Chapitre 84 : Entraînements

Elle inspira profondément alors qu'elle vidait son esprit. La clef pour réussir était de ne pas penser et d'agir avec l'instinct. Il guidait nos mouvements pour survivre. Il l'avait fait depuis des millénaires et il le ferait encore pendant des milliers d'autres.

« Approche, » ordonna Severus avec un léger rictus sur les lèvres, une lame en main.

Harriet inspira une fois encore et s'avança rapidement pour frapper tant avec ses pieds et son poing que sa dague. Au bout de quelques coups échangés, elle put l'entendre siffler et elle recula avec un léger sourire sur les lèvres. Cela faisait la troisième fois qu'elle arrivait à le toucher depuis le début de l'entraînement.

« Tu t'améliores, » la complimenta le Serpentard. « Je devrais peut-être y aller plus franchement. »

« Tant que je m'améliore et que je ne finis pas haché menu pour ce soir, tu fais ce que tu veux, Sev, » répliqua-t-elle avant de revenir sournoisement à la charge.

« Bien tenté, » sourit Severus en lui bloquant son bras armé.

Elle lui donna un coup de pied dans les tibias avant de se faire immobiliser une fois encore, désarmée, les deux poignets maintenus immobiles par une des puissantes et fermes mains du Maître des potions dont le torse était collé tout contre son dos.

« Mais ce n'est pas encore suffisant pour me terrasser. »

« Je te promets d'un jour y arriver. »

Severus sourit et la relâcha avant de la repousser doucement.

« Recommence, » lui ordonna-t-il ensuite en se campant sur ses pieds. « Et essaie de ne pas te faire désarmer, cette fois. »

Elle hocha la tête et repartir à l'assaut de son frère. Ils s'affrontèrent ainsi encore une bonne demi-heure avant que finalement Harriet demande une pause, épuisée. Elle était allongée sur le sol, haletante, appréciant la fraîcheur de la pierre alors qu'elle était en sueur. Severus vint s'installer à un mètre d'elle en tailleur à même le sol à défaut d'avoir une chaise dans la pièce. La jeune fille trouva un peu de force pour changer sa position et poser sa tête sur les chevilles de son frère et ainsi pouvoir le regarder. Le Serpentard releva un sourcil à son mouvement mais ne dit rien, préférant répondre à son sourire par un autre tout aussi sincère.

« Alors ? » demanda-t-elle.

« Alors quoi ? » répliqua-t-il en relevant à nouveau son sourcil.

« Le livre que je t'ai passé, tu en penses quoi ? »

« La Caverne des Idées ? » Elle hocha la tête. « Je ne l'ai pas fini mais cela me plait bien. Bien qu'un peu ... atypique. »

« C'est vrai. C'est ce roman-là qui m'a fait aimer les policiers. Avant je n'en lisais pas. Je préférais les regarder à la TV. »

« Pourtant il y en a des bons... »

« Je sais. J'ai demandé à Maman qu'elle m'achète la collection complète d'Agatha Christie. »

« Il n'y a pas qu'elle, tu sais. »

« Je sais, il y a Simenon, Edgard Allan Poe, Vargas, Coben, Mary Higgins Clark ... J'en ai raté de la littérature ! »

« Et tu oublies toute la section sorcière, » ajouta Severus en riant doucement.

Elle sourit et regarda le plafond un moment alors qu'elle tressait distraitement ses cheveux en une longue natte sur le côté. Ce n'était pas évident de le faire coucher mais cela occupa ses doigts.

« Sev ? » demanda-t-elle au bout d'un moment.

« Oui, Harriet ? »

« Est-ce que tu as des feuilles de mandragores ? »

« Je crois en avoir. Enfin, cela dépend. Des fraîches ou des séchées ? »

« Fraîches. »

« Cela peut s'arranger. Pourquoi ? »

Elle s'installa un peu mieux sur le dallage et porta son regard sur le visage curieux de Severus.

