Chapitre 83 : Stonehenge

Harriet lisait un livre tout en prenant son petit déjeuner quand le silence se déclara dans la Grande Salle. Ce fut un silence étrange à ses oreilles, tellement qu'elle leva les yeux. Elle vit tout le monde fixer une sorcière vêtue de la tenue d'employé du Ministère qui avait pénétré dans la salle. Elle était de taille moyenne, massive, cheveux gris coupés court et portait un monocle sur son oeil droit. Il s'agissait d'Amélia Bones, la directrice du département de la justice magique. Elle tenait entre ses mains un rouleau de parchemin.

Elle s'arrêta devant la table des professeurs et s'adressa immédiatement au directeur.

« Albus Dumbledore, » fit-elle.

« Bonjour, chère madame, » sourit le vieil homme en se levant. « Que puis-je pour vous ? »

« Mr Dumbledore, vous êtes convoqué pour votre jugement devant Magia, » dit Amélia Bones d'une voix neutre en tendant le rouleau de parchemin à Dumbledore. « Vous devez vous rendre à Stonehenge dans les plus brefs délais. Il en va de même pour les familles Delacour, Evans et Potter-Prince. »

« A Stonehenge ? » s'étonna-t-il. « Et pourquoi pas au Ministère ? »

« Il s'agit d'une justice devant Magia. Le lieu a été décidé par une gardienne du Berceau en personne. Pressez-vous, » dit-elle en s'adressant à tous les convoqués avant de sortir de la Grande Salle.

Harriet se leva et se rapprocha de Merryl, suivie par Alfie, Fleur et Gabrielle, qui était toujours à Poudlard.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda la jeune Prince en regardant sa tante, son frère et son parrain.

Ce fut la rousse qui répondit.

« La Grande Gardienne semble s'être déplacée en personne pour rendre justice. On ne met pas en danger un enfant de Magia sans en subir les conséquences. Dumbledore n'a déjà que trop de fois évité la sentence. Il est temps. Allez, pressons. Ne la faisons pas attendre. Severus, tu es mon compagnon, tu nous accompagnes aussi. »

Le Maître des Potions qui s'attendait à devoir briser sa couverture pour se présenter devant Magia fut rassuré de voir son amante lui offrir la solution de secours sur un plateau d'argent.

« Très bien, je vais chercher mes capes, » répondit-il en suivant le groupe vers l'extérieur de la salle.

Il prit route pour son bureau et lança un patronus sur le chemin pour avertir sa mère. Normalement, elle devait certainement avoir reçu un courrier du ministère mais il ne fallait jamais être trop prudent. Il ne fit pas vraiment attention à la biche argentée qui filait déjà au galop à travers le mur de pierres et pénétra dans son antre pour récupérer ses lourdes capes. Il remonta ensuite pour rejoindre tout le petit groupe. Il fut décidé qu'ils se rendraient sur place par portoloin vu le nombre de personnes devant faire le voyage.

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« Mais qu'est-ce que c'est que cet endroit ? » maugréa Sirius en pataugeant dans la boue.

Il avait fallu qu'il pleuve, rendant le terrain extrêmement glissant.

« Alors, » fit Harriet, faisant ressortir l'archéologue enfouie en elle. « On est à Stonehenge, dans le Wiltshire, pas très loin de Amesbery. Stonehenge est un ensemble de structures mégalithiques disposées en cercles concentriques qui datent du néolithique à l'Age du bronze. Le site entier est sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Tu savais qu'on a retrouvé le corps d'un homme de l'âge du bronze dans la bordure extérieure, dans le fossé ? » demanda-t-elle ensuite. « C'est assez étrange pour l'époque. En général, ils étaient ensevelis dans un tumulus. On l'a baptisé l'archer à cause des pointes de silex et de son brassard en pierre qu'il avait pour se protéger sans doute de la corde de son arc... »

Elle disait tout cela avec calme. Du moins, elle paraissait calme. Son frère pouvait sentir à sa voix qu'elle était excitée. Sirius la regarda avec un regard noir.

« Alerte à l'intello, » soupira-t-il se coltinant un coup de coude de la part de sa filleule.

« Vous n'êtes jamais venue à Stonehenge, Miss Potter ? » demanda Severus, curieux.

Il l'aurait bien appelée de manière plus familière mais la présence de Dumbledore l'en empêchait.

« Non, professeur. Jamais. Et je n'en ai malheureusement qu'un point de vue moldu et essentiellement archéologique. »

Severus croisa son regard vert et le vit pétiller de bonheur. Il savait qu'elle aimait l'archéologie et tout ce qui avait un lien avec le passé. Il l'avait déjà vue penchée pendant des heures sur des traités d'architecture ou autres datant de bien des siècles auparavant. C'était ses études dans son ancienne vie … Et quand il en discutait avec elle, par simple curiosité, il pouvait rester des heures à l'écouter car elle était un véritable puits de savoir même s'il restait fort limité, car uniquement moldu. Mais elle cherchait à se mettre à jour d'un point de vue sorcier depuis son bon dans le temps et son changement de monde.

