Chapitre 64 : Alastor Maugrey
Si tu l'oses : 109 Président
Harriet était assise dans la cour de métamorphose pour sa pause de midi. Elle tenait un livre en main alors qu'elle avait la tête d'Hermione sur ses genoux. Elles étaient détendues au soleil en attendant leur prochain cours. Drago les rejoignit et s'installa dans l'herbe à côté d'elles.
« Par Salazar, ce prof est taré ! Mais il sait de quoi il parle ! »
« Laisse-moi deviner, » fit Harriet. « Tu viens d'avoir cours avec Fol Oeil. »
« Oui. Il est à la hauteur de sa légende. On va avoir enfin un professeur correct dans cette école. »
« T'exagères là, Drago, » répliqua doucement la Serdaigle. « Remus Lupin n'était pas si mal considérant le fait qu'il n'a pas de formation pour être professeur. Il voulait être auror avant d'être refusé à cause de problèmes personnels. »
« Comment tu le sais ? » demanda le Serpentard, curieux.
« Peut-être parce que Remus est le meilleur ami de mon parrain et ils étaient tous deux les meilleurs amis de mon père, » avança la jeune fille avec un sourire.
« Quel genre de problème ? »
« Le genre qui ne te regarde pas, petite fouine, » repoussa gentiment Harriet en lui tapant doucement le bras avec son livre.
Le blond abandonna et changea de sujet.
« A votre avis, qui sera le champion de Poudlard ? » demanda-t-il plutôt.
Les deux jeunes filles échangèrent un regard.
« Aucune idée, » répondit prudemment Hermione.
« Je parie que ce sera un Gryffondor, » continua le Serpentard. « Ils adorent foncer tête baissée dans le danger. Ou peut-être un Serpentard pour la gloire et l'argent. »
« Pourquoi pas un Serdaigle ou un Poufsouffle ? » demanda Harriet.
« Les Poufsouffles sont tous des peureux et les Serdaigles préfèrent s'enfoncer dans des milieux remplis de savoir plutôt que d'aller au devant du danger. »
« Merci pour moi, j'aurais pu finir à Gryffondor, » soupira la Serdaigle avec une mine faussement boudeuse.
« Quoi ?! »
« Je ne te l'avais pas dit ? » fit Harriet, surprise.
« Je m'en souviendrais ! »
« Alors tu seras sûrement surpris d'apprendre qu'elle aurait pu aussi finir à Serpentard, » ricana Hermione. « Elle est Choixpeau flou. »
« Pourquoi t'es pas venue à Serpentard alors ? »
« Ce n'est pas contre toi Drago mais ... comment dire ? Il y a encore beaucoup de personnes parmi les Serpentards qui sont encore fidèles à Voldy alors ... J'avais pas tellement envie d'être en milieu hostile. Quant à Gryffondor, je ne voulais pas y aller pour 'rejoindre celui qui devait être apparemment mon ami depuis la plus tendre enfance,' » continua-t-elle avec une touche de venin dans la voix.
« Qui ? » demanda Drago qui n'entendait pas souvent son amie parler ainsi.
« Apparemment je serais une vieille amie de la famille Weasley. A un tel point que quelqu'un a fait des versements sur leur compte. Mais étrangement, avant Poudlard, je n'ai absolument aucun souvenir d'eux. Merlin, merci que ma mère adoptive a fait cesser cela assez tôt quand elle m'a récupérée. »
« Quand elle t'a récupérée ? Tu étais où avant ? »
Le blond était curieux et Harriet se surprit à être aussi bavarde en ce jour ensoleillé.
« Je n'ai pas toujours vécu chez Lady Prince. Avant, je vivais chez des Moldus. Elle m'a sauvée. »
« Sauvée de quoi ? »
« J'ai pas vraiment envie d'en parler, Drago. On pourrait changer de sujet ? »
« Hmm ... Pourquoi de l'argent était versé aux Weasley via tes comptes ? » demanda Hermione.
« Oui, moi aussi, je voudrais savoir, » confirma le Serpentard.
Harriet regarda à gauche et à droite pour s'assurer que personne ne les écoutait. Autant déjà jeter une première pierre de doute quant à l'homme qui voulait l'utiliser elle et son argent. Rassurée, elle se pencha vers ses amis.
« On n'a qu'une hypothèse à ce sujet, » mentit légèrement Harriet. « Mais cela concerne mon ancien tuteur magique. »
« C'était qui ? »
« Dumbledore. »
Cela ne surprit pas du tout Hermione. Elle feignit toutefois le choc.
