Chapitre 70 : Examen des Baguettes

Harriet était en binôme avec Neville en potions une fois encore. Ils travaillaient à la phase finale d'un antidote. Cela faisait bien trois cours qu'ils étaient penchés dessus.

La classe était calme. On n'entendait que le bruit des chaudrons dont les contenus bouillonnaient doucement, le son sec du couteau contre la planche quand des ingrédients étaient coupés, émincés, ... Ainsi que le bruissement léger des lourdes capes de Severus alors qu'il faisait le tour de la classe afin de surveiller leur travail. Parfois, il y avait un commentaire sarcastique qui fusait ainsi qu'une poignée de points en moins.

Il y eut une légère perturbation autour du chaudron d'Harriet et Neville.

« C'était quoi cette lueur ? » demanda le Gryffondor dans un murmure.

Il n'avait pas remarqué la présence du Maître des Potions juste derrière lui.

« T'occupes pas de ça, » rassura la Serdaigle. « Juste un sortilège de protection qui empêche les petits malins de bousiller mon travail en me balançant des trucs. Tu me passes les racines, s'il te plait. »

« Est-ce que le sortilège est réglementaire ? » fit ensuite le blond alors qu'il obéissait.

« J'ai jamais eu de remarque à ce sujet. Mais hors de question que je l'enlève. J'ai eu une fois un chaudron qui m'a explosé dessus. Plus jamais. Sauf erreur de ma part bien sûr..., » ajouta-t-elle lentement alors qu'elle comptait les gouttes d'essence de belladone. « ... Trois ... Quatre ... Cinq ... Et six. » Elle reposa le flacon. « Voilà. Reste plus qu'à tourner six fois dans le sens des aiguilles d'une montre puis deux dans le sens contraire jusqu'à ce qu'elle devienne violette. Ensuite on aura fini. »

Elle laissa Neville le faire tout en faisant elle-même attention qu'il ne faisait pas d'erreur. Des coups furent frappés à la porte, obligeant Harriet à reprendre le contrôle de la louche juste avant qu'une catastrophe se passe. Le Gryffondor lui lança un regard d'excuse. Elle secoua la tête avec un petit sourire. Elle savait qu'il pouvait facilement être distrait.

Pendant ce temps, Colin Crivey, un Gryffondor de troisième année, s'était glissé dans la classe et s'avançait vers le bureau du Maître des Potions.

« Oui ? » fit ce dernier alors qu'il baissait les yeux sur le nouvel arrivant.

« Monsieur, s'il vous plait, je dois emmener Harriet Potter en haut. »

« Potter a un cours de potions à suivre, » répliqua Severus. « Elle ira là-haut à la fin de la classe. »

Le jeune Crivey commença peu à peu à rougir.

« Monsieur ... hmm ..., » insista-t-il malgré tout, mal à l'aise. « C'est Mr Verpey qui veut la voir. Tous les champions doivent y aller. Je crois qu'ils veulent prendre des photos... »

Harriet qui avait suivi la conversation d'une oreille distraite se dit immédiatement que le pauvre Gryffondor venait de signer son arrêt de mort. De toutes les raisons possibles et imaginables, faire des photos n'était pas une raison suffisante pour écourter un cours de potion. Surtout qu'en plus, elle avait presque fini.

« Très bien, » soupira Severus à la surprise de sa soeur. « Miss Potter, allez-y. »

« Mais nous avons presque fini ... » Elle se prit un regard noir. « Okay, j'y vais, » soupira-t-elle. « Pas moyen d'avoir une vie tranquille dans ce foutu pays ! » maugréa-t-elle ensuite alors qu'elle rangeait son manuel et ses notes dans son sac.

Elle suivit le troisième année à l'extérieur.

« C'est extraordinaire, hein, Harriet ? » s'exclama le Gryffondor dès qu'elle eut refermé la porte. « C'est vrai, hein ? C'est formidable que tu sois championne ! »

Elle se figea et le regarda alors qu'il sautillait sur place. Elle lui attrapa le bras et l'obligea à la regarder dans les yeux.

