Chapitre 99 : Un Nouveau Décret
Harriet sortit du bureau d'Ombrage, le visage impassible malgré la douleur et la main grossièrement bandée dans un mouchoir en tissu. On était samedi. Le premier samedi d'octobre, et la première sortie à Pré-au-Lard naturellement. Elle l'avait manquée. Mais Ombrage n'avait pas réussi à la briser par la douleur. Elle avait juste réussi à lui faire perdre du sang.
Elle se demandait … est-ce que si elle envoyait une lettre à sa mère ses souvernirs comme preuves qu'elle pourrait intenter un procès contre Ombrage pour torture et blessure sur mineur dans l'exercice de ses fonctions d'enseignante ? Et les plumes de sang … c'était de la magie noire, non ?
Elle ne s'attarda pas sur ce point-là pour le moment. Elle avait trop mal et maintenir le visage impassible dans les couloirs, surtout face aux quelques élèves qu'elle croisait, lui demandait toute son énergie et sa concentration. Quand elle estima s'être suffisamment éloignée du bureau du bonbon rose, elle se glissa dans une alcôve sombre et sortit sa cape d'invisibilité.
Elle parcourut dans la plus grande discrétion le chemin menant aux cachots. Elle ne voulait pas aller à l'infirmerie. Pas encore. Pas pour quelque chose d'aussi simple qu'une plaie alors qu'elle pouvait aller voir son frère. Et puis les questionnements de l'infirmière se feraient et arriveraient à un moment ou à un autre aux oreilles d'Ombrage. Il fallait d'abord un plan avant que ce cra…. Grrr… bonbon rose puisse tenter quoi que ce soit pour se défendre légalement. Double raison d'aller voir son frère !
Quand elle arriva dans les profondeurs du château, elle dut se faire encore plus discrète car Rusard et sa chatte étaient là à rôder dans les couloirs. Elle n'avait rien de spécial contre le Cracmol. Mais un élève qui erre dans les cachots qui n'est ni un Poufsouffle ni un Serpentard, il y aurait de quoi être suspicieux. Elle parcourut silencieusement mais rapidement les quelques couloirs et ouvrit la porte de son frère, connaissant le sortilège qu'il utilisait pour la verrouiller.
Elle ôta sa cape en se retournant pour voir sa tante assise sur le bureau de son frère dans une position très compromettante avec la main d'un Severus torse nu dans son décolleté sous la chemise…
« Oh Merlin ! » fit-elle en se retournant.
« Harriet ?! » s'exclamèrent les deux adultes en s'écartant.
« Désolée de vous interrompre. »
« J'espère que c'est important ! » grogna Severus, mécontent.
« Tu ne devrais pas être à Pré-au-Lard, toi ? » demanda Merryl en même temps.
« Je peux me retourner ? »
« Oui, » siffla son frère.
Harriet se retourna pour voir les adultes bien habillés, sa tante refaisant simplement les boutons de son haut, debout devant le bureau de Severus.
« Si j'avais su que vous alliez tourner un porno, je serais restée dehors, devant la bibliothèque, à attendre que maman finisse son service. »
« Cela ne répond pas à ma question, » s'impatienta l'homme.
« J'étais en retenue avec Ombrage. Cinq heures de retenue à écrire des lignes. J'en ai tellement écrit que les mots se sont bien inscrits dans ma chair au point qu'elle ne guérit plus toute seule. Je crois qu'elle a atteint le point de non-retour. »
« Tu l'as mérité. »
« D'écrire des lignes pour avoir été insolente et grossière, peut-être, Sev ! Mais certainement pas pour me faire charcuter ! Non mais … regarde ma main ! »
Elle souleva la manche de sa robe de sorcier pour montrer sa main grossièrement bandée. Son mouchoir blanc était rouge de sang. En voyant cela, Severus prit sur lui, bien qu'intérieurement encore en colère, et s'approcha d'Harriet pour inspecter sa main. Elle avait raison. Punie pour son insolence et son arrogance était une chose, mais la torture n'était pas une bonne manière de punir. C'était une pratique médiévale qui était, qui plus est, interdite.
Il retira le mouchoir et observa les quelques mots inscrits sur la main. Je ne dois pas manquer de respect à mes professeurs ni colporter des informations mensongères.
« Tu as colporté des informations mensongères ? » demanda-t-il en sortant sa baguette pour la guérir.
