Chapitre 95 : La Fin d'une Amitié

Quand Harriet monta dans le Poudlard Express, elle sentit de nombreux regards dans son dos. Elle inspira profondément alors qu'elle avait la certitude de pénétrer d'une certaine manière en Enfer. Au moins espérait-elle un peu de joie et d'amusement en compagnie de ses amis. Elle fit un sourire à Hermione qui accourut vers elle.

« Il faut qu'on aille au compartiment des préfets, » dit-elle en arrivant.

« Oui, bonjour ! Moi aussi, je suis ravie de te revoir, » fit la Serdaigle avec un sourire. « Tu ne crois pas qu'on a le temps pour ça, » ajouta-t-elle. « Genre, nous changer déjà pour commencer. Et aussi chercher Weasley parce que lui et son … sens … du devoir. »

« Tu déconnes ?! Il est vraiment préfet ? » demanda la brune en fixant sa meilleure amie dans les yeux. « Merde ! J'espérais que con comme il est et surtout jamais avec nous, cela n'arriverait jamais ! »

« Et le fait qu'il est le chouchou du glucosé, tu l'as oublié ? »

« Fais chier ! »

« Et ouais… » Harriet soupira. « Bienvenue dans mon enfer. »

« N'exagère pas. Je suis là. Et les autres aussi. »

« Trouvons un compartiment où stocker nos affaires et dire bonjour aux autres. »

« D'accord. »

Les deux filles avancèrent dans l'étroit couloir pour trouver un compartiment vide. Celui qu'elles découvrirent ne l'était pas totalement mais qu'importait puisqu'elles purent saluer Luna qui lisait l'exemplaire du mois du Chicaneur… à l'envers. Mais pourquoi Harriet s'en surprenait encore. C'était Luna et c'était le Chicaneur. Elle le lisait juste vraiment à l'envers pour découvrir un quelconque mystère qu'elle seule pouvait comprendre.

« Bonjour, mes amies, » sourit la blonde en baissant sa revue. « Vous allez bien ? »

« A part le fait que je suis la cible d'un mage noir complètement fou et qu'on m'a empêchée d'aller suivre des cours au Berceau même de la magie ? Oh tout va bien ! Et toi 'Mione ? »

« Un peu stressée par les derniers événements mais le voyage en Italie a été rassurant, loin d'ici et de l'autre mégalomane. » Elle soupira. « Bon, Harriet. Habillons-nous, trouvons Weasley et allons au premier wagon. »

Elles se changèrent rapidement et après avoir salué Luna, et Neville qui attendait devant la porte le temps qu'elles enfilent leurs robes, elles partirent à la recherche du maudit rouquin qui avait été nommé préfet. Elles le retrouvèrent en compagnie de ses amis. Elles soupirèrent avant qu'Hermione la porte.

« Weasley. Enfile ta robe et prends ton badge de préfet. On doit tous se rassembler dans le wagon des préfets. Tu sais, comme il l'était clairement écrit dans ta lettre de nomination en tant que préfet de Gryffondor. »

« Quelle lettre ? De quoi tu parles, Granger ? »

« Oh Merlin…, » soupira Harriet en apparaissant derrière Hermione. « De mieux en mieux. Mets ton uniforme Weasley. Et au pas de course ! Sinon, je te jure que je t'y tire par la peau du cou. »

« Oh ! Salut Harriet, » sourit le roux, donnant envie de vomir la Serdaigle. « Je te suis où tu voudras ! »

« Ben, enfile tes robes et ramène ta fraise. On n'a pas que cela à faire, nous. Dépêche-toi ! »

Les deux amies s'éloignèrent un peu le temps que Weasley se change et les accompagne jusqu'au premier wagon du train.

« Il est toujours aussi long ? » demanda Harriet en regardant sa montre. « Parce que ça fait bien vingt minutes là. »

« Il est susceptible de prendre bien plus que cela. Une vraie diva. Le plus curieux, c'est qu'il ne semble jamais préparé. Plutôt endormi… »

« Ouais mais là, il est réveillé depuis longtemps et avec ses amis … »

« Cherche pas à comprendre. C'est Weasley. »

« Parce qu'il y a quelque chose à comprendre chez ce garçon ? A part le fait qu'il est un con congénital. »

« Tu as vérifié ? »

« Non mais tu l'as regardé ? Pas difficile de s'en rendre compte. Et puis, vu son père… »

« Son père, Mr Weasley ? »

« Tu veux un scoop ? »

Hermione hocha la tête. Harriet se pencha à l'oreille de son amie.