« Non, Crivey. Ce n'est pas formidable ! C'est tout sauf formidable ! C'est un vrai cauchemar ! » Il fronça les sourcils. « Est-ce que tu t'es seulement renseigné sur ce tournoi ? » Il fit non de la tête. « Les épreuves sont extrêmement dangereuses ! La moitié des candidats qui y ont participé au fil des siècles sont morts ! Morts, tu m'entends ?! Et avec ma malchance légendaire, je vais frôler la mort, si pas carrément mourir dans ce tournoi ! Alors ce n'est pas formidable ! Ce n'est pas pour rien que je ne voulais pas participer ! »

« Je suis sûr que Dumbledore fera tout pour que tu ne meures pas ! » s'exclama-t-il avec conviction.

Elle soupira.

« Tu es encore trop jeune pour comprendre certaines choses, Crivey. Mais si je peux te donner un conseil, n'accorde jamais une confiance aveugle en Dumbledore. Jamais. Il ne faut jamais faire aveuglément confiance en quelqu'un. »

« Pourquoi tu dis ça ? »

« Parce que mon parrain, Sirius Black, faisait confiance en Dumbledore. Et Dumbledore l'a envoyé à Azkaban alors qu'il était innocent. Voilà pourquoi je dis ça. » Elle soupira une fois encore alors qu'elle le relâchait. « Où dois-je aller ? » demanda-t-elle ensuite avec dépit.

« Suis-moi. »

Il la conduisit à travers le château et l'amena dans une petite salle de classe. La plupart des tables avaient été repoussées au fond de la pièce, laissant un grand espace libre au milieu. Ludo Verpey était assis en compagnie d'une sorcière blonde qu'Harriet reconnut immédiatement. Elle grinça les dents. Rita Skeeter ...

Viktor Krum était debout, seul, dans un coin de la pièce. Il avait l'air d'avoir mangé un citron très amer. Cédric et Fleur en revanche discutaient. Il y avait aussi un homme bedonnant qui tenait un gros appareil photo noir d'où s'échappait un filet de fumée argentée. Il regardait d'ailleurs la française du coin de l'oeil. Harriet leva les yeux au ciel. Les hommes et les vélanes ...

Lorsque Verpey vit entrer Harriet, il se leva d'un bond et se précipita sur elle.

« La voilà ! » s'exclama-t-il. « La championne numéro quatre ! Entre, Harriet, entre... »

« Excusez-moi, Mr Verpey, » fit la jeune Prince d'une voix neutre mais ferme alors qu'elle dégageait son bras. « Je ne me rappelle pas vous avoir autorisée à me tutoyer. Puis-je savoir pourquoi il y a un rassemblement ? »

« Oui... hmmm ... C'est simplement la cérémonie de l'Examen des Baguettes. Les autres membres du jury seront là dans un instant ... »

« Oh... je vois. »

« Ensuite, on fera une petite photo. » L'employé du ministère fit un geste vers la sorcière vêtue d'une robe rose foncé portant des lunettes écailleuses. « Je te ... je vous présente ... »

« Inutile. Je connais bien Mme Skeeter, ainsi que sa réputation, » interrompit calmement Harriet bien qu'avec plus de froideur.

Cela n'empêcha pas la sorcière de lui faire un sourire et de fixer la jeune Prince.

« Ludo, est-ce que je pourrais demander quelques petites choses à Harriet avant de commencer ? C'est la plus jeune championne ... Ca ajouterait un peu de couleur ... »

« Mais bien sûr ! » s'écria Verpey, enthousiaste. « Si Harriet n'y voit pas d'objections ? »

« Justement, si, » rétorqua cette dernière. « Je hais les journalistes. Je hais ces personnes avides de ragots qui ne sont bons qu'à ruiner la vie d'une personne. Je hais ces gens qui font couler des litres d'encre sur mon dos, ou sur celui d'une autre personne sous prétexte qu'elle est célèbre. Oui, on fait ou on a pu faire quelque chose d'extraordinaire dans notre vie, mais cela ne veut pas dire qu'on ait spécialement envie de paraître dans les médias pour que tout le monde le sache ! »

Elle fixa ensuite la sorcière dans les yeux.

