Chapitre 78 : Deux Couples

Elle soupira et aida Neville à se relever. Elle nettoya même sa tache de ponch sur sa tenue de soirée avant de jeter un regard noir sur le rouquin.

« Harriet, tu danses avec moi ? » demanda Weasley.

« Danser avec toi ? » Elle eut un rire jaune avant de reprendre avec froideur et dignité, un bras accroché à celui de Neville. « Je veux bien que c'est Noël mais il faudrait que je sois sous l'emprise d'un puissant philtre d'amour et loin de mes amis et de ma famille pour qu'un jour je danse avec toi, Weasley ! Et tu vois, je suis parfaitement saine d'esprit, au bras d'un ami cher sous l'oeil vigilant de mon parrain et de ma tante. Et tous deux savent parfaitement que jamais je ne danserais avec toi ! »

« Ta tante est idiote et aveugle ! »

Le regard d'Harriet se fit soudain meurtrier.

« Répète ça ! »

« Elle est idiote et aveugle, » répéta Dean Thomas juste à côté. « En même temps, comment une aussi belle femme peut être au bras de cette vieille chauve-souris ? Elle est idiote et aveugle ! »

« Ou elle a été ensorcelée, » proposa Weasley pour une fois avec un soupçon d'intelligence, chose rare chez lui. « L'imperium sans aucun doute. Elle est trop bien pour lui. Un Serpentard ! Certainement un partisan de Tu-Sais-Qui ! »

« Alors ma tante n'est ni idiote ni aveugle, contrairement à vous deux, » siffla-t-elle en avançant d'un pas, le poing serré. « Elle est n'est pas assez faible d'esprit pour succomber à un truc d'aussi basique que l'Imperium ! »

« Alors elle doit être une Mangemort au même titre que lui alors, » rétorqua le roux.

« RONALD BILIUS WEASLEY ! Si jamais je t'entends encore insulter ma tante de la sorte, je te jure que je t'expédie sur orbite plus vite que la fusée Apollo ! »

La voix d'Harriet n'était pas trop forte et passa inaperçue pour la plupart des danseurs. Seuls les plus proches purent vraiment l'entendre mais ne réagirent pas ou à peine en entendant le nom de son interlocuteur. Encore ce maudit et irrespectueux Weasley ! Sur la piste de danse, Severus et Merryl sourirent.

« Tiens, il semblerait qu'il l'aie énervée, » commenta l'homme.

« Je ne suis pas surprise, » répliqua sa cavalière avec les yeux pétillants. « Je suis juste curieuse de savoir ce qu'il a bien pu dire à mon sujet. »

« On lui demandera demain, » dit Severus. « Profitons de notre soirée comme tout le monde. »

Le Maître des Potions jeta un instant un regard sur la foule pour s'assurer que tout se passait bien avec sa soeur et fut ravi de la voir repartir sur la piste en plantant derrière elle le misérable rouquin qui ne cessait de la harceler depuis plusieurs années.

Il guida encore longuement la belle rousse sur la piste, veillant à ce que ses pieds ne quittent pas les siens. Merci la magie qu'il avait pu l'alléger et leur permettre de danser avec élégance dans la foule. Il n'aurait jamais cru que Merryl avait deux pieds gauches. Au moins maintenant, il était sûr qu'elle était humaine et non pas un ange tombé du ciel. Il avait une chance...

« Cela te dirait qu'on aille s'isoler un peu ? Prendre un peu d'air frais et laisser les adolescents entre eux ? »

« Volontiers Sev, » sourit la rousse.

Ils sortirent tous deux de la Grande Salle et Severus guida sa cavalière dans les couloirs afin de trouver un coin tranquille.

xXxXxXx

Neville conduisait Harriet dans un secteur du château qu'elle ne fréquentait pas souvent. Celui des serres et des jardins. Il voulait lui montrer quelque chose. Naturellement sa nature de Serdaigle avait poussé la jeune fille à poser quelques questions mais le Gryffondor était resté mystérieux. Heureusement qu'elle aimait les surprises ! Ils arrivèrent dans un petit jardin intérieur avec de nombreuses plantes utiles en potions et autres.

« Oh ! Mince ! » fit soudain Neville dans un murmure en tirant Harriet par le bras pour se cacher derrière un pilier.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Harriet sans vraiment chercher à se cacher.

