Severus revenait du Manoir Malfoy, il était frustré. Il avait un peu regardé dans les cachots, écouté les rumeurs de couloirs, rien… aucun indice. Même Bellatrix était un peu trop calme, signe qu'aucun nouveau prisonnier n'était à signaler, ni même une proie d'un quelconque intérêt. Et même si Merryl était une Née-Moldue, son lien de parenté avec Harriet la rendait plus 'précieuse'. Rien que l'idée le rendait malade.
Mais sa belle rousse n'était de toute évidence pas là et personne ne semblait même parler d'elle. Alors il n'avait pas introduit le sujet, d'une part pour ne pas s'énerver et d'autre part parce que Merryl était une Née-Moldue et il préférait éviter d'en faire une cible privilégiée si elle ne l'était pas encore tout à fait.
Il marchait rapidement sur le chemin menant au château car même si sa vie commençait à être sens dessus dessous avec la guerre, les Mangemorts, l'Ordre, ses préparations, sa famille, il restait officiellement un professeur de Poudlard et le directeur de Serpentard et avait de ce fait des obligations à assumer.
Et ce soir, en plein milieu des vacances de Noël, le jour de Noël même, une réunion des professeurs avait été planifiée. Par Ombrage naturellement. Cette femme n'avait de toute évidence aucune vie privée… Le contraire l'aurait étonné dans un sens quand il la côtoyait au jour le jour. Une femme des plus désagréables de toutes les façons. Mais ce n'était pas seulement son impression, lui qui était quelqu'un de très réservé et reclus, connu pour son côté austère et froid. Ses collègues les plus douces et les plus aimables, Pomona, Poppy, Minerva aussi, dans le cadre du privé, trouvaient également la femme odieuse. Même Dumbledore était plus froid quand elle se trouvait dans la pièce. Pas que cela dérangeait Severus, il n'appréciait pas l'homme non plus mais il était bien plus fréquentable que cette satanée sorcière.
Parlant de la sorcière, il en vit le chapeau, ou plutôt l'affreux nœud dans son cas, dans la cour de l'horloge. Il aurait un bout de chemin à faire avec elle… La plaie.
« Ah Severus, » sourit-elle. « Joyeux Yule. »
« Joyeux Yule à vous aussi, Dolores, » répliqua-t-il en remettant son masque froid et austère sur le visage.
« Comment s'est passé votre réveillon ? » demanda-t-elle pour faire la conversation.
« Il aurait pu mieux se passer, » éluda-t-il.
« Comment cela ? Votre Sang-de-Bourbe n'était pas là ? » fit Dolores avec une surprise teintée de dégoût.
Il serra la mâchoire à l'insulte et continua de marcher d'un bon pas, espérant la distancer mais il n'eut pas cette chance. Elle arrivait à le suivre malgré sa petite taille.
« Oh mais … suis-je sotte ? » ajouta-t-elle ensuite comme si de rien n'était. « Elle est à Azkaban à l'heure qu'il est. »
Severus se figea au milieu du couloir et se tourna vers Ombrage, le regard brûlant de colère et de haine soudaine.
« Je vous demande pardon ? » dit-il d'une voix qu'il garda neutre avec beaucoup de difficulté.
« Miss Evans est à Azkaban, Severus, » répéta Dolores avec cette voix aiguë et désagréable.
« Pour quel motif ? » demanda-t-il en s'approchant d'elle, se redressant de toute sa hauteur, légèrement menaçant.
« Je ne saurais le dire, » répondit-elle.
Manque de chance pour elle, le Maître des Potions était un legilimens accompli et il put directement voir le mensonge dans le regard de la sorcière. Elle savait pourquoi sa compagne était à Azkaban. Il pourrait lui arracher la nouvelle de force, une petite intrusion dans son esprit…. Il en mourrait d'envie. Mais, malheureusement, il avait déjà suffisamment de soucis ainsi. Il devait protéger sa famille, sa sœur, et ce n'était pas en agressant cette femme qu'il y arriverait.
« Merci… pour cette … information, » articula-t-il avec difficulté avant de s'éloigner pour aller à la réunion des professeurs.
« Oh mais de rien, Severus, » minauda Dolores avec un horrible sourire sur son visage. « Ce fut un plaisir. »
L'esprit du Maître des Potions commença à tourner rapidement. Comment cette sorcière pouvait-elle lui dire que Merryl était à Azkaban ? Il s'assit à côté de Minerva et resta plongé dans ses pensées. Ses doigts glissaient doucement sur le léger renflement de sa poche. Les elfes de Merryl, inquiets pour leur maîtresse, avaient déjà fait un tour à Pré-au-Lard et avaient retrouvé son sac à main, son miroir et sa baguette dans une ruelle, sous la neige. Les lieux avaient montré peu de traces de lutte, ce qui laissait penser à une attaque surprise.
