Chapitre 85 : L'Humeur d'Harriet
Harriet sortit du bureau du professeur McGonagall avec un immense sourire tandis qu'elle rangeait une enveloppe dans son sac adressée à son frère. C'était la condition que Severus attendait pour lui fournir ce qu'il fallait pour devenir animagus. Les deux l'aideraient à le devenir. Mais il fallait qu'elle passe d'abord l'épreuve de la mandragore.
Ce fut donc presque en sautillant qu'elle partit pour la Grande Salle déjeuner. Rien ne pourrait gâcher sa joie. Pas ce jour-là. Elle s'installa à la table des Serdaigles entre Luna et Padma et se servit généreusement en carbonnades flamandes. Elle était partiellement étonnée d'en apprécier la saveur alors que le plat la rendait malade dans son ancienne vie. Mais son corps était totalement différent, ses goûts n'étaient plus tout à fait les mêmes, même si elle gardait un penchant prononcé pour le sucre et surtout le chocolat. Des tonnes et des tonnes de chocolat. Elle en était presque à s'imaginer dans la chocolaterie de Willy Wonka rien que pour en manger à toutes les sauces parmi d'autres sucreries.
Alors qu'elle était toute à ses pensées, son regard se porta distraitement sur la table des professeurs. Elle sourit à sa tante et lui fit un petit geste de la main. Ce geste était également adressé à son parrain mais aussi à son frère. Ce dernier ne répondit pas aussi ouvertement que Merryl et Sirius mais ses yeux parlaient pour lui. Du moins pour ceux qui savaient déchiffrer ce sombre et ténébreux regard.
Puis le regard vers se posa sur le siège vide de Dumbledore. On ne le voyait plus beaucoup depuis le jugement de Magia. Le vieil homme restait la plupart du temps dans son bureau. Harriet avait entendu parler d'un potentiel autre jugement, mais cette fois-ci au ministère. Elle se demandait ce qui pourrait être dit de plus qui n'avait pas été puni par Magia elle-même.
Elle chassa ses interrogations inutiles quand Neville vint s'installer à côté d'elle et déposa un baiser timide sur sa joue. Elle sourit et tourna son visage pour l'embrasser sur les lèvres. Le blond rougit légèrement, pas habitué à exprimer ses sentiments ainsi mais sans s'en sentir honteux pour autant. Il aimait trop sa belle et mystérieuse Serdaigle pour cela.
« Qu'est-ce qui te met de si bonne humeur, Riette ? » demanda-t-il, curieux.
« Plusieurs choses, » répondit honnêtement la sorcière, toujours souriante. « J'ai reçu l'autorisation du professeur McGonagall pour commencer à travailler un point de magie assez épineux. Ma mère m'a envoyé quelques romans qui viennent de sortir et ça tombe bien car je n'ai plus rien pour me distraire. Et ... tu es là pour illuminer ma journée. Il n'y a rien de mieux pour commencer ma semaine. »
« Eh bien, cela fait chaud au coeur d'apprendre que je suis un rayon de soleil, » répliqua le Gryffondor avec un immense sourire.
« Le soleil de mes journées, le phare de mes nuits, ... »
« Merlin, Harriet a dû lire un livre de poésie dernièrement, » commenta Padma en soupirant. « Elle va de nouveau s'exprimer bizarrement. »
« Eh ! » s'indigna la jeune Prince, bien que faussement vexée.
« Moi, je trouve cela mignon, » intervint Luna avec un doux sourire, ses yeux bleus ciel perdus dans la contemplation de quelque chose qu'elle seule pouvait voir quelque part au-dessus de leurs têtes.
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Severus observait sa soeur depuis quelques temps. Elle était toujours aussi excellente en cours, ses points allant essentiellement de Effort Exceptionnel à Optimal avec un seul Acceptable, sans surprise en Histoire de la magie mais presque personne n'arrivait à avoir une meilleure note pour ce cours soporifique.
Elle avait aussi commencé l'épreuve de la mandragore. Elle avait déjà dû la recommencer deux fois mais c'était à prévoir. Lui-même avait mis deux ans avant de la réussir et pas qu'à cause des conditions météorologiques. Ce n'était pas évident de garder cette maudite feuille sous la langue durant un mois entier. Elle pouvait se perdre dans la nourriture et finir dans notre estomac, on pouvait la vomir, elle pouvait se dissoudre au contact d'un autre élément, ... On pouvait aussi être irrité à force d'essayer et être obligé d'abandonner un instant le temps de guérir. Pour le moment, Harriet tenait bon. Pour cette tentative, elle en était déjà à douze jours. Mais Severus doutait qu'elle arrive à tenir jusqu'à la prochaine pleine lune.