Il lui montra un couple du doigt assis sur un banc à s'embrasser. L'homme était vêtu de noir avec une très légère touche de vert et il avait des cheveux noirs mi-longs attachés en une queue sur sa nuque. Rien qu'à la stature, Harriet l'aurait reconnu mais ce qui amena un sourire sur ses lèvres fut que Severus embrassait enfin Merryl ! Il était temps !

« Et deux de casés, » commenta-t-elle avec un petit sourire.

Neville fronça les sourcils à cela mais ne dit rien. Il préféra plutôt rebrousser chemin en lui tenant la main pour l'emmener dans un autre endroit tout aussi calme et peu fréquenté sans doute. Toutefois, Harriet se fit surprendre par la voix de son frère. En même temps, elle n'avait pas cherché à se cacher.

« Miss Potter ! Mr Londubat ! Dix points en moins pour chacun de vous ! » s'exclama Severus.

« Pourquoi ? » demanda Harriet en mettant ses mains sur les hanches. « Parce que mon cavalier a décidé de m'emmener dans un endroit connu pour son calme ? On s'attendait pas à ce qu'il soit déjà pris ! On a absolument rien fait de mal ! »

Elle croisa le regard amusé de sa tante qui tentait tant bien que mal de ne pas rire au détriment de Severus. Ce dernier se tenait droit et ne devait son visage impassible et son regard froid qu'à ses barrières d'occlumancie bien dressées. Les deux Princes s'affrontèrent du regard quelques secondes avant que la rousse n'intervienne avec calme et amusement.

« En effet, c'est occupé, » fit Merryl avec un sourire rassurant. « Merci de passer votre chemin. Le professeur Snape est très occupé à me parler de choses très importantes qui ne doivent en aucun cas tomber entre des oreilles indiscrètes. »

« Navrée, Tati mais si tu parles de cours de langue, on en a pas besoin ! » rit la jeune Prince devant le regard estomaqué de Neville.

Severus lança un regard noir à sa soeur. Elle allait le payer cher en privé, cela était une certitude.

« Oui, oui. Va donc te trouver un autre endroit tranquille et laisse les adultes tranquille, chipie ! J'ai encore beaucoup de choses à apprendre à ce monsieur ! »

Le Maître des Potions se retourna vivement vers Merryl mais cette dernière avait une main apaisante sur son épaule. Elle ne faisait que le taquiner. Mais n'empêche... devant Harriet, il n'avait pas de problème contre cela en temps normal mais elle était quand même en compagnie d'un élève, qui plus est un Gryffondor ! Cela dit, à bien y regarder, le jeune homme semblait en état de choc. Severus revint à lui en entendant la répartie légendaire de sa soeur.

« Au moins, avec lui, tu ne risques pas d'avoir des puces comme avec Sirius ! Le professeur Snape est toujours d'un strict et d'un maniaque ! »

Le Serpentard ne put que ricaner. Harriet avait toujours le mot pour rire. Dommage que Black n'était pas là pour l'entendre. Cela lui ferait les pieds !

« Plus plus, » ajouta la jeune Prince en tirant doucement son cavalier par le bras.

« File avant que je ne t'envoie rendre visite au calmar géant ! » dit Merryl en riant doucement, bien qu'un brin impatiente de se retrouver à nouveau seule avec Severus.

« Même pas peur ! » fit la voix déjà lointaine d'Harriet.

Les deux trentenaires observèrent les deux adolescents s'éloigner un instant avant de se regarder à nouveau dans les yeux.

« Bien, où en étions-nous ? » fit Merryl en se rapprochant de l'homme. « Vous disiez, professeur ? »

« Hmmm... je ne sais plus, » répondit Severus avec un petit sourire en coin. « Quelque chose dans ce goût-là, » termina-t-il juste avant de reprendre les lèvres douces de son amante.

xXxXxXx

« Qu'est-ce qui vient de se passer ? » demanda Neville au détour d'un couloir.

Harriet fixa le blond et rit doucement en voyant son incompréhension mêlée à son état de choc.

« De quoi ? On vient juste d'avoir la preuve que Snape était un être humain et qu'il pouvait aimer autant que nous, » répondit-elle simplement.