Cela le mettait dans une sombre colère. Merryl… à Azkaban ! Il avait encore du mal à réaliser. Ce n'était pas une place pour elle. Lui-même aurait plus sa place dans cette horrible endroit qu'elle vu toutes les horreurs qu'il avait faites par le passé.
« Severus ? Etes-vous avec nous ? »
L'homme fixa sa collègue dans les yeux, revenant à la réalité. Il était tellement absorbé par la nouvelle qu'il n'avait rien entendu de la réunion. Il compartimenta son esprit et éleva ses barrières pour être efficace et surtout le plus calme possible car il était toujours dans une terrible colère. S'il continuait à réfléchir à tout cela ici, il risquait d'exploser en public et il était pourtant connu pour son calme.
« Navré Minerva, pouvez-vous répéter, je vous prie. »
Cela surprit la sorcière mais elle le fit volontiers. Il remarqua toutefois que Dolores avait un léger sourire alors qu'elle le regardait. Il fut légèrement happé par son regard et sans le vouloir, il entra finalement dans son esprit. Juste l'espace de quelques secondes. Il en ressortit directement mais ce qu'il y avait vu le rendit à nouveau plus colérique.
Elle était une pro-Sang-Pur ! Au même titre que Lucius et d'autres, elle considérait de ce fait les Moldus comme des êtres inférieurs qui devaient être exterminés ou asservis. Quant aux Nés-Moldus … leur sort était pratiquement identique. Merryl était hélas une d'entre elles.
Il se concentra alors sur la réunion et apprit que la réunion du jour était en réalité pour le remaniement des différents cours selon les directives du ministère. Le sien était sérieusement touché. Un grand nombre de potions qu'il enseignait étaient retirées du programme, programme qui était d'ailleurs allégé. Ses élèves allaient devenir encore plus pathétiques en potions. Il pourrait encore faire quelque chose des septièmes années qui passaient leurs ASPICs cette année, mais ceux des années suivantes … Ils allaient être en dessous du niveau requis pour aller à l'institut passer leurs maîtrises pour ceux qui voudraient se lancer dans la carrière de Maître des Potions. Il n'y avait déjà pas beaucoup de Maîtres dans cette branche, il y en aurait encore moins à l'avenir.
Il soupira et se leva.
« Severus ? » fit Minerva, surprise. « Nous n'avons pas fini. »
« Pour moi, oui. L'an prochain, je donne ma démission. Je ne veux pas porter le blâme auprès de mes anciens mentors pour leur envoyer des aspirants en potions aussi mauvais qu'ils le seront avec ce programme. Dumbledore devra se trouver un nouveau Maître des Potions pour l'an prochain. »
« Et pour cette année ? »
« Je terminerai l'année en cours, » rassura-t-il. « Mais après ce sera tout. Je chercherai du travail autre part mais je refuse d'assister le ministère dans ses plans actuels, » continua-t-il.
« Les plans du ministère sont parfaits, Severus ! » minauda Dolores.
« Vu le but qu'il s'est donné, je n'en doute pas, Dolores, » rétorqua-t-il durement. « Et je vais être clair, je ne l'assisterai pas même si cela ruine ma carrière en tant que professeur ou Maître des Potions en Angleterre. » Il s'arrêta derrière Ombrage. « Oh et Dolores, je ne peux que fortement vous conseiller de parler avec votre ministre ou un quelconque responsable avant qu'il y ait un accident diplomatique. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Jusqu'à preuve du contraire, Azkaban est sous le contrôle du Ministère, non ? »
« En effet. »
« Eh bien, vous venez de m'annoncer l'arrestation de Merryl Evans pour des raisons que vous … 'ignorez'. »
Il y eut quelques expressions de surprise alors que tout le monde dans la salle connaissait la personne et ils étaient aussi horrifiés de son sort. De disparue, elle venait de passer au statut de prisonnière.
« A mon tour de vous annoncer autre chose. Merryl Evans est une des gardiennes du Berceau et votre ministère vient de la faire arrêter. J'espère pour votre ministre qu'il aura de bonnes raisons car arrêter un gardien de la magie, c'est comme arrêter la magie elle-même. C'est ce qu'on appelle… un crime… envers la magie. »
« Je suis sûre que si Miss Evans a été arrêtée, c'est qu'il y a d'excellentes raisons, » fit Dolores.
