Chapitre 69 : Une Etrange Beuglante et un Alfie en Colère
Severus était assis seul dans la Grande Salle à savourer son café alors qu'il lisait son mensuel de potions. En même temps peu de gens oserait venir de si bonne heure un samedi matin ! Les premières lueurs de l'aube apparaissaient à peine. Il mangea quelques toasts dans l'ambiance paisible de cette salle d'ordinaire si bruyante.
Des pas légers, qui seraient passés inaperçus en temps normal, résonnèrent sur le sol de pierre. Le Serpentard leva la tête et fit un petit sourire en salutation à Merryl. Cette dernière le rejoignit rapidement et s'installa juste à côté de lui.
« Tu es bien matinale. » dit-il simplement.
« J'avais quelque chose à faire. Et toi ? »
« J'apprécie prendre mon petit déjeuner dans le calme. Cette salle est habituellement une véritable place aux foires. C'est horripilant. Et je ne supporte pas devoir m'interrompre parce que je surveille de sales cornichons qui ne font que des bêtises. »
La rousse rit doucement alors qu'elle se servait un thé bien chaud ainsi que des oeufs et des toasts.
« Sinon, tu es bien installée ? » s'enquit le Maître des Potions au bout d'un instant de silence calme et paisible.
« Etrangement oui. Ce vieux château bourré de courants d'air n'est pas si mal. » Severus ricana. « Mais je préfère mon petit nid sous les tropiques. C'est assez étrange de revenir vivre au pays. Enfin ... c'est pour la bonne cause. »
« J'avoue que je me suis toujours senti chez moi, ici. Le premier endroit où je pouvais dormir à poing fermé sans craindre d'être réveillé par des cris ou recevoir des coups pour des raisons aussi futiles que la magie. »
« Ton père ? »
« Un véritable enfoiré. Je pense que tu t'en rappelles un peu. »
« Je me rappelle surtout d'un alcoolique venu te chercher et que je t'ai aidé à ramener à l'Impasse du Tisseur. Je ne l'ai plus jamais revu par la suite. Mais je ne suis plus trop souvent revenue non plus. Surtout suite au scandale de Pétunia... »
« Qu'est-ce qu'elle avait fait ? »
« C'est surtout ce que son petit-ami de l'époque, qui est devenu son mari, a dit à mon égard alors que je n'avais rien fait. Enfin, je pense n'avoir rien fait. Je me sentais bizarre d'être présente à leur rendez-vous en amoureux – à la demande de Pétunia ! Le comble ... – et le lendemain, elle est venue me voir pour me dire que Vernon m'avait trouvée odieuse où je ne sais plus quoi. J'ai eu droit finalement au même qualificatif que Lily et tous les autres sorciers. J'étais un monstre. Tu vois un peu le topo. »
« Oui, je vois ... »
« Du coup, je suis restée même pendant les vacances à l'archipel et je ne suis plus du tout rentrée pendant quelques années. »
Ils discutèrent encore de choses et d'autres mais des sujets plus anodins puisque le professeur Dumbledore venait de pénétrer dans la salle. Elle répondit à quelques questions du vieil homme, gardant sa langue sur d'autres car l'archipel se devait de garder certains secrets. D'autant plus qu'elle connaissait la nature profonde de Dumbledore. Elle avait sauvé Magia d'un dégénéré. L'homme en était un et, en prime, en avait créé d'autres ! Elle n'allait pas lui donner des informations sensibles en plus !
La Grande Salle commença peu à peu à se remplir et, tout comme l'avait décrit Severus, devint des plus bruyantes. Merryl salua d'un sourire son fils, Fleur Delacour et sa nièce, Harriet. Au bout d'un moment, alors qu'elle voyait son voisin tenter de se lever, elle lui prit le poignet et engagea la conversation sur un énième sujet sans la moindre importance. Le Serpentard releva un sourcil mais ne commenta pas, restant pour lui faire plaisir. Il ne forçait même pas. Sa compagnie était la plus douce et la plus agréable qu'il avait pu avoir depuis Lily.
Le courrier commença à arriver et l'oeil acéré de Severus nota la présence d'une enveloppe cramoisie portée par un hibou commun, enveloppe qui atterrit immédiatement dans ... le porridge de Dumbledore. Il releva un sourcil intrigué. Dumbledore qui recevait une beuglante dans la Grande Salle, c'était une première. L'homme la prit rapidement et tenta de partir avec mais apparemment la personne qui l'avait envoyée avait prévu le coup. Un petit sourire en coin, pas tout à fait innocent pour qui connaissait la belle rousse – et il commençait à la connaître –, lui fit comprendre qui était l'auteur de la lettre.
