Chapitre 91 : Une Petite Visite aux Dursley

Severus et Merryl marchaient dans une rue de la petite banlieue moldue de Little Whining. Les maisons étaient identiques et les parterres en fleurs souffraient des rayons du soleil d'été. Ils s'arrêtèrent devant le numéro quatre et virent le nom des Dursley sur la boîte aux lettres. L'homme analysa les lieux extérieurs au cas où il y aurait quelques dangers, par les temps qui courraient, on n'était jamais trop prudent… Ne voyant rien, il se tourna vers la rousse.

« Prête à donner un sermon à ta sœur ? » demanda-t-il avec un sourire en coin.

« Oh crois-moi, je vais lui faire passer l'envie d'être une harpie ! C'est malheureux mais elle n'a pas été assez punie étant enfant. »

La rousse vérifia encore une fois sa tenue, entièrement moldue, et s'avança sur la petite allée d'un pas résolu. Elle toqua plusieurs fois à la porte et attendit. Du bruit se fit entendre de l'autre côté de la porte avant d'apercevoir le judas s'ouvrir.

« Fichez le camp de chez moi, les monstres ! » s'exclama une voix qu'elle reconnut immédiatement.

« Si tu n'ouvres pas immédiatement cette porte, je te pète un scandale ! Je suis certaine que tes voisins adoreront tout ce que j'aurais à leur dire, Pétunia Jane Evans ! » souffla la rousse d'une voix perfide, exactement ce qu'il fallait pour énerver sa soeur.

Elle entendit un juron avant d'entendre le verrou et de voir la porte s'ouvrir. Pétunia Dursley leur apparut vêtue d'un simple tablier. Elle avait les yeux bleus étincelant de colère et la bouche pincée. Elle était toujours aussi grande et mince. Elle n'était pas spécialement belle mais elle était bien habillée, en une parfaite mère de bonne famille. Un doux fumet de viande vint à leurs narines. De toute évidence, ils dérangeaient la Moldue pendant qu'elle préparait le repas.

La blonde jeta un coup d'oeil de chaque côté de la rue pour s'assurer qu'il n'y avait pas la moindre commère à proximité puis, à contre coeur, les fit entrer. Merryl se retint de vomir et de chanceler en observant l'intérieur en tout point similaire à la description faite dans les livres et ce qu'elle se rappelait des films, encore plus quand elle observa la porte du placard sous l'escalier, regard qui n'échappa pas à la maîtresse de maison.

Le visage de Merryl se ferma alors dans une grimace en tout point identique à celle qu'affichait sa soeur aînée, surprenant Severus qui n'avait encore jamais remarqué cet air de ressemblance entre les deux femmes.

La blonde les fit passer dans la petite salle à manger attenante à la cuisine et les invita à s'installer à table.

« Que me vaut cette ... visite après plus de dix ans sans de tes nouvelles...? » marmonna Pétunia en les observant avec un dégoût clairement affiché.

« Je me serais bien passée de cette visite de courtoisie si tu n'étais plus cette immonde petite fille jalouse et immature, Tunie ! Comment peux-tu vivre avec le poids de tes actes sur la conscience ? » cracha sa soeur.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. Dans cette maison il n'y a que d'honnêtes citoyens anglais ! Normaux ! »

« Les honnêtes citoyens ne réduisent pas en esclavage une petite fille, qui plus est ta nièce, ton sang ! Et ils ne la font pas dormir dans un placard à balais non plus ! PIRE ! Elle a disparu sous ta garde et t'es-tu inquiétée une seule fois pour elle ? »

« Et toi, où étais-tu ? Tu es autant un monstre qu'elle ! Pourtant c'est chez moi qu'on l'a placée ! Pourquoi ? Je ne voulais rien avoir affaire avec tout cela ! Et tu viens maintenant, après toutes ces années, me faire ces reproches ? »

« Tu évites un point, Tunie, » commenta Severus. « Pourquoi ne pas avoir averti les autorités quand Harriet a disparu ? C'était pourtant ton devoir en tant que tutrice. A moins que tu avais peur que la police ne se rende compte que ton mari et toi la battiez et la traitiez comme une esclave dans cette ... maison ? »

« Tu me fais des reproches à moi ? Qu'est-ce qui t'empêchait de me contacter pour que je m'occupe d'elle ? »

« J'avais une chance de la rendre normale comme moi et je l'ai saisie ! Puis, quand elle a disparu, je me suis dit 'bon débarras' voilà tout, » s'exclama la femme blonde. « Ce n'était plus mon problème mais le vôtre ! »

Severus écarquilla légèrement les yeux. Pétunia était définitivement pire que celle dont il se rappelait. En fait, elle était similaire aux livres bien que pas totalement comparable puisque les faits ne s'étaient pour la plupart jamais produits…

