Chapitre 88 : La Résurrection de l'Ennemi

Harriet atterrit lourdement dans le sombre cimetière et se cogna la tête contre une pierre tombale. Elle tenait toujours sa baguette mais elle était sonnée par le choc de l'atterrissage. Elle porta sa main libre à sa tête et vit du sang sur ses doigts. Elle s'était sérieusement cognée. Elle se redressa du mieux qu'elle put et tourna autour d'elle, cherchant à réfléchir à ce qu'elle devait faire en ce moment.

Elle ne remarqua que trop tard qu'une personne était là. Elle l'avait désarmée et l'avait agrippée pour l'amener au-dessus d'une tombe. Elle en lut le nom. Tom Jedusor.

« Oh non, » murmura-t-elle en tentant de se débattre.

Elle réussit à donner un coup à l'homme – elle l'avait entendu grogner de sa voix grave – mais ne put pas se libérer de sa poigne. Elle reçut une gifle en plein visage avant d'être suspendue à la statue mortuaire au-dessus de la tombe du père de Voldemort. Elle réussit malgré tout à donner encore l'un ou l'autre coup de pieds à l'homme qui venait de l'attacher avant qu'il ne soit hors de sa portée.

Puis, elle observa les lieux. Un immense chaudron de pierre se trouvait devant elle, et un homme de petite taille qu'elle devina être Pettigrow s'avancer vers ce dernier en tenant un bébé emmailloté devant lui comme si c'était une chose à la fois précieuse et dégoûtante.

Alors que ses facultés cognitives reprenaient peu à peu le dessus sur le coup qu'elle s'était fait à la tête, elle tenta de se libérer au moins un bras pour porter la main à son cou et ainsi user du portoioin d'urgence. Sauf que l'autre homme, le grand, l'avait bien attachée.

Elle allait devoir attendre et assister à la résurrection du mage noir ...

Elle fut sûre de l'identité de Pettigrow quand elle vit qu'un doigt lui manquait à une main.

« Vous allez avoir de sérieux ennuis quand cela se fera savoir, » siffla-t-elle, tentant de l'effrayer. « Remus et Sirius vous le feront payer au centuple, Pettigrow. »

« Tais-toi ! » s'exclama l'autre sorcier en lui donnant une autre gifle avant de lui enfoncer un morceau d'étoffe dans la bouche.

Cela avait été fait avec violence, mais ce n'était pas le plus dérangeant pour la jeune fille. Ce qui la dérangeait, c'était le goût horrible, un mélange de sueur et de terre dont il était imprégné et qui touchait directement ses papilles gustatives. Elle mettrait des heures à se laver et se rincer la bouche en rentrant, cela était une certitude. C'était immonde !

Pettigrow, lui, n'avait rien dit, ni rien fait si ce n'est préparer le nécessaire pour le rituel. Il disparut pendant un instant derrière elle mais elle ne pouvait pas voir où, ne pouvant regarder que devant elle. Harriet commença peu à peu à angoisser à mesure que l'heure tournait.

Elle vit le Trophée des Trois Sorciers scintiller un peu plus loin. Et elle réfléchit. Si elle prenait son portoloin d'urgence, ne risquait-elle pas de laisser à cet homme qui allait renaître un aller simple pour Poudlard ? Elle mettrait tous ses amis en danger ainsi...

Elle porta ensuite son regard sur le tas de tissu qui ressemblait trop à un bébé emmailloté. Pour la situation dans laquelle elle se trouvait, elle le détestait déjà. Et dire qu'à une époque, elle était prête à écouter ce que ce taré pourrait dire. Elle qui détestait Dumbledore pour toutes ses manigances et manipulations. Elle en venait à détester cet autre homme aussi alors que techniquement il était lui aussi une victime des circonstances. A la différence que lui avait choisi la sombre voie de la magie noire et elle celle de la lumière.

Elle vit un serpent immense onduler lentement vers le tas de tissu noir et détourna le regard. Elle préférait ne plus regarder cette chose et essaya à nouveau de se défaire de ses liens sans le moindre succès.

Soudain, des flammes apparurent sous le chaudron et Harriet vit de loin le liquide qui semblait chauffer très vite. Elle entendit soudain la voix de Voldemort s'exclamer, impatiente.

« Dépêche-toi ! »

La voix était aiguë et glacée. Elle donna des frissons dans le dos de la jeune fille.

Elle ne fut pas autant horrifiée qu'elle s'y était attendue en voyant l'apparence de Voldemort. Les films et les livres avaient été particulièrement fidèles à cette vision. Il avait la forme d'un enfant accroupi sans vraiment en avoir l'air, totalement chauve et la peau recouverte d'écailles rouge extrêmement sombre. Ses membres étaient extrêmement frêles et son visage était semblable à celui d'un serpent, avec des yeux de braise flamboyant d'une sinistre façon.

Elle observa le rituel en silence, Wormtail transportant ce corps hideux et le jeter dans le chaudron bouillant. Elle remercia mentalement sa mère de lui avoir fait enlever l'horcruxe il y avait de cela des années, sinon elle devinait légèrement quelles souffrances elle aurait eues à endurer à cet instant.