Cette dernière s'échappa des mains de Dumbledore et s'ouvrit. Une voix de mégère, ressemblant étrangement à la voix de Pétunia Evans bien qu'en plus rocailleuse et plus pincée, se fit entendre.
« Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, » dit-elle d'une voix forte, amenant le silence dans la Grande Salle. « Je vous accuse ! »
Severus releva un sourcil, s'empêchant de regarder la coupable du méfait et resta attentif quant aux propos de la beuglante. Qu'est-ce que Merryl avait prévu pour le glucosé ?
« L'Angleterre magique est désuète, misogyne et moyenâgeuse ! Rien n'a avancé depuis presque un siècle, depuis que vous cumulez les postes de Juge, d'Empereur et de Bourreau ! Vous étiez celui qui a jeté le fidelitas protégeant la maison des Potter ! Vous saviez que Sirius Black était innocent des crimes pour lesquels il était accusé ! Et pourtant, vous l'avez envoyé à Azkaban sans procès ! »
Le Maître des Potions écarquilla légèrement les yeux alors que l'intéressé avait pincé les lèvres et tentait de récupérer la lettre pour la faire taire. Merryl avait vraiment tout prévu ! La lettre était protégée par il ne savait quel genre de bouclier.
« Vous avez l'Ordre de Merlin, vous êtes reconnus par vos pairs comme étant le plus grand sorcier de ce siècle ! Et pourquoi ? Je me le demande puisque vous n'avez pas été capable d'empêcher quelqu'un de mettre le nom d'Harriet Potter dans la Coupe de Feu ! La pauvre enfant ! Obligée de participer à un tel tournoi à son âge ! Vous êtes un Vieux Barbu bien pensant, égoïste et manipulateur ! Tant l'Angleterre que le monde entier s'en souviendra ! Tant que vous ferez des erreurs inacceptables, je ferais ressortir vos squelettes de vos placards ! Réfléchissez-y, Mr le Directeur ! Bien à vous, Ariana. »
L'enveloppe se désagrégea dans une petite gerbe de flammes et disparut sans laisser la moindre cendre. Le silence était total, lourd et oppressant. Tous les regards étaient rivés vers le directeur qui était figé, les yeux écarquillés. Tout le monde était soit choqué, soit perdu. Tout le monde n'avait pas compris les propos qui étaient avancés, surtout les plus jeunes. Mais les adultes, ceux qui connaissaient les hauts faits de Dumbledore, étaient estomaqués. La mégère – que Severus savait être Merryl sous camouflage – avait porté de lourdes accusations sur le leader de la lumière, le vainqueur de Grindelwald, le monsieur-trop-de-titres-Dumbledore.
Le Serpentard affichait une mine choquée, comme tout le monde. Il ne cherchait même pas à la cacher. Mais il n'était pas choqué des propos. Non, les faits, il les connaissait bien. Non, il était choqué parce que Merryl avait eu l'audace de les envoyer directement à Dumbledore. Pire ! Elle avait révélé tout cela par beuglante devant témoins dans la Grande Salle ! Cela risquait d'apparaître dans la Gazette du Sorcier dès le lendemain ! Oh Merlin qu'il voulait que cela apparaisse dans le prochain quotidien... Cela ferait les pieds du glucosé !
Severus se mit en tête d'acheter une boîte de pralines pour la belle rousse pour non seulement la féliciter discrètement, mais aussi lui dire de faire attention car Dumbledore restait malgré tout un gros poisson. Il n'était pas très bon de s'y frotter, surtout de face.
Alors qu'il pensait à cela, il voyait l'image de Merryl se transformant en dauphin juste après lui avoir répondu sarcastiquement.
« Eh bien justement ! Moi, les poissons, je les mange ! »
Quoi qu'il en soit, le Maître des Potions commença sa journée d'excellente humeur ! Et quelque chose lui disait qu'il n'était pas le seul.
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Alfie était assis à la table des Serdaigles à revoir quelques points difficiles avec Luna. Il avait du mal à se concentrer. Cela faisait quinze jours ! Quinze jours depuis la sélection des champions. Et depuis, il y avait une guerre pas possible entre Harriet et Fleur. Elles ne pouvaient pas se voir en peinture ! Pourquoi Luna avait-elle invité Harriet à s'installer à côté d'eux alors qu'il était justement à côté de la française ? Il soupira alors qu'il essayait de se concentrer sur ses notes en sortilèges.
