Chapitre 92 : Harriet en Colère
Eileen entendit la porte claquer en soupirant. C'était à prévoir que sa fille s'énerve après toutes les démarches qu'elles avaient faites. Tout cela pour rien ... Elle commença lentement à préparer le repas. Sirius allait bientôt arriver. Il venait toujours manger avec eux, ne pouvant pas se cuire un oeuf. Cela ne la dérangeait pas. Il avait vécu avec eux pendant longtemps. L'homme s'était relativement bien remis de son séjour à Azkaban. Mais il y avait certaines choses qu'il ne savait pas faire ou auxquelles il ne pensait pas. Comme apprendre à cuisiner ... Mais pour le reste, il commençait à reprendre le pas sur la vie et à être à nouveau indépendant. Sauf pour se nourrir. Il revenait pratiquement tous les jours pour cela.
Quand elle entendit la porte d'entrée, elle se détourna de sa casserole pour saluer le nouveau venu qu'elle pensait être justement le Maraudeur. Elle ne fut qu'à moitié surprise de découvrir son fils à genou à terre, tremblant de tous ses membres et grimaçant de douleur.
Elle lança immédiatement un sort de stase pour ne pas brûler le repas et accourut auprès de Severus pour l'aider. Elle passa un bras sur ses épaules et l'aida à se relever pour l'asseoir sur le canapé du salon.
« Le doloris, je présume, » dit-elle doucement.
« Quatre fois, » maugréa-t-il à travers ses dents serrées. « Je ne sais pas comment j'ai pu faire pour transplaner sans me désartibuler. »
« Ce n'est pas moi qui vais pouvoir te répondre, mon grand, » murmura-t-elle en faisant venir à elle un flacon de potion. « Tiens. Anti-douleur. »
« Tu sais que ce n'est pas pleinement efficace avec l'impardonnable. Cela ne soigne que les douleurs physiques. »
« Cela te soulagera déjà un peu. Maintenant, obéis ou je te le fais boire de force et j'appelle Harriet pour qu'elle admire le spectacle ! »
Severus but le contenu du flacon d'une traite et soupira légèrement de soulagement. Il l'aurait bu de toute façon mais il avait obéi plus vite que son ombre car il ne voulait pas que sa soeur le voit comme un gamin refusant de boire un médicament. Il n'était pas du genre à faire des caprices ou à se donner en spectacle !
Il se laissa pousser ensuite dans le fond du canapé, acceptant volontiers de se reposer quelques instants.
« Mais c'est pas vrai ! » s'exclama soudain une voix féminine, faisant sursauter le Maître des Potions. « Pas ça aussi ! Quelle semaine pourrie ! »
Il allait se redresser quand il entendit sa mère l'intimer au repos.
« Laisse-la. Elle est d'une humeur massacrante. »
« J'ai remarqué, » soupira Severus en regardant sa mère. « Que s'est-il passé ? »
« A l'instant ? Je ne sais pas. Mais tu as lu les nouvelles du jour ? »
« Non. Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire le journal. J'ai passé ces trois derniers jours devant une vingtaine de chaudrons tant pour Dumbledore que pour le Seigneur des Ténèbres. Sans parler des réunions ... »
« Eh bien, il y a un nouveau décret sur l'éducation qui est sorti. »
« C'est rare ça... Le dernier date ... de l'époque où Armando Dippet était directeur ! »
« Oui. C'est fort probable. »
« Et qu'est-ce que ça dit ? »
« Pour résumer, tous les enfants sorciers mineurs de nationalité anglaise doivent obligatoirement suivre leur scolarité à Poudlard. Aucune autre école n'est acceptée. Et naturellement, les cours à domicile ne ce font plus depuis des années... »
« Ah ! » Il soupira encore. « Elle qui se faisait une joie d'aller suivre les cours au Berceau ... »
« Elle a été jusqu'à me demander de l'inscrire dans une école moldue jusqu'à sa majorité et pour ensuite terminer ses études sorcières autre part. »
« Sauf que cela dit clairement qu'elle doit suivre sa scolarité à Poudlard ... »
« Et si elle émet le souhait de vivre comme une Moldue ? »
« Qui voudrait ça ? »
« Elle était une Moldue, Severus. Pendant vingt-cinq longues années. Je ne pense pas que cela la dérangerait. Mais je crois qu'elle est juste en colère et qu'elle a dit cela sur un coup de tête. »
Au même instant, Harriet sortit de sa chambre d'un pas furibond avec un mouchoir en main. Elle le jeta avec violence dans la poubelle avant de se tourner vers le salon. Elle qui avait déjà les sourcils froncés se fit un peu plus sombre et colérique avec un brin d'inquiétude et de curiosité en voyant son frère avachi dans le canapé.