Severus ne fit qu'hocher la tête en réponse avant de sortir. Il appréciait par contre moyennement le fait qu'elle s'était tendue à son annonce. Ainsi elle ne savait pas que Merryl était une personne importante au Berceau. Tant mieux. Maintenant, il devait rapporter la nouvelle à tout le monde et aussi prévenir le Berceau d'une quelconque manière. Il ne savait même pas comment y aller … C'était Merryl qui l'avait toujours fait venir par portoloin. Maintenant, il allait devoir contacter quelqu'un. Mais qui ?
Ce fut avec toutes ces questions qu'il se dirigea vers son laboratoire. Il devait se calmer et réfléchir sinon il allait faire la plus grosse bêtise du siècle et avec tout ce qu'il y avait en jeu, il ne pouvait pas se le permettre. Il envoya donc un message à sa mère par courrier pour qu'elle avertisse les autres de cesser les recherches. Il expliqua très brièvement tout cela et partit s'enfermer pour préparer des décoctions oh combien difficiles pour retrouver son calme et le plein contrôle de ses émotions.
Il irait leur parler de vive voix plus tard et aussi expliquer tout à Alfie. Et probablement le reconduire chez son père également car il ne pourrait pas rester avec les Prince, maintenant qu'il était certain que Merryl était à Azkaban de manière officielle.
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Severus transplana avec le jeune Alfie devant les grilles de la propriété Addington et attendit qu'un elfe vienne à sa rencontre pour qu'il puisse annoncer le motif de sa visite et ramener le Serdaigle dans sa famille.
Un léger pop se fit entendre de l'autre côté de la grille et le Maître des Potions put apercevoir une toute petite elfe arriver. Elle était couverte de cicatrices plus ou moins récentes et avait une oreille en moins. Quant à sa tenue, elle était vêtue uniquement d'une taie d'oreiller miteuse et raccommodée en de nombreux endroits.
« Que peux faire Dolly pour le Monsieur ? » fit-elle d'une voix cassée avant de reconnaître le jeune garçon aux côtés du sorcier. « Le petit maître est de retour au manoir ? » sautilla-t-elle en ouvrant les grilles d'un claquement de doigt.
Severus observa la créature avec une pitié dissimulée derrière son masque impassible alors qu'il répondait.
« Je ramène Mr Addington chez lui. Et j'aimerais parler à son père. J'ai quelques nouvelles à lui annoncer. »
« Maître Thorin et la maîtresse sont dans le petit salon. Dolly va vous emmener, » répondit l'elfe avec un ton lugubre qui faisait froid dans le dos.
Ils traversèrent une allée de pierre puis de lourdes portes frappées aux armoiries de la famille 'Au-dessus de la plèbe', avant de traverser un hall sombre et un couloir. Là, ils arrivèrent devant une porte camouflée sous la tapisserie. L'elfe s'effaça après avoir ouvert la porte et les avoir annoncés :
« Le petit maître et son accompagnateur..., » fit-elle apeurée.
La pièce était richement décorée, froide. Une immense cheminée prenait la place sur le mur faisant face à la porte et deux fauteuils occupés se trouvaient tournés vers celle-ci.
Une vieille femme se tenait dans celui de gauche et un homme se leva du siège de droite. Un air de ressemblance sans équivoque avec l'enfant et son oncle, l'homme était tout en longueur, mince et le visage froid. Il jugea du regard les deux nouveaux venus.
« Je ne crois pas vous connaître...Je suis Thorin Addington et vous êtes... ? » fit-il d'une voix mesurée et lente.
« Severus Snape. Je suis le Maître de Potions de Poudlard, » répondit Severus. « Et aussi le compagnon de Merryl. Votre fils est arrivé hier soir chez Lady Prince complètement gelé, sans manteau ni rien, en nous annonçant que Merryl avait disparu. Lady Prince et Harriet Potter se sont occupé de lui le temps que nous menions l'enquête, quelques amis et moi-même. Il se trouve que Merryl, pour une obscure raison, a été arrêtée et envoyée à Azkaban. »
« Hum, il était temps que le ministère se charge de cette pauvre fille si vous voulez mon avis, » s'exclama la vieille femme depuis son fauteuil.
Le sol se mit alors à trembler violemment, les bibelots tintèrent dans les vitrines et les fauteuils se déplacèrent tout seul. Cherchant la provenance de ce soudain séisme, Severus agrippa Alfie pour le protéger mais celui-ci ne semblait pas avoir peur. Il aperçut alors une silhouette qu'il connaissait bien dans l'entrée du salon. Le Maître des Potions écarquilla les yeux en comprenant que le tremblement était produit par la magie de Freeman Addington, qui venait d'arriver.
« Alfie, va dans ta chambre mon grand, » fit celui-ci alors que le tremblement se calmait.
L'adolescent obéit sans broncher.