« Je sais parfaitement quel genre d'accessoires vous utilisez pour écrire vos articles Mme Skeeter. Rien que pour cela, je refuse catégoriquement de vous accorder un entretien privé pour répondre à quelques questions. Et si par malheur, je découvre demain dans la Gazette que vous avez mis quelque chose à mon sujet qui soit totalement faux, je vous promets un procès pour diffamation. J'espère avoir été claire ? »

« Limpide, » répondit Skeeter qui avait perdu un instant son sourire.

« A la bonne heure. »

La Serdaigle s'éloigna d'eux pour rejoindre Krum et s'appuyer contre le mur. Le russe la regardait, curieux, mais ne dit rien. Il devait probablement être en train de la juger. Elle ne s'en formalisa pas. Tout le monde la jugeait tout le temps, mais jamais personne n'avait juste à l'exception de ses proches. Mais s'il y avait bien quelque chose qu'elle ne voulait pas, c'était de voir sa vie passer au crible par un journaliste aussi ignoble que cette Skeeter. Le père de Luna à la limite, peut-être l'une ou l'autre fois, mais pas elle.

Dumbledore arriva avec les deux autres directeurs, Merryl, Mr Croupton et Mr Ollivander.

« Dumbledore ! » s'écria la journaliste en approchant du vieil pour lui tendre la main. « Comment allez-vous ? J'espère que vous avez lu ce que j'ai écrit cet été sur la réunion de la Confédération internationale des mages et sorciers ? »

« Merveilleusement fielleux, » répondit le vieil homme, le regard pétillant. « J'ai particulièrement apprécié la formule que vous avez employée à mon sujet : 'Un vieil ahuri d'un autre âge.' »

Harriet se mordit le poing pour s'empêcher de rire. Cette formule convenait parfaitement pour ce vieux fou. Elle respira profondément alors qu'elle suivait Krum et allait s'installer sur une chaise.

« Je voulais simplement attirer l'attention sur le fait que certaines de vos idées sont complètement dépassées, Dumbledore, et que le sorcier lambda ... »

« Je serais ravi de connaître le raisonnement qui se cache derrière l'insulte, » l'interrompit le vieux mage en s'inclinant, un sourire aux lèvres. « Mais je crains que nous ne devions remettre cette conversation à plus tard. L'Examen des Baguettes est sur le point de commencer. »

Rita Skeeter alla s'asseoir dans un coin et sortit son matériel et comme Harriet le soupçonnait, elle utilisait une plume à papote. Elle se détourna d'elle pour accorder son attention à Dumbledore et Ollivander.

« Je vous présente Mr Ollivander, » fit le directeur de Poudlard en s'adressant aux champions. « Il va vérifier vos baguettes magiques pour s'assurer qu'elles sont en bon état de fonctionnement avant le tournoi. »

« Mademoiselle Delacour, pourriez-vous venir la première, s'il vous plaît ? » demanda le fabricant de baguette.

Fleur s'approcha et lui tendit sa baguette.

« Hmmm..., » murmura le vieil homme.

Il fit tourner la baguette entre ses longs doigts, comme un bâton de majorette. Des étincelles rose et or jaillirent de son extrémité.

« Oui ... Vingt-trois centimètres trois quarts... très rigide... bois de rose... avec, à l'intérieur... »

« Un cheveu de Vélane, » termina la française. « Il appartenait à ma grand-mère. »

« Oui, » fit Ollivander avec un sourire édenté. « Oui, je n'ai jamais utilisé moi-même de cheveux de vélane, bien entendu. Je trouve qu'ils donnent aux baguettes un très mauvais caractère... Mais chacun ses préférences et si celle-ci vous convient ... »

L'homme fit glisser ses doigts sur toute la longueur de la baguette, vérifiant qu'elle n'avait ni bosses, ni éraflures, puis lança un sort.