« Ouais, ça j'ai vu. Et ce n'est pas ce qui me choque le plus en fait ... »

« Alors quoi ? »

« On s'en est tiré seulement avec vingt points en moins et un regard noir ! Ce n'est pas Snape ! »

« Pas celui qu'on voit généralement en cours en effet, » confirma la Serdaigle avec un sourire en coin.

« Qu'est-ce que tu ne dis pas ? »

« Beaucoup de choses. Mais disons simplement que ma famille a un passif avec Snape et que j'ai pu rencontrer l'homme qui se cache derrière la Chauve-Souris des Cachots. Et pour tout te dire, » ajouta-t-elle alors qu'elle se rapprochait du Gryffondor pour murmurer à son oreille. « C'est un Poufsouffle. »

« Non ! »

« Puisque je te le dis. Comme quoi, même les serpents ont un coeur ! Allez viens, je connais un autre endroit sympa où on pourra être seuls. »

« Où ça ? »

« Tu verras, » rit-elle alors qu'elle le menait à travers quelques couloirs pour rejoindre une salle d'étude qui avait une vue imprenable sur l'ensemble du parc et le lac noir.

« Pourquoi ici ? »

« Tu connais beaucoup de personnes qui viendraient étudier le soir de Noël à cette heure-ci ? » demanda-t-elle, taquine.

« Hmmm ... Toi ? »

« Non, même pas moi. Mais lire un livre, pourquoi pas. »

Ils observèrent le magnifique paysage, l'un à côté de l'autre. Même après avoir vécu près de quatre ans dans ces lieux, personne ne pouvait se lasser de le voir, où alors cette personne ne pouvait savoir ce qu'était la beauté.

Peu vêtue, Harriet ressentit un frisson quand un courant d'air se fit dans son dos nu et elle accepta avec sourire la veste de Neville. Et dire qu'à son époque, dans son pays d'origine, les gentlemans se faisaient rares. Mais peut-être était-ce une particularité propre aux nobles familles. Et Neville était l'héritier des Londubat...

Elle releva un sourcil en le voyant rougir légèrement à ses remerciements.

« Qu'est-ce qu'il y a Neville ? » demanda-t-elle.

« R... rien. »

« Les seuls moments où je te vois rougir comme ça, c'est quand tu es gêné ou que tu as peur de dire quelque chose. Sauf avec Snape, mais là, tu es pâle comme un linge. Dis-moi, ce qu'il y a ? » fit-elle calmement, une main rassurante sur son bras. « Peut-être que je peux t'aider. »

« C'est-à-dire ... »

Harriet garda le silence alors qu'elle l'observait se mordiller la lèvre inférieure. Elle se demandait vraiment ce qui pouvait le gêner à ce point. Elle crut percevoir la réponse plus dans ses gestes alors qu'il lui prenait la main avec hésitation. Est-ce qu'il serait amoureux d'elle, par hasard ? Puis, brusquement, il vint lui faire un baiser sur la joue, à à peine un centimètre de ses lèvres. Ce fut rapide et il s'écarta ensuite, quelque peu craintif, comme s'il s'attendait à se prendre une claque dans la figure ou quelque chose du genre.

La jeune fille resta un moment surprise par le geste audacieux de ce garçon qu'elle savait si timide en temps normal avant de lui offrir un petit sourire. Elle était certes plus vieille mentalement mais un peu de tendresse autre que familiale ou amicale dans sa vie pourrait lui faire du bien. Même si cela restait chaste. Elle se rapprocha alors de lui et lui donna un vrai baiser bien plus tendre et cette fois-ci sur la bouche.

« Je crois avoir compris et la réponse est 'oui', » lui dit-elle ensuite à son oreille.

Elle l'entendit soupirer de soulagement. Ils restèrent ensemble dans la salle d'étude, sans la moindre interruption, à s'embrasser et se câliner chastement tout en admirant la vue. Mais au bout d'une heure, Harriet se figea dans les bras du Gryffondor.

« Mince ! J'ai promis une danse à mon parrain ! Je vais le payer très cher si je n'y retourne pas ! »

« Pire que les bois de cerf ? » demanda Neville avec un sourire alors qu'il la suivait hors de la salle.

« Tu n'as pas idée de ce qui peut trotter comme idées saugrenues dans sa petite tête quand il a envie de faire une blague ou de se venger ! »

Quinze minutes plus tard, Harriet était dans la Grande Salle au bras de son parrain pour une valse entraînante.