« C'est un Dumbledore, » murmura-t-elle.

« QUOI ?! »

« Shhh ! »

« Tu déconnes ?! »

« Pareil pour sa sœur. »

« Mais … »

« Je suis là ! » fit le roux en sortant de son compartiment avec son badge en main. « On y va, Harriet ? »

Il ignorait clairement Hermione.

« On en reparlera plus tard, » fit la Serdaigle à son amie. « Allez, venez. Nous sommes déjà en retard. »

« Cela ne va pas plaire aux préfets en chef, » commenta la Gryffondor.

« On jurera sur notre magie qu'on n'est pas responsables du retard de Weasley, » répliqua Harriet en haussant des épaules en menant la marche, un bras accroché à celui d'Hermione pour empêcher Weasley de venir à sa hauteur.

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Quand elles sortirent du compartiment des préfets, une secousse un peu plus forte du train projeta Hermione sur Drago.

« Tu ne peux pas faire attention ? Espèce de sale … Sang-de-… ! »

« Drago ! » s'exclama Harriet en s'interposant devant elle et son amie. « Ce n'est pas parce que tu as des problèmes de famille que tu peux te permettre d'être grossier ! »

« La ferme, Potter ! »

Harriet jeta un coup d'œil aux autres préfets dont Pansy Parkinson. Elle était d'ailleurs heureuse qu'il ne s'agisse que d'elle et pas d'autres Serpentards.

« Pansy, si tu veux, tu peux rester mais tu fermes la porte. On va régler ce différent maintenant et pas dans le couloir. Les autres élèves n'ont pas à savoir. »

« Je ne te laisse pas avec ce fils de mangemort, Harri… »

« Dégage, Weasley, » coupa la Serdaigle en sortant sa baguette. « Quand j'aurais besoin que quelqu'un me sauve la vie, je le ferai savoir ! Et je n'ai pas besoin de toi pour régler un petit ennui relationnel avec Drago. »

« Mais c'est … »

« Tu dégages ! A moins que tu veuilles réitérer l'expérience d'une humiliation publique provoquée par une fille ? Qui plus est celle que tu proclames être ta future femme ! »

Pansy ricana. Le roux avisa la baguette de la jeune Prince et sortit. Toutefois, il refusa de partir. Harriet, pour être sûre qu'il ne pourrait les entendre, insonorisa le compartiment mais ne ferma pas le volet. Ce n'était pas comme si elle avait quelque chose à cacher. C'était juste une conversation difficile à laquelle elle s'attendait depuis longtemps. Une fois le sort lancé, elle soupira.

« Drago, Pansy, vous allez nous écouter tous les deux attentivement, » commença-t-elle avec calme alors qu'elle les observait. « On vous comprend parfaitement. »

« Tu ne comprends rien ! » rétorqua Pansy d'une voix dure mais derrière laquelle pointait une once de douleur. « Aucune de vous deux ! »

« Vraiment ? » fit Hermione. « Vous vous protégez. Et c'est normal. Vous faites ça pour vous protéger, protéger votre famille mais aussi nous. »

« Vous préférez briser nos liens d'amitié pour ne pas qu'il les utilise, » ajouta Harriet avec tristesse. « C'est louable de votre part. A vrai dire, vu la position de vos parents, on s'y attendait. C'est normal. Et on comprend. On l'aurait fait nous aussi. C'est dur, ça fait mal mais c'est compréhensible. Mais, s'il vous plait, faites-nous plutôt porter le chapeau de cette séparation. »

« Pourquoi ? » demanda Pansy. « Qu'as-tu en tête ? »

« Beaucoup de gens parmi les derniers diplômés doivent savoir que nous sommes amis, » avança directement Drago qui y avait déjà réfléchi. « Si c'est Harriet qui s'écarte parce que nous faisons partie des Ténèbres, cela ne pose aucun souci pour nous car nous ne sommes pas responsables de la séparation. Et ainsi il ne pourra pas se servir de nous au sein de l'école. »

« Voilà, » confirma Harriet avec un hochement de tête. « Alors nous voulons bien comprendre que vous allez être froids envers nous et on vous le rendra bien pour donner le change, dans les limites du règlements bien sûr, mais… s'il vous plait, ce type d'insultes en particulier, vous les gardez pour vos discussions entre Serpentards fils de mangemorts. Si je t'entends insulter Hermione comme tu allais le faire, Drago, je te jure que je te refais le portrait de la même manière que j'ai l'habitude de le faire avec Weasley. »

« Cela donnera un peu de crédibilité à notre froid, » fit le blond avec la mâchoire serrée.