« Tu plaisantes ? » demanda Drago. « Albus Dumbledore ? Le défenseur de la lumière, le Président du Magenmagot, le vainqueur de Grindelwald ? Ce Dumbledore ? »
« Oui, ce Dumbledore, » répondit Harriet. « Je ne parlais pas du propriétaire de la Tête du Sanglier à Pré-au-Lard. »
« Par la barbe de Merlin ... Tu veux que mon père jette un oeil sur tout ça ? » demanda le Serpentard. « Depuis le temps qu'il rêve de faire tomber Dumbledore de son piédestal. »
« Non, ça ira. Ma mère regarde déjà pour certaines choses avec les Gobelins. On préfère faire attention pour éviter que d'autres personnes souffrent encore. Mon parrain a subi Azkaban à cause de lui et on ne voudrait pas faire un impair. J'ai retrouvé des membres de ma famille, je n'aimerais pas les voir disparaître juste pour une question de justice. On fait ça dans l'ombre et avec prudence avant d'oser venir de manière officielle. Comme tu l'as dit, il est le Président du Magenmagot et il a beaucoup de partisans. »
Drago grimaça mais admit que le point de vue de la Serdaigle se défendait. La famille était importante. Bien plus que la loi et si elle faisait équipe avec les Gobelins, il y aurait une justice plus juste qu'avec les sorciers qui étaient tous corrompus. Ils discutèrent encore un peu avant de finalement aller ensemble en cours de métamorphose.
xXxXxXx
Harriet entra dans la classe de DCFM et s'installa au deuxième rang. Hermione s'apprêtait à s'installer à côté d'elle avant d'être bousculée une fois encore par Ronald Weasley. Le garçon n'apprendrait donc jamais ... Elle observa son amie partir à une autre table – elle grimaça en voyant qu'elle serait au premier rang – et la vit conserver une place pour elle. Elle avait deviné son intention. Elle ignora les salutations du rouquin et se leva pour rejoindre la brune.
« Mais Harriet, j'étais à coté de toi ! » s'exclama Weasley.
« Oui et pour se faire, tu as bousculé Hermione. Et il me semblait qu'au bout de trois ans, tu avais compris que je ne voulais rien avoir à faire avec toi. »
« Mais et l'année dernière avec Scabbers ? »
« Mais c'est qu'il a la mémoire courte, » soupira Hermione. « Tu as oublié qu'elle t'a piégée juste pour mettre Peter Pettigrow en prison ? »
« Mais je l'ai aidée... »
« Tu n'as rien fait du tout, » rétorqua Harriet. « Et je ne veux pas de ton aide. Fous-moi la paix ! »
La Serdaigle s'assit et ignora totalement le Gryffondor pour fixer le tableau. Ils attendirent tous le professeur Maugrey. Ce dernier arriva assez rapidement et se présenta.
« Alastor Maugrey, » fit-il simplement alors qu'il écrivait son nom au tableau. « Ex-auror. Ministère mécontent. Et nouveau professeur de DCFM. Je suis là parce que Dumbledore me l'a demandé. Fin de l'histoire. Au revoir. Rideau. Des questions ? »
La classe était silencieuse. Tout le monde était mal à l'aise face à son oeil qui gigotait dans tous les sens, semblant les examiner jusqu'aux tréfonds de leur âme. Même Harriet n'aimait pas la sensation. Pourtant elle savait qu'il n'y avait là aucune intrusion mentale. Elle l'aurait sentie contre ses barrières.
« Pour ce qui est des forces du mal, je suis partisan des travaux pratiques. »
Voilà qui n'était pas une surprise pour la jeune Serdaigle qui connaissait l'identité de l'imposteur. Comment un Mangemort comme Croupton Junior ne pourrait pas être partisan des travaux pratiques dans cette branche tout particulièrement ? Elle échangea un bref regard avec Hermione.
« Mais avant, » continua le faux Maugrey. « Qui parmi vous peut me dire combien de sortilèges impardonnables y a-t-il ? »
« Trois monsieur, » fit la brune après avoir dégluti.
« Et ils sont ainsi nommés ? » demanda le professeur en notant l'information au tableau.
« Parce qu'ils sont impardonnables, » continua de répondre Hermione dans la classe silencieuse. « L'utilisation de l'un d'eux vous ... »
« Vous fera gagner un aller simple pour Azkaban, » termina abruptement Maugrey. « Exact. » Il se tourna à nouveau vers les élèves. « D'après le ministère, vous êtes trop jeunes pour voir ce que font ces sorts. Je ne suis pas d'accord ! Il faut que vous sachiez ce qui vous attend ! Il faut que vous soyez préparé ! »
Il effaça le tableau et commença à écrire plusieurs choses.
« Il faut que vous trouviez un endroit pour votre chewing-gum autre que le dessous de votre table, Mr Finnigan ! »
« C'est pas vrai. Ce vieux bougre peut voir derrière son dos, » maugréa le Gryffondor assis au fond.
Harriet se retint de sourire et se retourna. Elle y croyait pas. Cette anecdote était là aussi ? Elle ne fut même pas surprise de voir voler la craie au-dessus de sa tête.
« Et entendre jusqu'à l'autre bout de la classe ! » cingla Maugrey.
