Chapitre 90 : Un Dur Réveil
Quand Eileen ressentit un pincement dans sa magie, elle sut immédiatement que ce qu'ils avaient tous redouté s'était finalement produit. Harriet était à la maison Merlin seul savait dans quel état. Elle se redressa vivement et se métamorphosa en une magnifique chouette des neiges. Elle prit son envol sous les yeux de tous et émit un cri pour alerter Sirius, Severus et Merryl qui n'étaient pas auprès d'elle, les deux premiers patrouillant autour du labyrinthe et la dernière se trouvant assise avec les autres jurés.
Ensuite, elle quitta le domaine de Poudlard pour pouvoir atterrir, se métamorphoser et transplaner directement à son domicile. Elle courut vers la porte et l'ouvrit précipitamment.
Le spectacle qui se révéla devant elle l'horrifia. Harriet était insconsciente au milieu du salon, baignant dans son sang à peine à quelques pas de la cheminée. Elle allait sans doute prévenir quelqu'un à l'aide par cheminette. Elle ne réfléchit pas plus loin et s'agenouilla auprès de sa fille pour la soigner. Un sort de découpe l'avait éventrée et son sang coulait abondamment autour d'elle.
Eileen glissa la pointe de sa baguette sur la plaie et murmura des paroles précipitées et inaudibles pendant plusieurs minutes. Les organes touchés se reconstruisirent, les chairs découpées se ressoudèrent et le sang disparut, laissant une Harriet bien pâle d'avoir perdu tant de ce liquide vital.
La mère embrassa alors sa fille sur le front avant de la soulever et l'allonger sur le canapé, non loin. Elle la recouvrit alors qu'elle la voyait légèrement trembler de froid et partit chercher dans son laboratoire quelques fioles de régénération sanguine qu'elle avait stockée quelques semaines plus tôt en prévision d'un désastre. Elle se remercia mentalement pour sa clairvoyance et remercia Magia pour leur avoir laissé d'une certaine manière un moyen de connaître l'avenir par ces quelques livres d'adolescent.
Elle veilla alors sur le sommeil de sa fille en attendant patiemment l'arrivée des autres.
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Ce fut un linge frais appliqué sur son front qui la réveilla. Elle ouvrit péniblement les yeux et croisa le regard sombre de sa mère. Elle lui fit un sourire rassuré.
« Bonsoir Harriet, » lui dit-elle en lui caressant doucement la joue. « Comment te sens-tu ? »
« Lourde ... et j'ai froid. »
« Tu as perdu beaucoup de sang. Je t'ai déjà donné une potion mais il faut le temps qu'elle fasse son office. »
La sorcière lança un sort de réchauffement autour de sa fille. Cette dernière lui fit un petit sourire en remerciement avant de refermer les yeux.
« J'ai averti Dumbledore que tu étais arrivée inconsciente et gravement blessée, » l'informa-t-elle. « Il a bien entendu voulu venir mais j'ai refusé. »
« Rien d'étonnant, » murmura Harriet.
« Je lui ai toutefois promis de le tenir au courant. Il n'est certes pas une personne très fiable mais il est le chef de l'Ordre du Phénix. »
« Tu ne lui as pas encore dit que c'était Voldemort, je suppose. »
« Non puisque tu étais encore inconsciente. Quand tu te sentiras prête, nous retournerons à Poudlard. Tous les autres s'inquiètent pour toi. » Il y eut un moment de silence. « Severus m'a dit avoir retrouvé le jeune Diggory stupéfixé. »
« Je ne voulais pas qu'il meure. Et j'ai eu raison de le faire. Il y avait Pettigrow et Croupton je pense. Et puis tous les autres... » Elle rouvrit les yeux et fixa sa mère. « Voldemort est un sadique mais il est un peu différent de ce à quoi je m'attendais. »
« Comment cela ? »
« Je ne sais pas si c'est le fait que j'ai eu une discussion différente de celle du bouquin ou si c'est juste parce que j'ai été la pipelette la plus stressée de l'univers mais ... à un moment, il a même été jusqu'à me proposer de m'allier à lui. »
« Vraiment ? »
« Pour gagner du temps et trouver une opportunité pour m'échapper, je lui ai parlé de Dumbledore, ses manigances et aussi l'existence de ses deux enfants. »
« Des données qu'il aurait pu connaître mais qui te placent contre lui et aussi des informations inconnues de tous... Cela pouvait t'afficher comme utile pour lui, effectivement. C'est bien joué. Ton frère serait fier de toi. »
« Je ne me sens même pas mal d'avoir vendu Ronald Weasley à Voldemort. Il va être sa cible, c'est certain. » Harriet resta silencieuse un instant. « Est-ce que cela fait de moi une mauvaise personne ? »
Eileen vit le doute dans les yeux de sa fille.
