Chapitre 103 : Portée Disparue

Harriet emballait avec un sourire les cadeaux qu'elle avait trouvé pour Merryl et Severus. Elle était sûre que cela leur plairait et, aussi, que ce serait un peu sujet à plaisanterie, bien que douce. Elle adorait taquiner son frère, surtout sur l'amour, lui qui était si réservé.

Ensuite, elle sortit dehors profiter un peu de l'air frais et aussi de la neige encore intouchée avant que Sirius ne vienne gambader dedans sous sa forme canine et la ruine. Elle marcha un peu sur le chemin dallé qui menait vers la serre où sa mère cultivait quelques plantes magiques. Elle observa le jeu de lumière dans les stalactites avant de finalement se laisser tomber dans la neige.

Elle resta immobile un instant à juste regarder les nuages avancer paresseusement dans le ciel. Il faisait calme, et froid aussi, mais ce n'était pas si dérangeant à cette période de l'année. C'était un froid empli de la chaleur de Noël, prometteur d'espoir et de fête. Rien de comparable à celui tellement angoissant des détraqueurs. Puis, mue par l'amusement, elle écarta les bras et les jambes, les agitant lentement dans la neige pour créer un ange.

Soudain, ses pensées se dirigèrent vers ses parents, sa famille, c'était la première année, le premier noël où elle existerait deux fois dans ce monde à deux endroits différents. C'était tellement étrange et paradoxal de penser ainsi. Bientôt sa sœur viendrait au monde, encore un peu plus d'un an à attendre … Son cœur se teinta d'une douce mélancolie à ces pensées. Elle pleurait encore parfois mais pas ce jour. Elle veillait à écarter ses peurs pour ne garder que les bons moments à l'esprit.

« Tu comptes rester dans la neige jusqu'à être en hypothermie ? »

Harriet revint à la réalité et croisa le regard sombre de son frère.

« Bonjour à toi aussi, » sourit-elle. « Je fais un ange. »

« J'ai remarqué. Mais tu ne réponds pas à ma question. »

« J'ai un sort de chaleur. »

« Ah oui ? Et c'est quoi cette chair de poule ? Et ces mains rouges ? hmmm ? »

« Ben, je commence seulement à avoir froid, » admit-elle. « Mais je suis encore très loin de l'hypothermie. Franchement, l'an dernier j'ai eu bien plus froid avec le dragon. »

« Allez, lève-toi. Tu es restée bien trop longtemps dans la neige. »

Il lui tendit la main pour l'aider à se relever mais Harriet jugea que l'occasion était bien trop belle et quand il s'en attendit le moins, elle tira avec force.

« Aaaah ! Harriet ! »

Cette dernière éclata de rire en voyant son frère, toujours dans ses robes noires, allongé dans la neige juste à côté d'elle.

« Je déteste la neige ! »

« Pourtant tu adores les boules à neige ! »

« Ce n'est pas la même chose ! La neige c'est froid, horriblement glacial même et cela s'accroche à tes vêtements et pour que tu sois plus mouillé après ! Je déteste ça ! »

« Mais tu aimes bien aller plonger avec Merryl. »

« L'eau n'est jamais aussi froide ! » se défendit le Serpentard. « Et on a plongé uniquement au Berceau ! »

Il se redressa et aida une fois encore sa sœur mais se prépara à un nouveau petit tour de sa part et se planta bien sur ses pieds. Toutefois, elle ne tenta rien, un immense sourire sur son visage.

« Arrête de râler, Sev. C'est Noël. Amuse-toi un peu. »

« Pas dans la neige. Et tu es bonne à prendre une douche, malgré ton sort de chaleur, tu es gelée ! »

« Je n'ai qu'à att… »

« Tu files prendre une douche, discute pas ! »

« Oui, papa poule ! » soupira-t-elle, mi-exaspérée, mi-amusée.

Severus lui donna une taloche derrière la tête mais ne put s'empêcher d'avoir un sourire en coin.

« Je suis ton frère, Petite Peste ! »

« Ben comporte-toi comme un frère et non comme un père alors, » rétorqua-t-elle.

« File te doucher au lieu de dire des bêtises, » soupira l'homme alors qu'ils rentraient à l'intérieur.

« D'accord. On se fait une partie d'échecs après ? »

« Voilà une distraction un peu plus à ma convenance que jouer dans la neige. »

Il s'installa dans le salon avec un échiquier version sorcier et attendit patiemment que sa sœur revienne en discutant de choses et d'autres avec sa mère. Cette dernière préparait les hors-d'œuvre.

Harriet revint une vingtaine de minutes plus tard et l'affronta aux échecs. Elle s'était améliorée mais elle n'était pas encore à son niveau. Mais parfois, elle arrivait à lui tendre quelques pièges qu'il avait quelques difficultés à déjouer. Elle deviendrait une redoutable adversaire avec le temps.

Remus et Sirius arrivèrent en fin d'après-midi comme promis, le Loup-Garou un peu épuisé car il venait de passer la pleine lune mais ils étaient tous les deux joyeux … et terriblement Gryffondors ! Ils riaient fort et racontaient quelques plaisanteries et anecdotes, pour une fois pas sur Severus. Ce dernier en était étonné.