Heureusement que Luna était la patience incarnée et répétait volontiers quand il ne comprenait toujours pas.
Toutefois, il y eut un moment où il en eut marre et il se tourna immédiatement vers les deux personnes qu'il considérait comme des cousines.
« Bon, ça suffit maintenant ! » s'exclama-t-il en français pour garder un maximum d'intimité.
Personne n'avait à entendre ce qu'il avait à dire. Comme ils étaient dans la Grande Salle, c'était un peu raté mais bon ... Au moins, tout le monde ne parlait pas français... Harriet et Fleur se turent pour le regarder.
« Vous êtes deux filles supers en tous points, » continua-t-il, dégageant toute sa frustration dans sa colère. « Mais vous êtes de vraies connasses entre vous ! »
Il leva la main pour les empêcher de répliquer. Il pointa un doigt vers Fleur.
« Toi, tu arrêtes de faire ta petite bourge coincée, et toi, » fit-il en pointant Harriet. « Arrête d'être ignoble ! Sinon, je demande à maman de vous transformer en poisson pour nourrir le calmar géant et les sirènes ! » Il souffla. « Autant de stress, c'est nuisible pour un gamin de douze ans ! Je vous préviens, vous payerez les frais de psychomages ! »
« J'aimerais bien voir Merryl essayer, » rétorqua Harriet, bien que plus calmement puisque son cousin ne lui avait rien fait. « Et voir comment elle réagirait face à Sirius et à la famille Prince ... Cela promet d'être épique ! Quoique avec mon frère ... Il risque de lui donner un coup de main de peur de la décevoir ! » Elle secoua la tête, un brin amusée par l'idée. « Mais avant que tu t'énerves encore plus, Alfie, sache que c'est elle qui a commencé. Tout cela parce que mon nom est sorti de cette satanée Coupe de Feu à la mords-moi-le-noeud ! »
« Et tu étais obligée de réagir comme une gamine de primaire ? Tu ne pouvais pas juste passer à côté et prouver que tu étais plus mature que cela ? J'ai douze ans et je suis obligé de régler une situation où vous vous mettez à vous crêpez le chignon comme des gamines de huit ans ! Soyez matures, nom d'une chouette ! 'C'est elle qui a commencé,' gnagnagna ! »
Il rangea brusquement ses affaires, n'ayant plus la tête à travailler, et partit de la Grande Salle d'un pas vif.
« J'aurais dû continuer de jouer les asociaux, » maugréa-t-il dans son écharpe.
« Vu comme ça..., » fit Harriet, mouchée.
C'est qu'elle avait mentalement trente-quatre ans, quand même ! De là entendre qu'elle avait le comportement d'une gamine de huit, c'était plus qu'insultant. Elle réfléchit quelques instants alors qu'elle fixait Fleur Delacour du regard. Cette dernière en faisait tout autant. Il était vrai qu'elles agissaient comme des garces l'une envers l'autre. La jeune Prince se souvint alors de la promesse qu'elle avait faite à sa tante et retint un soupir. Pour le bien-être d'Alfie, elle n'avait de toute façon pas le choix. Et puis, c'était elle la plus mature. Elle devait montrer l'exemple ! Elle tendit la main vers la française.
« Harriet Potter-Prince, enchantée de faire ta connaissance. »
Fleur l'observa un instant avant de porter son regard vers la porte derrière laquelle Alfie venait de disparaître.
« Ce petit ressemble tellement à sa mère ..., » fit-elle, pensive. « C'en est effrayant parfois. »
Elle se tourna vers la Serdaigle. Elle observa quelques secondes la main qui était tendue avant de finalement la serrer.
« Fleur Marie Aimée Delacour. Enchantée également. »
« Je préfère ne pas savoir si ma mère était mieux ou pire que Merryl, » confia Harriet avec un sourire en coin. Elle regarda sa montre. « Oh Merlin ! Déjà ?! Ce n'est pas de tout ça mais moi, j'ai un cours de potions et je n'ai pas intérêt à être en retard. Au revoir, Delacour. »
« Au revoir, Potter. »
La Serdaigle partit également. Personne ne vit la petite lueur dans le regard de Luna Lovegood. Ni même son sourire doux.
« Déjà une chose de faite, » dit-elle simplement en retournant à sa bouillabaisse.
