Chapitre 86 : La Discussion avec Alfie
Harriet était bien tranquillement installée dans un fauteuil du salon de sa tante, les jambes pendant par-dessus l'accoudoir alors qu'elle lisait un ouvrage tout en buvant doucement du thé. Elle ne voulait pas avaler la feuille de mandragore par mégarde. Elle s'était habituée au goût depuis le temps au point qu'elle ne le sentait même plus. Il y avait juste parfois la tige de la feuille qui la gênait mais sans plus. Il lui suffisait de la déplacer d'un léger coup de langue tout en la maintenant en dessous.
Un souffle léger et relativement silencieux lui fit relever la tête de son livre. Elle croisa le regard sombre empreint de chaleur et aussi de surprise.
« Salut, » lui fit Severus avec un léger sourire.
« Salut. »
« Dis-moi... tu n'as pas par hasard l'un ou l'autre cours à étudier ? »
Harriet releva un sourcil, imitant son frère à la perfection.
« Pour tes examens, » développa-t-il en soupirant.
« Lesquels ? »
« Ceux qu'il y a toujours en fin d'année... »
« Ah oui ... ceux auxquels je ne me trouve pas être inscrite puisque je suis une championne du tournoi. » Elle se figea un instant avant de soupirer elle aussi. « Je n'arrive pas à croire que je viens d'utiliser le tournoi comme explication ! »
« Tu lis quoi d'intéressant ? »
« Sortilèges élémentaires. J'aimerais en savoir un peu plus sur le feu. »
« Hmmm... hmmm... Pourquoi pas ... tant que tu ne fais pas brûler le château. »
« Navrée mais la pyromane c'était ma soeur et non moi. Je ne suis pas fascinée par le feu à l'origine. C'est juste que, selon Merryl, cet élément m'est le plus adapté même si je ne suis pas élémentaliste. »
« Dans ce cas, je vais te laisser à ta lecture. »
« Et moi à tes amours, » sourit la jeune fille en replongeant son nez dans l'ouvrage.
« Petite peste ! »
« Vieux cornichon ! »
Les deux sourirent et retournèrent à leurs idées premières qui se trouvaient bien être pour l'une la magie et pour l'autre l'être aimé. Severus entra dans le bureau et referma la porte derrière lui.
Vingt minutes plus tard, Alfie rentra dans l'appartement et salua sa cousine.
« Bonjour mon cousin germain, » sourit-elle en chantonnant légèrement.
Il releva un sourcil interrogateur.
« C'est une comptine francophone que j'ai souvent entendue. C'est pour les enfants aux scouts et autres... Cherche pas. »
« Okay ... Tu sais où est maman ? »
« Dans son bureau mais tu devrais ... »
Le Serdaigle se dirigea directement vers la porte et l'ouvrit.
« Mam... »
Le blond se figea devant la scène qui se déroulait devant lui. Severus et Merryl s'embrassaient langoureusement, l'homme ayant une main posée sur la taille de la rousse. Ils s'interrompirent, surpris.
« Mais ... Qu'est-ce que vous êtes en train de faire à ma mère ? » s'écria le garçon avec une voix scandalisée.
« Sur un autre ton, Mr Addington. »
« Alfie, mon coeur ... »
Harriet curieuse, se leva et posa son livre sur le fauteuil pour venir jouer les fouineuses. Elle s'appuya nonchalamment contre le chambranle de porte. Elle avait un léger sourire amusé qui fleurissait tout doucement sur les lèvres à la vue de sa tante et son frère se faire prendre en flagrant délit d'exprimer leur amour par le jeune garçon qui n'était peut-être pas encore au courant de la relation sérieuse qui commençait progressivement à se construire entre les deux amants. Ils avaient les joues légèrement rouges de gêne.
« Est-ce que j'aurais une meilleure moyenne en potions ? » continua Alfie sur sa lancée. « Non ? Alors, arrêtez ça tout de suite ! C'est dégueu ! »
La jeune Prince ne put se retenir de pouffer avant de poser sa main sur l'épaule de son cousin.
« Tut, tut, tut ! Viens là, Alfie. Je vais t'expliquer ce qu'il se passe, » fit-elle avec calme bien que clairement amusée par la situation.