Elle était aussi presque toujours en compagnie du jeune Londubat. Le Gryffondor était plus que correct avec elle. S'il ne l'avait pas été, Harriet ne serait pas restée avec lui. Il était étonnamment timide mais extrêmement serviable et un parfait gentleman. Pas très doué en cours, surtout en DCFM ni en potions, ayant des préférences pour la botanique, mais il n'avait pas peur de s'interposer. De cela, Severus en était certain pour avoir entendu quelques rapports notamment de sa soeur elle-même. Neville Londubat, malgré les apparences, était un vrai Gryffondor. Timide certes, mais courageux comme un lion. Il était juste dommage qu'il ne soit pas un vrai chevalier pouvant défendre Harriet mais bon, cela pouvait encore changer. Quoi qu'Harriet s'en ficherait complètement, à son humble avis. Ce n'était pas ce qu'elle recherchait chez un homme. Se défendre, elle pouvait le faire toute seule. Elle recherchait plutôt l'amour et l'esprit.
Par contre, à côté de tout cela, il avait remarqué que le moral de sa soeur baissait. Elle semblait de plus en plus tendue pour une raison qui lui échappait. Mais avec elle, cela pouvait être dû à plusieurs choses. Un travail à remettre ? Une contrariété avec ses amis ? Le cadet Weasley qui faisait encore des siennes ?
Mais quoi qui puisse la mettre dans cet état, elle savait bien le cacher derrière son sourire. Mais quiconque connaissant les Evans pouvait reconnaître cette lueur dans le regard quand il se perdait dans le vide. On pouvait presque y voir les rouages de leur esprit fonctionner sans pour autant en comprendre le sens. Et Severus pouvait bien s'enorgueillir d'une chose, c'était de connaître les Evans.
Il l'appellerait dans la soirée par miroir pour savoir ce qu'il se passait.
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Severus était dans son bureau à corriger des copies quand on vint frapper à sa porte. S'attendant à voir entrer Merryl, comme d'habitude, il ne put cacher sa déception en voyant un satané clébard Black entrer dans son antre.
« Que me vaut le déplaisir de ta visite, Black ? » demanda-t-il en retenant à peine un grognement mécontent.
« Je voulais te demander si toi aussi tu avais remarqué quelque chose d'étrange avec Harriet, » répondit honnêtement le professeur de DCFM.
Le Serpentard se redressa et déposa sa plume avant d'inviter l'homme à s'asseoir de l'autre côté de son bureau.
« Elle t'a dit quelque chose ? » demanda-t-il.
« Non mais j'ai l'impression qu'elle est de plus en plus stressée ces derniers temps. »
« Oui, j'ai remarqué, » soupira Severus. « Je comptais l'appeler pour prendre de ses nouvelles. »
« Tu crois que cela pourrait avoir un rapport avec la troisième tâche ? » demanda alors Sirius.
Le Maître des Potions resta pensif un moment. Il n'avait pas songé à cela. Il était vrai pourtant qu'Harriet pouvait très bien être stressée à cause de cela. Tant Pettigrow que Croupton étaient en liberté. Autrement dit, le danger n'était pas écarté. Le Seigneur des Ténèbres pouvait toujours revenir.
« Peut-être, » dit-il. « Elle doit certainement y songer. Ils ont commencé à faire pousser les haies dans le terrain de Quidditch pour le labyrinthe. J'ai entendu mon filleul se plaindre, horrifié qu'on fasse subir cela à un terrain de Quidditch, » ajouta-t-il avec un rictus.
« Je pense que James aurait réagi de la même manière, » fit le Gryffondor avec le regard nostalgique.