« Même quand Harriet avait disparu, tu aurais dû nous contacter, » dit-il simplement. « N'importe qui. Je n'avais pas changé de domicile. Toujours pas d'ailleurs. » Il soupira. « Tu pouvais avertir l'un de nous. Imagine qu'elle aurait été capturée par un fidèle du taré qui a tué ses parents … Imagine ce qui aurait pu arriver si elle n'avait pas été retrouvée et élevée par une personne de confiance… Et si elle était morte, comment te sentirais-tu ? Je ne veux pas croire que tu sois un être tout aussi dépourvu de cœur que le malade qui lui a privé de ses parents biologiques. Maintenant, peut-être que nous nous trompons et que tu es encore plus … monstrueuse … que nous et notre magie. »

« JE NE SUIS PAS COMME VOUS, JE NE SUIS PAS UN MONSTRE MOI ! » cria la concernée

« Nous allons voir cela, » fit Merryl en pointant sa baguette vers sa soeur aînée. « Tu vas revivre tout tes péchés. Legilimens. »

Severus observa la rousse lire les souvenirs de la Moldue qui était devenue silencieuse et apathique jusqu'à ce qu'il voie la sorcière se tendre.

« Qu'as-tu vu ? »

« Des... sorts, des consignes mentales plus précisément... Pétunia et toute sa famille – j'en mettrais ma main à brûler – ont reçus des consignes mentales encourageant grandement leur haine envers la magie et envers Harriet... »

« Alors ce serait la faute de ces sorts ? »

« Non, pas seulement. Cela les a juste encouragés à aller contre toute morale. Ils avaient déjà cette peur et cette haine envers la magie même s'ils se seraient montrés bien moins détestables, » grimaça la rousse en relâchant la blonde. « Je ne suis pas assez douée pour trouver le sens exact des consignes et les retirer sans faire de dégâts dans son esprit par contre. »

« Je peux toujours essayer, » proposa Severus. « Mais si c'est un maître qui est responsable des manipulations, je serai peut-être impuissant. L'esprit est quelque chose de délicat. Je pourrais la rendre folle. »

« Je t'interdis de faire de ta chose sur moi ! » siffla Pétunia en s'armant d'une cuillère en bois qu'elle avait dans son tablier.

« C'est toi qui vois si tu veux rester ensorcelée, Tunie, » commenta le Maître des Potions en haussant des épaules. « Merryl ? Je le tente ou on l'oubliette simplement pour protéger Harriet ? »

« Essaie. Elle vivra alors avec les conséquences de ses actes à l'esprit avec la certitude de ne jamais pouvoir s'excuser. Elle se sentira enfin aussi monstrueuse qu'elle pense les autres être, » fit-elle, impitoyable.

Severus hocha la tête et sortit à son tour sa baguette.

« Assieds-toi, Pétunia, » lui dit-il, le visage impassible. « Cela pourrait être assez … désagréable. Sans être douloureux pour autant. »

« Ne m'approche pas ! »

« Plus tu te débattras, pire ce sera, » l'avertit-il néanmoins. « Tout ce que je veux, c'est voir ce qu'on t'a mis dans la tête et, si je peux, te les retirer. Est-ce mal et monstrueux de ma part ? »

Voyant que la Moldue allait à nouveau crier, Merryl pointa sa baguette sur elle.

« Ne m'oblige pas à faire acte de force sur toi, Tunia. Tu es la seule soeur qu'il me reste alors coopère ! Je te promets que je ne t'infligerai plus ma présence, » ajouta-t-elle d'une voix fatiguée.

« Très bien, » cracha Pétunia avec un brin de fatalisme alors qu'elle s'asseyait sur une chaise, droite comme un piquet. « Faites vite puis disparaissez ! Vernon et Dudley ne vont pas tarder ! »

Severus décala sa chaise pour faire face à la femme austère qu'il le toisait avec colère et appréhension, fixant sa baguette de ses yeux bleus.

« Regarde-moi dans les yeux, » lui ordonna-t-il d'une voix neutre. « Ce sera plus simple. » Elle obéit à contre cœur. « Legilimens. »

Il arriva dans l'esprit de la Moldue et remonta ses souvenirs jusqu'à une époque reculée, dix ou quinze années auparavant, ignorant la colère sourde qui le prenait peu à peu et qui n'était pas la sienne. Pourtant, en voyant les souvenirs de ce que Pétunia avait fait vivre à Harriet, il en ressentit quelques bouffées propres à lui. Il garda toutefois son calme car il sentait, comme Merryl le lui avait indiqué, que ce n'était pas totalement sa faute. Elle avait subi quelques manipulations mentales.

Il remonta alors à l'origine et éplucha avec autant de douceur possible ses souvenirs ayant un rapport de près ou de loin avec la magie, laissant les autres souvenirs à l'écart car il appartenait à sa vie privée et il ne voulait pas trop l'envahir. Il crut percevoir de la surprise dans l'esprit de la Moldue alors qu'il pensait cela.