« J'aimerais passer à l'étape suivante pour devenir animagus. »

« Ah ! Tu as conscience que cela peut prendre des mois voire des années, n'est-ce pas ? »

« Alors il serait peut-être temps que je commence non ? Etre animagus pourrait être un atout. »

« Ce n'est pas faux. Mais tu es sûre d'être prête ? Tu dois quand même garder la feuille pendant un mois sous ta langue sans jamais la retirer ni l'avaler ... »

« Je sais. Je voudrais le faire. Et puis, tu pourras m'aider par la suite ? »

Il réfléchit un instant, le visage soudain impassible. Harriet semblait déterminée. Comme souvent quand il s'agissait de choix qu'elle faisait. L'étape de la feuille de mandragore était la plus longue et la plus éprouvante car elle dépendait à la fois du sorcier mais aussi du temps. Après, il suffisait simplement de respecter les consignes à la lettre et de se mettre dans un lieu sécurisé au moment de la métamorphose.

« Très bien, » répondit-il simplement. « J'accepte. Mais uniquement si tu as le support de Minerva. C'est elle la spécialiste en métamorphose. Pas moi. »

« Tu es déjà meilleur que Sirius ! »

Severus sourit, appréciant la comparaison sans même essayer de se cacher. Il savait parfaitement qu'en privé, Harriet n'était pas du genre à flatter l'ego des autres. C'était plutôt le genre de choses qu'elle faisait en public, surtout entre Black et lui, plus par amusement qu'autre chose.

« Mais d'accord. J'irai la voir dans la semaine pour lui en parler. »

« Que faisons-nous maintenant ? On y retourne ou tu as quelque chose en tête ? Un devoir à faire ? Papoter avec des amis ? »

« Et si tu me donnais ton appréciation de mes compétences en duel ? » proposa-t-elle en se redressant.

« Black ne peut-il pas le faire ? »

« Tu connais Sirius. Je suis sa filleule. J'ai d'office une bonne note ! Il n'est pas très objectif avec moi. »

« Et avec les autres ? »

« Il ne fait pas de comparaison si c'est ce que tu veux savoir. Non, il est correct. Mais bon, j'aimerais avoir un avis impartial sur la question, savoir si je me suis améliorée ou pas ... »

« Tu n'as pas peur que je sois moi-même, en tant que frère, capable de te donner une bonne note pour te faire plaisir ? »

« Non. » Il releva un sourcil, attendant un développement de sa réponse. « Parce que toi, tu sépares l'apprentissage du reste. Tu estimes que c'est important de mériter nos points. Sinon tu ne m'aurais pas mis un Piètre à une de mes potions l'an dernier. »

Severus pouffa et hocha la tête.

« Très bien. Debout ! » dit-il en se relevant. « Montre-moi ce que tu sais faire. Donne tout ce que tu as. Cela me mettra de bonne humeur pour corriger d'autres copies médiocres... »

« Au point d'adoucir tes remarques cinglantes sur oh combien tes élèves sont d'une extrême nullité en potion ? » demanda Harriet en sortant sa baguette.

« C'est beau de rêver, » ricana-t-il en sortant sa baguette.

« Personnellement, je m'en fiche. Ces remarques ne me sont jamais adressées puisque je suis toujours entre Effort Exceptionnel et Optimal. »

Elle sortit également sa baguette et se plaça à une quinzaine de mètres de son frère. Son visage était à nouveau impassible alors qu'elle l'étudiait. Elle savait qu'elle devait lancer le premier sortilège. Severus ne faisait qu'attendre patiemment.

« Expelliarmus ! » s'exclama-t-elle en agitant sa baguette d'un mouvement vif.

Le Maître des Potions para aisément le sortilège d'un informulé et patienta qu'elle attaque à nouveau. Ils dansèrent ainsi un long moment, Harriet ne cessant jamais de lancer des sortilèges et des maléfices. Tous blancs naturellement. Severus avait refusé catégoriquement qu'elle apprenne la magie noire tant qu'elle n'avait pas atteint un certain niveau magique. En temps normal, il aurait dit aussi maturité mais ce dernier point n'était pas indispensable pour la Serdaigle. Son âme était aussi vieille que la sienne.