« Merryl est à Azkaban ? » continua Freeman avec colère. « Et vous vous en réjouissez mère ? Et toi ? Tu ne dis rien alors que la mère de ton fils est en enfer ? grinça l'aîné des Addington.
« Que veux-tu ? Cela nous épargnera bien des travers administratifs pour la garde de mon fils, » répondit le plus jeune.
Severus serra les points mais ne dit rien. Il n'avait rien à dire, il était un étranger et qui plus est un Sang-Mêlé, qu'il soit l'héritier Prince ne changerait rien à cela. Mais que les deux Addington réagissent ainsi, c'était tout bonnement … monstrueux. Par contre, il avait trouvé le moyen de contacter le Berceau maintenant, après tout Freeman avait dit qu'il y travaillait en tant que soigneur à Bourg-Vivant.
Il inspira profondément pour ne pas s'énerver sur eux et se redressa, prêt à partir.
« J'ai fait ce pour quoi je suis venu ici, » dit-il d'une voix froide, leur faisant malgré tout comprendre par son ton que leurs propos ne lui plaisaient guère. « Je vais donc prendre congé. Mr Addington, » ajouta-t-il en se tournant vers Freeman. « Puis-je vous parler ? »
L'homme semblait contenir difficilement sa magie mais reprit son calme et invita le Maître des Potions à la suivre jusque dans un bureau. Il lui fit signe de s'asseoir et en fit de même avant de se prendre la tête entre les mains, grimaçant puis fixa de son regard bleu l'homme qui lui faisait face.
« Que puis-je pour vous ? »
« J'ai un doute quant à l'arrestation de Merryl, » fit le Serpentard. « Je soupçonne un abus de pouvoir et aussi du racisme envers les Nés-Moldus. »
« Ce n'est pas bien difficile à deviner... et cela ne sera pas difficile à prouver non plus... Bon, je vais passer un coup de miroir. »
Le blond sortit son miroir de sa poche et le posa à plat sur le bureau. Un faisceau lumineux en sortit et un écran, comme une télévision apparût entre les deux hommes. L'image d'une femme apparut bientôt au travers. Elle était assise en seiza et était vêtue d'une tenue traditionnelle chinoise rouge et or. Elle fixa son regard sur le blond et sembla attendre avant de parler.
« Pourquoi me déranges-tu ? »
« Gaomei, le ministère Anglais a fait emprisonner Merryl Evans à Azkaban pour seul motif que son rang social. Renseigne-toi et préviens les gardiens de l'air et du feu, je ferai de même pour l'eau et la terre, » fit l'homme devenu terriblement sérieux.
« Alors nous partons en guerre ? Mes dragons et moi-même commencions à nous ennuyer, » sourit la femme. « Je préviendrai les Gardiens, » ajouta-t-elle avant de raccrocher.
Le silence se fit un instant avant que Freeman ne reprenne la parole.
« Mr Snape, je pense que la suite du programme devrait vous plaire. Voulez-vous nous aider ? »
« Dans la mesure où cela est possible pour moi, oui. Mais il serait peut-être bien que je vous raconte certaines choses à mon sujet avant… Cette pièce est-elle sûre ? »
« Cette pièce possède les mêmes protections que le bureau du directeur de Gringott's, je vous écoute. »
« Je suis un espion. Je joue un double-jeu entre le Seigneur des Ténèbres et Dumbledore. Mais je suis ni pour l'un ni pour l'autre. Je suis du côté d'Harriet et Merryl. Elles sont toutes les deux importantes pour moi mais pour les aider, je suis limité par mes rôles actuels dans la guerre. Pour le reste, je suis disposé à vous aider tant que cela m'est possible. »
« Je vois... cela va compliquer un peu les manoeuvres mais comme les gardiens ne vont pas choisir le plan politiquement correct cela ne devrait pas être impossible. Je vous tiendrai au courant du plan une fois qu'il aura été validé par la grande gardienne. »
Severus se tendit alors qu'il ressentait cette vieille brûlure tellement connue à son bras gauche. Il le massa quelques secondes en retenant un soupir.
« Vous m'excuserez, Mr Addington, mais je dois partir. Si jamais vous voulez me contacter, passez par Lady Prince. Je préfère garder certaines de mes connaissances secrètes de Dumbledore et du Seigneur des Ténèbres. Aucun des deux ne sait pour mon lien particulier avec Harriet. Ils pensent juste que je suis moins froid avec elle juste pour faire plaisir à Merryl et c'est mieux ainsi. Cela la protège à la fois Harriet et notre mère. »
« Il en sera fait ainsi. Bonne chance. »
Le Maître des Potions serra la main de l'homme et partit pour le Manoir Malfoy pour voir ce que le Seigneur des Ténèbres voulait.