« Tu me donnes le droit de te casser la figure ? »

« Là, pour le coup, il gagne le titre de Mr Impossible, » commenta Hermione.

« Eh ! C'est mon titre ! »

« Je croyais que tu le détestais, » fit Drago sur un ton amusé bien que son visage exprimait toujours une haine factice pour ne pas alerter Weasley.

« Mouais. Mais je m'y suis fait… » Harriet soupira. « Allez viens, Hermione, Neville et Luna doivent nous attendre. Prenez soin de vous, » ajouta-t-elle à l'adresse des deux Serpentards.

Elle rompit le sort d'intimité et quitta le compartiment avec la Gryffondor et elles partirent ensemble pour le leur, ignorant Weasley comme à leur habitude.

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Quand ils entrèrent dans la Grande Salle, Harriet entendit un gémissement sur sa droite. Elle vit en effet Hermione fixer la table des professeurs et plus précisément une femme qui était vêtu d'un chandail rose.

« Qu'est-ce qu'il y a Hermione ? » demanda Neville.

« Rien, » fit cette dernière tout en jetant un bref regard à Harriet. « Je meurs de faim. »

La jeune Prince sourit bien qu'elle savait parfaitement ce que son amie avait derrière la tête.

« A plus tard, » dit-elle simplement avant de se diriger vers la table des aigles avec Padma et Luna.

Le repas se passa dans l'ensemble dans une relativement bonne humeur malgré quelques remarques de sceptiques à l'encontre d'Harriet et le soi-disant retour de Voldemort. Cette dernière répondait qu'elle s'en fichait royalement qu'on la croie ou pas. Cela n'allait pas l'empêcher de se battre et de défendre sa vie. Si les gens étaient assez stupides pour jouer les autruches, eh bien qu'ils meurent de surprise. Elle estimait avoir fait ce qu'il fallait en avertissant tout le monde. Maintenant c'était au monde d'agir et se préparer au pire et non à elle de le défendre. Cela en faisait réfléchir plus d'un.

A la fin du somptueux repas, Dumbledore fit comme toujours son discours d'accueil, avec les rappels de sécurité ainsi que les interdictions. Et sans surprise, quand il présenta le nouveau professeur de DCFM, le professeur Ombrage, cette dernière s'était permise d'interrompre le légendaire discours de début d'année. Cela n'était jamais arrivé auparavant et même si Harriet appréciait qu'on dérange le directeur, cela la dérangeait, elle, que ce soit ce vilain crapaud qui le fasse ! Car oui, cette satanée sorcière qu'elle haïssait déjà avait l'aspect d'un horrible crapaud bariolé de rose !

Elle essayait de calmer son tempérament en essayant de se rappeler les quelques idioties et petites histoires hilarantes qu'elle avait lues sur Dolores Ombrage pour passer le temps. Elle en aimait bien une sur Harry et les aventures de Doly le Crapaud… Comment cela se passait déjà ? Elle ne se rappelait plus. Pourtant rien n'arrivait à vraiment la distraire du discours de son nouveau professeur.

« Merci, cher directeur, pour ces aimables paroles de bienvenue, » minauda-t-elle de son horrible petite voix irritante de gamine de huit ans. « Je dois dire que c'est un grand plaisir de revenir à Poudlard et de voir tous ces joyeux petits visages levés vers moi ! »

Elle ne l'avait encore jamais rencontrée mais le stéréotype qu'elle avait d'elle n'étaient pas du tout en désaccord avec la réalité. Hideuse, horrible et horripilante. Cet affreux rose. Tout comme Harry Potter dans les livres, Harriet détestait cette femme et n'éprouvait que dégoût.

« J'ai hâte de vous connaître tous et je suis sûre que nous deviendrons vite de très bons amis ! »

« Oui, compte dessus et bois de l'eau claire, » marmonna Harriet.

« Shhh… » fit un Serdaigle à côté d'elle.