« Harriet doit certainement s'en ficher, elle. Enfin, non. S'il n'y aurait pas la troisième tâche, elle s'en ficherait certainement. Elle n'apprécie pas plus que cela le Quidditch. »
« Pourtant, elle joue. »
« Elle s'est fait piégée par Drago. Mais elle a fait un compromis en se plaçant uniquement comme remplaçante. Tu aurais dû la voir danser à la rentrée tout en chantant qu'elle n'aurait pas à jouer au Quidditch cette année. »
Le Serpentard se permit de rire quelques secondes, ne voyant pas l'intérêt de se cacher devant le Gryffondor qui commençait à le connaître. Voyant que le clébard resterait encore un moment, il retint un soupir.
« Tu veux rester le temps que je l'appelle ? » demanda-t-il en sortant son miroir.
« Si cela ne te dérange pas. »
« Je comptais le faire, » répliqua le Serpentard en haussant des épaules. « Que tu sois là ou pas ne change rien pour moi. Je commence à avoir l'habitude de ta désagréable présence. J'ai eu presque deux ans pour m'y habituer ... »
« C'est réciproque, Snivillus. »
Ce dernier eut un rictus en entendant son surnom, rictus qui s'élargit quand la voix d'Harriet se fit entendre depuis le miroir.
« SE-VE-RUS, Sirius ! C'est Se-ve-rus ! »
« Mais que ... ? »
« J'avais déjà lancé l'appel, » sourit le Maître des Potions, amusé par la tête surprise et déconfite du Gryffondor. « Comment vas-tu, Petite Peste ? » demanda-t-il ensuite en posant son regard sombre sur le miroir.
Il vit du coin de l'oeil Sirius bouger sa chaise pour s'installer à côté de lui et il plaça le miroir de telle sorte que sa soeur puisse les voir tous les deux.
« Un peu déshydratée mais ça va, » répondit la sorcière en buvant un verre d'eau. « Encore à jouer à chien et chat ? »
« Nous n'avons jamais arrêté, » sourit Sirius. « Tu fais quoi, Riette ? Tu es toute rouge. »
« Mon sport du soir. J'entretiens un peu mon corps pour ne pas devenir une baleine. » Elle but encore un peu. « Et vous ça va ? »
« Des devoirs médiocres sur ma table et un chien dans mon bureau, » soupira Severus en ignorant le commentaire du Gryffondor à côté de lui. « A part ça, tout va bien. On t'appelait pour savoir ce qui ne va pas. »
« Ce qui ne va pas ? » répéta Harriet, les sourcils froncés.
« Tu avais l'air contrariée, pour ne pas dire stressée, ces derniers jours, » expliqua Sirius.
« Oh ... Hmmm... Juste ... » Elle se passa une main sur le visage tout en soupirant. « Je repense à la troisième tâche et la vision que j'en ai à la fois tirée du livre mais aussi du film. »
« Du film ? » répéta le parrain, les sourcils froncés.
« Allô la Lune, ici la Terre, je vous rappelle que je viens du futur ! Les Harry Potter sont des best-sellers à mon époque. Tellement connus qu'ils ont fait l'objet de huit films et qu'il y a même eu des interprétations de l'époque de Grindelwald ! Et croyez-moi quand je vous dis que la perspective de me retrouver dans ce satané cimetière me fait peur ! »
Severus ricana en l'entendant rappeler au Gryffondor qu'elle venait du futur mais prit la parole avec sérieux.
« Tu as toujours ton médaillon sur toi ? » demanda-t-il.
Elle sortit une chaine de sous sa chemise et le Serpentard put reconnaître le dragon d'argent enserrant l'onyx.
« Je ne l'enlève jamais, » dit-elle en le serrant dans la paume de sa main.
« C'est très bien. Si nécessaire, tu n'auras qu'à t'en servir pour revenir à la maison. C'est aussi un portoloin d'urgence. »
« Oh ! » Elle jeta un regard sur le bijou avant de relever la tête. « Et qu'est-ce que je dois dire pour l'activer ? »
« Le nom de la fleur de Lily, » répondit Severus avec un léger sourire.
Harriet le lui rendit volontiers et hocha la tête.
« D'accord. Je suis déjà un peu plus rassurée par l'idée d'avoir un portoloin sur moi dans le cas où la coupe en serait un aussi. »
Malgré ses paroles, les deux hommes purent voir la jeune fille frissonner à l'idée. Ils parlèrent avec elle encore un moment pour lui changer les idées avant de finalement la laisser à son roman. Ils avaient eu leur réponse et avaient fait ce qu'ils pouvaient pour le moment. Ils ne pouvaient guère faire plus.
