Quand Harriet pénétra dans la maison Weasley, il vit avec surprise et plaisir sa tante en pleine prise de bec avec Dumbledore.
« Non mais vous pensez sérieusement que je vais accepter de vous faire confiance pour protéger qui que ce soit alors que ma sœur et son mari sont morts par votre faute et que vous avez laissé Sirius être envoyé à Azkaban sans sourciller alors que vous aviez le pouvoir de l'innocenter ? » s'exclama Merryl outrée alors qu'elle serrait la lanière de son sac à main.
La jeune Prince poussa doucement Ginny vers un siège, sachant parfaitement que Voldemort qui l'habitait profitait du plaisant spectacle et n'en perdait pas une miette. Et à vrai dire, Harriet voulait elle-même en profiter. Non mais voir Dumbledore se faire ainsi tirer les bretelles. Du grand art ! L'art de Merryl Evans.
« Dois-je préciser que vous avez envoyé ma nièce chez des Moldus qui ont horreur de la magie alors qu'elle avait encore de la famille sorcière ? Moi en l'occurrence ! Peut-être faudrait-il se demander quelle influence vous avez eu sur le jeune Tom Jedusor lorsqu'il était votre élève pour qu'il tourne si mal … »
Harriet se retint de rire alors qu'elle s'asseyait à côté de Ginevra pour continuer à admirer le spectacle d'un Dumbledore tendu comme un piquet, le visage à mi-chemin entre le papy gâteau et le vieux mage en colère et passablement outré. Mais que pouvait faire ce sorcier privé d'une bonne partie de sa magie face à une encore jeune et fougueuse sorcière comme Merryl Evans ?
« Ca, c'est ma tante, » sourit la Serdaigle. « Salut Tati ! »
« Bonjour Riette, » sourit la rousse. « Joyeux anniversaire ! »
« Merci ! »
« Par contre, je ne peux pas rester. J'ai des affaires très importantes à faire au Berceau. Je suis juste venue déposer ton cadeau. »
« Et accessoirement enguirlander mon directeur, » fit la jeune fille avec sourire. « Devant les Weasley et … »
Harriet tourna la tête pour voir un peu l'assemblée.
« Un quart des membres de l'Ordre, » compléta Sirius avec un sourire. « Tu comptes traumatiser quelqu'un avec tes colères légendaires ? » ajouta-t-il à l'adresse de la sorcière.
« Fais gaffe, Siri, » prévint sa filleule. « Parce que le vol plané dans la baie et le collier à grelot, ce n'était encore rien ! »
« Que pourrait-elle faire de pire ? »
« Tu n'as pas idée, Sirius, » fit la rousse avec un sourire mystérieux et une lueur un brin joueuse dans le regard.
Elle s'approcha de sa nièce et vint l'embrasser. Elle posa ensuite son sac à main en cuir brun pour l'ouvrir.
« Quel bordel ! » rit doucement Harriet.
« Sois gentille, Petite Peste. Tais-toi. »
« D'accord. »
« Quand tu auras autant d'affaires que moi à transporter, ton sac aussi sera aussi bordélique. »
« J'espère pas ! »
Merryl soupira et sortit sa baguette.
« Accio cadeau d'Harriet ! »
Un paquet sortit des sombres tréfonds du sac de la sorcière et atterrit sur les genoux d'Harriet. Celle-ci émit un léger bruit surpris sous le poids du cadeau qu'elle devina immédiatement être un gros grimoire.
« Merci ! » s'exclama-t-elle.
« Tu ne sais même pas encore ce que c'est ! »
« C'est un livre ! Et moi, j'adore les livres ! »
« Ca, c'est sûr, » maugréa Sirius. « Elle dort avec un livre ! »
« Padfoot, » commenta Remus. « Si tu ne veux pas te prendre un dictionnaire Grec-Français dans la figure la prochaine fois que tu vas chez Lady Prince, je te suggère de la fermer ! »
« Mais Moony … »
Pendant ce temps, Harriet avait déballé le cadeau et lisait déjà le titre de l'ouvrage, sans s'en rendre compte, dans la langue originale, le fourchelangue.