La jeune fille n'y fit pas attention, toute son attention portée sur le discours du bonbon rose. Oui, bonbon rose. Ce serait un élégant surnom. Et cela n'aurait aucune atteinte à la race des crapauds. Cela lui permettrait d'éviter un impair avec Neville.

« Le Ministère de la Magie a toujours accordé une importance primordiale à l'éducation des jeunes sorcières et des jeunes sorciers. Les quelques dons que vous avez pu recevoir à votre naissance ne se révéleraient pas d'une très grande utilité si une instruction attentive ne se chargeait de les cultiver et de les affiner. L'ancien savoir dont la communauté des sorciers est l'unique dépositaire doit être transmis aux nouvelles générations, si nous ne voulons pas qu'il se perde à jamais. Le trésor de la connaissance magique amassé par nos ancêtres doit être conservé, enrichi, bonifié, par ceux qui sont appelés à la noble mission de l'enseignement. »

Harriet releva un sourcil. Si leur éducation était si importante, alors pourquoi diable l'empêcher d'aller suivre des cours au Berceau ? Ce qu'elle disait n'avait absolument aucun sens avec la réalité en Angleterre. Vile manipulatrice ! Vicieux cra…. Bonbon rose !

« Chaque directeur, chaque directrice de Poudlard a apporté quelque chose de nouveau en accomplissant la lourde tâche de gouverner cette école historique et c'est ainsi qu'il doit en être car l'absence de progrès signifie la stagnation puis le déclin. »

La jeune fille ne put qu'être d'accord. Actuellement, le monde sorcier britannique était au début du déclin. En même temps, beaucoup de pratiques magiques avaient été supprimées au fil du temps, devenues prohibées car dangereuses.

« Mais le progrès pour le progrès ne doit pas être encouragé pour autant, car nos traditions éprouvées par le temps n'ont souvent nul besoin d'être modifiées. Un équilibre entre l'ancien et le nouveau, entre la pérennité et le changement, entre la tradition et l'innovation doit être instauré. »

Harriet soupira alors qu'elle posa son menton dans sa main. Elle resta toutefois attentive dans le cas où il y aurait un détail de plus par rapport au livre. Hélas, tout lui annonçait l'année la plus ennuyante possible. Elle allait demander à son frère des lectures durant l'année pour avancer par elle-même déjà. Cela lui serait utile.

« Certains changements seront pour le mieux alors que d'autres, à l'épreuve du temps, apparaîtront comme des erreurs de jugement. De même, certaines coutumes anciennes seront conservées à juste titre tandis que d'autres, usées et démodées, devront être abandonnées. Aussi, n'hésitons pas à entrer dans une ère nouvelle d'ouverture, d'efficacité, de responsabilité, avec la volonté de préserver ce qui doit être préservé, d'améliorer ce qui doit être amélioré, et de tailler dans le vif chaque fois que nous serons confrontés à des pratiques qui doivent être interdites. »

Harriet applaudit comme beaucoup par simple politesse mais elle était, comme ses professeurs, mécontente. Le Ministère venait s'immiscer dans les affaires de l'école. Elle vit Dumbledore se lever à nouveau.

« Merci beaucoup, professeur Ombrage, pour ce discours très éclairant, » dit-il en s'inclinant vers elle. « A présent, comme je vous l'annonçais, les essais pour la constitution des équipes de Quidditch auront lieu le … »

« Harriet, tu as une idée de ce qu'il se passe ? » demanda Alfie quelques places plus loin.

« Le Ministère vient mettre son nez dans les affaires de l'école, Alfie. Aussi simple que ça. Bientôt, on finira avec une laisse autour du cou que cela ne m'étonnerait pas. T'imagines, on serait des Moldus et aurait tous des puces dans la fesse droite qui enregistrent le moindre de nos faits et gestes, la moindre de nos paroles, à tout instant du jour et de la nuit ! »

« Tu n'exagères pas un peu ? »

« Non. C'est comme ça que ça marche, » rétorqua Harriet. « On commence dans les écoles pour conditionner les enfants à un moule particulier. Ils nous croient être des louveteaux prêts à grandir et à devenir de grands prédateurs. Ils vont faire de nous des moutons prêt à envoyer à l'abattoir parce qu'ils sont trop cons pour voir la réalité en face. Des autruches. Je te le dis, Alfie, ils jouent la politique de l'autruche et cela va très mal finir. »