Chapitre 6:
Parce que tu es une vraie plaie quand tu t'y mets.
Le cœur de Marinette manqua un battement. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que celui d'Adrien avait eu exactement la même réaction. D'un même geste, leurs regards se tournèrent instantanément vers l'extérieur où la source de leur angoisse se révéla pleinement. Des lumières bleues et rouges dansaient dans l'obscurité de la nuit tandis que les sirènes se mettaient sous silence. Sans un mot, Marinette observa quelques secondes ces lumières bleues et rouges qui annonçaient que la mission se compliquait énormément. Comment sortir d'ici? Et comment étaient-ils au courant de son escapade ici? Ce n'était pas elle le problème.
Avant que quiconque n'ait pu réagir – enfin, surtout avant que le blond n'ait pu réagir – une baffe qui ressemblait plus à un coup de poing s'abattit sur la joue d'Adrien qui tomba à terre sous le coup. Quand il releva le visage, il tomba nez à nez avec une Marinette furieuse silencieusement. Lui, il craqua.
« Mais tu es malade! C'est quoi ton problème? Cria-t-il le plus silencieusement possible en se relevant.
- C'est toi mon problème. Tu as vu où tu nous as amené espèce de crétin sans cervelle?
- Moi? Non mais tu as fumé toi. Ce n'est pas ma faute si tu es une incompétente! Avec tes conneries, on s'est fait repérer.
- Avec mes conneries? Tout ce que j'ai fait jusqu'ici s'est parfaitement déroulé je te signale... Jusqu'à ce que tu arrives dis donc! Ironisa-t-elle sans joie. »
La colère de Marinette aurait pu faire vibrer l'air si cela avait été possible. Adrien le savait, ce qui augmentait sa propre colère. Pour qui se prenait-elle cette folle? Ce n'était pas sa faute si les flics étaient ici. C'était elle l'incompétente... A ses yeux en tout cas. Il ne se leurrait pas sur le fait que les mêmes pensées hantaient l'esprit de la furie devant lui. Parce qu'il n'y avait pas d'autre mot pour la décrire actuellement ! Cette fille était bonne à faire enfermer! Mais le principal était ce qu'il détenait dans les mains. Le tableau semblait menaçant. C'est à cause de lui qu'ils se trouvaient tous les deux là ce soir. C'est à cause de lui qu'ils s'étaient foutus dans un pétrin sans nom.
Marinette fit un pas vers Adrien. Bien évidemment, maintenant qu'il avait le tableau, il comptait bien le garder. Ce à quoi il ne s'attendait pas, ce fut qu'elle le dépasse sans regarder une seconde le tableau qu'il lui avait volé. Elle se dirigea vers une des baies vitrées et regarda ce qui se passait dehors. Les forces de polices s'étaient très vite mises en place. Un premier groupe n'allait pas tarder à entrer dans le bâtiment tandis qu'un deuxième s'éloignait, sûrement pour boucler le périmètre. Très vite, il n'y aurait aucun moyen de sortir d'ici sans tomber sur un groupe de flics. A cette idée, son visage s'assombrit encore plus.
« Quel emmerdeur de première. Murmura-t-elle.
- Quoi? Demanda Adrien qui n'avait rien compris.
- Rend moi le tableau! Ordonna la jeune femme en se retournant. »
La voix qu'elle avait employé annonçait clairement qu'il ne fallait pas s'opposer à sa volonté. Mais Adrien n'en n'avait rien à foutre. Il avait le tableau, il le garderait! Un sourire mesquin se dessina sur ses traits.
« Alors là. Même pas en rêve Princesse. »
Il savait qu'elle n'aimait pas ce surnom qu'il lui donnait. Il savait qu'il mettait de l'huile sur le feu. Sincèrement, s'il avait été plus intelligent, il n'aurait pas dû la chercher comme ça : ce n'était ni le lieu – enfin peut-être un peu histoire d'enfoncer le clou de sa défaite un peu plus profondément – ni le moment. Surtout pas le moment.
Mari' serra les poings et se retint de ne pas se jeter sur ce têtard sans cervelle. Juste l'avoir sous les yeux l'horripilait. Pinçant les lèvres, elle s'avança lentement vers lui, contenant sa colère comme elle le pouvait. Lui, il ne bougea pas. Dans un premier temps du moins. Quand elle fut plus près et qu'il vit que sa colère ne faisait qu'augmenter, il se décida à commencer à reculer. Juste au cas où. Son sourire en coin était toujours présent, mais il luttait pour garder sa fierté et ne pas montrer la peur que lui inspirait Marinette. C'est qu'elle serait presque effrayante comme ça ! Petite – et absolument pas crédible avec sa tête de moins niveau taille – mais effrayante ! Jamais il ne lui avait connu un tel regard à son égard. Et ce regard ne lui plaisait absolument pas!