« Que les ossements du père, donnés en toute ignorance, fassent renaître son fils ! »

La voix de Wormtail était à peine perceptible mais Harriet l'entendait, sachant déjà plus ou moins ce qui devait se dérouler. Ce fut pourquoi elle ne fut que partiellement surprise par le grincement de la tombe sous elle et de voir de la poussière et quelques fragments d'os s'envoler pour tomber doucement dans le chaudron.

Le liquide qui semblait aussi brillant que le diamant prit une couleur bleu vif. Harriet inspira profondément car elle ne voulait pas voir l'acte suivant. Elle en avait déjà la nausée rien qu'à l'entendre.

« Que la chair – du serviteur – donnée vo-volontaire – fasse – revivre – son maître. »

Les sanglots de Wormtail furent suivis d'un hurlement déchirant et un bruit sourd d'un objet qui tombe sur le sol se fit entendre. Elle entendit ses halètements et ses gémissements ainsi que le petit son distinctif de quelque chose qui tombe dans un liquide.

Elle s'obligea ensuite à rouvrir les yeux. Puisqu'elle était obligée d'assister à la résurrection de Voldemort, elle voulait voir ce misérable lui trancher la chair pour récolter son sang. Elle le défia du regard alors qu'elle voyait la lame étincelante se diriger vers son bras droit.

« Que le s-sang de l'ennemi... pris par la force... ressuscite celui qui le combat. »

Elle serra la mâchoire quand elle sentit la morsure du fer. Elle vit à peine le liquide carmin qu'elle sentait couler le long de sa manche. Elle continua simplement à fixer le traître fouiller ses poches de sa main unique à la recherche d'un flacon pour prélever son liquide vital.

Une fois le sang dans le chaudron, le liquide devint d'un blanc aveuglant. L'autre homme qui était resté immobile durant le rituel ricana en voyant Wormtail s'effondrer au sol en gémissant, tenant son moignon ensanglanté contre sa poitrine.

Progressivement les étincelles qui s'échappaient du chaudron s'éteignirent, remplacées par une lourde vapeur sombre si épaisse qu'on ne pouvait tout simplement rien voir au travers. Petit à petit, une silhouette d'un homme grand et squelettique se discerna dans la vapeur sortant du chaudron.

« Habille-moi ! » ordonna la voix aiguë et glacée de Voldemort.

Harriet aurait bien aimé lui répliquer qu'à son âge, il était plus qu'assez grand pour s'habiller tout seul mais ce foutu bâillon l'empêchait d'émettre plus que des sons étouffés. Elle observa donc d'un oeil un peu moqueur l'homme à l'identité inconnue – peut-être Croupton Junior – apporter la robe noire dans laquelle Voldemort était emmailloté et faire ce qui était demandé.

Après cela, l'homme squelettique sortit alors du chaudron. Il regarda Harriet... et Harriet le regarda également. Il était hideux avec son visage livide, ses yeux écarlates et son nez plat et reptilien.

Elle inspira profondément et le défia du regard, indignée d'être ainsi ligotée. Elle allait se comporter en fille héritière de nobles familles. Du moins autant que possible car au fond d'elle-même, elle ressentait la peur de mourir.

D'un certain côté, au vu de la situation où elle était, elle espérait qu'elle aurait ce duel. Sinon elle pouvait dire adieu à la vie. Tout en pensant à tout cela, elle l'observa examiner son corps avec ses yeux et son toucher. Il semblait plus que ravi d'être revenu à la vie et de pouvoir se mouvoir par lui-même. Chose qu'elle pouvait parfaitement concevoir. Cela ne devait pas être drôle de dépendre totalement d'un autre...

Elle ignora le serpent qui lui tournait autour et garda les yeux fixés sur cet homme, son ennemi. Elle le vit malmener Wormtail alors qu'il était blessé. Pas que cela la touche vraiment mais dans le principe, il était son serviteur et venait de sacrifier une main pour le faire renaître. Il lui était redevable !

Elle l'observa ensuite appliquer contre la Marque des Ténèbres la pointe de sa baguette aussi blanche que de l'os. Du bois d'if... Pourquoi tout devait être comme dans le livre ? Ou presque puisqu'elle n'avait pas la baguette en bois de houx ... Elle ne l'avait pas acceptée... Donc pas de coeurs jumeaux. Pas de priori incantatum... Pas de distraction et donc pas de possibilité de rejoindre le Trophée...

Elle se fustigea mentalement de se stresser ainsi. Elle devait rester alerte et profiter de la moindre occasion pour s'échapper.

La Marque des Ténèbres apparut dans le ciel et le mage noir la contempla un instant sans prêter attention aux sanglots de son serviteur. Quant à l'autre homme, il venait de se placer à une place d'un cercle imaginaire qu'Harriet pouvait déjà se représenter.

Le mage noir marmonnait, se demandant qui lui était resté fidèle et qui préférait se terrer comme des lâches et le trahir. Il faisant les cents pas devant Harriet, scrutant l'obscurité du cimetière en attendant ses précieux Mangemorts.