Il ne manquait que deux personnes encore pour que la famille soit au grand complet pour fêter le réveillon. Les deux Evans… Mais leur absence n'était pas encore inquiétante puisqu'ils n'étaient pas attendus avant l'heure du repas. Ils ne faisaient tous que passer le temps en attendant leur arrivée afin de réellement commencer la fête. Et pas avant, malgré les plaintes du cabot Black.

Le ciel s'assombrit rapidement, les jours se faisant plus courts. Il n'y avait plus personne dans les rues du village alors que le vent soufflait en rafales. Les branches des arbres proches de la maison toquaient discrètement à la fenêtre à un rythme plus ou moins régulier, rien d'assez bruyant ou déstabilisant pour déconcentrer Harriet et Severus de leur partie d'échecs.

Soudain on frappa précipitamment à la porte d'entrée. Les deux joueurs levèrent la tête un instant du plateau mais en voyant leur mère leur faire un geste pour ne pas bouger, ils retournèrent à leur partie. Eileen, quant à elle, posa les serviettes et les derniers détails de la table avant de se redresser. Elle fixait la pendule de son sombre regard, un pli soucieux entre les yeux.

« Je vais voir qui cela peut bien être, » dit-elle en arrangeant son tablier et la baguette cachée dans la poche de celui-ci.

Sans savoir pourquoi, elle se tendit au fil du chemin qui la mena au couloir puis à la porte. Elle avait un mauvais pressentiment, qui se confirma quand elle ouvrit la porte. Elle se figea. Dehors, sur le seuil, les lèvres bleues, frissonnant et les cheveux dégoulinant sur ses épaules, se tenait le jeune Alfie Addington, seul.

Il ne portait pas de cape ou même de veste et encore moins de sort de réchauffement ce qui inquiéta la maîtresse de maison qui s'empressa de le faire entrer dans la maison. Elle voulut lui proposer un bain chaud afin d'éviter qu'il ne tombe malade mais déjà il disparaissait jusqu'au salon, laissant derrière lui des traînées d'eau.

Les deux occupants de la pièce se figèrent d'effroi en l'apercevant légèrement vêtu et couvert de neige et se levèrent d'un même bon. Sirius et Remus qui étaient dans la pièce d'à côté arrivèrent également, le Loup-Garou ayant senti l'odeur du jeune Serdaigle. Eileen qui l'avait suivi et Harriet semblèrent sur le point de parler mais le petit blond de douze ans dardait son regard sur le Maître des Potions.

« Cela fait deux jours que maman a disparue, » dit-il directement. « Elle est allée faire des courses à Pré-au-Lard et n'est toujours pas revenue. »

Tout le monde se figea à cette annonce. Severus posa une main sur l'épaule d'Alfie, le fixant dans les yeux, l'invitant silencieusement à continuer.

« Personne ne sait où elle se trouve et je…je ne savais pas où aller…alors un de nos elfes m'a emmené ici… je ne sais pas quoi faire…, » fit-il avant de perdre le contrôle et de fondre en larmes.

« On va la retrouver, Alfie, » fit le Serpentard en lui serrant doucement l'épaule. « Je te le promets. »

C'était la première fois qu'il appelait le garçon par son prénom mais il semblait si désemparé et perdu. Il avait besoin de soutien.

« Maman… »

Il n'eut pas besoin de faire sa demande que sa mère était déjà là à poser ses mains sur les épaules du jeune Serdaigle.

« Oui, bien sûr, Severus, » dit Eileen.

« As-tu besoin d'aide ? » demanda Remus en voyant déjà le Maître des Potions prendre sa cape.

L'homme se retourna et fixa les Gryffondors avec son regard pénétrant.

« Allez faire un tour à Pré-au-Lard et dites-moi ce que votre odorat vous dit. Moi, je vais me renseigner auprès des elfes de Merryl avant de voir chez les Mangemorts. On ne sait jamais … pour toucher Harriet, le Seigneur des Ténèbres pourrait peut-être s'en prendre à elle. »

« On peut toujours aller au Terrier se renseigner, » fit alors Harriet. « Je pourrais aller lui demander directement. »

L'inquiétude et la rage se mélangeaient dans sa voix.

« Tu crois qu'il te répondra ? » demanda Severus en regardant sa sœur.

« Je le forcerai. »

« Comment ? »

« S'il veut garder son petit espace d'espionnage discret secret, il aura intérêt à me répondre, » siffla-t-elle.