« J'ai juste dit une fois à son premier cours quel était mon point de vue, que oui je croyais au retour de Voldy mais que je n'avais pas l'intention d'en faire tout un plat et créer un mouvement de panique. Ceux qui veulent me croire se prépareront, que les autres aillent à la merde. Je ne suis pas une héroïne, personnellement, je ne veux qu'une chose : apprendre à survivre, que ce soit devant des créatures hostiles ou face à Voldy, je m'en balance. »
Elle tressaillit légèrement en sentant un pincement sur sa main douloureuse. Severus fit attention alors qu'il réparait les dommages tout en effaçant la magie noire qui s'opérait pour empêcher une cicatrisation totale. Il était hors de question qu'elle ait une marque sur sa peau ! Elle en avait déjà suffisamment comme cela !
« Mon droit le plus élémentaire en tant que sorcière est d'apprendre à me défendre, » continua-t-elle sur sa lancée. « Rien de plus. C'est Weasley qui a insisté. Je suppose qu'il doit dire à tout le monde que je suis l'élue ou un truc du genre et qu'elle entend les rumeurs. Moi, en tout cas je n'ai rien fait de plus à ce point de vue-là que ce que j'ai dit en cours le premier jour. Pourquoi gaspiller sa salive avec des autruches ? Si c'est juste pour récolter des retenues où je passe chez le boucher, merci mais non merci ! »
« Je vois, » dit-il simplement, sachant que sa sœur ne lui mentirait jamais sur un sujet aussi sérieux. « Donc les rumeurs, ce n'est pas toi l'origine. »
Harriet secoua négativement la tête.
« Non. Je trouve que c'est du temps perdu. Les gens savent que j'y crois et que Dumbledore y croit. Cela est souvent rapporté dans les journaux. Pourquoi insister de vive voix si c'est pour finir de toute façon sur un mur ? S'ils veulent vraiment des réponses, ils n'ont qu'à demander aux principaux concernés par ce début de guerre, ils sont tous vêtus de vert et d'argent. »
« Ce ne sont pas les principaux concernés ? »
« Ah non ? Beaucoup sont des enfants de Mangemorts. Et comment tu expliquerais à l'école que mon amitié avec Drago et Pansy et les autres vient de se casser, alors qu'on était proches l'an dernier ? Bizarrement, cela coïncide avec le retour de Voldy. S'ils savent pas remettre dans l'ordre les pièces du puzzle, c'est que ce sont des cons ! Je suis désolée. »
« Ou peut-être que c'est aussi simple à voir pour toi parce que tu sais tout depuis bien avant que les faits se produisent. »
« La coupe a été retrouvée dans un cimetière au pied de la tombe de Tom Jedusor Senior. Et si on fouille un peu les archives du ministère, on pourra faire le lien entre cet homme et Tom Elvis Jedusor qui est Voldemort ! »
« Pas ce nom devant moi, Harriet, » fit Severus en se massant le bras.
« Désolée. »
Il secoua la tête. Ce n'était pas grave. En général, il ne souffrait pas de cela, pas avec elle alors qu'elle donnait au mage noir un surnom ridicule. Mais parfois le nom honni sortait… Parfois.
« Bon allez, » fit la Serdaigle avec un sourire alors qu'elle embrassait son frère sur la joue, puis sa tante. « J'ai des devoirs à faire. Je vous laisse vous bécoter et plus si affinités. »
« Harriet ! » s'indigna le Maître des Potions alors que Merryl rougissait légèrement.
« Severus, je te rappelle que je suis loin d'être une jeune fille innocente. Vierge, je ne l'étais déjà plus quand je suis morte. Alors je connais la chanson même si je ne danse plus dessus… pour le moment. Mais la prochaine fois, Sev, si tu ne veux pas qu'on te dérange, verrouille mieux ta porte. »
« Je pensais qu'être la terreur des cachots me donnait quelques libertés et effrayerait suffisamment les élèves pour les empêcher de venir dans mon bureau pour des broutilles ! Et il me semble que ma porte était verouillée et que tu n'as même pas frappé ! »
« Oh … peut-être. Mais il y avait Rusard dans le coin. J'ai pas tellement envie de lui donner ma cape. Bon amusement, vous deux ! »
« File, Petite Peste, » soupira Severus. « Et n'oublie pas que tu as … »
« Une semaine de retenue avec toi, oui, je sais. Hmmm… Tu peux me prévoir une heure de plus chaque soir, s'il te plait ? »
« Pourquoi ? »
« Pour ne pas qu'Ombrage en profite pour me donner plus de retenues. J'aimerais pouvoir faire mes devoirs, moi ! »
« Et donc tu veux une heure de retenue en plus tous les soirs pour… »
« Faire mes devoirs. Je suis déjà à la bourre pour ceux de lundi et mardi. »
« Très bien. Tu as fini le mien ? »
« Non. »
« Alors rends-le-moi tel qu'il est actuellement. Tu le finiras en retenue. »
« Ca marche. Merci, Severus. T'es un ange. »
« Ne dis pas des mandragores. »
« T'es comme Samaël ! Tu es l'ange déchu devenu Seigneur des Enfers ! »
Elle partit sur ces mots, laissant les deux amants en tête à tête.