« Je suppose que tu passes une journée aussi merdique que moi, » commenta-t-elle avec humeur. « Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
« Doloris. »
« Ouch. »
« Et toi ? Qu'est-ce qui vient de se passer ? »
« Hmmm ... Juste le vingt-deuxième décret du ministère de l'éducation que j'emmerde royalement ! Je me suis coupée avec une page d'un de mes bouquins et il y a eu un peu de sang dessus, merci l'existence de la magie ... Et j'ai encore recraché cette maudite feuille de mandragore ! C'est la troisième cette semaine ! »
« Tu n'es peut-être pas d'humeur patiente avec tout ce qui se passe actuellement, » commenta calmement le Maître des Potions. « Qu'est-ce que tu dirais de t'installer à côté de moi et de regarder un film pour te détendre. »
Il la vit hésiter un instant avant de soupirer et de se laisser tomber à côté de lui.
« Par contre, je te laisse le soin de choisir le film tant que c'est une comédie et aussi de mettre la cassette dans le lecteur. Je suis bien trop fatigué et éprouvé physiquement pour faire un mouvement inutile. »
« Toi, t'es définitivement plus à la ramasse que moi ! Mais tu aurais pu me le demander avant que je m'asseye ! »
« Tu me refuserais ce plaisir ? »
« Dans ton état ? Non, » fit-elle en se relevant. « Je ne suis pas une salope encore. »
« Harriet ! Langage ! » réprimanda Eileen. « Ta mauvaise humeur ne t'empêche pas d'être polie ! »
« Oui, Maman, » maugréa la jeune fille en tirant une boîte un peu au hasard.
Elle l'inséra dans le lecteur et les deux 'enfants' regardèrent la comédie qui s'avéra être le film The Mask. Leur humeur et les épreuves du monde extérieur s'effacèrent rapidement de leur esprit pour ne plus que rire et s'esclaffer devant Jim Carrey qui faisait l'idiot.
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« Hmmm ... Je peux savoir pourquoi je dois y aller ? » demanda Harriet avec un sourcil relevé en fixant son frère debout dans l'embrasure de la porte de sa chambre.
« Parce que même si nous détestons Dumbledore pour ce qu'il a fait, ce qu'il a osé te faire, » fit Severus d'une voix exaspérée. « Il est encore le seul à se battre ouvertement contre le Seigneur des Ténèbres, à être le chef de l'Ordre du Phénix et à avoir suffisamment d'influence pour réveiller les esprits. »
« Tu parles d'une influence..., » ricana la jeune fille. « Depuis Stonehenge, il se fait plus discret. Et de ce que j'ai lu dans les journaux, il est considéré comme un vieux sénile complètement fou. »
« Le Ministre de la Magie veut juste éviter un mouvement de panique. Il refuse de voir la vérité en face quand on la lui présente. »
« En même temps, Fudge est une autruche, » fit-elle en haussant des épaules. « C'est plus facile de mettre la tête dans le trou que d'affronter les problèmes. »
Elle garda un instant le silence alors qu'elle se sélectionnait une tenue pour la journée à venir.