« Si tu crois que c'est comme ça que tu vas récupérer ce tableau, tu te fourres le doigt dans l'œil.
- Je dois t'avouer que je n'en ai un peu rien à foutre du tableau là. L'idée de te réduire en charpie est bien plus plaisante pour moi en ce moment. Grogna-t-elle.»
Suspicieux, Adrien haussa un sourcil, se demandant si elle était sérieuse. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre à quel point elle était sérieuse. La véritable question était: Est-ce qu'elle le ferait? Il frissonna quand il aperçut une fois de plus les sentiments qu'exprimaient les yeux de la belle. S'il n'avait pas la réponse, son regard suffisait à lui faire peur.
Pendant qu'il se posait des questions, il ne vit pas que la demoiselle s'était approchée de lui subtilement. Quand il le remarqua, elle lui asséna un coup au niveau de la nuque qui le fit plier en deux, suivit très rapidement par un coup dans l'aine qui l'acheva. Conséquence: il lâcha le tableau qui n'eut pas le temps de toucher le sol, atterrissant d'office dans les mains de la voleuse. A son tour, Adrien lui lança un regard haineux. Sa seule réponse fut que Mari' lui lança un regard fière de sa prestation, irritant encore plus le jeune homme. Il la maudissait dans son esprit, ce qui se fit ressentir et ce qui la fit rire. Elle fit un pas en arrière, se retourna puis se figea au son d'une voix qu'elle aurait aimé ne pas entendre.
« Arrêtez-vous! »
Le son très caractéristique d'une arme mise en avant se fit entendre. Avec milles et une précautions, Marinette leva les mains sans lâcher le tableau. Elle ne devait pas se retourner. En aucun cas. Adrien avait une chance inouïe lui aussi. Il était également de dos. Mais il était en première ligne. Elle l'entendit se lever, lentement. Elle ferma les yeux, se demandant comment ils allaient s'en sortir.
« Vous n'allez faire aucun geste brusque. On va venir vous cherchez et au moindre geste suspect, nous tirerons. C'est d'accord? »
Pour ne pas qu'ils entendent sa voix, elle haussa la tête en signe d'approbation. Vu le manque de réponse de la part de son ennemi, elle conclue qu'il devait avoir adopté la même technique. Les pas des agents se firent entendre. Comment faire pour se tirer de là? Ils étaient dans la ligne de mire. Au moindre geste, ils étaient finis. Sa respiration s'accéléra tandis que la panique la gagnait. Elle ne pouvait pas se faire prendre! Hors de question.
Alors, l'inimaginable se produit. Un bruit tonitruant. Un vacarme sans précédent. Les agents en bas du bâtiment s'agitèrent, ouvrant le feu sur quelque chose que ceux présents dans le musée ne voyaient pas. Cependant, ce fut largement suffisant. Les flics détournèrent la tête alors qu'ils étaient au niveau d'Adrien, sans avoir vu son visage. Il affligea un coup dans celui qui était le plus près et s'enfuit, passant devant Marinette qu'il attrapa au passage, l'entrainant avec lui.
Pourquoi?
Cette question sonnait au même moment dans leurs esprits. Le temps que les policiers comprennent ce qui se passaient, les deux voleurs avaient pris la fuite. Ensemble !
« Attrapez-les! »
Une annonce générale fut passée entre les policiers. La fourmilière se mit en place. Les apprentis allaient prendre un malin plaisir de pourchasser les deux individus. En parlant d'eux, ils se collaient, cherchant un endroit où s'échapper en toute sécurité. Main dans la main, sans chercher à se séparer. Ne dit-on pas que seul nous allons plus vite mais qu'ensemble, nous allons plus loin? Ils avaient sans doute plus de chance de s'en sortir ensemble, non? L'agitation du bas leur avait été salvatrice. Ils avaient eu une chance inouïe – merci Tom sans aucun doute – et ils comptaient bien s'en servir. Descendre d'un étage serait dangereux et leur couterait leur liberté. Alors, ils montèrent. Les escaliers ne furent jamais gravis aussi rapidement. Le souffle court, ils arrivèrent en haut et lancèrent un regard général sur toute la surface. A part quelques panneaux agencés ici et là, rien ne leur serait utile pour se cacher. Cependant, ils étaient agencés de façon à ce qu'ils puissent jouer à cache-cache quelques temps avec les policiers.