« Je t'interdis de pervertir mon fils, Petite Peste ! » s'exclama Merryl perdant soudain quelques couleurs. « Il est trop jeune et innocent ! »
« Eh ! D'habitude, ce n'est pas toi qui dis ça ! » fit la jeune fille, faussement vexée. « Et puis, j'allais juste développer le côté catholique, avec les bisous et les petits mots doux. J'allais pas aborder le fait d'aller cultiver le Jardin d'Eden ni le fruit défendu ! »
Alfie regarda tour à tour sa mère, son professeur de potions et sa cousine.
« C'est quoi le Jardin d'Eden et le fruit défendu ? » demanda-t-il.
Severus se pinça l'arête du nez alors qu'Harriet ouvrait la bouche pour répondre sous les yeux presque horrifiés de sa tante.
« Hmmm... Tu veux la version biblique ou l'explication de comment j'utilise la métaphore ? »
« La version scientifique, » répondit le garçon en bon Serdaigle.
« Existe pas. Désolée... »
« La version que Maman ne veut pas me donner alors ? »
« Harriet, » prévint Severus. « Ne t'avise même pas de lui dire ! »
« D'accord, je lui donnerai un bouquin avec les dessins ! » rétorqua-t-elle tout sourire.
« Merlin... »
« Mais ça va pas ?! Les livres ne sont pas complets à cette époque ! Tu veux en faire un macho qui ne se préoccupe pas du plaisir des femmes car il ne saura même pas la moitié de l'anatomie humaine ? »
« Qui a dit que je n'avais pas de livre traitant de cela ? » rétorqua la jeune Prince avec un regard lourd de sous-entendus.
« Harriet, parole d'Evans que je vais te tuer au risque de me mettre à dos l'Angleterre toute entière ! »
« Bon d'accord..., » soupira la jeune fille en agitant la main alors qu'elle s'éloignait un peu dans le salon. « Oubliette-le ! Ce sera un Serpentard tordu qui le lui dira crument alors ... »
« Les jumelles Carrow, » soufflèrent Severus et Merryl en même temps alors qu'ils palissaient encore d'un cran.
« Je ne pensais pas à elles en particulier, » commenta la Serdaigle en se retournant. « Mais oui, elles sont pas tristes aussi. »
Les deux adultes échangèrent un bref regard avant que Merryl s'avance vers son fils.
« Chéri. On va avoir une grande discussion, toi et moi, » dit-elle avec un calme qu'elle ne ressentait pas vraiment au vu de sa gêne passagère. « Pourquoi son père et les dessins animés du style Il était une fois la Vie ne sont jamais là quand on en a besoin, » ajouta-t-elle dans un murmure exaspéré.
« J'ai le Guide du Zizi sexuel de Titeuf si tu veux, » intervint Harriet avec un sourire.
« Je vais déjà me taper la honte à faire un cours d'éducation sexuelle à mon propre fils alors non, je ne veux pas d'images colorées pour illustrer la chose. Merci mais non merci ! » râla-t-elle. « Dumby devrait faire un cours là-dessus pour décharger les parents. »
Elle soupira avant de se tourner vers son compagnon.
« Sev ... tu es un homme, toi. » Il releva un sourcil à cette remarque évidente et particulièrement ridicule. « Tu voudrais pas te charger de la lourde tâche d'une conversation entre hommes ? Je sais que tu sais de quoi je parle. »
« Euh ... Pourquoi moi ? » demanda-t-il.
« Tu vois un autre homme dans cette pièce ? J'ai beau connaître l'outillage, je ne suis pas l'experte de la pièce, moi ! »
Le Maître des Potions jeta un regard au jeune homme avant de soupirer.
« Tu peux toujours demander à Sirius, » proposa Harriet.
« Tu vois vraiment Sirius se charger de cela sans l'encourager à me rendre grand-mère ? »
La jeune fille fit une légère grimace. Merryl marquait un point. Quant à Alfie, il ressemblait de plus en plus à un poisson boulu avec son visage perplexe. Il était de toute évident en train d'essayer de comprendre de quoi les plus âgés parlaient. Pourtant, le sujet avait été évoqué plusieurs fois.
« Et moi qui étais heureux de ne pas devoir avoir La discussion avec Harriet, » soupira Severus en se pinçant l'arête du nez.
Il resta quelques secondes à ruminer des paroles inaudibles avant de redresser la tête et observer son jeune élève, se demandant comment il allait aborder le sujet.
« Très bien. Mr Addington, on a un sérieux sujet à aborder, vous et moi. C'est très important. »
Oui, c'était une bonne façon d'entrer en matière. Le blond fixa l'homme dans les yeux, semblant indécis.