« Où en étions-nous, mon ange ? » fit Merryl avec sourire tentateur.
Severus sourit et embrassa la belle rousse tout en verrouillant sa porte d'un coup de baguette.
xXxXxXx
Deux jours plus tard, Harriet prépara son sac pour ses cours du jour mais aussi pour sa retenue avec frère. Puis, elle s'habilla rapidement et descendit dans la salle commune. Elle n'avait jamais vu autant de cohue et ni entendu autant de bruit dans ce lieu qu'en ce jour. Même le premier jour de l'année n'était pas aussi bruyant.
Beaucoup de Serdaigles étaient regroupés autour du tableau d'affichage et elle pouvait déjà entendre le capitaine de Quidditch rager contre Ombrage. Elle releva un sourcil et approcha. Plusieurs Serdaigles la laissèrent passer et elle regarda le tableau d'affichage Un grand écriteau cachait toutes les autres petites annonces et informations de Rusard, des entrainements, les objets trouvés ou perdus, …
Les lettres noires étaient imprimées en grand et il y avait le cachet officiel du ministère. Un nouveau décret. Le numéro vingt-quatre…
PAR ORDRE DE LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD
Toutes les organisations, associations, équipes, groupes et clubs d'élèves sont dissous à compter de ce jour.
Une organisation, association, équipe, groupe ou club se définit par le rassemblement à intervalles réguliers de trois élèves ou plus.
L'autorisation de former à nouveau de tels rassemblements doit être demandée à la Grande Inquisitrice (professeur Ombrage). Aucune organisation, association, équipe, groupe ou club d'élèves ne peut exister sans l'approbation de la Grande Inquisitrice. Tout élève fondateur ou membre d'une organisation, association, équipe, groupe ou club qui n'aurait pas été approuvé par la Grande Inquisitrice serait immédiatement renvoyé de l'école.
Les mesures ci-dessus sont prises conformément au décret d'éducation numéro vingt-quatre.
Signé : Dolores Jane Ombrage, Grande Inquisitrice.
Harriet releva un sourcil, nullement surprise. Elle se tourna vers ses camarades.
« Est-ce que quelqu'un a été témoin de quelque chose ces trois derniers jours ? » demanda-t-elle. « Quelqu'un qui faisait un rappel ? Qui proposait de créer un groupe ou quelque chose du genre ? »
« Pourquoi cette question ? »
« Parce que nous sommes lundi et que cela ne peut s'agir que de cela. Sinon pourquoi supprimer les équipes de Quidditch, les clubs de lecture, de musique et de potions ? J'aimerais savoir ce qu'il se passe parce qu'il y a des rumeurs qui circulent sur mon dos et que j'en ai trinqué durement toute la semaine en retenue. Je préférerais savoir si mon cas a empiré à mon insu. »
« Weasley, » fit une élève de sixième année. « Il a fait un rassemblement samedi à la Taverne du Sanglier. Cela a fait un certain tapage au point que le vieil Alberforth les a mis dehors. »
« Tu sais de quoi il en retournait, Edgecombe ? » demanda Harriet.
« La création d'un groupe pour apprendre à se défendre puisqu'Ombrage n'est pas foutue de nous donner cours comme il faut, » répondit la fille en haussant des épaules. « Personnellement, je voyais cela comme une bonne idée. Mais maintenant… »
« Non mais … quel idiot ! Je jure que je vais tuer ce Gryffondor un de ces jours ! Il va me rendre dingue ! Fermer sa foutue gueule une fois dans sa vie ! Il sait pas faire ça ?! Ca va encore me retomber dessus ! »
La préfète attrapa son sac qu'elle avait laissé tomber dans le canapé et se dirigea vers la sortie.
« Où tu vas ? » demanda Anthony.
« Voir le professeur Ombrage pour lui jurer sur ma magie que je n'ai rien à voir avec les agissements et idées de Weasley ! S'il veut se faire renvoyer, soit ! Mais moi, je n'ai pas l'intention de payer pour ses conneries ! Bien que le renvoi me tente bien finalement, je pourrais changer d'école comme c'était prévu à l'origine ! »
Elle sortit en trombe de la salle commune et parcourut le chemin jusqu'au bureau de la Grande Inquisitrice pour faire exactement comme elle avait dit qu'elle ferait. En plus, elle n'était pas à Pré-au-Lard ce jour-là puisqu'elle était dans son bureau à copier des lignes ! Elle était doublement innocente !