« 'Allier Fourchelangue et Runes pour la Création de Barrières magiques'. Par Liesel Morgenstern. » Elle redressa la tête pour fixer sa tante. « Merci ! »
« Je crois que tu as compris de quoi ça parle, » sourit-elle. « Un ami me l'a conseillé pour toi. »
« Super ! »
« Et ça parle de quoi ? » demanda Sirius en approchant.
« Je viens de le dire, » rétorqua Harriet en relevant un sourcil.
« Je t'ai entendue siffler, » corrigea le Maraudeur. « Et la traduction ? »
« Oh … hmmm… C'est un livre en fourchelangue, c'est ça ? »
Merryl sourit en hochant la tête avant de l'embrasser sur le front, lui souhaiter encore une fois un joyeux anniversaire et de prendre congé. Elle devait partir travailler.
La jeune Serdaigle feuilleta un peu l'ouvrage, curieuse et découvrit que cela concernait la création de barrières pour des dragons ou autres immenses créatures comme ceux qu'elle avait vu sur Tertre de Feu, au Berceau, mais elle pourrait certainement en trouver quelques applications.
Elle ignora les regards sombres de Mme Weasley, Dumbledore et Ronald. Elle était une fourchelangue et cela ne la rendait pas mauvaise. C'était juste un don. Ce fut pourquoi elle se leva et posa ses mains sur ses hanches, en colère, quand le directeur lui fit une remarque.
« Ce n'est pas parce que Voldy ou d'autres sorciers fourchelangues ont mal tournés que tous les fourchelangues sont d'office des mages noirs ! » s'exclama-t-elle outrée. « Je suis fourchelangue et je suis pas prête de devenir quelqu'un d'aussi sadique et sombre que Voldemort ! » Elle croisa les bras. « Je fais ce que je veux et si je veux parler ou lire du fourchelangue, je le ferai ! »
« Et si, au lieu de tuer tout le monde de ton regard froid, tu ouvrais tes autres cadeaux, Riette, » proposa Sirius en apportant son propre cadeau à sa filleule.
« Sirius ! » s'outra Mme Weasley. « Les cadeaux s'ouvrent après le gâteau ! »
« Qui l'a décrété ? » demanda le Maraudeur en relevant un sourcil. « Et puis, elle en a déjà ouvert un… »
« Si cela pose un problème, je peux toujours attendre, » fit Harriet qui n'était pas pressée devant ses cadeaux.
Quelques membres de l'Ordre repartirent puisque la réunion s'était déroulée durant tout le temps qu'Harriet avait passé dehors avec les jumeaux et la marionnette de Voldemort. Il ne restait plus que son anniversaire.
Elle évita soigneusement le regard de son frère pour ne pas trahir son lien avec lui en présence de Ginevra et Severus ne fit rien qui aurait pu poser problème. Elle expliquerait plus tard pourquoi.
Mme Weasley appela pour le gâteau et la Serdaigle marcha en direction de la table en aidant Fred avec Ginny. Ainsi, elle s'arrangea pour être assise entre sa mère et la petite rousse. Sirius et Remus s'installèrent en face des deux Prince, Fred à coté de Ginny et Georges à coté de Sirius. Aucune place proche possible pour Ronald Weasley.
Ils entonnèrent tous – sauf Ginevra – le refrain joyeux pour célébrer les quinze ans d'Harriet alors qu'un gâteau ayant la forme d'un immense vif d'or flottait dans les airs et fut posé devant la jeune fille. Elle vit l'écriture de Mme Weasley lui souhaiter un joyeux anniversaire ainsi que ses quinze ans. Chiffre quinze qui avait été soigneusement barré avec un coulis – probablement à la fraise ou à la framboise - pour être corrigé dans la même substance en un trente-cinq. Pour trente-cinq ans. Son âge réel. Enfin… Son âge réel moins une année. La personne avait fait une erreur.