« Hmmm ... Sinon, vous pouvez aussi m'oublietter ? » proposa-t-il, pas sûr de vouloir savoir finalement.
Merryl se rapprocha de son amant.
« Merci, » lui souffla-t-elle à l'oreille. « Je te revaudrai ça de façon très convaincante. »
L'homme retint un sourire de fleurir sur ses lèvres tandis qu'Harriet retournait s'installer dans son fauteuil pour reprendre sa lecture. Le sujet intéressant était dorénavant clos et le jeune Alfie toujours aussi innocent.
« Vivement mes dix-huit ans et loin du règlement de l'école ! » s'exclama-t-elle clairement pour embêter son frère alors qu'elle s'installait confortablement.
« Dévergondée ! » fit Severus.
« Même pas ! Je sais juste ce que je veux ! »
« Harriet ! » s'exclama alors Merryl. « Je ne veux pas non plus devenir grand-tante de sitôt et ta mère ne voudrait pas devenir grand-mère non plus ! »
« Je mettrai un capuchon, » soupira la jeune fille comme si c'était une évidence.
Les adultes soupirèrent. Harriet était un cas désespéré pour certaines choses, ou bien était-ce le fait qu'elle était trop vieille et provenant d'une époque aux moeurs plus relâchées qui la rendait si ouverte ?
Rapidement, il ne resta plus que Severus et Alfie dans la pièce se faisant face. Le blond s'assura que sa mère n'était plus du tout dans les parages, ne s'inquiétant pas trop de sa cousine qui était de toute façon au courant de la chose, jeunesse oblige, avant de se tourner le Serpentard.
« Vous allez sérieusement dire au fils de votre copine comment faire des enfants ou je peux partir et faire semblant d'être mortifié devant ma mère ? »
Severus releva un sourcil, légèrement surpris. Mais connaissant la mère, ce n'était en fait pas si surprenant que cela.
« Ainsi donc, pas si pur et innocent que cela, » fit-il avec l'ombre d'un sourire. « Je ferai comme si je n'avais rien entendu. »
« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, professeur. »
« Allez. Filez. »
Le Serdaigle hocha la tête et se dirigea vers la porte, ayant oublié pourquoi il était venu voir sa mère à l'origine. Il salua sa cousine au passage avant de s'arrêter devant la porte. Il se retourna et fit face à son professeur.
« J'espère juste que vous saurez vous en souvenir, » dit-il avec assurance. « Moi, je saurai me souvenir si vous faites du mal à ma mère. »
Dire que Severus était surpris par les paroles du jeune Serdaigle était un euphémisme. Pourtant il n'hésita qu'une seule seconde avant de répondre avec la plus grande honnêteté.
« J'ai déjà perdu une Evans, Mr Addington. Je n'en perdrai pas une deuxième. Pas sans avoir fait tout mon possible pour la protéger. »
Alfie hocha la tête avant de quitter les appartements de sa mère.
« Voilà qui était bizarre, » commenta Harriet qui regardait la porte, tout aussi surprise que son frère.
« Plus que toi ? »
« Moi, j'ai une excuse pour être légèrement étrange, » rétorqua-t-elle avec un léger sourire.
Elle secoua légèrement la tête avant de soupirer.
« En tout cas, Merryl va tomber de haut quand elle apprendra que son fils n'est pas aussi pur et innocent qu'elle le croit. »
« Ne lui dis pas. »
« C'est le problème d'Alfie, pas le mien. Mais je jure sur ma magie que je ne suis pas responsable de ses connaissances. »
Severus eut un rictus.
« Personne ne peut être responsable des connaissances d'un Serdaigle. Cette maison est un puits de sagesse et de connaissance à elle toute seule. »
« Si tu savais tous les trésors qu'on peut trouver dans les bibliothèques de la salle commune, » soupira la jeune fille avec un sourire avant de retourner à son ouvrage. « Une vraie mine d'or. »
L'homme sourit et laissa sa soeur à sa lecture une fois encore. Malheureusement, son intermède avec Merryl ayant été écourté et qu'elle avait disparu Merlin seul savait où, il ne lui restait plus qu'à errer dans les couloirs à la recherche d'un élève enfreignant le règlement pour jouer son rôle de la terrible et froide Chauve-Souris des Cachots. Il sentait que des rubis allaient encore quitter le sablier. Il retint un sourire à cette simple idée et sortit lui aussi, laissant sa soeur seule, bien en sécurité dans les appartements de Merryl.