Il fit un simple hochement de tête et continua l'ascension vers le cercle intérieur du monument. Ils se placèrent en trois groupes plus ou moins distincts : les Delacour d'un côté, Dumbledore d'un autre et Severus, Sirius, Eileen – qui les avait rejoints –, Harriet, Merryl et Alfie de l'autre. Deux autres personnes se présentèrent également : Freeman, que tout le monde reconnut, accompagné d'un autre homme blond qui ressemblait beaucoup à Alfie. Sans doute Thorin Addington, son père.

Amélia Bones se tenait au centre du cercle en compagnie d'une vieille femme de petite taille à la peau sombre. Les cheveux de cette dernière étaient blancs et entièrement coiffées en de longues tresses qui lui arrivaient jusqu'aux hanches. Même si Merryl ne leur avait pas informé de la venue d'une gardienne du Berceau, pour tous ceux qui s'y étaient déjà rendus, ils auraient pu en reconnaître la tenue traditionnelle qui laissait voir les nombreux tatouages qu'elle avait sur la peau. Et tous – ou presque – ressentirent un léger frisson et un immense respect quand ils croisèrent chacun à leur tour le regard bleu ciel de la sorcière. Cette femme était mystérieuse et d'elle se dégageait une aura d'autant plus puissante que magique.

La gardienne ne se servit pas d'une baguette, comme s'y attendrait une sorcière, mais tomba plutôt à genou, les mains tournées vers la terre. Elle murmura des paroles inaudibles en une sorte de litanie tout en les relevant progressivement, les paumes se tournant peu à peu vers le ciel. Cela commença par un léger scintillement. Puis, les pierres mégalithiques s'illuminèrent progressivement avant de disparaître dans un halo bleu l'espace de quelques instants. Quand les sorciers purent à nouveau distinguer le monde autour d'eux, ils n'étaient plus seuls. En effet, sept esprits les avaient rejoints, chacun passant sous une pierre pour s'arrêter au centre du monument, flottant auprès de la gardienne. Il y avait un centaure, un phénix, les esprits de deux hommes et de trois femmes.

Ce ne fut pas la présence des fantômes qui posa problèmes aux sorciers. Ce qui les surprit par contre, ce fut leur identité. Harriet vit sa tante tomber à genoux, les mains devant la bouche, tentant avec peine de réprimer ses sanglots. Severus lui-même était figé et pour la première fois, émotif publiquement, bien que cela se résumait à des yeux plus brillants que d'habitude. Quant à Sirius, il n'était pas en meilleur état. Deux noms résonnèrent aux oreilles de la jeune fille. James et Lily. Et effectivement, à bien y regarder, elle les reconnut parmi les fantômes.

« Le jugement va pouvoir commencer, » s'exclama la Grande Gardienne. « Ces esprits sont envoyés par Mère Magia et rendront votre jugement. Puisse la Mère de tout être miséricordieuse. »

Harriet, Sirius, Merryl, Severus et Eileen observèrent les fantômes des êtres perdus et aussi les autres. Lily et James leur fit un bref sourire et un hochement de tête avant de se tourner le visage dur vers le directeur de Poudlard, lui-même absorbé par la vision du fantôme d'une jeune femme.

« Albus Dumbledore, » commença cette dernière.

« Ariana, » murmura le vieil homme.

« Nous qui voyons tout et somme témoins et porte-paroles de Magia, » continua le phénix.

« Nous vous jugeons pour les crimes suivants, » fit le centaure

« Enlèvement et mise en danger d'enfant magiques et outrages à Magia, » claqua l'esprit d'une femme au visage pâle et émacié.

« Vos juges, choisis par Magia seront : Merope Gaunt qui connut les mêmes traitements que vos victimes, Ariana Dumbledore qui mourut trop tôt, Lily et James Potter qui vous ont accordé leur confiance, moi-même, Jean-Philippe Delacour, et deux représentants des enfants de Magia, un chef émérite Centaure et un Phénix ayant subi le dernier embrasement. »

« Nous avons été choisis pour notre neutralité et notre lien avec les personnes présentes, nous délibérerons dans un moment, » ajouta Lily en prenant la main de son époux.

« Magia accepte que les familles se retrouvent une dernière fois, » termina James en la serrant alors qu'ils se tournaient vers leur famille.

Les fantômes se rapprochèrent chacun de leurs proches, du moins pour ceux qui en avaient encore. Jean-Philippe Delacour auprès des Delacour, Lily et James auprès du groupe constitué autour de leur fille. Toutefois tout le monde put voir que le fantôme d'Ariana Dumbledore toisait son frère avec colère et déception et ne s'en approchait même pas. En la voyant enfin de près pour la première fois, Harriet put enfin comprendre ce que disaient les autres. Lily et Merryl se ressemblaient vraiment. On pouvait même presque dire des soeurs jumelles.

« Lily, » firent Severus et Merryl d'une même voix, toujours pris tous deux par l'émotion.

« Sev ... Merryl, » sourit la fantôme.

« Prongs ... »

« Paddy, » sourit James Potter avant de se tourner vers les Prince. « Mme Prince, Snivillus. »

« Potter, » fit légèrement froidement Severus.