« En haut! »
Un regard et ils se séparèrent, allant de part et d'autres de la pièce. Ensemble, ils n'y arriveraient pas dans cette configuration. Peut-être plus tard. Sans doute plus tard. Adrien tenta de récupérer le tableau mais Mari' lui tordit le bras un peu trop audacieux. Il jura puis partit en maugréant contre elle. Il aurait ce tableau, coûte que coûte. Ils restaient rivaux tout de même. Le bruit des pas fait par les agents de l'ordre se rapprochait. Dangereusement. Retenant leurs souffles, les deux voleurs se collèrent contre les panneaux qu'ils avaient choisis pour se cacher. Mari' ferma les yeux pour tenter de se concentrer sur sa respiration sifflante et désordonnée. Il fallait qu'elle se calme. Et vite !
Cette solution n'était que temporaire. Très vite, les flics leur tomberaient dessus et ils n'auraient aucune solution pour s'échapper. Ils seraient finis. Et comme pour consolider cette idée, une voix s'éleva encore dans les airs, menaçante.
« Séparez-vous. Ils ne doivent pas être loin. Et ne tirez qu'en cas d'urgence! »
Ouf. Au moins, ce n'était pas une chasse aux lapins jusqu'à ce que mort s'en suive. Mais en y réfléchissant, Marinette préférait mourir plutôt que de se faire avoir et de finir sa vie en prison. Mais quand elle y réfléchissait encore plus, elle préférait ne pas se faire avoir ni même de mourir. Dans les deux cas, sa famille serait mise en danger. Et ça, il en était hors de question. La réputation de sa mère serait ruinée alors qu'elle n'avait strictement rien à voir avec toute cette merde.
Le tableau l'empêchait de faire trop de geste. Elle était plus coincée que Agreste ! C'était une évidence. Pendant près de trente secondes, elle ne bougea pas. Puis, il fallut agir. Une lampe commença à éclairer son secteur, des deux côtés du panneau derrière lequel elle était cachée. Devant, un piédestal en marbre sur lequel trônait une pièce de collection. Ce n'était pas l'idéal mais c'était mieux que rien. Elle ne pouvait pas voir Adrien mais elle se doutait qu'il devait être dans la même situation qu'elle. Plus que quelques secondes et ils devraient décoller.
Agir.
C'était le maitre mot. D'un bond, elle se dirigea vers ce piédestal.
« Elle est là! »
Bien évidemment qu'elle était là. Au même moment, la même phrase, à peu de chose près, fut dite de l'autre côté de la pièce. Adrien avait choisi ce même moment pour bouger. L'agitation augmenta d'un cran. Pas le temps de réfléchir, il fallait agir. Pour sa survie mais surtout pour sa liberté. Le plus difficile, c'était de garder son visage anonyme. Au moindre faux mouvement, leur identité serait révélée et ce serait la fin. Il faudrait sérieusement qu'elle envisage de mettre un masque sur son visage. Pour plus de sécurité ! Son père pouvait faire des miracles avec les caméras, mais aucune de ses capacités lui permettraient d'effacer le visage de sa fille dans la tête des gens.
Une course poursuite se mit en place. L'entrainement des voleurs leur permit de prendre une certaine distance par rapport aux policiers derrière eux. Descendant d'un étage, Adrien et Marinette se retrouvèrent au même endroit que la première fois. Ils ne s'échangèrent pas de regard, trop occupés à gérer les fous derrière eux. Pourtant, ils étaient parfaitement synchronisés dans leurs mouvements. Plus loin, des lumières crées par des lampes de poches furent visibles sur le sol. Le souffle court, Mari' regarda autour d'elle. Repasser par l'extérieur était impossible. La chute serait trop dangereuse et elle ne pourrait pas tenir le tableau sans l'abimer. Il faudrait qu'elle sorte par le rez-de-chaussée. Mais impossible pour le moment. Il faudrait que tous les agents, ou tout du moins une bonne partie, soient dans les étages. Autant dire que c'était presque mission impossible.
« Ne bougez plus tous les deux sinon je tire. »
Adrien et Marinette respirèrent un bon coup avant de se stopper net, les respirations difficiles et le cœur tambourinant comme jamais. La voix du policier avait tremblé. Conclusion: il devait être un apprenti. C'était ce dont ils pensaient tous les deux. Ils avaient de la chance, mais en même temps c'était plus dangereux. Il n'avait pas gardé son sang -froid. Il ne savait pas garder son sang-froid. Là, les deux ennemis se regardèrent du coin de l'œil et parvinrent à la même conclusion. Sans attendre, ils s'élancèrent chacun d'un côté.
« Non! »
Le coup de feu parti.
Un cri étouffé se fit entendre.
Le sang d'Adrien ne fit qu'un tour dans son corps. Effaré, il tourna son visage vers la droite. Ses yeux s'agrandir un instant puis il s'élança. Marinette se tenait le flanc, serrant les lèvres. Sa main était couverte de sang. Le jeune policier venait de faire tomber son arme, comme s'il était choqué d'avoir tiré. Peut-être que c'était la première fois qu'il blessait quelqu'un. Si c'était le cas, c'était une chance. Mais il ne fallait pas perdre la mission en vue. S'assurant qu'elle était toujours vivante, Adrien lui conseilla de ne pas trainer. Le regard qu'elle lui lança l'amusa.