« Orchideus ! » Un bouquet de fleurs jaillit à son extrémité. « Très bien. Elle fonctionne parfaitement, » dit-il alors qu'il prenait le bouquet pour l'offrir à Fleur en même temps que sa baguette. « Mademoiselle Potter, à vous, s'il vous plait. »

Harriet se leva et rejoignit le vieil homme au centre de la pièce. Elle sortit sa baguette de son holster d'un geste vif avant de lui en présenter le pommeau.

« Ah ... celle-ci est une des miennes, » sourit Ollivander. « Et je me souviens que vous m'avez donné du fil à retordre. »

La jeune Prince sourit et confirma d'un signe de tête. Elle avait en effet passé des heures dans le magasin du fabricant de baguette à essayer ses créations mais aucune ne lui convenait. Pas même la baguette en bois de houx qu'elle avait reconnue par sa description. Elle avait vu une bonne centaine de baguettes défiler entre ses mains sans trouver son bonheur.

Ollivander en était que plus excité à chaque baguette. A la fin de la journée, il ne tenait plus en place et s'était proposé d'en fabriquer directement une sur mesure. Normalement, on ne faisait pas cela avant que le sorcier n'ait atteint un certain âge. Eileen avait directement dit de fabriquer une baguette qui conviendrait à la jeune fille sans aucune considération du prix.

« Bois de ceriser et de poirier ... trente-trois centimètres neuf... avec un crin de sombral et une plume d'oiseau-tonnerre... Une de mes plus belles créations à ce jour. Et je vois que vous en prenez grand soin, Mademoiselle Potter. »

« L'artisan qui ne prend pas soin de ses outils ne peut travailler correctement, » répondit simplement la jeune fille avec un doux sourire.

Ollivander le lui rendit avant d'agiter la baguette.

« Flagrate ! »

Une gerbe de flammes apparut au bout de la baguette et le sorcier s'en servit pour dessiner une fleur de lys. Harriet sourit et le remercia alors qu'elle récupérait sa baguette et la rangeait, bien à l'abri, dans son holster.

Ensuite, Cédric Diggory et Victor Krum passèrent pour présenter leur baguette et tout se passa exactement de la même manière. Il fit apparaître des oiseaux avec celle du Poufsouffle tandis qu'il fit couler une fontaine de vin avec celle du russe.

« Merci à tous, » dit Dumbledore quand le fabricant eut fini son inspection. « Vous pouvez retourner en classe, à présent – ou peut-être vaudrait-il mieux que vous alliez directement dîner puisque les cours sont sur le point de se terminer ... »

Harriet se préparait déjà à se lever pour partir quand Ludo Verpey s'exclama haut et fort alors qu'il frappait dans ses mains.

« Les photos, Dumbledore ! Les photos ! Les juges et les champions ensemble. Qu'est-ce que vous en pensez, Rita ? »

« Hmmm ... oui, d'accord, » fit cette dernière, pensive. « Commençons par les photos de groupe. Et ensuite, on prendra peut-être quelques photos individuelles. »

Harriet et Merryl prirent leur mal en patience alors qu'elles supportaient la séance photo. La Serdaigle avait horreur d'être devant l'objectif. Surtout quand elle savait où est-ce que les photos atterriraient. Cela dura des heures car Madame Maxime, par sa grande taille, faisait de l'ombre à tout le monde. Elle fut d'ailleurs contrainte de se tenir assise à côté des autres sorciers qui se tenaient tous debout.

Une éternité plus tard – mais en réalité, deux heures s'étaient écoulées – quand le supplice prit fin, tant Harriet que Merryl disparurent de la vue des autres. Pas d'interview, pas de photos, pas d'accrochage supplémentaire. Elles prirent littéralement la poudre d'escampette pour échapper aux vautours de la Gazette du Sorcier, à savoir Rita Skeeter et son photographe. Les deux femmes trouvèrent refuge dans les appartements qui avaient été donnés à Merryl.