« Non. Tu as fait ce qu'il fallait pour survivre. Et puis, un jour où l'autre, l'un de nous aurait usé de cette information contre Dumbledore et le mage noir aurait été au courant. Que ce soit maintenant ou dans quelques mois, cela ne change au final pas grand chose. »
Elle passa une main dans les cheveux détachés de sa fille pour la rassurer avant de soupirer.
« Tu veux avaler quelque chose ? Ou boire ? »
« De l'eau seulement, » répondit la Serdaigle. « J'ai une boule qui me serre l'estomac. »
« D'accord. Je t'apporte ça. »
Harriet se redressa doucement tandis que sa mère partait en cuisine lui chercher un verre d'eau. Elle se passa une main sur le ventre et fut rassurée de ne plus sentir cette horrible douleur ni d'avoir les mains poisseuses de son propre sang. Un verre d'eau apparut devant elle et elle le prit en remerciant sa mère avec un faible sourire. Eileen s'installa à côté d'elle et l'accueillit volontiers dans ses bras quand elle vint chercher du réconfort après la terrible épreuve qu'elle venait de subir.
Elle finit par se rendormir, rassurée et se sentant en sécurité à la maison. Elle la laissa se reposer encore. Dumbledore pouvait attendre. Elle la rallongea et veilla encore sur son sommeil. Sirius arriva une heure plus tard pour prendre des nouvelles tandis qu'ils savaient tous qu'il s'agissait de Voldemort. Severus avait du certainement prévenir Dumbledore en sentant sa marque ou quelque chose dans le genre. Le Gryffondor lui informa d'ailleurs que les membres de l'Ordre étaient tous avertis ou étaient sur le point de l'être. Le directeur ne semblait pas prendre tout cela à la légère.
Pour une fois que Dumbledore faisait quelque chose de bien ...
« Comment va-t-elle ? » demanda ensuite Sirius en observant sa filleule endormie. « Elle est si pâle... »
« Elle va bien mieux qu'elle en a l'air, » répondit Eileen d'une voix rassurante. « J'y ai veillé. Elle sera sur pied et d'attaque demain matin à la première heure. »
« Je suis heureux de l'entendre. » Il observa encore quelques instants Harriet avant de se préparer à repartir. « Je vais en informer les autres et essayer de trouver Remus aussi. Il est injoignable. »
Le Gryffondor partit sur ces mots, laissant la mère veiller sur la fille.
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Harriet sortit de la cheminée et atterrit dans les bras de son frère. Elle apprécia l'étreinte alors qu'elle sentait le parfum d'herbes et d'épices fraîchement coupés lui emplir les narines. Un petit toussotement léger les fit se séparer. La jeune fille vit le sourire de son directeur de maison alors qu'elle lissait les quelques plis de sa robe.
« Bonjour, professeur Flitwick, » dit-elle simplement.
« Bonjour, Miss Potter. J'espère que vous allez bien. Votre mère nous a informé que vous avez été blessée. »
« Oui, je vais mieux. Merci. »
Elle tourna son visage et croisa le regard de son frère. Il était plein d'interrogations. Elle soupira.
« Je comprends ce que tu disais vis à vis de la douleur, » dit-elle simplement.
Elle le vit pincer les lèvres tandis que ses poings se serraient de colère.
« J'aurais préféré que tu n'expérimentes jamais un tel sortilège, » fit-il sombrement.
« Ce n'est pas lui qui me l'a lancé mais un de ses hommes. Les Mangemorts me trouvaient arrogante. »
« Voilà qui n'est pas surprenant... » Il soupira et posa une main sur l'épaule de sa soeur. « Viens. Dumbledore et les autres nous attendent pour en savoir plus. »
« Et toi, ça va ? » demanda Harriet en le suivant.
Elle lui montra son bras gauche. Severus ne put s'empêcher de le masser doucement alors qu'ils avançaient dans les couloirs.
« C'est douloureux, » confia-t-il. « Mais pas plus qu'autrefois. Par contre, je ne pourrais pas rester longtemps. Il va falloir que je les rejoigne... »
« Tu ne risques rien ? »
« En théorie, non. Je suis autant l'espion de Dumbledore que celui du Seigneur des Ténèbres. Je garde ma place dans les deux camps. »
« Ca craint ... »
« Mais tu le savais. Tu l'as toujours su. »
« Cela ne m'empêche pas de dire que ça craint. Surtout quand on sait comment cela va finir, » ajouta-t-elle dans un murmure alors qu'elle serrait ses bras autour d'elle.