Parfois, il lançait une attaque pour tester ses réflexes et la force de son bouclier, amplifiant progressivement chacune d'elle jusqu'à briser son protego. Chaque jour faisait qu'Harriet devenait plus puissante. Son noyau magique s'était bien développé ces derniers mois. Elle était en bonne voie pour devenir l'une des sorcières les plus puissantes de sa génération. Cette constatation fit naître un léger sourire sur son visage.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda la jeune Prince qui l'avait remarqué.

« Tu as un bon niveau. Tu es même en avance sur ton âg... aaaaah AAAARGH ! »

Severus se retrouva suspendu par les pieds à une corde qui sortait littéralement de nulle part. La jeune fille affichait un léger sourire victorieux et riait à coeur joie.

« HARRIET ! » s'époumona l'homme soudain de légère mauvaise humeur. « Tu sais que je n'aime pas les plaisanteries de ce genre ! » ajouta-t-il en se libérant d'un coup de baguette.

« Sauf que ce n'est pas une plaisanterie. Enfin, techniquement oui, je pourrais en faire une plaisanterie. Mais cela pourrait déstabiliser mon ennemi s'il se retrouvait la tête en bas, ou les quatre fers en l'air, ou ... saucissonner comme un jambon. C'est plus difficile de se débarrasser de liens surprises que de parer un sortilège. Je parle d'expérience. »

« Comment cela ? »

« Paddy m'a fait une farce dans ce goût-là il y a quelques jours. Manque de bol pour moi, ma baguette était dans mon sac et mon sac tombé à terre... Je suis resté la tête en bas un moment jusqu'à ce qu'un élève de première année me trouve. Un gentil Poufsouffle. » Elle haussa des épaules en soupirant. « Mais là, je l'ai fait lors d'un duel. Ce n'est pas la même chose. Les farces, c'est une petite guerre entre Sirius et moi. Tu n'es pas abonné à la même enseigne, toi. »

« Me voilà rassuré, » soupira Severus.

Pour se libérer, il avait dû se laisser tomber sur le sol et là, il époussetait ses robes pour en enlever les quelques poussières qu'il y avait. Il y eut un léger silence ensuite. Il n'était toutefois pas parfait. Le Maître des Potions percevait un son qui ressemblait à un rire étouffé. Il fronça les sourcils et lança un sort de détection d'un informulé. Il y avait quelqu'un avec eux.

« Qui est là ? » siffla-t-il, soudain tendu.

Il était inquiet de la possibilité qu'il s'agisse d'un élève. Bien que se faire ainsi berner pendant plusieurs heures n'était pas à la portée de n'importe qui. Surtout qu'ils étaient deux sorciers à tromper, qu'ils avaient beaucoup bougé et que des sorts avaient plu partout dans la salle.

« N'ayez aucune crainte, Severus, » fit joyeusement une petite voix fluette. « Ce n'est que moi. »

« Filius ? » s'étonna le Maître des Potions en se tournant vers l'endroit où il pensait avoir entendu son collègue.

Ce dernier venait justement d'y apparaître.

« Que faites-vous là ? » demanda-t-il ensuite, un brin suspicieux. « Je n'apprécie pas être ainsi observé. »

« Je me posais des questions sur ce que vous pouviez bien faire ensemble, tous les deux, qui pouvait expliquer les deux siestes que Miss Potter a faites à mon cours cette semaine. »

« Oups, » fit cette dernière.

« Harriet ..., » susurra alors Severus en approchant.

« Ce ... ça n'a rien à voir avec ça, » fit la jeune fille, soudain gênée par ses deux siestes.

« Qu'as-tu fait ? » demanda alors le Serpentard, suspicieux.