« Du calme, l'alchimiste, je ne suis pas là pour blaguer. Sirius et Remus pourront très bien s'en charger pour moi. »

« Qu'ils essaient et ils m'auront sur le dos, » rit Harriet, attirant le regard des défunts sur elle.

« Riette, » dirent-ils avec un doux sourire.

« Bonjour. »

James se tourna immédiatement vers Sirius et Severus.

« Continuez tous les deux à la protéger comme vous le faites, même si cela doit un jour briser ta couverture, Snivillus. »

« Tu sais ? » s'étonna ce dernier, bien que plus bas pour ne pas attirer l'attention de Dumbledore.

« On sait tout, Severus, » sourit Lily. « Nous voyons tout. Elle a vraiment de la chance de tous vous avoir. »

« Est-ce...est-ce qu'IL est là-bas avec vous ? » demanda Merryl en fixant sa soeur.

« Oui, il est avec nous, » répondit James à sa place. « Il s'est bien battu et a réussi à modifier l'avenir. Tout comme vous le devez toutes les deux aussi... Maintenant qu'on a conscience de certaines choses... »

« Mais … Merryl, Severus, faites-nous plaisir, » continua Lily en prenant la main de son mari. « Donnez une bonne leçon à Pétunia pour avoir fait du mal à notre fille chérie. »

« Il est en paix, » soupira de soulagement la rousse avant de se reprendre, les larmes aux yeux. « Pour Pétunia, ne vous en faites pas, sa punition va être longue et à la mesure de ses crimes. »

« Ca c'est sûr, » ajouta Severus avec un sourire mauvais qui pouvait passer pour ...

« Serais-tu devenu un brin maraudeur à force de fréquenter notre groupe d'amis, Snivillus ? » s'enquit James surpris et amusé.

« Et devenir Gryffondor ? Jamais de la vie ! Mais je ne suis pas tout à fait indifférent quand il s'agit de la petite peste. »

« Vieux cornichon ! » répliqua immédiatement Harriet avec un sourire.

« Attends qu'on soit à nouveau en privé et tu vas voir. »

« Promesses. Que des promesses ! »

« Du calme les enfants, » sourit Eileen. « Ou vous allez dépasser Sirius dans l'art de la bêtise ! »

Le regard noir qu'elle prit de ses deux enfants la fit rire doucement tandis que les autres souriaient. Merryl chercha des yeux son propre enfant et se figea, le contemplant alors qu'il semblait discuter avec le fantôme de Merope Gaunt, faisant sourire l'esprit qui regardait l'enfant avec tendresse.

La rousse hésita en fronçant des sourcils mais Alfie finit par revenir de lui-même et répondit doucement à la question silencieuse de sa mère.

« Lady Gaunt a toujours été si seule, je voulais lui rendre le sourire et lui demander si je pouvais faire quelques chose pour elle, » dit-il avant de s'éloigner à nouveau mais cette fois en direction des filles Delacour.

« Il te ressemble beaucoup..., » souffla le fantôme de sa soeur près d'elle.

Merryl n'eut pas le temps de répondre que les fantômes se dirigeaient tous en direction d'Ariana Dumbledore au centre. Il était temps que jugement se fasse.

« Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, Magia a délibéré, vous êtes coupable ! » trancha la voix de feu Ariana Dumbledore. « Au nom de Magia, votre sentence sera : la perte de la moitié de votre magie, la suppression de votre lien avec Fumseck et l'assurance que votre esprit sera dissous lors de votre mort, et ce après avoir revécu vos erreurs au moins cent fois. »

Le halo bleuté qui avait fait apparaître les esprits se mit à nouveau à scintiller tandis que l'on pouvait entendre le cri de Dumbledore.

« Jamais vous n'irez rejoindre la Mère de tout. Ainsi soit-il, » finirent tous les esprits d'une même voix avant que toute trace de leur présence ne disparaisse.

Les sorciers se retrouvèrent à nouveau seuls à Stonehenge et ils retrouvèrent le directeur de Poudlard inconscient sur le sol boueux. La sentence était lourde mais à la mesure de ses crimes. Tous le regardèrent un instant mais peu éprouvait un réel sentiment de pitié. A peine un pincement. Mais cela prouvait au moins qu'ils avaient un coeur car l'homme avait fait des choses impardonnables. Amélia Bones transfigura une brindille ramassée sur les lieux en une civière et y posa le vieil homme.

Severus soupira finalement et s'approcha de cette dernière.

« Laissez, Mme Bones. Je me charge de le ramener à Poudlard. Mme Pomfresh s'occupera de lui. »

Elle hocha la tête et le Maître des Potions transplana avec le directeur directement sur le chemin de l'école. Il ne doutait pas que les autres pourraient retrouver leur chemin sans lui.

« Peut-être que maintenant vous apprendrez de vos erreurs et laisserez Harriet tranquille, » murmura-t-il en ouvrant les grilles. « Sinon, vous nous aurez tous sur votre route. »

Hélas, Dumbledore était toujours inconscient. Il ne l'entendait même pas.