« Désolé, mais ce soir c'est moi qui gagne!
- Espèce d'enfoiré! Siffla-t-elle, gémissant à la fin quand son mouvement pour le rattraper lui envoya une vague de douleur. »
Il n'attendit pas qu'elle continue pour s'emparer du tableau et de filer hors de son champ de vision. La douleur n'était rien comparée à la haine qu'elle ressentait pour ce mec. Juste pour pouvoir l'étrangler de ses propres mains, la jeune fille se promit de s'en sortir. Elle se leva difficilement et jeta un coup d'œil par terre. Par chance, l'hémorragie n'était pas encore importante. Elle n'avait laissé aucune trace de sang derrière elle. Sans regarder le jeune policier, elle quitta la pièce, heureuse qu'il soit trop novice pour pouvoir réagir. Il fallait qu'elle agisse et vite. La douleur la handicapait plus qu'elle ne voulait l'admettre. Elle s'enferma dans une petite pièce sans prendre soin de ne pas déclencher l'alarme. De toute façon, ils étaient largement repérés. Cela ne servait à rien de prendre des pincettes dorénavant. Seule la survie comptait. Son regard se porta sur une bouche d'aération. Sauvée! Elle menait au rez-de-chaussée, pas très loin d'une fenêtre. De là, elle pourra sauter. Son père ne devait pas être très loin. Jamais il ne la laisserait dans cette mouise infernale sans tout faire pour la sortir de là.
Faisant attention au sang qui s'écoulait de sa blessure et en exerçant une pression constante dessus pour qu'aucune goutte ne s'échappe de son corps, Mari' se dirigea vers la bouche, l'ouvrit, s'inséra dedans et referma derrière elle. Son visage exprimait sans cesse la douleur que lui procurait la balle. Elle s'avança silencieusement dans le dédale de l'aération, ne voulant pas attirer l'attention. Elle retenait son souffle, avançait comme elle le pouvait. Plusieurs fois, elle s'arrêta pour reprendre son souffle et calmer la douleur. Sa tête lui tournait, son sang venait taper contre ses tempes et elle se sentait défaillir. Des larmes vinrent couler sur ses joues. Larmes de peur. Larmes de colère. Elle haïssait Adrien plus qu'à n'importe quel autre moment. Il allait le payer. Cher. Pourvu qu'il se fasse chopper! Ce fut tout ce qu'elle lui souhaitait.
Rapidement, elle arriva là où elle le souhaitait. La fenêtre était en face de la bouche d'aération. Elle jeta un rapidement coup d'œil et vit qu'il n'y avait que deux policiers, de dos. Ce serait difficile, surtout avec son manque de liberté dans ses gestes. Mais elle n'avait pas le choix. Silencieusement, elle retira la grille devant elle. Elle sortit de la bouche et la referma tout aussi silencieusement. Elle retenait sa respiration comme jamais. Précautionneusement, elle s'avança à pas de loup vers la fenêtre, hallucinant de sa chance. Peut-être que sa mère avait raison finalement. Peut-être qu'elle était quelqu'un d'extrêmement chanceux quand il le fallait. Quand elle ouvrit la fenêtre, le carreau émit un bruit qui attira l'attention des deux policiers. Ils ne bougèrent pas un instant, puis l'action reprit sa course.
« Ne bougez pas! »
Ils ne savaient dire que ça? Combien de fois l'avait-elle entendu ce soir-là? Sans attendre qu'ils viennent la cueillir, elle sauta. Sa cheville ne supporta pas la chute, arrachant un gémissement de douleur à la jeune femme. Se croyant finit, elle fut plus qu'heureuse de voir la voiture de son père s'avancer sans attendre. Il ouvrit la porte et tendit sa main. Mari' se releva, prenant dans ses dernières doses d'énergies puis attrapa la main salvatrice de son père qui la tira dans la voiture. Il démarra avant que les policiers ne soient arrivés à la fenêtre.
La fuite était réussie.
« Tu vas bien? »
Cette question déchira l'ambiance tendue de la voiture. Il regarda sa fille avec un air franchement inquiet devant la blancheur de sa fille. Jamais il ne l'avait vu si mal au point, ce qui l'inquiétait grandement.
« Ne t'en fais pas mon macaron. On va arranger ça. N'aie pas peur.
- Il va me le payer! »
Il n'eut pas à demander de qui elle parlait. Il resta silencieux alors que les larmes de la franco-chinoise prenaient de l'ampleur et que ses yeux se fermaient.