Au bout d'un moment, il se tourna vers Harriet et s'approcha pour lui ôter le bâillon. Elle en fut plus que ravie alors qu'elle l'entendait parler.

« Harriet Potter, » susurrait-il. « Tu te tiens sur les restes de mon père. »

« Vous savez, je ne suis pas une cruche. Pettigrow a mentionné les ossements du père pour faire renaître le fils. »

« Sais-tu alors qu'il était un Moldu et un imbécile ? »

« Je n'ai pas non plus la science infuse. Mais par cette information, je peux maintenant dire que vous êtes tout comme moi un Sang-Mêlé. Etonnant pour quelqu'un qui défend les préceptes des Sangs-Purs... Mais pourquoi devrais-je être choquée ? »

Elle le vit pincer les lèvres tandis qu'il s'éloignait.

« Quoi qu'il en soit, mon père, tout comme ta chère mère au sang-de-bourbe ont eu leur utilité. Ta mère est morte pour te protéger quand tu étais enfant, et moi j'ai tué mon père. Et pourtant maintenant, il m'a été utile pour renaître. »

« Excusez-moi, mais l'examen d'Histoire c'était ce matin ! Je suis peut-être une Serdaigle mais je trouve les histoires mal racontées extrêmement barbantes ! »

« Tu n'aimes pas ma manière de raconter ? »

« Je préfère lire un bon livre qu'écouter un mauvais conteur. Peut-être devriez-vous apprendre à chanter tel aède à l'époque d'Homère. Cela pourrait devenir intéressant. Peut-être. »

« Tu es une sale gamine arrogante. »

« C'est ce qui fait mon charme. Et cela me permet de me débarrasser du fils de Dumbledore quand il me tape sur le système. »

« Le fils de Dumbledore ? Albus Dumbledore n'a pas d'enfant. »

« Il est vrai que cela s'est fait à l'abri des regards et en plein adultère..., » fit pensivement Harriet alors qu'elle tournait ses poignets.

Elle sentait que la circulation était partiellement coupée et elle avait des fourmillements au bout de ses doigts. Toutefois, elle voulait concentrer l'homme sur autre chose qu'elle-même. Elle vit le serpent cracher, menaçant, et elle préféra cracher à son tour.

« Ne t'approches pas de moi, Serpent ! »

« Tu es fourchelangue ? » s'étonna ensuite le mage noir alors que le serpent crachait encore plus fort tout en reculant auprès de son maître.

« Il serait peut-être temps de se mettre à jour, » commenta Harriet. « Toute l'Angleterre est au courant depuis ... 1992. On m'a même prise pendant un instant pour l'héritière de Serpentard. Ce qui est complètement ridicule ! Je n'ai pas de sang Gaunt dans les veines contrairement à vous. »

L'homme la regarda, pensif, glissant un de ses doigts osseux le long de ses lèvres.

« Tu es sans nul doute intelligente, » commenta-t-il alors qu'il s'approchait à nouveau d'elle. « Mais tu divulgues trop d'informations. »

« Peut-être que je les révèle à dessein, » dit-elle avec un petit air suffisant.

« Donc tu me révèles l'existence d'un enfant né d'un adultère qui se trouve être un Dumbledore alors qu'il est ton protecteur, ton tuteur ? »

« Mais ... qui vous a dit ça ? » s'étonna Harriet, relevant les sourcils bien qu'avec une pointe de colère. « Que Dumbledore aille crever la gueule ouverte ! Je ne suis pas sa pupille, déjà qu'il m'a laissé auprès de mes sales Moldus d'oncle et tante pour je ne sais quelle obscure raison. Je ne sais pas s'il était au courant que j'y étais battue mais en tout cas, je suis bien contente de ne plus y être et d'avoir été récupérée par Lady Prince ! »

« Tu détestes les Moldus ? »

« Non, » réfuta-t-elle. « Je déteste ceux qui ont du pouvoir et qui se croient tout permis avec. Je déteste mon oncle et ma tante qui se sont cru tout permis sur moi et m'ont traitée comme leur esclave alors que je n'étais qu'une enfant. Je déteste Dumbledore d'avoir usé de son statut de tuteur pour piocher dans mon héritage, pour avoir laisser Sirius croupir à Azkaban et pour avoir prévu un mariage avec son fils Ronald Weasley ! Ca y est, je l'ai dit ! ... Et j'ai envie de vomir rien qu'à l'idée de penser tout cela comme une réalité ! Moi épouse de ce rustre ! Quelle horreur ! »

« Donc, ce Ronald Weasley est le rejeton de Dumbledore ... »

« L'un des rejetons, » corrigea-t-elle. « Mais techniquement, vous avez déjà rendu l'autre complètement folle alors ... »

« Dis m'en plus, » susurra-t-il.

« Elle a joué avec un journal vous appartenant il y a quelques années et elle est devenue complètement cinglée alors que vous la possédiez. Cette pauvre fille m'inspire de la peine... Triste fin... » Elle soupira avant de tirer sur ses liens. « Vous me libérez ? Je ne sens plus mes doigts. »