« Mais pourquoi faire mon anniversaire au Terrier ? » demanda-t-elle ensuite. « Je ne pourrais même pas être totalement moi-même ! Aucun d'eux ne sait ! »
« Mme Weasley a tenu à ce que tu passes le meilleur anniversaire de ta vie ... »
« Okay ... le jour où elle pourra faire mieux que mon quatorzième anniversaire dans cette vie ou mon vingt-et-unième dans la précédente, Voldemort dansera en tutu à paillette dans l'atrium du Ministère ! »
« Qu'est-ce qui s'est passé pour ton vingt-et-unième anniversaire ? »
« Je te laisse le soin de le découvrir mais tu auras du temps à attendre si tu veux juste voir l'évènement se dérouler. »
« Tu me laisserais sur une énigme ? »
« Tu aimes les résoudre, non ? » répliqua-t-elle avec un sourire.
« Soit. Et maintenant, j'ai l'image du Lord Noir en tutu. Je vais en faire des cauchemars pendant des mois... »
« Oh moi, tu sais, je l'ai depuis des années avec toutes les fanfictions que j'ai lues. J'ai même personnellement imaginé un Lord Voldemort enceint et soumis ! »
Severus la regarda avec des yeux écarquillés avant de finalement soupirer.
« Je ne préfère pas savoir ce qu'il s'est passé dans ta tête pour imaginer ... ça ! »
« Tu ne veux pas savoir qui était l'heureux père ? »
« Tant que tu ne me dis pas que c'est moi ! »
« Non... mais des gens y ont pensé ! »
« Par Merlin, Viviane et Morgane ! » Il se tourna, prêt à sortir. « Maintenant, je vais sérieusement faire des cauchemars ! Habille-toi. Vous partez dans deux heures. »
« Et toi ? »
« Je passe par chez moi avant. Histoire que Dumbledore ne se rende pas compte tout de suite à quel point nous sommes proches. Je ne sais toujours pas comment il a fait pour ne pas le remarquer cette année... A croire qu'il est aveugle ! »
« Si c'était le cas, il marcherait avec une canne... »
Il ne répondit pas à cela et partit rapidement. Harriet réfléchit encore un instant avant d'opter pour une tenue passe-partout, entre moldu et sorcier, et pour un peu embêter le plus jeune Weasley, elle choisit une chemise verte légèrement bouffante sur sa jupe claire qui lui arrivait au genou.
Elle soupira alors qu'elle attachait ses cheveux avec ses deux piques à cheveux avec des vifs d'or. Elle ne voulait pas y aller. A part les jumeaux, elle n'aimait pas cette famille. Elle n'avait rien de particulier contre les plus agés ou contre Mr Weasley mais elle avait clairement un problème avec Mme Weasley et son fils Ronald.
Eileen vint la chercher quelques instants plus tard.
« Qu'est-ce qui te prend si longtemps ? » demanda-t-elle, curieuse. « Tu es bien plus rapide, d'habitude. »
« La destination et le fait qu'on va gâcher mon anniversaire pour un rassemblement de l'Ordre du Poulet Grillé ! Pourquoi aujourd'hui ? Le citronné ne pouvait pas choisir un autre jour ? »
« Je ne sais pas, ma puce. Si tu veux, on rattrapera ton annif un autre jour. »
« Oui, je sais mais ce n'est pas la même chose... »
Elle soupira et attrapa sa baguette qu'elle glissa dans son holster. Elle se tourna vers sa mère.
« Ce n'est pas comme si nous allions à l'abattoir. »
« C'est tout comme. Ma seule consolation, c'est qu'il y aura les jumeaux et qu'ils peuvent être amusants avec leurs inventions. »
« A propos de leurs inventions, comptes-tu les aider comme dans le livre ? »
« Hmmm ... pourquoi pas ? Si leur rêve est d'avoir leur propre magasin... »
« Si jamais, nous pourrons toujours aller à Gringott's pour voir ce qui peut être fait pour les lancer. »
Harriet sourit et hocha la tête. Elle suivit sa mère dans le salon et, attrapant au passage sa cape, elle prit de la poudre de cheminette. Elle la jeta dans l'âtre et inspira profondément.
« Le Terrier ! » dit-elle d'une voix presque fataliste alors qu'elle faisait un pas en avant.