Severus posa une main sur son épaule et la serra doucement, rassurante.
« Tout ira bien, Petite Peste. Je n'ai pas l'intention de te lâcher en si bon chemin. »
« Mais tu n'hésiterais pas une seconde à te sacrifier corps et âme pour que je survive à cette guerre. »
« Tel est mon rôle et si je dois mourir pour toi, alors je mourrai. J'ai accepté cette éventualité il y a longtemps. »
« Et Merryl ? Tu penses à elle ? »
« Elle serait certainement d'accord avec moi. Et puis, elle sait elle aussi. »
Ils ne purent continuer leur discussion plus avant car ils arrivaient au bureau de Dumbledore.
Elle rapporta l'entrevue au vieil homme bien qu'elle prétendit ne pas se souvenir de toute la conversation tellement elle était terrorisée et légèrement sonnée. Elle ne parla essentiellement que du rituel de sang, le rassemblement de mangemorts et la trahison de Wormtail qui s'affichait parfaitement comme Mangemort. Elle parla aussi un peu du serpent mais sans plus. Elle n'avait pas grand-chose à dire non plus. Du moins pas à cet homme.
Elle put rapidement quitter le bureau pour laisser les 'grandes personnes' décider. Le concept la fit rire. Si seulement le vieil homme savait son âge ... De toute façon, elle savait qu'elle aurait un rapport complet plus tard. Comme elle raconterait le reste tout en fournissant son souvenir à son frère.
Elle parcourut lentement les couloirs déserts et descendit vers la Grande Salle. Elle croisa sur son chemin Cédric Diggory. Ce dernier lui attrapa le bras sans ménagement et la poussa un peu brusquement dans une alcôve à l'abri des regards.
« Comment as-tu osé ?! » siffla-t-il.
« Osé quoi ? » demanda-t-elle. « Osé te sauver la vie ? Eh bien ... tu vois, je m'attendais plus à des remerciements qu'à cela ! »
« Je ne te crois pas ! »
« Alors peut-être que tu croiras ma mère quand elle te dira m'avoir retrouvée inconsciente à la maison, baignant dans mon propre sang, éventrée par un sort de découpe, » rétorqua Harriet d'une voix froide.
Cédric écarquilla les yeux de surprise.
« Tu ne ... »
« J'avais un portoloin d'urgence sur moi. Une assurance que mon frère m'oblige d'avoir depuis longtemps. Il est un peu paranoïaque. Sur le coup, je suis bien contente de lui avoir obéi. »
« Tu as vraiment eu une vision ? »
« On va dire ça comme ça..., » répondit-elle évasivement. « Je ne saurais pas expliquer. Mais je savais une chose. Même si tu n'es pas vraiment un ami. Je t'apprécie. Et je ne voulais pas te voir mourir. »
« Mais tu es partie seule au devant du danger. Tu es folle. »
« Il fallait que je le fasse. Moi, j'avais une chance de survie. Tandis que toute autre personne serait morte en prenant le trophée. »
« Il y a une rumeur qui court ... Il est revenu ? Tu-Sais-Qui est revenu ? »
« Plus fort et plus hideux que jamais, » confirma-t-elle. « On dirait un squelette avec une peau de serpent sur le dos. »
Cédric fit une grimace à l'image mentale qu'il se faisait du mage noir. Il soupira et fixa la sorcière dans les yeux.
« Excuse-moi, Harriet. Et ... merci... de m'avoir sauvé. »
Elle sourit et lui serra la main.
« De rien. Voldemort, c'est mon combat. Et personne ne devrait mourir pour moi. Pas sans savoir pourquoi il doit se battre. Et toi, tu n'étais pas préparé. »
« Je suis plus vieux que toi, » fit-il avec un haussement de sourcil. « Je suis mieux préparé. »
« Oui. C'est un fait. Mais tu n'étais pas préparé à faire face à lui, si ? » Il dut admettre qu'il ne l'était pas. « Moi, oui. J'ai toujours su d'une certaine manière qu'il reviendrait et que je devrais me tenir prête. »
Son ventre gargouilla et elle rougit légèrement.
« Désolée, » fit-elle. « Je n'ai pas beaucoup mangé, ce matin, » avoua-t-elle ensuite. « J'avais rêvé de ce qui s'est passé cette nuit et ... j'avais une boule au ventre. »
« Le repas est terminé depuis un moment, » informa le Poufsouffle avant de la tirer doucement vers les escaliers. « Viens. Je t'accompagne en cuisine. »
« Merci. C'est gentil. »
« C'est le moins que je puisse faire, » dit-il avec un sourire.