« De quoi parlez-vous ? » demanda Alfie. « Qui pourrait s'en prendre à ma mère ? »

« Avant de te répondre, ils vont d'abord vérifier toutes les pistes, Alfie, » fit Eileen. « Je vais appeler Molly pour l'avertir de la situation. Je suis sûre qu'elle va nous inviter chez elle dans l'instant. »

« Et je parlerai à Ginny, » fit Harriet. « Trouvez une occasion pour le faire ne sera pas difficile. »

xXxXxXx

Harriet fut invitée à dormir dans la chambre de Ginny. Quant à Alfie, il dormirait dans la chambre des jumeaux. Ces derniers s'étaient donné comme mission d'un peu éclairer sa sombre soirée. Quand la Serdaigle fit mine d'aller se coucher, Mme Weasley lui demanda aimablement de faire monter sa fille pour qu'elle se couche. Le plan parfait…

Elle salua tout le monde et mena Ginevra dans la chambre d'abord avec une douceur et une attention feintes à la perfection puis, une fois la porte de la chambre refermée et un sort de silence appliqué, elle se tourna vers elle avec violence.

« Où est-elle ? » siffla-t-elle en l'attrapant par le col et le plantant sa baguette dans la gorge.

« De qui parles-tu ? »

« Te fous pas de ma gueule, Tom, » cracha Harriet. « Je t'ai invité à aller parler à ma tante il y a quelques mois pour avoir des réponses à tes questions. Et maintenant elle disparait ! Coïncidence ? Cela m'étonnerait ! »

Le visage de Ginevra Weasley n'exprimait que surprise.

« Eh bien coïncidence, il y a, Harriet, » répliqua-t-elle bien qu'en ne faisant aucun mouvement. « Mais quand bien même je l'aurais fait, tu ne pourrais rien contre moi. »

« Cela reste encore à prouver ! Je te rappelle que j'ai été élevée par une Serpentard et que je suis en plus une Serdaigle. »

« J'ai fait des recherches sur ta tante, Merryl Evans. Quand bien même avoir une discussion avec elle dans mes cachots, entre deux séances de torture, aurait été des plus appréciées, je n'ai aucun intérêt à la capturer maintenant. Pas alors que je sais parfaitement avec qui elle entretient une relation. »

« Snape… »

« Un de mes mangemorts, » sourit Ginevra. « Dumbledore pense qu'il s'agit d'un espion à sa cause mais il m'est entièrement fidèle. »

La Serdaigle n'en démentit rien.

« Voilà qui brisera le cœur de ma tante quand elle l'apprendra, » siffla-t-elle plutôt pour jouer le jeu.

« Sauf si elle ne te croit pas… »

Le sourire de Ginevra s'était fait plus arrogant.

« Alors tu n'as pas capturé ma tante. »

« Non. Je tiens à mon Maître de Potions. Ils se font rares de nos jours. »

Harriet observa encore quelques instants la rouquine dans les yeux afin de s'assurer que le mage noir lui disait bien la vérité. Ses arguments étaient défendables.

« Mais si ce n'est pas toi, alors qui ? »

« J'aimerais avoir la science infuse mais ce n'est pas le cas. Et même si être la source de tes tourments serait distrayant, je ne le suis pas ce soir. » Ginevra marcha vers son lit et s'y installa avec nonchalance. « Tu n'as pas une idée de qui pourrait vouloir du mal à ta tante ? »

Elle ne sut que répondre. Il y avait bien les Addington mais elle doutait que la grand-mère d'Alfie aille jusqu'à faire cela. Si ? Elle avait déjà eu énormément de problèmes avec le ministère pour avoir empoisonné Merryl. Elle serait directement considérée comme suspecte. Alors qui ?

Elle s'allongea dans l'autre lit et continua à réfléchir.

« Je ne sais pas, » répondit-elle au bout d'un moment. « A part Lady Addington, on ne peut pas dire qu'elle ait des ennemis autres que des Mangemorts… Ou s'il y en a un, il est bien caché. »

« Il ne te reste plus qu'à trouver. »

« Noël est vraiment pourri cette année. »

« Je le trouve au contraire riche en rebondissement. »

« Evidemment ! Tu es le méchant ! »

« Directement les grands mots Harriet. Non… je ne suis pas un méchant. Je cherche juste à ouvrir les yeux aux sorciers et aux Moldus, leur montrer où est leur juste place… »

« En torturant et tuant. Tu enfreins les droits élémentaires de l'être humain. Tu… es… un … méchant. Tu as peut-être été conditionné ainsi … mais cela ne change rien aux faits actuels. »

« J'ai une question : comment sais-tu autant de choses sur moi ? »

Harriet eut un instant de blanc, se demandant que répondre.

« Merryl et Dumbledore. »

« Et comment Merryl Evans sait autant de choses sur moi ? »

« Là, tu me poses une colle. Je ne suis pas dans sa tête. » La Serdaigle soupira bruyamment. « Si tu comptes profiter de cette nuit pour me tuer avec un oreiller ou quelque chose d'aussi peu créatif, je te suggère de revoir tes plans car je sais me battre à la moldue et tu pourrais ne pas apprécier le traitement. »

« Je préfère un bon duel à l'ancienne, merci bien. »

« Bonne nuit. »

« Elle sera en effet excellente. »

« Frimeur. »

Il n'y eut plus qu'un rire froid mais léger en réponse, puis le silence.

Ainsi, ce n'était pas Voldemort le coupable. Mais qui alors ?