'C'est ta vie, Pétunia,' lui dit-il par la pensée. 'Je ne suis pas d'accord avec tes choix, comment tu nous vois alors que nous n'avons que la magie en plus de vous. Mais chacun ses opinions et ses expériences. Je ne vois pas l'intérêt de regarder les fêtes et autres moments de ta vie avec ta famille. C'est ton intimité et je la respecte. Je veux juste savoir qui t'a forcée à être aussi horrible avec la Petite Peste. Nous devons la protéger. Si à la base, nous étions venus juste pour te remonter les bretelles, là, la situation est différente. Laisse-toi faire. Détends-toi. Je ne te ferai aucun mal, tu as ma parole.'

Il la sentit soupirer et être un peu plus calme et disposée à lui laisser l'accès à ses souvenirs sans trop de colère ou de rancœur, le tout étant assourdi à l'arrière-plan de son esprit.

Il découvrit alors l'identité du sorcier coupable d'autant de cruauté et de pouvoir pour pousser une famille moldue déjà méfiante envers la magie à blesser et humilier un enfant sorcier. Tout cela pour paraître en héros ensuite aux yeux de cet enfant… Un bienfaiteur, un bon samaritain…

Il quitta l'esprit de Pétunia et se tourna vers Merryl.

« Cela risque d'être compliqué. Je te laisse deviner qui est derrière tout cela. » Il soupira. « Cela commence sincèrement à m'énerver et me donne des envies d'user d'impardonnables ! »

Un éclair de compréhension passa dans le regard émeraude tandis que Merryl prenait une grande inspiration et se tournait vers sa sœur aînée.

« Un sorcier se croyant tout permis a violé ton esprit et t'a contrainte à faire des choses que tu ne voudrais pas faire. Il a exacerbé tes craintes et les a transformées de sorte que tu commettes des choses impensables. Ton mari et ton fils sont peut-être concernés également. Accepterais-tu, le moment venu, de plaider ta version des faits ? Je te promets qu'aucun membre de ta famille n'en entendra jamais parler, si tu le souhaites, mais tu es ma soeur et même si tu as été une chieuse toutes ces années, tu mérites de récupérer ta dignité au travers de la vengeance. Et souviens-toi ce que disait Papa, 'Les Evans ont la vengeance glacée !' »

Les deux soeurs échangèrent pour la première fois depuis longtemps un regard de connivence, comme si elles se redécouvraient pour la première fois.

« Ce qui doit être fait le sera, je vous aiderai mais je veux que ma famille soit en sécurité, » souffla la Moldue légèrement perdue mais décidée.

« Vu comment tourne les choses, il faudra bien, » commenta Severus. « Et … » Il sembla réfléchir un instant et passa au français. « Merryl, qu'est-ce que tu penses de lui laisser un portoloin d'urgence pour elle et sa famille ? Si elle se présente au procès, le Seigneur des Ténèbres pourrait prendre connaissance de son existence. Il n'en aura probablement rien à faire mais dans le doute, une petite protection en plus ne fait pas de mal… »

« Je ne sais pas à quoi tu joues, Snape, à parler en français mais si cela concerne la sécurité de ma famille je veux être au courant ! »cingla la femme dans la même langue.

« Elle a raison Sev, » fit Merryl en revenant à l'anglais. « Et puis, je ne pense pas que Vernon accepte de se servir de cela le moment venu... » Elle se tourna à nouveau vers Pétunia. « Cela fait sûrement beaucoup d'informations pour toi d'un coup, Tunie, et il se fait tard… Je reviendrais ou alors nous nous retrouverons ailleurs pour discuter de ce qui est faisable ? »

La sorcière fouilla dans ses poches et en ressortit un bloc-note et un crayon. Elle y annota quelques bribes et tendit le feuillet à sa soeur.

« Il y a l'adresse ou tu peux m'écrire et mon numéro de téléphone. Si ce n'est pas moi qui réponds, ce sera mon fils. Si tu as la moindre question ou le moindre souci, je serai là. »

La Moldue le prit et parcourut les quelques lignes du regard avant d'hocher la tête. Severus resta silencieux jusqu'à ce qu'ils furent tous deux sortis.

« Encore Dumbledore…, » soupira-t-il. « Pourquoi cela tourne toujours autour de ce vieil homme ? Cela ne pourrait pas être quelqu'un d'autre pour changer ? »

« Qui d'autre aurait eu quelque chose à obtenir de cela ? »

Severus ne répondit pas. Il n'avait pas de réponse à cette question. Ils retournèrent dans leur monde pour prendre des nouvelles d'Harriet et Eileen. Ces deux dernières avaient commencé les démarches pour inscrire la Petite Peste à l'école de magie de Pelhisir.