« Je ne suis pas comme certains Gryffondors à enfreindre le règlement. C'est juste que ... j'ai un peu veillé sur Luna. » Les deux professeurs relevèrent un sourcil. « La pauvre ne dort pas bien en ce moment. Elle s'inquiète beaucoup pour son père. Il est malade. Elle est venue deux fois dans ma chambre pour discuter et j'avoue qu'on a pas beaucoup dormi. C'est tout. »

Severus la regarda un instant dans les yeux mais ne décelant aucun mensonge, il ne chercha pas plus loin. Harriet n'était pas le genre de personne à mentir. Pas pour cela. Elle ne mentait que pour des choses vraiment importantes et seulement à certaines personnes bien en particulier. Cela devait être donc la vérité. Il hocha donc la tête pour lui faire comprendre qu'il acceptait son explication.

« Cinq points pour Serdaigle, Miss Potter, » sourit le professeur Flitwick. « C'est très aimable de votre part de soutenir vos amis durant les moments difficiles. » Il regarda un instant son collègue avant de se tourner à nouveau vers elle. « Et dix autres points pour votre belle performance et votre ingéniosité. »

« Merci, professeur, » fit Harriet en inclinant la tête.

Le petit professeur les salua et quitta la salle d'un pas joyeux, laissant les deux frère et sœur ensemble.

« Hmmm..., » dit-elle au bout d'un instant alors qu'elle avait toujours les yeux fixés sur la porte. « Il était dissimulé depuis quand ? »

« Aucune idée, » répondit Severus.

« Est-ce qu'il a entendu une partie de notre conversation ? »

« Quand bien même ce serait le cas, je ne m'en tracasserais pas trop. »

« Pourquoi ? »

« Parce que Filius est à moitié Gobelin. Et cela fait un bon moment qu'il se doute de notre lien de parenté. Même s'il n'avait probablement pas songé à un lien aussi proche. Et contrairement à ton amie Granger, lui a un esprit entièrement protégé par de solides barrières mentales. »

« Comme si Dumbledore irait voir dans l'esprit d'Hermione pour lui soutirer toutes les infos qu'elle a à mon sujet, » répliqua-t-elle. « A part peut-être pour sa place dans les premiers de promotion, je parie qu'il ne connait même pas vraiment son existence. Sauf s'il fréquente ouvertement son fils et qu'il l'ait entendu geindre sur comment cette 'maudite Née-Moldue' refuse de l'aider pour ses devoirs. Et par aider, j'entends bien sûr donner son travail pour qu'il le copie. »

« Ce n'est pas impossible, » admit le Serpentard au bout de trente secondes de réflexion. « Bien. J'ai des copies à corriger. »

« Et moi, un Gryffondor à retrouver ! »

« Dans les limites du règlement ! »

« Oui, chef, » soupira-t-elle avec un sourire.

« Dévergondée ! »

« Tu déconnes ?! A part le soir du bal, il n'a pas vu un seul centimètre carré de ma peau autre que mes mains et mon visage ! Et ce n'est pas parce que je subis mes hormones une fois encore que je vais me jeter sur le premier garçon pour goûter au fruit défendu ! Non mais oh ! Tu me prends pour qui ? »

« Une adulte qui est restée bien trop longtemps enfermée dans un corps d'enfant et qui est obligée de revivre la puberté. »

« Je n'étais pas comme ça lors de ma première puberté, je ne le serais pas pour la seconde. »

« Et tes tenues à la plage ? »

« C'est la plage ! A mon époque, il existe des bikinis qui couvrent encore moins de peau que le mien ! Ce n'est pas ma faute si vous êtes tous coincés ! »

Elle sortit rapidement, plantant là son frère sur cette note un peu plus brusque et désagréable. Severus retint une grimace avant de sortir à son tour pour retourner à son bureau travailler. Même s'il n'aimait pas se disputer avec Harriet, ce n'était qu'un sujet sans importance. Elle ne serait pas fâchée très longtemps.