers le ciel tout en continuant à suivre le rythme des tambours. Il leva également le regard et put voir les Elémentaires de feu envoyer de plus en plus de gerbes de flamme de toutes formes et de toutes tailles vers le foyer qui brûlait depuis la nuit des temps. Il remarqua également que toutes les créatures, tous les sorciers, tous les êtres vivants ou morts qu'il pouvait toucher de son regard levaient aussi les mains vers le ciel.

Une explosion de magie se fit dans tout Pelhisir tandis que tous relâchaient le trop plein qu'ils avaient en eux. En l'espace de quelques minutes, le Maître des Potions se sentit fourbu et vidé. En voyant les autres, il sut que ce n'était pas étonnant. Tous étaient épuisés mais un sourire était visible sur chaque visage. Visages qui s'éclairaient sous la lumière ... du soleil !

« Attends ... Quoi ?! » s'exclama-t-il en voyant l'astre solaire se lever. « Non ! Impossible ! Il y a certainement une explication logique ! »

« Pourquoi faudrait-il de la logique quand il s'agit de Magia ? » demanda Merryl d'une voix fatiguée mais joyeuse. « Viens, allons retrouver les autres et rentrons. Nous avons besoin de repos. »

Ils les retrouvèrent sur un petit muret de pierres blanches une quinzaine de minutes plus tard. Harriet était allongée, la tête sur les genoux de sa mère, déjà profondément endormie. Eileen lui caressait doucement les cheveux, elle-même épuisée par la nuit. Quant à Sirius, il ne semblait pas en bien meilleur état.

Severus s'agenouilla devant sa soeur et glissa doucement une main sur son visage. Elle réagit à peine dans son sommeil. Il sourit doucement en secouant la tête avant de se redresser pour la soulever.

« Tu arriveras à la porter tout du long ? » demanda Eileen en retenant avec peine un bâillement.

« J'ai déjà vécu bien pire qu'un simple épuisement, Maman, » répondit le Serpentard d'une voix rassurante. « Si tu savais le nombre de nuits blanches consécutives j'ai faites durant la guerre ... Ce n'est rien que je ne puisse supporter. Mais je ne dirais pas non à un bon lit et quelques heures de sommeil. »

Merryl sortit de nulle part son fameux cerceau qu'elle avait ensorcelé avant même de commencer les festivités, sachant déjà qu'ils seraient tous épuisés pour le retour. Severus serra contre lui le corps de sa soeur qui s'était dans son sommeil accrochée à lui tel un koala – Merlin merci qu'elle n'était pas trop lourde ! – et se saisit comme tout le monde du portoloin. Ils se retrouvèrent bien vite à destination.

Le Maître des Potions monta coucher sa soeur et la borda, souriant devant son visage si innocent. Il lui caressa doucement les cheveux pendant une petite minute avant de redescendre boire un verre d'eau. Tout le monde était déjà couché, sauf Merryl. Cette dernière était accoudée à sa terrasse et observait le lever du soleil. Severus sortit pour la rejoindre.

« C'est magnifique, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle.

« Oui, » répondit-il simplement, émerveillé par le spectacle.

Il retint un bâillement. Il remercia la rousse pour cette expérience et lui embrassa la joue avant de se changer en panthère pour se coucher sur le ponton. Il s'endormit sous le soleil levant et le bruit apaisant des vagues.