La suite du cours se passa exactement comme dans le livre. Harriet se sentit horriblement mal pour Neville. Elle alla d'ailleurs le voir à la fin du cours.
« Eh, Neville. Ca va ? » demanda-t-elle doucement en posant une main sur son épaule.
Ce dernier ne répondit pas. Il pleurait silencieusement en regardant par une fenêtre le parc de Poudlard. Comprenant qu'il avait simplement besoin de réconfort, elle vint le serrer dans ses bras. D'une certaine manière, tout ce qu'Harry Potter, ou elle-même, avait vécu, il aurait pu le vivre lui aussi si Voldemort s'était attaqué directement à sa famille. Il aurait été le Survivant, l'Elu, l'arme de Dumbledore ...
Elle le sentit la serrer comme une ancre, reconnaissant. Il renifla dans son cou. Elle ne bougea pas, attendant patiemment. Padma et Hermione étaient déjà parties en avant au cours de potions. Elles pourraient expliquer les choses. Même si Snape était réputé sans coeur aux yeux de tous, la démonstration de sortilèges impardonnables pouvait en choquer plus d'un. Et Neville était plus que déstabilisé.
Quelques instants plus tard, elle s'écarta doucement.
« Allez, Neville. On ferait mieux d'aller en cours. Snape ne tolérera pas un trop grand retard. »
« On va être puni de toute façon, » murmura le Gryffondor.
« Non, » le rassura-t-elle doucement. « Tout le monde connait notre histoire, ainsi que celle de nos parents. Hermione et Padma ont sûrement déjà rapporté le cours sur les Impardonnables. Snape ne nous en tiendra pas rigueur. Tout le monde a ses instants de faiblesse. »
« Comment tu peux en être aussi sûre ? » fit le garçon après s'être mouché et légèrement ressaisi.
« Eh bien ... Je connais quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un ... Qui connait Snape. Il n'est pas un si mauvais bougre. C'est juste une carapace pour se protéger. Mais ne le raconte à personne, c'est un secret, » ajouta-t-elle avec un clin d'oeil.
« Okay... »
« Par contre, si tu le cries sur tous les toits, tu seras en retenue jusqu'à la fin de tes jours, ça je te le garantis, » termina-t-elle en plaisantant doucement. « Allez viens. Allons en cours. »
xXxXxXx
Harriet marchait dans le couloir en direction de la Grande Salle pour déjeuner quand elle se fit attraper par le bras et tirer vers une alcôve.
« Eh ! » s'exclama-t-elle, surprise, avant d'avoir une main plaquée sur sa bouche.
« Shhh ! »
Elle se figea immédiatement dans son mouvement. C'était Drago. Elle s'écarta.
« Merlin ! Drago ! Me surprend pas comme ça ! T'as vraiment pas envie de te faire casser le nez ! »
« Comme si tu pouvais, » ricana le Serpentard.
« Ben ... un membre de ma famille m'apprend à me battre au corps à corps dans le cas où je n'aurais pas la possibilité de me défendre par magie. Alors oui, je sais parfaitement comment te casser le nez ou faire de toi un homme stérile ! Tu veux essayer ? »
« Non, ça ira. Merci bien, » répliqua le blond d'une voix blanche alors qu'il s'écartait.
« Pourquoi tu m'as attrapée comme ça ? »
« Je voulais te poser une question. »
« A quel sujet ? »
« Granger. »
« Ah ? » Elle fronça les sourcils. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Qu'est-ce qui lui ferait plaisir, selon toi ? »
« Drago ? » fit Harriet, confuse.
« C'est bientôt son anniversaire, » soupira-t-il. « Mais je ne sais pas quoi lui offrir. »
« Oh ! Hmmm ... Ca dépend. Qui est-elle pour toi ? »
« Une amie ... je crois. »
La Serdaigle sourit doucement.
« Offre-lui un livre. Rien de ce que tu trouveras chez Fleury et Bott's, je suis sûre qu'elle a déjà dévalisé la boutique. Mais, je ne sais pas moi. Un livre sur les traditions sorcières ou sur une branche de la magie qu'on ne voit pas beaucoup... Sauf la noire, bien sûr. »
« Pour qui me prends-tu ? »
« Drago. Je ne critique pas. Les Malfoy, comme les Black ou d'autres familles Sang-Pur sont tournés vers la magie noire. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est une bonne chose mais ... Maintenant, c'est à voir ce qu'on en fait. Mais évite quand même de lui en offrir un. La magie noire a une réputation encore plus horrible dans le folklore moldu. Tu peux me croire sur parole. Ou sinon, elle aime aussi lire des romans. Je te ferais parvenir la liste des romans sorciers qu'elle a déjà. »
« Okay. Merci, Harriet. Je te revaudrai ça. »
« Mais non. Nous sommes amis. Tu ne me dois rien du tout. »
Elle rit doucement. Lui fit une bise sur la joue et partit pour la Grande Salle. Elle avait faim !