Elle releva la tête et plissa les yeux alors que son parrain affichait une mine bien trop innocente pour que cela soit réel.
« Sérieusement ? » demanda-t-elle. « Trente-cinq ans ? Mais où as-tu appris à compter ? Fred, Georges, vous avez un marteau et des clous ? Ou peut-être un tournevis ? Je suis sûre qu'en ouvrant la tête de Siri, on va trouver des boulons mal serrés et il va falloir rectifier tout ça ! »
« Pas toute à ma tête, Petite Peste ! »
« Eh ! D'habitude, ce n'est pas toi qui dis ça ! »
Eileen ne put que pouffer de rire avant de se pencher vers sa fille.
« Souffle tes bougies, ma puce. Tu te vengeras à la maison. Et je suis sûre que ton frère te donnera un coup de main pour le principe. »
« Super ! Sirius t'es cuit ! »
« Saignant ? A point ? Ou bien grillé ? » demanda Remus en riant.
« Je ne sais pas encore, » plaisanta la jeune fille avant de souffler sur ses bougies.
La nourriture du Terrier n'était pas mauvaise. Harriet aurait très bien pu l'apprécier pleinement si elle n'avait pas senti son médaillon chauffer contre sa peau quand elle avait porté à ses lèvres sa tasse de thé. Naturellement, elle s'y attendait et Voldemort lui-même avait touché deux mots à ce sujet. Un philtre d'amour ou une potion de confiance. Comme si sa famille était assez bête pour tomber dans le panneau !
C'était la touche qui gâchait un peu sa journée. Mais ce n'était pas encore trop grave à côté de la compagnie amusante et intéressante des jumeaux, celle un peu exaspérante de son parrain qui s'était ajouté pour faire quelques farces à sa filleule, celle un peu étrange de la silencieuse Ginevra. Entre elle et Ronald, elle préférait de loin la fille possédée par le terrible mage noir. Ce n'était pas comme s'ils allaient dire des choses compromettantes de toute façon. Les jumeaux ne savaient rien réellement d'elle. Elle avait toujours gardé le secret avec eux.
Elle avait reçu en plus de l'ouvrage de sa tante, quelques romans moldus et sorciers de la part de sa mère et de Remus, un pull rose avec un 'H' rouge et or dessus de la part de Mme Weasley – elle fit de son mieux pour la remercier tout en se jurant de réduire ce cadeau en cendres dès qu'elle rentrerait ! – et un bocal de feuilles de mandragore de la part de son parrain. En soulevant celui-ci, elle remercia l'homme avec un sourire.
« Mais tu sais, Siri, » ajouta-t-elle. « Je veux bien que j'en utilise beaucoup ces derniers temps, mais il m'en faut des fraiches ! Pas des séchées ! »
« Ah ? Il y a une différence ? »
« Merlin…, » firent mère et fille en se pinçant l'arête du nez.
« Je vais t'envoyer chez le professeur Snape suivre des cours de potions et chez le professeur Chourave pour des cours de botanique ! » s'exclama ensuite Harriet. « Bien sûr qu'il y a une différence ! »
« Désolé, j'ai tout juste mes BUSES en potions. Ca remonte à loin. »
« Mais alors … comment tu as fait pour devenir auror ? » demanda la jeune Prince en plissant les yeux. « Il faut avoir son ASPIC en potions pour avoir un poste dans cette branche ! »
« Les avantages d'être en guerre. Il y a eu un peu plus de leste pour ce détail. »
« Ah … »
La dernière surprise de sa journée fut l'arrivée de sa lettre de Poudlard en même temps que celles des autres. La sienne était un peu plus lourde et plus épaisse que d'habitude d'ailleurs. Et pour cause ! Elle était nommée préfète de Serdaigle. Elle ne savait pas si elle devait en être ravie ou si c'était une nouvelle tentative de manipulation de Dumbledore pour qu'elle se rapproche de Ronald Weasley qui était lui aussi préfet mais de Gryffondor. Et Hermione ? Était-elle elle aussi préfète ? Elle espérait bien.
Elle pinça les lèvres en lisant la liste des manuels qu'elle devrait se procurer. Elle savait d'ores et déjà que Sirius ne reprenait pas le poste de DCFM. Il avait juste accepté pour dépanner mais enseigner n'était pas son fort. Ou plutôt corriger des copies était un vrai cauchemar pour lui. Théorie des stratégies de défense magique de Wilbert Eskivdur. Si ça, ce n'était pas signé Dolores Ombrage, elle ne savait pas qui cela pouvait être !
Merlin, sa cinquième année serait un cauchemar.
Quand elle rentra chez elle, ce soir-là, elle demanda à Remus de les suivre à l'intérieur. Elle demanda à sa mère de prendre contact avec Severus pour qu'il les rejoigne le plus vite possible car l'heure était grave. Elle était restée calme et presque détendue tout du long mais elle avait veillé à ne rien laisser paraître. Et avec les Weasley ignorants tout autour, ils avaient tous fait attention. Mais s'il n'y avait pas eu les Weasley, cela aurait pu se passer autrement.
« Que se passe-t-il ? » demanda Severus en voyant la mine sérieuse de sa sœur.
« Voldemort a un autre espion au sein de l'Ordre, » révéla-t-elle. « Ou du moins assez proche de l'Ordre pour que cela soit dangereux pour nous. »
« Qui ? » demanda directement le Maître des Potions alors que tous assimilaient la nouvelle.
« Ginevra Weasley. Je ne sais pas comment mais il a pris possession d'elle. Encore … Et il m'a parlé. »
« Et tu ne l'as pas dit à Dumbledore ? » s'étonnèrent les adultes. « Pourquoi ? »
« Qui la croirait ? » demanda Severus à la place de sa sœur. « C'est tout bonnement impossible. Du moins, c'est ce qu'on lui répondrait. »
« Tu n'es pas surpris ? » demanda Harriet.
« Cela explique le fait que tu as soigneusement évité de regarder dans ma direction sans que cela paraisse suspect. Je pensais que cela avait un rapport avec Dumbledore mais maintenant … » Il soupira. « Tu es sûre qu'il s'agisse bien de lui ? »
« Certaine. »
« Ginevra Weasley m'a vu comme étant ton allié, un de tes proches. Tu crois qu'il pourrait savoir ? »
« Difficile à dire, » répondit la jeune fille. « Je n'ai pas pu discuter avec elle … suffisamment longtemps pour le savoir. Mais je ne pense pas. Mais il a exprimé le désir de me connaître. Et sur mes deux entrevues avec lui, il n'a jamais prononcé ton nom ni même fait une quelconque allusion à un membre de ma famille à l'exception des Potter. Absolument personne d'autres. »
« Donc, dorénavant, au Terrier, il va falloir faire attention à ce que nous disons et faisons, » résuma Sirius.
« Bravo, Black, je vois que tu suis pour une fois, » ricana Severus. « Je suis impressionné. »
« Oh … la ferme. »
« Mais cela veut dire que le Seigneur des Ténèbres a un avantage sur nous et sur l'Ordre. »
« Non. Seulement sur l'Ordre. Je lui ai dit que je ne dirais rien à l'Ordre. Je n'ai rien dit en ce qui concerne ma famille. Et je pense qu'il n'est pas stupide au point de croire que je ne dirais cela à absolument personne. Juste … pas à l'Ordre. »
Il y eut quelques instants de silence alors que tous intégraient la nouvelle et les conséquences que cela engendrait.
« Il va falloir prévenir Merryl, » fit Sirius.
« On le fera quand elle rentrera du Berceau, » répliqua Severus en soupirant.
L'homme sortit un paquet de ses robes noires et le tendit à sa sœur.
« Joyeux anniversaire, Petite Peste, » sourit-il ensuite.
« Merci beaucoup Severus. »
Elle déballa le cadeau et découvrit trois livres sur le thème des potions et leurs applications dans le cas de combat ou de survie. Cela lui serait très utile.
